III. Choléra des poules expérimental
Le choléra des poules s'inocule facilementaux oiseaux : riiifcclion expérimentale peut se faire par la voie digeslive; elle se fait plus simplement par inoculation sous-cutanée.
Pour infecter le sujet par les voies digcstives, il suffit de mêler à ses aliments les matières virulentes : bave, diarrhée, liquide péricardique, pulpe organique d'animaux morts du choléra des poules, ou liquide de culture.
LHnocuIalion sous-eutanéc se fera à la seringue de Pravaz dans la région pectorale; on injecte dans le muscle pectoral, suivant la méthode de Pasteur, quelques gouttes de sang, de liquide péricardique, de pulpe de foie ou de rate broyée et diluée, provenant d'un animal mort du choléra des poules; on pourra injecter aussi une culture virulente.
La mort survient en moins de vingt-quatre heures après rinoculalion ; elle est d'autant plus rapide que la dose de virus inoculée a été plus forte.
Les symptôme» de la maladie expérimentale reproduisent ceux de la maladie naturelle.
Hors les cas foudroyants, où les symptômes sont nuls, tant la rapidité d'évolution est grande, la maladie se marque XJïii' les pliénomènes suivants : tristesse, abattement de l'animal qui reste couché, se met en boule, les plumes hérissées, ne répondant plus aux excitations, et tombant bientôt dans le coma ; teinte asphyxique de la crête et des muqueuses superficielles; coliques, diarrhée striée de sang, jotage visqueux par le bec et par les narines.
Les lésions trouvées à l'autopsie des oiseaux morts du choléra des poules expérimental repro-
CHOLÉRA DES POULES-
(luisent entièrement celles que nous avons décriLos plus haut en traitant de la maladie spontanée. Sur les sujets qui succombent à l'infection par la voie digestive, infection qui reproduit le mode de contagion naturel, il n'y a rien que ces lésions; mais, sur les sujets inoculés dans le muscle pectoral, vient s'ajouter une lésion des plus intéressantes, lésion signalée et décrite par M. Pasteur : In séquestre du muscle pectoral qui a reçu l'injection virulente. Cctti' lésion est d'autant plus prononcée que la survie a été })lus lonqiie.
Au point inoculé, le tissu sous-cutané est infiltré d'un œdème gélatineux; cet œdème recouvre une tumeur jaunâtre, lardacée, s'incisant avec difficulté : cette tumeur est produite par la nécrose du muscle pectoral.
Le lapin est un animal très favorable <à l'expérimentation : quelques gouttes de virus inoculées sous la peau de la cuisse le tuent rapidement.
L'inoculation pratiquée sur le cobftj/c est des plus intéressantes. Inoculé dans le péritoine, le cobaye succombe ; inoculé dans le tissu conjoiictif, il résiste, mais l'inoculation donne lieu à un pliénomène que M. Pasteur a décrit.
« Chez les cobayes, dit-il, d'un certain âge surtout, on n'observe souvent qu'une lésion locale au point d'inoculation, qui se termine par un abcès plus ou moins volumineux. Après s'être ouvert spontanément, l'abcès se referme et guérit sans ({ue l'animal ait cessé de manger et d'avoir toutes les apparences de la santé. Ces abcès se prolongent quelquefois pendant plusieurs semaines avant de s'abcéder ; ils sont entourés d'une membrane pyogéni([ue et remplis de pus crémeux où le microbe fourmille à côté des globules de pus. C'est la vie du microbe inoculé qui fait l'abcès, lequel devient, pour le petit organisme, comme
MALADIES MICROBIENNES
un vase fermé où il est facile d'aller le puiser, même sans sacrifier l'animal. Il s'y conserve, mêlé au pus, dans un grand état de pureté et sans perdre sa vitalité. La preuve en est que si on inocule à des poules un peu du contenu de l'abcès, ces poules meurent rapidement, tandis que le cochon d'Inde qui a fourni le virus se guérit sans la moindre souffrance. On assiste donc ici à une évolution localisée d'un organisme microscopique, qui provoque la formation du pus et d'un abcès fermé, sans amener des désordres intérieurs, ni la mort de l'animal sur lequel on le rencontre, et toujours prêt, néanmoins, à porter la mort chez d'autres espèces auxquelles on l'inocule, toujours prêt à faire périr l'animal sur lequel il existe à l'état d'abcès, si telles circonstances plus ou moins fortuites venaient à le faire passer dans le sang ou dans les organes splanchniques. Des poules ou des lapins qui vivraient en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d'Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela, il suffirait que les abcès des cochons d'Inde, venant à s'ouvrir, répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur témoin de ces faits, et ignorant la filiation dont je parle, serait dans l'étonnement de voir décimer des poules et des lapins sans cause apparente, et croirait à la spontanéité du mal, car il serait loin de supposer que celui-ci a pris son origine dans les cochons d'Inde, tous en bonne santé, surtout s'il savait que les cochons d'Inde, eux aussi, sont sujets à la même affection. Combien de mystères, dans l'histoire des contagions, recevront un jour des solutions plus simples encore que celles dont je viens de parler ! »
CHOLÉRA DES POULES
l'our faire périr le cobaye inoculé et porteur d'un abcès sous-cutané, il suflit de gratter fortement avec un scalpel les parois de la membrane qui tapisse la cavité de cet abcès : le microbe passe dans le sang, et cette nouvelle inoculation donne la maladie mortelle au sujet.
Le moineau présente un(> particularité intéressante : le microbe du clioléra des poules augmente de virulence en passant dans son organisme en séries. Inocule-t-on à un de ces petits animaux un virus vaccinal qui ne tue pas la poule, l'animal meurt; il suffit de prendre son sang, de l'inoculer à un second moineau, et d'effectuer ainsi cinq ou six passages pour cjue le virus renforcé soit inoculé avec succès à la poule.
IV. Le microbe du choléra des poules. Sa recherche dans les liquides et tissus de l'organisme.
Le microbe du choléra des poules se trouve dans le sang, dans le liquide péricardique, d;ins les matières excrémeulilielles et la bave des oiseaux, dans les pulpes organiques ; il infiltre le muscle pectoral du pigeon inoculé; il pullule dans l'abcès sous-cutané expérimental du cobaye.
L'examen se fera sans coloration et avec coloralion : ce microbe prend bien les couleurs d'aniline, et les diverses solutions bydro- alcooliques de violet de gentiane, de fuchsine, de rouge diamant, de bleu de méthyle ainsi que le bleu de Ldffler donnent de bons résultats; mais les méthodes de Gram et Weigert échouent complètement.
La recherche capitale, celle qui est indispensable au diagnostic et suffit |)re.sque à l'étahlii-, est la recherche dans le sang.