‹ Précis de médecine opératoireChapitre 10 sur 68 · SAIGNÉE DU BRAS · texte numérisé non relu

SAIGNÉE DU BRAS

Les veines qu'on ouvre sont la céphalique, la radiale superficielle ,^la médiane céphalique , la basilique , la médiane basilique, la médiane moyei^ne , la cubitale externe et la cubitale interne; on pratique quelquefois la phlébotomie sur les branches veineuses qu'on voit sous les téguments de la face dorsale dé la maiïi et des autres points de l' avant-bras.

Faisons l'anatomie chirurgicale des veines du mernbre thorachique , relativement à la phlébotomie.

Veine céphalique, — Arrivée vers l'articulation cubito-humérale/elle gagne le côté externe et un peu postérieur de l'avantbras, qu'elle longe jusqu'à l'espace placé entre le premier et le second os du métacarpe ; cette veine fournit au niveau du pli du bras : 1° La radiale superficielle ^ qui, couchée sur les muscles long-supinateur et radiaux externes, descend le long de la partie antérieure et externe de l'avant-bras , jusqu'au poignet. 2*" La médiane céphalique; elle se dirige en dedans , forme avec l'axe du

membre un angle qui offre beaucoup de variétés ^ elle longe ordinairement le côté externe du tendon du biceps , passe sur le nerf musculo-cutané , et vient au milieu du pli du bras s'anastomoser avec la veine médiane basilique.

Veine basilique. — Elle est plus grosse que la céphalique-, arrivée vers la tubérosité interne de l'humérus , elle fournit la médiane basilique et les deux cubitales supefficielles distinguées en externe et en interne.

La médiane basilique se porte en dehors , croise sous des angles variés, suivant les sujets, le tendon du biceps et l'artère brachiale ; elle s'anastomose avec la veine médiane céphalique : de cette union partent deux branches , l'une profonde, dont nous ne devons pas nous occuper, l'autre superficielle-, c'est la médiane moyenne , qui , ordinairement couchée sur l'interstice formé par les muscles long supinateur et rond .pronateur, descend jusqu'à la main.

Laveme cubitale externe^ presque toujours assez petite, longe la partie interne et antérieure de l'avant-bras , et s'étend jusqu'à son extrémité inférieure.

La cubitale interne , qui paraît être la continuation de la basilique , descend le long de la partie interne de l'avant-bras , gagne son côté postérieur, et s'avance jusqu'à la région interne de la face dorsale de la main.

Les vaisseaux que nous venons d'indiquer, sont placés dans le tissu cellulaire entre le fascia superficiel sous-cutané et l'aponévrose d'enveloppe \ le point de la médiane "basilique qui correspond à l'artère , est ordinairement plussuperficiel que les autres. On trouve tantôt plus, tantôt moins de veines que nous ne venons de le dire 5 il est connu, même des gens du monde, que la direction ,'le nombre et le volume de ces vaisseaux, offrent beaucoup de variétés.

Plus souvent qu'on ne le pense, l'artère cubitale est susaponévrotique dans toute son étendue \ l'artère radiale présente beaucoup moins fréquemment cette anomalie 5 je m'en suis convaincu en faisant manœuvrer pendant plus de quinze ans les opérations sur le cadavre, à un très-grand nombre d'élèves -, parmi les milliers de sujets que j'ai eus à ma disposition, il en était à peine quelques-uns sur lesquels on ne mettait pas ces vaisseaux à découvert.

II est des cas dans lesquels l'artère brachiale se rapproche beaucoup plus delà tubérosité interne de l'humérus, que les anatomistes ne l'ont dit : j'ai disséqué trois cadavres sur lesquels je l'ai trouvée sur la partie interne et inférieure du bras ; elle se recourbait ensuite presque à angle droit, pour venir sur la région antérieure et moyenne de Tarticulation du coude 5 j'ai observé, sur l'un de mes prosecteîirs , la disposition anatomique dont nous nous occupons.

Il faudra donc savoir si les anomalies, que nous venons d'indiquer , n'existent pas -, on se livrera aux recherches nécessaires avant l'application de la ligature , qui amoindrirait ou qui ferait cesser les pulsations des artères , et empêcherait ainsi de constater leur position insolite , nous le répétons.

Un de mes élèves cherchait en vain l'artère brachiale sur l'extrémité inférieure du bras 5 je l'y trouvai couverte dans l'étendue de trois travers de doigt au-dessus de l'articulation du coude , par le faisceau musculaire superficiel et interne de Favant-bras 5 ce faisceau s'étendait à la hauteur que je viens d'énoncer 5 la pièce d'anatomie qui a été dessinée par mon prosecteur M. Ziegler, fait partie de la belle collection des variétés anatomiques , recueillies par M. Serres j à l'amphithéâtre de l'école des hôpitaux de Paris ; cette anomalie , une fois indiquée , n'embarrassera plus le chirurgien quand il voudra mettre à découvert l'artère huméraie, ou bien lorsqu'il pratiquera la saignée au pli du bras.

Plus les veines sont près du côté externe du membre , moins on rencontre auprès d'elles de filets nerveux; ils sont beaucoup plus nombreux sur la région cubitale de l'avant-bras 5 c'est par leur présence qu'on explique la sensibilité plus exquise de cette région 5 on a dit en effet , à tort , qu'elle est due aux frottements plus rares , auxquels les usages de la vie la soumettent 5 mais on a oublié que la face interne du membre thorachique est plus souvent en contact avec le tronc et le bassin , que la face externe de ce membre avec les objets extérieurs qui l'environnent -, j'ai établi depuis longtemps ces données dans mes cours de pathologie externe et de médecine opératoire 5 je les ai quelquefois indiquées à ma cUnique-, j'ai exposé ces idées en 1823, dans la Bibliothèque médicale 5 j'ai dit qu'on doit donner la préférence à l'ouverture des veines qui sont accompagnées par le plus petit nombre de filets nerveux ; car il me semble très-facile de comprendre que, moins il y en aura, moins on s'exposera à

les blesser ; c'est donc à moi que s'adresse la phrase suivante , extraite textuellement des nouveaux éléments de médecine opératoire par M. Velpeau. (Voyez t. I", p. 293). « Qu'elles sont » toutes entourées (les veines) de filets nerveux , et que sous ce )) rapport^ il serait ridicule de vouloir piquer Vune plutôt que les » autres. )> Nous avons, je crois, le droit de retourner la phrase de M. Velpeau^ et de dire qu'il est ridicule qu'un professeur ne connaisse pas le fait anatomique que je viens d'indiquer, et que tout le monde a vérifié; mais n'en faisons pas un reproche à cet auteur ; on sait qu'il ignorait même les dangers quelquefois funestes , de l'application prématurée de l'entérotome de Dupuytren , que ce grand chirurgien conseille avec tant de raison de retarder. (Voyez clinique chirurgicale de Vhùpital de la Pitié ^ t. I-, p. 439, )

Le nerf musculo-cutané ne se dégage d'entre le brachial antérieur et le biceps qu'à la moitié de la hauteur du tendon inférieur de ce dernier muscle 5 au-dessus de ce point, je n'ai jamais trouvé de filets nerveux autour de la veine médiane céphalique; j'ai vérifié ce fait anatomique important un très-grand nombre de fois 5 je l'ai montré à toutes les séries d'élèves et de jeunes chirurgiens qui , pendant plus de quinze atis , je le répète, ont suivi mes cours pratiques de médecine opératoire , je laisse donc à M. Velpeau le plaisir d'avancer, page' ^1 (Loco citato)^ que je ne l'ai disséquée (la veine céphalique) que sur un ou deux cadavres qui , par anomalie sans doute ^ s'en trouvaient dépourvus (de nerfs) : on voit et je l'ai prouvé ailleurs, je le prouverai encore très-souvent , que les attaques contre moi ne sont pas ménagées; on ne s'étonnera donc pas de mes fréquentes répliques ; lès intérêts de l'humanité , le sentiment de ma propre dignité me le commandent impérieusement ; il faut enfin que justice soit rendue : le faitd'anatomie, sur lequel je viens d'insister, n'a pas été indiqué seulement par mes élèves , comme le prétend l'écrivain que je viens de citer; ici son érudition est encore en défaut, comme dans tant d'autres circonstances (V. la même page) ; car on trouvera ce fait dans un mémoire que j'ai inséré, en 1823, dans la Bibliothèque médicale : ce mémoire a pour titre nouvelles co7isidèrations sur la saignée dubras. En lisant d'ailleurs la page 291 du premier volume de l'ouvrage de M. Velpeau^ on s'assurera que sa récrimination contre moi s'applique à l'anatomie de la veine céphalique , tandis qu'on vient de le voir, le fait anato-

mii^ue en question se rapporte , non pas à toute l'étendue de la médiane cèpJialique, mais bien seulement à la partie qui est située au-dessus de la moitié inférieure du tendon du biceps : les erreurs de ce genre ne sont pas rares dans le livre que nous avons cité. Il résulte des faits anatomiques énoncés : 1" que la partie supérieure de la veine médiane céphalique est le point le plus avantageux pour pratiquer la saignée 5 2° que chez les sujets dont le système musculaire est assez développé , le long supinateur (Couvrant, pendant la pronation même légère de l'avant-bias, le nerf musculocutané et le tendon du biceps., l'on peut saigner plus bas ^ 3" que dans le cas où les muscles seraient minces, la pronation ne remplirait pas le but que nousvenoBs d'atteindre, si, à cette première position que nous avons donnée au membre, l'on n'unissait pas un peu de flexion ^ 4° Lorsqu'on ne pourra pas ouvrirla médiane céphalique , l'on donnera la préférence : 1** à la continuation de la céphalique -, 2° à la radiale superficielle-, 3° à la médiane moyenne ; Mais n'omettons pas de faire observer que si cette dernière rampait sur l'interstice musculaire formé par les muscles long-supinateur et rond-pronat^ur, elle serait toujours adossée à des filets nerveux dont la lésion deviendrait presque inévitable , que chez les sujets dont le système musculaire est peu développé, l'artère radiale , située alors immédiatement sous l'aponévrose anti-brachiale, pourrait être lésée : or cette veine ne sera ouverte que si elle siège en dehors ou en dedans de l'espace intermusculaire indiqué. l*e grand nombre de filets nerveux qui accompagnent les veines cubitales semblent ne pas devoir permettre de les ouvrir ; ne peut-on pratiquer la saignée que sur elles ou sur la veine médiane basilique? Nous préférons encore ordinairement la phlébotomie faite sur ce dernier vaisseau , d'après les principes que nous allons établir.

Toutesles fois que nous nous sommes occupé de la saignée, dans nos cours de médecine opératoire , nous avons priéMM. les élèves, dont la veiûë médiane basilique avait été ouverte, de nous la montrer; nous avons toujours vu, avec étonnement, la cicatrice résultant de l'opération , siéger sur le point où cette veine croise la direction de l'artère ; pourquoi la phlébotomie est-elle pratiquée sur ce lieu ?C'estparce que la médiane y est plus superficielle; mais il est évident que ce vaisseau pouvant être senti dans l'endroit dont nous venons de parler, l'on peut très-bien aussi constater sa présence, soit en dehors, soit en dedans de l'artère humérale.

La veine médiane basilique doit être ouverte en dehors de l'artère.

Lorsque l'anastomose de cette veine avec la médiane céphalique se fait trop près du condyle interne de l'humérus, on saigne la médiane basilique en dedans du tube artériel ^ il est vrai qu'on peut blesser le nerf médian, mais sa lésion produirait des accidents moins graves que celle de l'artère.

Plus l'angle, formé par la veine médiane basilique, avec l'axe de l'artère humérale , se rapproche de l'angle droit , plus les principes que nous venons d'établir sont faciles à mettre en pratique ; quand cette veine âescend presque parallèlement à l'axe de l'humérus, elle rampe dans beaucoup* de cas sur le corps du biceps et sur son tendon 5 toujours alors son anastomose avec la médiane céphalique est située plus en dehors ( Clinique chirurgicale de Vhôpital de la Pitié, par J. Lisfranc^ t. I , p. 262). Ces préceptes sont renfermés dans le mémoire que j'ai publié en 1823 (V. Bibliothèque médicale). Il serait inutile de dire que la dernière disposition anatomique qui vient d'être indiquée facilite singulièrement l'opération.

On a conseillé, pour tâcher de couvrir légèrement l'artère avec le tendon du biceps , et pour soulever un peu la veine médiane basilique, à l'aide de l'aponévrose, de mettre la main du sujet en pronation ; ce moyen me paraît d'une bien faible importance 5 nous avons dit plus haut la manière dont la lancette doit pénétrer dans le vaisseau, lorsque l'opération est difficile.

La veine médiane basilique est plus près de l'artère , dans l'enfoncement que présente la partie antérieure de l'avant-bras, qu'un peu au-dessus de ce point; cette disposition est due à la présence de l'expansion aponévrotique du biceps, qui soulève davantage, en haut, le vaisseau veineux.

On a conseillé , dans le cas où la médiane basiHque serait volumineuse et superficielle , d'introduire la lancette kplat et horizontalement dons sa capacité ; mais en proposant ce mode opératoire, on n'a pas pensé , car on ne médite guère, qu'en ouvrant la veine, les deux bords de la lancette étant perpendiculaires à l'axe du membre , on ne s'expose pas davantage à la lésion des organes importants,puisqu'elle est saillante et volumineuse; on fait ainsi sur cette veine une incision plus convenable.

Dirons-nous qu'on a proposé encore de se servir d'une lancette, ne coupant que d'un côté ? elle augmenterait en pure perte le nombre des instruments chirurgicaux.

Lorsque les forces physiques et morales du malade qu'on va saigner, ne lui permettent pas de subir l'opération pendant qu'il est assis , il se couche en supination dans son lit ; si l'on pratique la phlébotomie lorsque le sujet est debout, la syncope arrive beaucoup plus facilement.

Veut-on faire la saignée sur F avant-bras droit? le chirurgien situé en dehors de ce membre , embrasse sa partie inférieure avec la main droite , la supérieure avec l'autre main 5 il T étend et le porte à sa gauche , entre son bras et son tronc ; la main de ce côté est alors appliquée sur la face postérieure de l'articulation cubitohumérale 5 l'opérateur suit les préceptes que nous avons indiqués plus hautpour reconnaître la position de l'artère humérale, ses anomalies, les variétés que présentent quelquefois la radiale et la cubitale, la situation du tendon du biceps, et les veines de Favant-bras ; la ligature est ensuite placée 5 le bras du malade reste dans la position que nous venons de lui donner^ la main gauche r4bandonne.

Le pouce, l'indicateur et le médius de chacune des mains , situées à la distance de quatre ou cinq travers de doigt l'une de l'autre . et placées en supination, saisissent, vers sa partie moyenne , la ligature déroulée. La portion qui en est comprise entre les deux mains, est appliquée sur la partie antérieure de l'articulation cubito-humérale 5 on la fait ensuite^lisser directement, de bas en haut, jusqu'à six ou neuf centimètres (deux ou trois pouces au-dessus^ en pressant légèrement sur elle pour tendre la peau \ alors le chirurgien en porte le chef interne en dehors , l'externe en dedans, les croise sur la face postérieure et interne du membre , avec la précaution d'éviter les plis et de ne pas pincer les téguments 5 il serre le premier circulaire, ensuite il ramène les deux chefs de la bande au côté externe et postérieur du bras , où , suivant la plupart des phlébotomistes , il fait un nœud et une rosette ; mais cette dernière sutfit seule-, elle a l'avantage de permettre de desserrer plus facilement la ligature -, nous lui donnons la préférence.

Lorsque la ligature est appliquée, l'opérateur saisissant l'avantbras par sa partie inférieure comme nous l'avons dit plus haut, le fléchit et le place sur la région latérale et antérieure de la poitrine du malade ; cette attitude concourt beaucoup à dilater les veines superficielles 5 il met le lancetier dans la main de l'opéré, dont r avant-bras est reporté et assujetti dans la position où il était lorsque la compression a étéétabhe -, le chirurgien s'assure de nouveau , s'il est possible , du siège de l'artère humérale 5 il choisit

encore, d'après les principes énoncés plus haut, le vaisseau qu'il doit ou qu'ir peut ouvrir-, mais les veines sont peu apparentes? on pratique des frictions de bas en haut sur la face antérieure de l'avant-bras ,avec la face dorsale des quatre derniers doigts de la main droite \ elles ont l'avantage d'accumuler le sang vers la ligature ^ elles seront légères , dans la crainte de déterminer sur les peaux fines et délicates des ecchymoses et des érysipèles 5 cette manœuvre manquerait en partie son but , si , lors de la dernière friction , le pouce de la main gauche n'était pas placé sur le vaisseau , immédiatement au-dessus du point où elle finit , et avant que les doigts qui la pratiquent n'aient abandonné les téguments ^ ainsi le pouce comprimant la veine à un centimètre , ou un centimètre cinq millimètres (quatre ^u six lignes) du lieu où elle doit être ouverte , empêche la colonne de sang de descendre ; il a encore pour usage de fixer le vaisseau et de tendre la peau.

Le chirurgien prend la lancette placée entre ses dents , et ouvre la veine , d'après les principes déjà émis ^ le sang jaillit -, on cesse de comprimer avec le pouce ^ la main gauche reste dans la même position , la main droite saisit la partie inférieure de l'avant-bras, le ramène devant l'opérateur, et le maintient dans le degré d'extension et de supination où il était lors de l'opération ; cette dernière précaution est indispensable pour que le parallélisme des bords de la solution de continuité ne soit point détruit.

Si lé sang ne coule pas, ou s'arrête après quelques jets, on commande au malade de rouler le lancetier dans sa main, en exerçant de fortes pressions sur lui;- la contraction musculaire fera afîluer en plus grande quantité le sang dans les veines superficielles -, on pratique de légères frictions sur la face antérieure de l'avant-bras^ on peut aussi percuter doucement avec la face palmaire des trois doigts du milieu de la main droite au-dessous de la petite solution de continuité.

Quelquefois la trop grande compression exercée par la ligature suspend la circulation dans les parties situées au-dessous d'elle; c'est alors qu'il sutfit de desserrer le lien pour que le liquide coule abondamment ; toutefois, on ne se décidera à cette manœuvre qu'après s'être assuré que les battements de l'artère radiale sont nuls , ou beaucoup moins forts que dans l'état normal : lorsque ces pulsations sont assez développées , on serre la ligature trop relâchée , pour faire couler le sang, et dans tous les cas , si le chirurgien n'a pas d'aide, et si le malade est trop faible, il reporte

le membre opéré entre son corps et son tronc ^ le défaut de parallélisme entre les ouvertures pratiquées sur la peau et sur la veine est d'ailleurs détruit par des tractions convenables exercées sur les téguments.-

La faiblesse des malades, la frayeur, une apoplexie peuvent empêcher le sang de couler ; dans ce dernier cas surtout il faut insister sur les moyens destinés a»le faire sortir 5 on doit y mettre une grande patience et beaucoup de temps : pendant que j'étais interne à l'hôpital Saint-Louis, on y apporta, dans un état de mort presque complète , un grenadier apoplectique d'une trèsforte constitution 5 l'artère radiale n'offrait presque aucun battement 5 plusieurs veines de l'avant-bras de cet homme, dont la face était d'ailleurs très-rouge , furent ouvertes 5 elles ne commencèrent à donner convenablement du sang qu'aubout d'une heure ; ajoutons qu'à mesure que ce liquide coulait,fe'SUjet revenait rapidement à lavie, et qu'il recouvra son intelligence immédiatement après l'extraction de cinq palettes de sang. Enfin , la quantité nécessaire de ce liquide est extraite, le bras du malade est replacé dans " la position que nous lui avons donnée en plaçant la ligature; le chirurgien enlève cette ligature 5 sa main gauche reste toujours appliquée'sùr la partie postérieure de l'articulation du coude ; il en place le pouce sur la veine divisée, au-dessous de la petite plaie, pour empêcher le sang de couler; il mettrait en même temps le doigt indicateur au-dessus d'elle si le liquide venait aussi de ce côté ; il ne faut pas , suivant nous , poser le doigt sur la solution de continuité , parce qu'il peut produire de la douleur, parce qu'il peut, à la rigueur, exposer à la phlébite : l'opérateur nettoie le membre avec un linge imbibé d'eau tiède , puis il l'essuie ; ensuite prenant de la main droite une autre compresse pliée en quatre, il la tient avec le pouce appliqué sur Tune de ces faces et avec l'indicateur, le médius et l'annulaire situés 'sur l'autre; il la pose un peu audessus de la petite plaie ; il la ramène légèrement en bas pour couvrir la solution de continuité , et pour mettre son bord supérieur en contact avec l'inférieur ; les trois doigts du milieu restent sur ^ette pièce d'aj^areil ; le pouce est placé sur ie côté interne de l'avant-bras ; ce membre repose sur la partie inférieure du preniier espace intermétacarpien; le chirurgien saisit avec la main gauche la partie inférieure de l'avant-bras; il le met dans la position presque à demi fléchie.

La main gauche devient libre j elle sert à placer en travers , sur

le côté externe de l'avant-bras , l'un des chefs d'une bande déroulée 5 ce chef, sur lequel le pouce de la main droite est appliqué pour l'assujettir, dépasse la face postérieure du membre dans l'étendue de trente-six centimètres environ (un pied) ^ alors la main gauche, glissée sous le bras du riialade, prend le chef interne de cette bande , le conduit sur les doigts qui fixent la compresse; à mesure qu'il arrive sur eux, ils sont relevés les uns après les autres pour la couvrir successivement 5 parvenu sur le bord radial de l'avant-bras , il est porté ensuite sur le côté interne et inférieur du bras 5 il en contourne la région postérieure et externe , revient sur sa partie antérieure , repasse sur la compresse , où les doigts exécutent de nouveau la manœuvre que nous avons décrite ; il revient sur le côté interne de l'avant-bras, en circonscrit la face postérieure et externe , gagne sa face antérieure , et décrit ainsi , à trois ou quatre reprises , un 8 de chiffre autour de l'articulation cubito-humérale ; enfin il s'arrête au pli du coude, où le chef interne est ramené, en embrassant la région postérieure et interne de l'avant-bras; c'est sur la compresse qu'est fait d'abord un nœud, ensuite une rosette.

Le bandage se dérangerait , si le malade mettait le bras dans l'extension ; il faudra donc lui recommander de le tenir à demifléchi pendant vingt-quatre ou trente-six heures environ.

Quand la saignée a été pratiquée sur un sujet qui ne jouit pas de la liberté de ses facultés intellectuelles , ou bien chez lequel des convulsions, des contractions spasmodiques se développent, il faut que l'appareil destiné à arrêter le sang soit surveillé, parce qu'il peut très-facilement se déplacer ; d'où naissent souvent des hémorrhagies dont il serait inutile de signaler le danger.

Lorsqu' après avoir employé tous les moyens pour connaître la présence des veines au pli du coude , on ne peut pas y parvenir ; il faut en chercher une sur toute l'étendue de l'avant-bras et même sur le poignet-, elle doit être un peu grosse , afin que la saignée rempUsse l'indication ; on l'ouvre avec la précaution d'éviter la lésion des tendons, des artères, etc.

Très-fréquemment une saignée générale est indispensable; cependant il peut être impossible de voir et de sentir les veines de la jambe , du pied , du poignet , de l'avant-bras et du bras ; on renonce alors à la phlébotomie malgré tous ces avantages ; on sait qu'elle ne peut pas toujours être remplacée par l'application des sangsues et par l'artériotomie ; ne pourrait-on pas mettre à décou-

vert la veine céphalique au niveau de l'interstice musculaire formé par le deltoïde et par le grand pectoral? né serait-il pas permis de l'ouvrir en ce point? L'opération est facile 5 on pratique une incision de trois centimètres environ (un pouce) de longueur parallèlementàraxedel'humérus et àun travers de doigt en dedans du sommet de l'apophyse coî-acoïde 5 après avoir divisé la peau , le tissu cellulaire , le fascia , et , au besoin , l'interstice musculaire , suivant la hauteur à laquelle on opère , on aperçoit le vaisseau. J'iai décrit ce procédé opératoire dans un mémoire ayant pour titre Nouvelles considérations sur la saignée du bras. (V. Bibliothèque médicale, i 8^3. y

Mais établissons ici quelques données d'anatomi'e chirurgicale : sur dix-neuf sujets , dont onze femmes et huit hommes , la veine céphalique , que nous suivons de bas en haut , s'enfonce dans l'interstice musculaire formé par le deltoïde et le grand pectoral à l'union de la moitié inférieure du diamètre longitudinal du moignon de l'épaule avec sa moitié supérieure; la branche descendante de l'artère acromiale se dégage de cet interstice içnmédiatement au-dessus du quart inférieur de ce diamètre ; or, en ouvrant le vaisseau veineux à quelques millimètres ( quelques lignes) au-dessus de ce dernier point , on ne doit pas craindre de blesser l'artère , quoi qu'en ait dit un écrivain auquel l'anatomie chirurgicale est souvent étrangère.

Au niveau de l'extrémité inférieure de l'apophyse coracoïde , l'artère a été trouvée sur dix-neuf cadavres derrière la veine 5 dans le reste de son étendue et dans les points où elle lui est accolée , on l'a rencontrée seize fois postérieure et interne, et trois fois postérieure et externe.

Est- il besoin de dire qu'en suivant le procédé opératoire que j'ai indiqué , il est facile d'isoler le vaisseau veineux de l'artériel, quand ils sont juxtaposés, et d'éviter la lésion de ce dernier, malgré l'opinion de M. Velpeau^ qui n'a pas cru devoir citer mon mémoire. Un de mes élèves les plus distingués, M. BachelaysiMi les recherches d'anatomie que je viens d'exposer 5 j'en ai vérifié ensuite l'exactitude avec lui. M. Velpeau préfère opérer dans la rainure bicipitale externe, à trois ou quatre travers de doigts au-dessus de Vépicondyle ; mais sait-il ou bien a-t-il oublié qu'à cette hauteur la céphalique peut être très-petite chez les personnes qui n'ont pas travaillé de leurs mains, et dont le système veineux superficiel offre des troncs,

des branches fort multipliées , et qui, par cela même, sont trèspeu développées.

Quant à la crainte de blesser la branche descendante de l'acromiale sur le point que nous avons choisi , il serait inutile de redire que l'anatomie chirurgicale et la médecine opératoire prouvent qu'elle n'est pas fondée.

Page 1