PHLÉBOTOMIE EN GÉNÉRAL
Les anciens ont donné à la saignée des dénominations différentes , suivant l'effet qu'ils se proposaient de produire par cette opération^ mais les divisions qu'ils ont établies sont presque toutes dépourvues de fondement 5 dans l'état actuel de la science^ on doit admettre seulement les suivantes : on désigne sous le nom de saignée évacuative ou spoliative celle par laquelle on se propose uniquement de diminuer la quantité du sang : on nomme dérivative ou révulsive celle qui , en même temps qu'elle détermine l'effet que nous venons d'indiquer, attire le sang vers le point où le vaisseau est ouvert-, l'expérience n'a-t-elle pas en effet prouvé qu'une hémorrhagie utérine est ordinairement arrêtée par la dernière de ces évacuations sanguines pratiquée au bras 5 tandis que la première , non-seulement échoue presque toujours, mais encore aggrave très-fréquemment la maladie : on sait que si dans le cas qui nous occupe , on extrayait de la jambe une petite quantité de sang, on augmenterait la métrorrhagie : nous avons beaucoup insisté dans la clinique chirurgicale de l'hôpital de la Pitié (Voyez t. P% p. 38), sur les preuves incontestables et nombreuses , sur les faits multipliés qui viennent à l'appui de l'efficacité de la saignée dérivative ou révulsive.
Avant de faire la saignée , on s'assurera que le sujet n'a pas mangé au moins depuis quatre ou cinq heures ^ les manches des vêtements que portent . les femmes sont souvent extrêmement étroites ^ l'opérateur les relèv© seulement dans la plupart des circonstances 5 ïl applique la ligature -, il pratique la saignée et le sang cesse bientôt ordinairement de couler ; j'ai vu fréquemment alors de jeunes chirurgiens saigner une seconde fois^ on évite cet inconvénient lorsque la malade se déshabille ^ la cessation de l'écoulement sanguin veineux était due à la pression exercée par le vêtement sur le système artériel : on renoncerait moins souvent à la saignée , lorsqu'il est difficile de reconnaître la présence des vaisseaux , si la ligature restait en général plus longtemps appliquée , une demi-heure ou une heure , et si pendant son application , le malade contractait fréquemment ses muscles , pour faire refluer le sang dans les veines superficielles 5 il est cependant des cas dans lesquels la peau étant très-susceptible de s'in jecter sous l'influence d'une compression circulaire , même de
peu de durée, se tuméfie , rougît beaucoup, bleuit en quelque sorte ; d'où naissent de plus grandes difficultés 5 il faut donc alors que cette compression ne persiste pas trop longtemps : quant au bain chaud dans lequel on plonge le membre, on ne le mettra en usage que dans les cas où l'on aura épuisé toutes les autres ressources-, car, s'il peut être avantageux, il peut avoir aussi l'inconvénient de tuméfier la peau , de la congestionner, d'augmenter son épaisseur, ainsi que celle du tissu cellulaire sous-cutané et de masquer davantage les tubes veineux.
Les veines sous-cutanées , surtout celles du membre abdominal, contiennent beaucoup moins de sang le matin, lorsque les malades sont encore au lit et qu'ils y ont passé la nuit ^ la saignée peut être alors difficile à pratiquer ; il faut qu'ils se lèvent et qu'jjs fassent un peu d'exercice s'il est possible.
Les femmes du peuple qui exercent beaucoup leurs membres thorachiques et qui ont un grand embonpoint , sont ordinairement faciles à saigner ^ ce n*est pas seulement parce qu'elles ont les veines plus volumineuses, mais bien encore parce que leurs avant-bras ne sont pas en rapport avec le développement du reste de leur économie ^ il semble que les pressions reitérées exercées par les contractions dès muscles sur le tissu cellulaire antibrachial saus-cutané soit plus spécialement la cause de son atrophie relative.
Nous nous sommes, convaincu sur le très- grand nombre de cadavres que nous avons eus à notre disposition que le volume des vaisseaux est presque toujours en rapport avec le développement du système musculaire ; or, chez les femmes dont les muscles sont minces et qui vivent dans la mollesse, les veines recouvertes par un tissu cellulaire plus ou moins abondant, sont en quelque sorte aplaties et en général petites ^ on les ouvre difficilement sans les transpercer^ c'est alors que la médiane basilique , collée pour ainsi dire à l'artère humérale , exposerait beaucoup à la lésion de cette dernière , si l'on ne suivait pas les données que nous établirons bientôt.
Quelques considérations sur les effets de la saignée doivent trouver place ici : chez les femmes , les pertes de sang se réparent avec une facilité extraordinaire ^ dans un grand nombre de circonstances , il faut compter davantage sur le régime que sur les évacuations sanguines.
Lorsqu'une phlegmasie aiguë succède à une inflammation
chronique et que les premières saignées ont beaucoup déprimé le pouls et affaibli le malade, ordinairement on ne saigne plus, bien que l'affection morbide persiste-, car l'expérience a prouvé qu'alors la déplétion sanguine a le grave inconvénient de diminuer les ressources que possède la nature contre la maladie : la phlegmasie a-t-elle désorganisé les tissus ? la saignée et la diète sont les moyens les plus sûrs de faire succomber les malades : il faut donc se défier de la prédilection empirique qu'ont alors quelques médecins pour les évacuations sanguines -, en général les inflammations sus-diaphragmatiques cèdent plus facilement à la phlébotomie que les sous-diaphragmatiques ; l'on ne saigne ordinairement au pied que pour combattre les affections morbides du cerveau et de ses dépendances.
Les larges saignées, c'est-à-dire celles à l'aide desquelles on extrait une' grande quantité de sang, conviennent contre les phlegmasies très-aiguës 5 mais lorsque les accidents inflammatoires ont diminué , et qu'ils requièrent néanmoins encore les émissions de sang , les saignées moins copieuses et plus fréquemment répétées méritent la préférence ; l'expérience a surtout sanctionné cette proposition dajis les cas de plaies de poitrine.
Une inflammation est quelquefois tetlement violente, que toutes les propriétés vitales semblent se concentrer vers l'organe affecté et sur lui-même -, le malade est alors plongé dans un état de faiblesse extrême que les anciens ont bien désigné sous le nom de oppressio virium ; la phlébotomie est ici d'une rigoureuse nécessité pour prévenir une mort pour ainsi dire immédiate , ou des transformations organiques qui plus tard deviendraient funestes.
Il serait presque inutile de dire que la saignée générale est préférable quand il s'agit d'un organe parenchymateux , et que la saignée locale doit, au contraire, être mise en usage contre les phiegmasies des tissus membraneux qui sont plus immédiatement sous l'influence de la circulation capillaire ^ toutefois lorsqu'il n'existe pas d'état bilieux, lorsque le sujet est fort et robuste et que les accidents inflammatoires sont très-développés, il faut recourir préalablement à la phlébotomie : beaucoup d'autres considérations d'une aussi grande importance pourraient encore être émises ici, si je ne craignais pas qu'elles ne m'entraînassent trop loin ^ on les trouvera dans la clinique chirurgi-
cale de l'hôpital de la Pitié. (Voyez tome r% le chapitre ayant pour titre : Considérations sur les évacuations sanguines en général. )
On saigne ordinairement au pli du bras, sur Favant-bras, sur le poignet, sur les veines saphènes interne et externe et sur la veine jugulaire externe^ Bouchet fds, de Lyon, a guéri avec une promptitude extrême une ophthalmie , en ouvrant la veine nasale dont la division doit coïncider avec celle de l'artère du même nom ^ dans les cas où l'état des parties ne permet pas de reconnaître par le toucher les veines superficielles des membres , thoraciques abdominaux et du col , ou bien quand ces veines trop petites ne fournissent presque pas de sang , pourrait-On ouvrir la çéphalique dans l'interstice musculaire formé par le grand pectoral et par le deltoïde? nous examinerons bientôt cette question.
Les instruments et les pièces d'appareil nécessaires pour pratiquer la phlébotomie sont :
1" La ligature , bande de drap rouge ou de linge à demi usé sans coutures et sans lisière ^ elle est large de trois travers de doigt environ et longue dfun mètre dix-huit centimètres (une aune ) ^ elle est destinée à exercer une compression circulaire qui arrête la circulation veineuse superficielle , retient le sang dans les vaisseaux , les dilate et les rend plus apparents ; son action est quelquefois aidée par une compresse pliée en plusieurs doubles et placée préalablement sur le trajet de la veine qu'on veut ouvrir ^
2° La lancette : il en existe plusieurs espèces ; celle à grain à'' orge offre la même largeur presque jusqu'à sa pointe qui est très-acérée quoique courte ^ la lame de celle à grain d'avoine diminue insensiblement de largeur jusqu'à sa pointe qui se trouve ainsi beaucoup plus longue que la précédente : la lancette ^langue de serpent ou pyramidale a la pointe plus longue encore que celle à grain d'avoine;
3° Un lancetier ou tout autre corps rond à peu près de même grosseur -,
4° Du canepin pour essayer la lancette 5
5° Une petite érigne . un stylet , une pince à disséquer , des ciseaux , un vase pour recevoir le sang , des compresses , de l'eau tiède, une seconde bande pour le pansement, quelque eau spiritueuse, un corps gras qu'on met sur les bords de la plai©
pour l'empêcher de se cicatriser , lorsqu'on veut que la même ouverture serve à plusieurs évacuations sanguines 5 ce corps étranger , le défaut de réunion immédiate , ou bien la rupture d'une cicatrice plus ou moins complète , n'exposeraient-ils pas davantage à la phlébite que si l'on ouvrait le vaisseau dans un ou plusieurs autres points? Il faut encore avoir à sa disposition un drap pour ne pas tacher le malade , un aide destiné à tenir le vase dont nous venons de parler : si l'on opère pendant la nuit la prudence exige deux bougies allumées.
Quand on craint que le sujet ne se livre à quelques mouvements dangereux pendant l'opération , on doit essayer de distraire son attention -, on suit ses mouvements ou bien on les évite ; on fait même assujettir le sujet par des aides s'il est très-pusillanime , s'il est affecté de délire ou d'accidents convulsifs.
Le chirurgien doit être ambidextre : en transgressant ce principe qui est souvent connu des gens du monde , il compromettra sa réputation 5 il pourra faire croire que la nature lui a refusé une main chirurgicale^ j'ai vu quelquefois les malades refuser de laisser ouvrir leur veine ^ rappelons d'ailleurs qu'on peut prati* quer la saignée sur les deux bras en se servant de la même main , et que l'opération est exécutée avec autant de facilité et de succès que si l'on suivait le précepte inverse.
On ne se décidera point à faire la saignée si l'on n'a pas constaté la présence de la veine au moins par le toucher ^ des anomalies exigeront quelquefois qu'on pratique la phlébotomie dans des lieux insohtes tels que l'avant-bras , la face dorsale du pied , etc.
La lancette à grain d'avoine mérite la préférence lorsqu'on veut ouvrir un vaisseau profond ; c'est avec elle qu'on fait une plaie plus petite suivie d'une cicatrice moins difforme à laquelle les femmes tiennent singulièrement.
La lancette à langue de serpent ou ptjramidale possède à un plus haut degré les avantages que nous venons d'indiquer ; mais elle est assez difficile à bien manier ^ elle expose à une solution de continuité trop petite-, elle est en général peu employée.
La lancette à grain d'orge convient aux commençants quand ils ouvrent de grosses veines : ils n'ont besoin alors que de faire une simple ponction pour pratiquer l'opération^ mais cette lancette a l'inconvénient d'occasionner des plaies trop étendues, surtout lorsqu'elle pénètre profondément 5 il en résulte de grandes cicatrices que les femmes reprochent souvent aux chirurgiens ; I. 17
ces cicatrices rétrécissent ou bien oblitèrent plus facilement les veines 5 d'où résulte plus facilement aussi l'inconvénient de ne pas pouvoir les soumettre à de nouvelles phlébotomies.
La lancette dont la lame doit former avec la châsse un angle droit , est essayée sur un morceau de canepin tendu ^ pour être bonne, il faut qu'elle le traverse presque par son propre poids, et sans produire aucun bruit; elle est portée ensuite dans la bouche où le rapprochement des mâchoires la maintient; on tourne sa pointe du côté opposé à la main qui doit opérer.
L'opérateur saisit l'instrument avec le pouce placé en partie sur la lame et sur son articulation 5 le doigt médius est mis sur la face diamétralement opposée ; l'indicateur , situé sur le plat de la lame à une petite distance de sa pointe , est destiné à borner l'étendue du fer qui doit entrer dans les tissus \ ces doigts sont tous plus ou moins à demi tléchis : un second mode de tenir la lancette consiste à appliquer le pouce et l'indicateur à demi fléchis, en même temps sur la lame de Finstrument et sur son articulation ; on peut encore mettre ces doigts sur la lame seulement de panière à n'en laisser dépasser à peu près que la partie qui pénétrera dans les chairs : en général , ces deux dernières positions sont préférées; elles rendent l'extension et la flexion des doigts plus faciles : toujours, les deux ou les trois derniers sont étendus et 'écartés les uns des autres ; c'est sur eux que la main prend un point d'appui près de la veine qu'on veut ouvrir.
Le chirurgien s'assure de la situation des artères et de leurs anomalies; il reconnaît la position des tendons; il apporte à ces examens la»plus scrupuleuse attention; l'exploration est faite avec le doigt indicateur qui , appliqué successivement sur plusieurs points de la peau , exerce sur elle une pression lente et graduée ; cette pression cesse d'une manière brusque, sans que toutefois ce doigt abandonne les téguments ; ainsi la capacité du vaisseau ayant été diminuée ou eff'acée , le sang dont la circulation a été gênée et suspendue, produit une impulsion plus forte. Il n'appartient qu'à un homme peu exercé de marquer avec l'ongle la partie des téguments situés sur l'artère, dans la crainte de la perdre de vue; il faut s'assurer de la position des vaisseaux artériels avant de poser la ligature ; car son action modérant beaucoup le cours du sang ne permettrait pas quelquefois de les reconnaître ; quant aux veines , on les voit ; on les sent mieux lorsque la compression est établie un peu au-dessus de l'endroit où elles sont cherchées,
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On trouvera les règles pour placer la ligature à l'occasion de la saignée du bras \ c'est en les décrivant que nous exposerons d'autres principes généraux.
Le vaisseau étant assujetti avec le pouce qui le comprime, à une petite distance au-dessous du lieu où il doit être ouvert, on approche de la veine la pointe de l'instrument 5 les doigts à demi fléchis s'étendent et l'y enfoncent^ ainsi le premier temps de l'opération est pratiqué, c'est la poïiction; on procède alors au second temps, désigné sous le nom à'élévatiQn; il consiste à faire exécuter à la lancette, en étendant davantage les doigts et en les soulevant, un mouvement de* bascule,, à l'aide duquel sa pointe est portée en haut et sa.châsse en bas.
Un chirurgien qui a même tout récemment écrit , répète dans son Hvre , que la ponction de la veine étant faite , il faut , pour agrandir la plaie, soulever la main et la porter en f^vant-, mais on a oublié, qu'en procédant ainsi, les doigts perdenl leur point d'appui sur les téguments 5 ils le prennent uniquement sur la lancette' et peuvent l'enfoncer trop profondément ^ il est d'ailleurs admis par toi^ les praticiens qui ont bien étudié la médecine opératoire, qu'il est préférable, quand on incise les tissus de dedans en dehors et qu'on finit l'incision, d'imprimer à l'instrument de l'intérieur à l'extérieur un mouvement de bascule dans lequel on l'attire vers soi plutôt qu'on nele pousse devant soi, car personne n'ignore qu'en suivant le premier de ces procédés , la peau luit beaucoup moins facilement qu'en pratiquant le second.
Pour éviter de labourer les téguments dans une plus grande étendue , l'instrument pénètre en général perpendiculairement dans le vaisseau^ s'il est profond, le chirurgien opère avec une» certaine lenteur, afin de sentir le défaut de résistance qu'on éprouve lorsqu'on arrive dans la capacité de la veine, afin de donner au sang le temps de monter le long de la lame de la lancette , de se montrer à l'extérieur, et d'indiquer d'une manière plus certaine que la veine est ouverte; on manque souvent de l'ouvrir ou bien on la transperce pour vouloir manœuvrer avec trop de vitesse.
Lorsqu'on opère sur le pojnt de la mééiane basilique qui correspond à l'artère ou au nerf médian , il faut surtout, dans les cas difficiles, faire pénétrer la lancette dans une position plus ou moins éloignée de la perpendiculaire , suivant les circonstances, afin d'éviter ces organes importants.
Les petites veines doivent être incisées transversalement ^ car si on les divisait autrement , elles ne fourniraient pas assez de sang 5 on a la précaution de tâcher de ne pas les couper dans toute leur circonférence : mais le vaisseau étant d'un calibre ordinaire ou d'un gros volume, on l'ouvre obliquement 5 c'est-àdire que la section qu'on y pratique forme avec son axe un angle de quarante à qaarante-cinq degrés ] on pense qu'ainsi la phlébite est plus facilement évitée.
L'incision parallèle à l'axe de la veine est réservée aux cas dans lesquels l'indication exige que le sang coule avec lenteur, à ceux qui font craindre des difficultés pour arrêter l'évacuation sanguine ; mais l'incision dont nous nous occupons ne fournit presque jamais assez de sang, à moins que le vaisseau ne soit très-gros et qu'il ne soit pas recouvert par des fibres musculaires.
La plaie qu'ton pratique pour faire la saignée a ordinairement cinq millimètres environ (deux lignes de longueur)-, un embonpoint plus ou moins prononcé veut que cette longueur soit de cinq millimètres à sept miUimètres et demi (deux à trois lignes) 5 il faut éviter avec le plus grand soin de lui donner trop d'étendue, surtout chez les personnes qui doivent avoir souvent les avant-bras découverts : les femmes se plaignent très-fréquemment, nous le répétons , des cicatrices larges qui suivent la phlébotomie.
Toutes les fois que les circonstances le permettront , on pratiquera la saignée au-dessus et mieux au-dessous du point où la veine présente des cicatrices ; l'anatomie pathologique a montré en efi'et qu'elles rétrécissent souvent le vaisseau, et qu'elles l'oblitèrent sur un assez grand nombre de sujets ^ d'après ce que nousvenons de dire , on devra , quand on ne pourra pas agir autrement, tenter la phlébotomie sur le point veineux qui aura été déjà ouvert même plusieurs fois -, cette opinion n'est pas très-généralement admise ^ si elle est rejetée , on peut être obligé de renoncer à la saignée : pendant que je faisais manœuvrer les opérations sur le cadavre, j'ai eu à ma disposition une quantité très-considérable de sujets dont les veines avaient été autrefois ouvertes plus ou moins fréquemment^ durant plusieurs années .^ j'ai peu laissé échapper d'occasions d'étudier l'anatomie pathologique de ces veines 5 voilà les résultats que j'ai observés :
Lorsque le vaisseau n'avait été incisé qu'une ou deux fois , et lors même que ses ouvertures étaient très-près l'une de l'autre , j'ai souvent vu qu'il avait conservé entièrement sa capacité ^
quand elle était diminuée, cette diminution était presque toujours légère; je n'ai jamais trouvé d'oblitération complète dans le cas qui nous occupe.
Lorsque la phlébotomie avait été pratiquée six, huit ou dix fois sur le même vaisseau et sur des points rapprochés les uns des autres, il existait toujours un rétrécissement qui avait fait perdre ordinairement à la veine la moitié, les deux tiers, ou les trois quarts de sa capacité : quelquefois, la coarctation était fort peu prononcée , et assez ordinairement j'observais une entière oblitération : d'après ces faits, j'ai donc conseillé avec raison la phlébotomie sur l'endroit des vaisseaux qui avaient été déjà ouverts, même un grand nombre de. fois; ce précepte, je le répète , doit être suivi quand il n'est pas permis de saigner ailleurs. On appelle saignée Manche celle dans laquelle la veine n'est pas ouverte -, la plaie est-elle située sur le trajet du vaisseau? on y plonge de nouveau l'instrument; dans le cas contraire, on essaye de déplacer la peau , d'amener la solution de continuité sur l'axe de la veine , de l'y maintenir pour y enfoncer la lancette et faire couler le sang.
L'ouverture pratiquée sur le vaisseau est quelquefois trop étroite ; voit-on le sang s'épancher dans le tissu cellulaire? a-t-on besoin qu'il sorte rapidement? il est facile d'agrandir l'incision.
C'est en exerçant des tractions sur la peau qu'on rétablit le parallélisme des bords de la solution de continuité, afin de faciliter l'écoulement du sang; si un flocon celluleux bouchait plus ou moins complètement la place et empêchait le fluide sanguin de couler, un stylet, une pince à disséquer ou une petite érigne serviraient à l'éloigner ; on aurait grand soin de ne pas pénétrer dans le vaisseau avec ces instruments , dans la crainte de produire la phlébite ; on pourrait encore enlever avec des ciseaux la petite portion de tissu cellulaire dont nous nous occupons.
On parvient souvent à faire jaillir le sang en serrant ou bien relâchant la ligature.
Si le malade était menacé de syncope , on raffermirait son courage; dans le cas où il serait trop pusillanime , on mettrait en usage les moyens indiqués à l'occasion de la saignée du bras.
La quantité de sang qu'on retire ordinairement de l'économie par une saignée est de cent quatre-vingts à deux cent soixante-dix grammes (six à neuf onces , deux à trois palettes) ; mais elle peut varier depuis trente grammes environ (une once) jusqu'à trois
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cent soixante et même sept cent dix grammes (douj^e à vingt-sept onces) ; dans im cas de plaie de tête très-grave, j'ai vu mon père extraire cette dernière quantité de liquide sanguin -, il imita A. Paré. La saignée de deux kilogrammes, quatre livres, conseillée par M. Velpeau^ me paraît au moins effrayante.
Veut-on se servir de la même solution de continuité pour faire une nouvelle saignée, on met un corps gras, du cérat simple, entre les bords de la plaie 5 sans chercher à la réunir par première intention , on applique le bandage destiné à arrêter le sang 5 lorsqu'on veut qu'il coule de nouveau, on lève l'appareil 5 on réapplique la ligature , et si la solution de continuité a commencé à se cicatriser, on exerce des tractions modérées en sens opposé ; l'on rompt la cicatrice récente ; des frictions et ensuite de légères pressions pratiquées à quelque distance du point lésé du vaisseau , concourent au but qu'on se propose d'atteindre : nous répétons que ce moyen expose davantage à la phlébite , et qu'il nous semble préférable, d'après les faits que nous avons observés , de faire une nouvelle phlébotomie : beaucoup de chirurgiens portent un stylet boutonné jusque dans la veine; Chaussier a prouvé l'existence de la sensibilité de ce vaisseau 5 nous avons déjà dit que ce stylet est fort dangereux; nous le rejetons.
L'appareil qu'on a appliqué pour arrêter le sang le laisse quelquefois couler ; alors , au lieu d'une compresse ordinaire , on emploie une ou plusieurs compresses graduées.
Chez la plupart des sujets, la plaie est cicatrisée le lendemain de l'opération; on peut alors faire abstraction de l'appareil ; on recommande au malade de peu exercer le membre et d'éviter surtout les mouvements qui tirailleraient la cicatrice; pendant quelques jours, il ne doit pas porter de laine sur la peau dans la crainte d'y produire de l'irritation; il est des cas dans lesquels le bandage doit être employé au moins quarante-huit heures ; il faut le lever tous les matins afin de s'assurer s'il ne se développe pas sous lui quelque état morbide dangereux; on le réappliquepar-dessus une compresse fine enduite de cérat : si le linge adhérait à la solution de continuée non encore cicatrisée, on l'en détacherait en l'imbibant d'eau de guimauve tiède et en exerçant sur lui de légères tractions dans la direction du grand diamètre de la plaie ; il est bien entendu qu'à l'aide de pressions légères exercées préalablement au-dessus et au-dessous d'elle, on en maintiendrait les bords rapprochés .
Sur les personnes maigres . les veines sont plus roulantes que sur les sujets doués d'un embonpoint plus ou moins développé; si chez ces derniers le vaisseau est plus profondément situé , le tissu cellulaire , plus abondant , l'éloigné davantage de l'artère.
Essuyer la lancette. — Mais on a ouvert convenablement la veine ; on replace la châsse de la lancette dans la bouche , à moins que cette châsse ne soit tachée de sang -, on pourrait poser l'instrument sur un meuble après avoir ghssé sa lame sur l'une des branches de son manche.
La saignée est pratiquée; le pansement est achevé; il faut s'occuper immédiatement de nettoyer la lancette ; on essuie d'abord la branche de l'instrument dépourvue de fer; puis , en agissant du talon à la pointe , on passe le linge sur la lame et audessus de la partie où elle siège ; ensuite on porte cette lame sur le côté opposé, où l'on procède de la même manière; Ton revient enfin aux points où il reste de l'humidité,
procédé qui consiste à ghsser la lame jusqu'à sa pointe entre les doigts garnis de linge, me paraît devoir être rejeté, parce qu'il expose à-émousser l'instrument.