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I. Historique

La pneumonie fibrineuse de l'homme qui a, jusqu'à CCS dernières années, passé pour le type des maladies inflammatoires simples, non spécifiques, des maladies a frigm^e, est une maladie infectieuse, à contagion limitée, mais certaine, ainsi qu'en témoignent les épidémies de maison, de familles, de villages, de prisons, etc.; l'agent pathogène de la pneumonie habite normalement la salive de certains individus.

« C'est au laboratoire de M. Pasteur qu'a été découvert en 1881 le microbe qui s'est trouvé être celui de la pneumonie fibrineuse. M. Pasteur et ses collaborateurs l'ont rencontré dans la salive d'un enfant mort de rage, l'ont isolé, cultivé dans l'excellent milieu nutritif que donne le inélang(; de bouillon de veau et de sang de lapin; ils ont

MALADIES MICROBIENNES

décrit sa forme caractéristique de diplococcus entouré par une auréole claire. Ils ont montré aussi que ce microbe est inofîensif pour les oiseaux, et provoque chez le lapin une septicémie siiraiguë, au cours de laquelle on le voit apparaître dans le sang des animaux malades, en même temps que la fièvre, déjà 9 heures après l'inoculation sous-cutanée. La mort survient en moins de 36 heures. A l'autopsie, on ne trouve presque rien à l'endroit de l'inoculation, mais il y a de l'œdème des poumons, de l'hyperémie de la trachée, et une masse de microbes dans le sang.

ce On a constaté aussi que ce microbe est très facilement arrêté dans son développement, et périt dans les cultures sous l'influence de l'oxygène de l'air; qu'avant de mourir il s'atténue; que les lapins inoculés par le microbe atténué ne meurent pas et deviennent réfractaires vis-à-vis du virus virulent...

c< M. Pasteur avait trouvé, pour la première fois, ce microbe dans la salive d'enfants morts de rage, puis dans celle d'enfants morts de broncho-pneumonie, et enfin dans la salive de personnes bien portantes » (Gamaléia, Annales Pasleitr, 1888).

En 1881, Friedlândcr décrivit comme agent pathogène de la pneumonie libriiieusc chez l'homme un coccus ellipsoïde, capsulé, poussant à la température ordinaire sur la gélatine, et donnant une culture en forme de clou; le microbe de Friedlander inoculé aux cobayes et aux souris leur conférait une septicémie spéciale avec pleurésie et noyaux d'hépatisation pulmonaire; le lapin était réfractaire.

En 1881, Sternberg retrouvait le microbe de Pasteur dans la salive et le rencontrant, d'autre, part, dans les crachats et l'exsudat pneuinonique,, l'identifiait au pneumocoque de Friedlânder.

PNEUMONIE FIBRINEUSE.

En réalité le microcoque découvert par Pasteur dans la salive, retrouvé par Sternberg, est bien l'agent de la pneumonie, mais il n'a rien de commun avec le microcoque de Friedliinder, qui n'est probablement qu'un saprophyte sans aucune influence sur la genèse de la pneumonie.

A l'histoire bactériologique de la pneumonie s'attachent principalement les noms de ïalamon et Fninkel.

En 1883, Talamon signalait dans l'exsudat pneumonique un microbe lancéolé, le plus souvent en diplocoque, qu'il cultivait dans le bouillon Pasteur, et qui inoculé dans le poumon du lapin provoquait le développement de pneumonie, de pleurésie, et de péricardite tîbrineuses. Le sang des sujets inoculés fourmillait de coccus lancéolés semblables à ceux de l'exsudat pneumonique.

En 1883, Frânkel montrait le rôle du microbe de la septicémie salivaire dans la pneumonie, et dans une série de recherches établissait nettement l'inlluence pathogène exclusive de ce microbe.

On doit à M. Netter de beaux travaux sur le pneumocoque de Talamon e( Friinkel, sur sa présence dans la salive normale, son rôle dans la genèse de la pneumonie et sur la contagion de cette affection.

Enfin dans les Annales Pu sieur de 1888, M. Gamaleia a donné la relation de bien remarquables expériences faites sur les animaux avec le pneumocoque, pour lequel il propose la dénomination de Streptococcus lanceolatus Pasleiiri.

II. Le pneumocoque. Caractères morphologiques et coloration. Localisation chez le pneumonique, Le pneumocoque clans la salive.

Le pneumocoque se présente sous la forme arrondie ou ovalaire ; légèrement effilé à ses extrémités, lancéolé ou en forme de grain d'uryv, il

MALADIES MICROBIENNES

affecte ordinairement la disposition en diplocoque et parfois en chaineltes de 3 ou 4 diplocoques. Sa longueur est de 0 u. 50 à 0 fj. 7o, il est moins large que long; il est entouré d'une auréole claire ou capsule, que la coloration met bien en évidence.

La coloration du pneumocoque est facile avec toutes les couleurs d'aniline ; le violet de gentiane réussit particulièrement bien; le pneumocoque prend la coloration par le procédé de Gram, ce qui en facilite singulièrement l'étude dans les coupes.

Chez le pncumonique, au cours de l'alTection, on pouira facilement se procurer le pneumocoque; une ponction capillaire du poumon faite avec les précautions antiseptiques voulues fournira l'exsudat pathologique qui, coloré sur lamelles, se montrera rempli de streptocoques lancéolés.

Les crachats rouillés, qui ne sont que la manifestation extérieure de l'exsudat pneumonique, montreront eux aussi le pneumocoque.

Sur le cadavre pneumonique, et j^ourvu que la mort soit assez précoce, il sera facile de démontrer le pneumocoque dans l'exsudat inflammatoire et dans les coupes de poumon. Mais ce n'est pas tout encore : lorsque la pneumonie s'est compliquée soit de pleurésie, soit d'endocardite végétante, soit de péricardite, soit de méningite, le pneumocoque est présent dans le liquide pleural, dans les végétations endocardiques, dans le liquide péricai'dique et dans les méninges.

Le sang ne contient le pneumocoque que très exceptionnellement.

Le pneumocoque se trouve à l'état de santé normale dans la salive de certains individus; nous avons énoncé le fait plus haut en disant que le microbe de la septicémie salivaire de Pasteur n'est autre que l'agent de la pneumonie. C'est là un fait de la plus haute importance au point de vue pa-

PNEUMONIlî FIBRINEUSE.

thogénique. InofTensif pendant une longue période de temps, souvent pendant la vie entière, le pneumocoque ])cut, à un moment donné, sous une influence déprimante, telle que lo coup de froid, entrer, en action, et provoquer la pneumonie. Le meilleur moyen de déceler le pneumocoque dans la salive est l'inoculation aux animaux : nous allons revenir sur ce sujet.

in. Culture du pneumocoque.

La culture du pneumocoque est malaisée, tout au moins à l'air, car il semble que cet organisme soit assez faiblement aérobie; les cultures dans le vide réussiraient sans aucun doute beaucoup mieux, mais nous n'avons lu nulle part qu'elles eussent été tentées, et le temps nous a manqué à nous-mêmes pour entreprendre cet essai.

Le pneumocoque ne se cultive qu'aux températures de l'étuve, de 30° à Sii" de préférence. Les cultures perdent rapidement leur virulence : au cinquième jour celle-ci a disparu.

Le pneumocoque végète et pousse mal sur les milieux solides (gélose et sérum i ; les milieux liquides lui conviennent beaucoup mieux. Dans les bouillons il se cultive déjà au-dessous de 30° et pousse il 42°. A 43° sa croissance s'arrête ou ne se produit pas.

Le lait est également un milieu favorable; il se coagule dès le deuxième jour.

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