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RÈGLES POUR TENIR LE BISTOURI

Très-impatient d'atteindre promptement le but qu'on se propose , on étudie en général trop peu les premiers principes des sciences et des arts 5 d'où naissent des éducations qui, fondées sur des bases peu solides, sont toujours mauvaises ; convaincu de cette grande vérité , nous allons exposer avec beaucoup de soin les différentes manières de tenir le bistouri ; c'est d'elles que découlent, presque uniquement, la facilité, l'élégance et la sûreté de la main dans la manœuvre des opérations.

Première position du bistouri. — Cet instrument est tenu Comme une plume à écrire ^ le manche est tourné en haut , le tranchant vers la paume de la main 5 le pouce est appliqué sur l'articulation de la lame ^ l'indicateur repose du côté opposé en partie sur le fer et sur le manche du bistouri • le bout du doigt médius , qui , comme les deux premiers , est légèrement à demifléchi, couvre le plat de la lame près de sa pointe 5 il en est dépassé par la longueur qu'on pense devoir pénétrer dans l'intérieur des tissus 5 si cette longueur ne suffisait pas, elle serait augmentée même pendant la manœuvre par une légère ascension de ce doigt : l'annulaire et l'auriculaire sont étendus , écartés l'un de l'autre et portés dans l'adduction -, c'est avec eux que la main placée dans l'attitude moyenne enti;e la pronation et la supination prend un point d'appui autant que pgssible hors de la sphère des parties malades .

Seconde position. — Elle ressemble parfaitement à la première, avec cette différence que le dos de l'instrument est tourné versla/ace palmaire de la main.

Troisième position. — Le tranchant du bistouri est dirigé vers la paume de la main 5 le bout du doigt médius couvre l'articulation de la lame avec le manche 5 le pouce est appliqué sur le côté diamétralement opposé 5 ces doigts sont à demi iléchis ; l'indicateur étendu couvre le plat de la lame plus ou moins près de sa pointe suivant la profondeur à laquelle elle doit pénétrer ; les deux derniers doigts sont fléchis ^ ils embrassent le manchcb. dont le talon est placé sur le bord cubital de la main qu'il dépasse quand il est assez long.

Quatrième position. — Elle est presque la même que la précédente -, elle n'en diffère que par le dos de l'instrument qui est dirigé vers la paume de la main.

Cinquième -position. — Le bistouri est tenu à peu près comme un archet de violon 5 son dos est tourné vers la face palmaire de la main ^ le pouce et le médius sont appliqués sur l'articulation du manche 5 l'indicateur sur le plat de la lame à deux centimètres cinq millimètres ou deux centimètres sept millimètres ( dix à onze lignes) au moins de son talon ; l'annulaire et l'auriculaire

reposent sur le plat du manche de l'instrument du côté qui leur correspond ; n'omettons pas de faire remarquer que dans cette position le bout des doigts ne déborde pas le bistouri ; car il serait impossible d'en promener la plus grande étendue de la lame horizontalement sur les tissus.

Dans toutes ces manières de tenir le bistouri, les doigts sont appliqués sur les faces les plus larges de l'instrument , qui est ainsi beaucoup mieux assujetti ^ d'après ce précepte très-important, l'indicateur est constamment placé sur l'un des plats de la lame et non sur son dos^ s'il en était en effet autrement , celle d'un bistouri dépourvu de ressort fléchirait sous la pression exercée sur elle ; il faudrait la redresser et suspendre ainsi nécessairement la manœuvre : jftsuis étonné que cet inconvénient n'ait pas été reconnu par des chirurgiens qui ont récemment écrit, et qui suivant d'ailleurs les errements des anciens, ont établi des principes diamétralement opposés à ceux que nous professons.

D'après les raisons que nous venons d'exposer, les doigts doivent toujours être appliqués sur les faces les plus larges du manche de tous les instruments, à moins que leur forme-^ne s'y oppose.

Nous venons de décrire les principaux modes de tenir le bistouri ^ nous laissons au génie du chirurgien le soin de les modifier suivant les circonstances.

PONCTIONS.

. Avec le bistouri. — On se sert d'un bistouri droit, dont la largeur varie suivant l'indication : il est garni de hnge presque jusqu'à sa pointe , quand on opère dans une cavité assez profonde , et surtout lorsqu'elle est étroite ; l'instrument peut être mis en troisième position ; il peut encore souvent être glissé à plat sur le doigt indicateur qui le dirige.

Mais le bistouri est ordinairement tenu en première position; elle a l'avantage de fournir à la main un point d'appui -, elle borne mieux à l'aide du doigt médius l'étendue du fer qui doit pénétrer dans les tissus ; la quatrième position est peu employée , parce qu'elle est dépourvue de tous les avantages que nous venons d'énumérer ^ la seconde lui est préférable ainsi qu'à la première , lorsqu'on opère sur un foyer purulent étroit et dont la paroi que l'on doit traverser est mobile et dépressible.

Quand on pratique une ponction et que le bistouri est tenu en première position , on tend les téguments , si besoin est , avec le bord radial de la main gauche \ l'mstrument est enfoncé perpendiculairement*^ il faut qu'il pénètre avec une certaine lenteur, pour que l'on sente le défaut de résistance qui lui est offert par son arrivée dans l'intérieur d'un kyste contenant un liquide ^ on met encore cette précaution en usage , afin que dans les cas difficiles le pus ait le temps de filer le long du fer destiné à lui donner issue et de se montrer à l'extérieur -, ainsi , le chirurgien est mieux averti qu'il ne doit pas pénétrer plus profondément 5 le bistouri est ensuite retiré dans la direction qu'il a suivie en entrant ; il est bien entendu que si le foyer qu'on veut ouvrir est large , que s'il n'est pas profond, on le ponctionne avec vitesse^ lorsque la peau est amincie , que le kyste est superficiel , on peut faire la ponction avec une lancette , tenue comme nous le dirons bientôt , en traitant de la phlébotomie.

Ponction avec le trocart. — • Avant d'employer cet instrument, dont la grosseur, la longueur et la forme varient suivant les indications, on s'assurera qu'il est mobile dans sa canule^ il sera enduit d'un corps gras :^ on le chauffera en hiver 5 on évitera le trajet des veines un peu volumineuses, et surtout celui des artères et des gros nerfs -, le siège, l'augmentation de volume des viscères et de certains organes doivent être pris en grande considération.

On a conseillé d'employer une canule, qui présente une rainure sur sa face externe , afin qu'elle serve au besoin de conducteur au bistouri ^ mais le hquide qui s'y engage peut s'infiltrer dans l'épaisseur des tissus et déterminer des accidents.

On doit avoir à sa disposition un stylet , pour désobstruer la canule, une seringue pour parvenir au même but^ on se sert de ce dernier instrument , tantôt pour aspirer le liquide , tantôt pour pratiquer des injections destinées à refouler l'obstacle qui empêche l'écoulement du pus.

Le manche du trocart est placé dans la paume de la main ; les trois derniers doigts fléchis l'y assujettissent ^ le pouce est situé parallèlement à son axe ^ l'indicateur appliqué sur la canule en borne l'étendue destinée à pénétrer dans les tissus : l'opérateur vise' de près le point sur lequel la ^ponction va être faite ; pour tromper autant que possible l'attention du malade , l'instrument i. 16

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entre dans l'épaisseur de la peau au moment où il la touche 5 il est en général introduit perpendiculairement ^ sans cette condition, il labourerait les* parties ; il rencontrerait ainsi plus facilement les nerfs et les vaisseaux.

Si pour faire la ponction dite sous-cutanée ^ il était absolument impossible de se procurer les instruments convenables , on serait forcé de mettre le trocart en usage ; afin de préserver le kyste du contact de Tair, l'instrument qui pénétrerait dans les tissus à une certaine distance de ce kyste , serait dirigé plus ou moins parallèlement à la surface sur laquelle il agirait.

Lorsque la ponction est pratiquée, les doigts indicateur et médius de la main gauche sont placés sous le pavillon de la canule ; le pouce est situé sur le côté diamétralement opposé 5 l'instrument est ainsi parfaitement soutenu: les mêmes doigts de la main droite saisissent ensuite le manche du trocart -, ils exercent pour l'extraire une traction parallèle à son axe; quand il résiste, on lui fait exécuter quelques légers mouvements de rotation sur son axe. A mesure que le liquide s'écoule , on presse sur la canule, afin que l'affaissement des parois de la cavité dans laquelle elle est logée ne la lui fasse pas abandonner : pendant qu'on promène l'extrémité de cet instrument dans cette cavité, des pressions sont exercées sur la tumeur, pour en chasser les dernières parties du liquide ; on a , dans tous les cas , grand soin de ne pas appliquer le bout de la canule contre les tissus; car ils en fermeraient l'orifice -, ils pourraient d'ailleurs être plus ou moins profondément blessés; il est des circonstances dans lesquelles le kyste ayant peu d'étendue, l'instrument le traverse de part en part ; alors on extrait le trocart de la canule ; on attire celle-ci légèrement à soi , et aussitôt que son extrémité interne revient dans la capacité qu'elle a franchie, elle donne issue à la matière purulente.

Pour retirer la canule , le pouce et l'indicateur de la main gauche en saisissent la partie située immédiatement au-dessus de la peau ; l'indicateur et le médius de la main droite sont appliqués sous son pavillon ; le pouce est placé sur son orifice ; c'est au moment où avec ces doigts on exerce sur la canule une traction brusque et parallèle à son axe , qu'avec ceux de la main gauche , entre lesquels elle glisse , on presse sur les téguments pour éviter que les tissus soient tiraillés.

Ponction sous-cutanée.^ Elle a pour but d'empêcher l'in-

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troductîon de Tair dans les cavités dont on extrait les liquides ; M. /. Guérin a imaginé un instrument qui est tantôt droit et tantôt recourbé , suivant les localités dans lesquelles il doit être employé ^ cet instrument est composé d'une tige ayant la largeur d'un centimètre environ (un tiers de pouce) \ elle est supportée par lin manche 5 son extrémité libre présente une espèce de fer de lance : cette tige glisse dans une canule qu'on peut ouvrir ou fermer à l'aide d'une clef de robinet ^ l'un des bouts de cette canule est percé sur ses deux faces aplaties , d'un grand nombre de petits trous très-rapprochés; ils en occupent l'étendue de trois centimètres environ (un pouce) pis sont destinés à con-^ courir à l'extraction du pus ^ l'autre çxtrémité de la même partie de l'instrument offre les dispositions convenables pour s'adapter sur une seringue dont on se sert pour évacuer la matière purulente.

On fait un pli à la peau , à six ou neuf centimètres (deux ou trois pouces) plus ou moins loin de la tumeur, suivant les localités-, le chirurgien soutient l'un des côtés de ce pli avec le pouce, l'indicateur et le médius; il en confie le côté opposé à un aide qui le maintient de la même manière 5 c'est sous ce pli que l'instrument pénètre pour arriver directement jusque dans la poche renfermant le liquide qu'on veut extraire.

Lorsqu'on, est parvenu dans le kyste purulent, on retire la tige de l'instrument, et l'on ferme immédiatement sa canule à l'aide de la clef à robinet que nous avons indiquée : après avoir adapté, comme nous l'avons dit, une seringue à cette canule, on l'ouvre; il devient ainsi très-facile d'attirer le liquide dans sa capacité ; s'il n'est pas possible de l'évacuer entièrement en une seule fois, on recommence immédiatement la manœuvre avec les précautions nécessaires pour empêcher l'introduction de l'air.

M. Charrière a imaginé une seringue dont l'une des extrémités présente deux prolongements creux ; ils .communiquent avec sa capacité ,• une clef de robinet est disposée de manière qu'en fermant celui qui aboutit à la canule qui a pénétré dans la poche pyogénique, elle ouvre l'autre, et vice versa; ainsi quand l'instrument est rempli par le pus, on le vide sans qu'il cesse de demeurer en place ; la manœuvre est beaucoup abrégée.

Lorsque la matière purulente est sortie, on ferme la canule avant d'enlever la seringue 5 . puis pendant, qu'on la retire ellemême, on la suit immédiatement avec les doigts en exerçant j

jusqu'à l'orifice externe de la plaie , des pressions sur le trajet qu'elle parcourt ; elles sont destinées à préserver ce trajet du contact du gaz atmosphérique 5 on applique ensuite sur la solution de continuité un morceau de diachylon gommé.

La compression établie sur la poche pyogénique avec l'agaric et un bandage convenable peut suffire pour faire adhérer sa face interne avec elle-même ^ ainsi la guérison est obtenue ; mais dans la plupart des cas cette poche s'emplit de. nouveau ; il faut recommencer l'opération \ car, si comme je l'ai vu pratiquer, on pénétrait dans ce kyste avec un stylet ou bien avec une sonde cannelée, en suivant le trajet qu'a parcouru l'instrument de M. J. Guèrin, on s'exposerait, malgré toutes les précautions qu'on mettrait en usage, à l'introduction de l'air et à ses fâcheux résultats : dans les circonstances où l'état de la plaie le permettrait, devrait-on réintroduire la canule fermée de M. J. Guérin-^ je craindrais alors le développement d'une inflammation : d'ailleurs lorsque le pus est sécrété assez lentement la solution de continuité est ordinairement cicatrisée à l'époque à laquelle le liquide doit être évacué de nouveau.

A l'aide de la ponction sous-cutanée, on peut pratiquer des scarifications sur la face interne des kystes et obtenir ainsi en les comprimant ensuite la cicatrisation de leur face interne avec elle-même.

Pjonction de dedans en dehors. — Il est des ponctions qu'on fait de dedans en dehors 5 dans l'opération de la taille par le haut appareil , on introduit la sonde à dard dans la vessie 5 c'est avec ce dard qu'on traverse, d'arrière en avant ^ la paroi antérieure de cet organe ^ quand on pratique les sutures , on pénètre ordinairement, avec l'aiguille, dans l'un des bords de la solution de continuité , en commençant la ponction sur la face interne de la peau.

Ponction avec les érignes. — Employez-vous celle de Museux? vous êtes presque toujours obligé d'en fixer en même temps les deux branches dans les tissus ; il est alors impossible de leur faire exécuter la manœuvre que nous indiquerons dans un instant 5 elles s'introduisent donc difficilement, au moins dans la plupart des cas-, elles exigent qu'on emploie plus d'efforts, et les organes fuient sous les pressions qu'elles exercent sur eux ^ il faut tâcher d'assujettir préalablement ces organes ou de suivre avec l'instrument le refoulement qu'il leur imprime ; sans les précautions

que nous venons d'indiquer les tissus pourraient complètement échapper ou bien être mal saisis.

Met-on en usage l'ërigne double ou la simple, il faut conduire l'instrument sur le doigt indicateur, quand on opère dans des cavités où la vue ne peut pas pénétrer -, l'ërigne est alors tenue par son manche.

Lorsque les parties sur lesquelles on agit sont plus ou moins superficiellement situées, on doit, pour les raisons que nous avons énoncées, les assujettir d'abord au tesoin comme dans Jputes les autres circonstances.

En introduisant l'ërigne dans les tissus , les jeunes chirurgiens surtout , ont la mauvaise habitude de presser autant sur sa convexité que sur sa pointe, et tantôt elle n'entre pas, tantôt elle déchire seulement la superficie des chairs auxquelles elle ne reste pas adhérente^ voulez-vous éviter ces graves inconvénients? suivez les principes que nous allons indiquer :

L'ërigne est saisie à pleine main 5 l'indicateur seul n'est pas fléchi 5 sa pulpe repose sur la convexité de l'instrument à deux millimètreset demi environ (une hgne) de sa courbure 5 la pointe de celle-ci est appliquée perpendiculairement sur la partie dans laquelle elle doit pénétrer -, son manche est donc ainsi fortement abaissé ; à mesure qu'elle entre dans les tissus, il est ramené à la perpendiculaire 5 ce mouvement se moule en quelque sorte sur la courbe de l'instrument le long duquel la main remonte ; ainsi l'ërigne s'introduit facilement ^ j'insiste sur ces préceptes parce que je sais qu'ils sont trop souvent méconnus , et que malheureusement on ne s'en est pas occupé.

On est fréquemment obligé de confier Térigne à un aide ^ il faut le prévenir au besoin de la faible résistance offerte par les chairs , afin que par des tractions proportionnellement trop fortes il ne les déchire pas ^ il faut encore que cet aide sache bien de quel côté siège la convexité du bout de l'instrument et qu'il ait soin d'incliner plus ou moins son manche de ce côté pour que les tissus n'échappent pas.

On fixe quelquefois les érignes sur des parties qu'on ne doit pas enlever; alors pour extraire ces instruments, on les abaisse du côté de la concavité que présente celle de leurs extrémités logée dans l'épaisseur des chairs : voilà un précepte qui certainement est fort simple -, je l'ai cependant vu négligé par un grand nombre de chirurgiens.

ponction exploratrice. — Nous avons dit et nous redisons encore que la nature intime des tumeurs est très-difficile à diagnostiquer j plus on exerce en effet la chirurgie , plus on est convaincu de cette vérité : or des signes manquent-ils pour constater la présence, par exemple, d'une hydrocèle ou d'un anévrisme? c'est au trocart explorateur qu'il faut nécessairement recourir : un érudit de ce siècle, dont le talent dans le genre qui nous occupe est d'ailleurs souvent ea défaut, dit que : depuis Hey^ beaucoup de praticiens ont recommandé cet instrument- on verra dans les comptes rendus des séances de l'Académie royale de médecine , que M. Kéraudren , médecin en chef de notre marine , annonça il y a déjà longtemps, à cette société savante, que l'aiguille exploratrice était employée de temps immémorial chez les Indiens.

On a conseillé de se seil^ir du bistouri à lame étroite, de la lancette^ mais ils seraienl dangereux, dans les cas d'anévrismes et même dans ceux où ils intéresseraient les tissus indurés , qu'ils ' pourraient facilement enflammer 5 on les a d'ailleurs vu convertir presque immédiatement des squirrhes en cancers -, ces idées n'auraient pas dû échapper à des auteurs modernes .

Quant aux aiguilles qu'on employait ordinairement , il faut les rejeter, parce que très-souvent , elles ne permettent pas au liquide de sortir, bien que leur pointe soit plus large que leur corps, parce qu'il n'est pas rare d'autres fois de le voir s'échapper en trop petite quantité : la cannelure que certaines de ces aiguilles présentent , peut être insuffisante.

Le trocart à hydrocèle est en général trop gros \ son introduction dans les tumeurs solides , occasionne assez fréquemment des accidents.

Je donne la préférence à l'instrument désigné sous le nom de trocart explorateur dont la tige est contenue dans une canuîe où elle est mobile ; cet instrument est beaucoup plus mince : il est extraordinairement rare qu'il produise des inflammations.

On a dit qu'au moment où le trocart explorateur arrivait dans une poche contenant un liquide , par cela même qu'il venait de passer d'un milieu plus dense ^ dans un milieu moins dense, il faisait éprouver à la main la sensation que fournit un défaut de résistance^ on a ajouté que l'extrémité de la canule, déplaçant faci- j lement les molécules qui constituent le pus ou la sérosité, les j niouvements de bascule qu'on lui imprimait , devenaient très- !

faciles, tandis qu'ils étaient au contraire fort difficiles ou impossibles lorsqu'il s'agissait d'une tumeur solide; ainsi on a prétendu que le trocart explorateur est infaillible : nous ne partageons pas cette opinion : 1° Il est des cas dans lesquels tous les moyens employés pour faire couler le liquide échouent; une seconde et même une troisième ponction ne sont pas plus heureuses que la première. 2° Quant au défaut de résistance éprouvé par la main , et à la facilité des mouvements de bascule imprimés à la canule de l'instrument , ils ne prouvent rien en certaines circonstances; j'ai vu quelques cas dans lesquels il était difficile de diagnostiquer une tumelir siégeant dans les bourses , par exemple; je mis en usage le trocart explorateur; il fournit tous lés signes de la présence d'un liquide ; il n'en sortit néanmoins que quelques gouttes ; le trocart ordinaire ne parvmt pas à vider la prétendue hydrocèle : j'incisai et je trouv'^i le testicule réduit à l'état de bouillie : ces cas d'exceptions rares ne suffisent certainement pas pour rejeter le trocart explorateur ; ils doivent seulement faire tenii* le chirurgien sur ses gardes ; car cet instrument est Tun des plus puissants moyens de diagnostic qiie possède la chirurgie.

Acupuncture. — OT^éT'diïon qui consiste à enfoncer dans les tissus une ou plusieurs aiguilles ; elle est fort en usage en Chiné et au Japon , où avec le moxa , elle forme presque toute la thérapeutique de ces peuples.

On a dit, et des chirurgiens prétendent encore qu'elle peut traverser sans inconvénient les organes et les viscères les plus importants et même le cœur ; des expériences faites sur les animaux ont prouvé qu'elle pouvait produire des ecchymoses , bien qu'elle ait été parfaitement exécutée ; ces ecchymoses n'ofïi'ent-eïles aucun danger? si T instrument traversait les troncs nerveux , n^occasionnerait-il pas trop de douleur ? j'en appelle aux physiologistes.

Les aiguilles sont ordinairement enfoncées dans l'étendue de trois centimètres à quatre centimètres cinq millimètres ( un pouce à un pouce et demi) ; l'on peut , en évitant les organes importants , traverser toute l'épaisseur d'un membre.

Pour pratiquer l'acupuncture , on emploie des aiguilles en or, en acier ou en argent ; elles sont droites , coniques , assez minces et acérées ; on leur donne une trempe qui les rend inflexibles ; on les monte ordinairement sur un manche cannelé, afin qu'on puisse plus facilement les faire rouler entre les doigts ; elles sont

surmontées d'un anneau métallique quand on veut mettre en usage l'électro-puncture -, quelques chirurgiens les engagent dans des canules qui mesurent l'étendue de l'instrument qui doit pénétrer dans l'économie-, le maillet, dont on se sert très-rarement pour les introduire , doit, dit-on, être en corne et plombé -, il serait aisé de le remplacer par un maillet d'une autre substance.

Procédé opératoire par piqûre. — On enfonce perpendiculairement en un seul temps l'aiguille dans les tissus 5 on occasionne alors plus d'irritation parce que leurs mailles sont divisées.

Procédé par percussions légères et lentes. — C'est avec le maillet ou le doigt indicateur que l'on percute légèrement l'aiguille jusqu'au mornent où elle a traversé la peau 5 on termine l'opération à l'aide du mode opératoire précédent : le procédé dont nous nous occupons tient le milieu entre celui-ci et le suivant, sous le rapport des effets qu'il produit.

Procédé par rotation et par légère pression. — L'instrument est appliqué sur la peau 5 on le fait rouler sur son axe entre le pouce et l'indicateur qui exercent en même temps sur lui de trèslégères pressions; on s'arrête parfois quelques secondes, afin de déterminer moins d'excitation : c'est à l'aide de cette manœuvre , qu'au collège on s'enfonce souvent entre la partie supérieure des muscles jumeaux plusieurs épingles sans qu'il en résulte , pour ainsi dire , de la douleur , sans qu'il s'échappe ordinairement la moindre goutte de sang ; alors l'aiguille n'entame point les tissus ; mais elle entre dans leur épaisseur en écartant leurs mailles.

L'introduction d'une seule aiguille peut suffire 5 on en met assez fréquemment plusieurs en usage -, abstraction faite des cas dans lesquels on a recours au premier procédé que nous avons décrit, on les enfonce les unes, après les autres -, s'il s'agissait du dernier mode opératoire, on pourrait en introduire une de chaque main.

ÊlectrO'puncture. — On pratique d'abord l'acupuncture ^ il est assez souvent inutile d'enfoncer l'aiguille aussi loin que nous l'avons dit ; quand elle est appliquée, un conducteur convenable sert à la mettre en contact avec une pile galvanique ou bien avec une bouteille de Leyde : je préfère la machine électrique modifiée par M. le docteur Constant James; lorsqu'on l'emploie, on peut mieux mesurer l'action du fluide électrique; il serait inutile de dire que

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rëlectro-puncture agit plus énergiquement que l'acupuncture.

L'électro-puncture peut être mise en usage avec succès contre beaucoup de maladies ^ on dit qu'elle a réussi dans quelques cas d'ophthalmie, de maladies chroniques de poitrine , etc. ; je l'ai quelquefois employée avantageusement pour guérir des tumeurs blanches^' je crois qu'on devrait s'en servir plus fréquemment : l'irritation qu'elle produit est , comme nous l'avons déjà dit, en rapport avec la manière dont on la pratique-, elle varie aussi suivant le temps pendant lequel l'aiguille séjourne dans les tissus-, l'oxydation de l'instrument, les couleurs variées qu'il présente, ne paraissent pas dépendre de l'état morbide des tissus ; ces phénomènes s'observent sur des animaux bien portants-, il est probable qu'ils tiennent à l'idiosyncrasie.

C'est encore à l'aide de l'électro-puncture que l'on combat assez ordinairement avec avantage le rhumatisme , les névralgies et certaines paralysies ^ ce moyen guérit même souvent ces maladies, et surtout les deux dernières. L'électricité fut fréquemment employée autrefois -, aujourd'hui , elle est presque généralement abandonnée ; cet agent thérapeutique a subi le sort de beaucoup d'autres, parce qu'il est en général dans l'essence de l'esprit humain et surtout de l'esprit médical de créer des exagérations en sens divers et souvent diamétralement opposé : dans nos sciences on fait de l'empirisme; c'est plus commode, infiniment moins fatigant; un bon jugement , qui est d'ailleurs si rare , devient inutile ; on conçoit qu'en procédant ainsi , on compromet les meilleures méthodes thérapeutiques; ayez en effet recours indistinctement, dans tous les cas, à un médicament -, il devra nécessairement éprouver un très-grand nombre d'échecs 5 il pourra même devenir aussi très-fréquemment nuisible ; les passions , l'incrédulité , l'antipathie pour les médications nouvelles ne laissent pas échapper l'occasion de les blâmer sévèrement et de les rejeter dans toutes les circonstances 5 tandis que si l'on voulait , si l'on savait poser ou saisir les indications, il en serait bien autrement et l'on ne verrait plus un quart de siècle vanter un moyen et l'autre Te blâmer : pour moi, je demeure convaincu que celui dont nous nous occupons est très-puissant quand une contre-indication ne s'oppose pas à son emploi , et lorsqu'il est manié par des mains habiles : parmi les faits très-nombreux que je pourrais citer, j'en choisirai seulement quelques-uns.

Une femme était affectée d'une névralgie sus-orbitaire ^ cette maladie, ordinairement rémittente, quelquefois intermittente, disparaissait assez rarement pour revenir bientôt avec une nouvelle intensité 5 elle datait de six mois ; elle avait résisté aux saignées générales et locales , aux narcotiques administrés soit par la. bouche, soit par le rectum, soit par la voie de l'absorption cutanée, après qu'on avait fait une érosion sur la peau; les vésicatoires avaient échoué ainsi que le quina , etc. , on eut recours à l'électro-puncture à une époque à laquelle il semblait que si l'affection morbide du nerf était due à une inflammation, laphlegmasie avait beaucoup diminué ^ on saisit le moment où les douleurs étaient moins prononcées -, on avait d'ailleurs affaibli , par les émissions sanguines, la réaction souvent trop forte que les propriétés vitales opposent aux succès de l'électricité 5 on la mit en usage tous les jours; deux septénaires suffirent pour obtenir uneguérison complète. •

Un Italien portait une névralgie siégeant dans le canal dentaire inférieur ; il souffrait horriblement ; les douleurs , qui duraient une ou plusieurs heures, se renouvelaient deux ou trois fois dans le cours de la journée ; tous les moyens appropriés avaient été employés, abstraction faite de l'électro-puncture; nous y eûmes recours pendant quinze jours ; elle échoua ; on était sur le point de l'abandonner , lorsque je pensai qu'en l'associant à quelques évacuations sanguines locales nous pourrions être plus . heureux; mes espérances se réalisèrent, et le malade qui souffrait depuis dix-huit mois fut parfaitement guéri en six semaines durant lesquelles nous suspendîmes de temps en temps Temploi des moyens thérapeutiques : je ferai d'ailleurs observer que dès le début nous obtînmes de l'amendement qui , d'abord stationnaire , augmenta ensuite lentement et finit par devenir rapide jusqu'au moment où le succès fut complet. Pendant plus de deux ans le malade m'a écrit quelquefois ; je l'en avais prié ; la névralgie n'a pas reparu.

Une jeune personne âgée de vingt-deux ans était depuis ■quatre années affectée de paralysie du mouvement des membres abdominaux : sensibilité normale de ces membres ; constitution bonne, seulement affaiblie par le repos; les fonctions du canal intestinal et de l'appareil urinaire s'exécutaient bien ; il existait des douleurs assez fortes sur la partie inférieure de la colonne vertébrale qui n'offrait d'ailleurs aucun vice de conformation ;

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on ne faisait pas naître , on n'exaspérait pas par la pression les douleurs qui étaient d'ailleurs presque permanentes avec des degrés variés d'exacerbation et de relâchement -, on observait de temps en temps des contractures brusques et momentanées siégeant plus spécialement sur les jambes ^ état moral excessivement mauvais ; cause de la maladie inconnue ; menstruation normale ^ aucune affection morbide sur les organes sexuels 5 les membres inférieurs avaient beaucoup maigri.

L'électricité fut employée un an après le développement de l'affection morbide qu'elle aggrava \ les médicaments internes destinés à solliciter les contractions musculaires devinrent nuisibles ainsi que rapplication"des cautères, des moxas , du fer rouge , des douches médicamenteuses, des vésicatoires , des eaux thermales, etc. -, fatiguée par les insuccès de tous ces moyens , la jeune personne avait confié , depuis dix-huit mois , sa maladie aux soins de la nature ; lorsque je la vis pour la première fois , des douleurs assez fortes, siégeaient sur la partie inférieure du rachis; l'état morbide était d'ailleurs celui que j'ai indiqué plus haut 5 il me parut avoir été traité empiriquement-, je pensai qu'un traitement rationnel pourrait peut-être encore réussir : je le proposai 5 on l'accepta avec une sorte d'indifférence.

Je fis appliquer des sangsues au bas des reins; elles amendèrent légèrement les douleurs : on'prit du lait d'ânesse -, j'administrai quelques narcotiques à l'intérieur; quinze jours après, l'état des forces le permettait, je répétai l'évacuation sanguine' locale; j'obtins encore un peu d'améhora^ion ; dans le second mois, et vingt-quatre heures après la cessation des règles , je fis pratiquer au bras une saignée dérivative de qUatre-vingt dix grammes (trois onces); l'amendement qui avait diminué augmenta notablement cette fois; j'eus recours au même moyen, le lendemain des deux menstruations suivantes : les douleurs de la colonne vertébrale étaient devenues légères , et les contractions spasmodiques des membres abdominaux ne se faisant presque plus observer, je mis en usage successivement cinq moxas.

Au commencement du sixième mois les membres abdominaux purent se mouvoir légèrement; la douleur devint nulle; les contractions spasmodiques disparurent : cessation de l'emploi des antispasmodiques ; application successive de trois moxas.

Huitième mois : la malade marche assez bien avec des béquilles.

Dixième mois : ramendement ne fait plus de progrès • j'ai alors recours à l'électro-puncture qui . employée dans des circonstances opportunes , m'inspire une certaine confiance ^ elle détermine d'abord quelques douleurs 5 je la mets en usage seulement tous les cinq ou six jours 5 son action n'est plus trop énergique : la myotilité augmente lentement -, la malade est ensuite soumise aux aiguilles et à l'électricité , d'abord deux , puis trois et même quatre fois par semaine 5 ce moyen ne présente alors aucun inconvénient 5 l'affection morbide s'amende beaucoup ; au douzième mois la malade marche seule , quoique avec difficulté ; l'usage de l'électricité est continué.

Quatorzième mois : la locomotion commence à devenir assez sûre 5 elle peut être un peu prolongée -, toute espèce de médication a cessé; les membres abdominaux restent un peu faibles 5 les eaux thermales employées trois mois après complètent la guérison qui se soutient depuis trois ans.

Nous avons soigné, avec le docteur .Constant James ^ dans la maison de santé du boulevard Mont-Parnasse, une jeune personne dont l'état morbide offrait la plus grande analogie avec celui de la malade dont nous venons d'analyser l'observation ; les mêmes moyens ont été mis en usage , abstraction faite des aiguilles 5 Mademoiselle X'^'*^'^ est repartie presque guérie dans son pays : au bout de six mois il ne lui restait qu'un peu de faiblesse au bas des reins lorsqu'elle avait beaucoup marché.

On néglige trop en général l'électricité quand il s'agit de l'amaurose 5 n'oublions pas de faire remarquer que si , dans tous les cas de ce genre, la cause de la paralysie est dans le cerveau, que si de nouvelles apoplexies sont à craindre , les moyens excitants deviennent très-daiïgereux 5 il faut y renoncer.

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