IV. Expérimentation sur les animaux
Le vérita!)le réactif expérimental du pneumocoque c'est la souris, animal des plus sensibles il l'inoculation des matièiTs ([ui contiennent ce microbe : exsudât pneumonique, cracluits rouillés.
MALADIES MICROBIENNES
salive, cultures virulentes. M. Gamaléia conseille fort justement de l'aire la preuve de chaque cas de pneumonie par l'inoculation aux souris : là où les cultures (moyen fort défectueux en l'espèce, surtout les cultures sur milieux solides) ont échoué, là où l'examen sur lamelles n'a rien révélé, l'inoculation à la souris, véritable pierre de touche, fera la preuve.
La soitris inoculée sous la peau meurt en 24 heures environ ; la lésion la plus frappante est l'hypertrophie de la rate. Le sang et tous les organes fourmillent de pneumocoques.
Le lapin est très favorable à l'expérimentation, quoiqu'à un degré inférieur à la souris ; il n'est pas capable, comme elle, de déceler de faibles quantités de virus pneumonique. Le lapin inoculé sous la peau avec la matière virulente meurt en 40 heures environ de septicémie; ses organes sont remplis de pneumocoques et la lésion la plus remarquable est l'hypertrophie de la rate.
Le lapin, inoculé avec un virus affaibli (culture perdant sa virulence), succombe avec une pneumonie lobaire et des lésions pleurétiques et péricardiques; il est du reste, de toutes façons, facile de provoquer ces phénomènes localisés chez le lapin : il suffit de faire l'injection du virus directement dans le poumon.
Le lapin inoculé avec un virus plus atténué encore ne meurt pas et a acquis Vimmunité.
M. Gamaléia a donné dans les Annales Pasteur la relation d'expériences des plus intéressantes, qui jettent un jour nouveau sur l'action du pneumocoque inoculé aux différentes espèces animales. M. Gamaléia se procure d'abord une matière d'inoculation très virulente qu'il obtient en inoculant par passages des lapins dans les veines : la maladie expérimentale se montre ainsi de plus en plus
PNEUMONIE FIBRINEUSE.
courte; les lapins finissent par mourir en quelques iieurcs. Le sang du cœur est rempli de streptocoques pneumoniqucs et c'est ce sang qui va devenir la matière d'inoculation.
Les espèces animales considérées sous le rapport de leur résistance au virus pneumoniqiie peuvent être rangées dans l'ordre suivant : souris, lapin, rat, mouton, chien, pigeon. La souris est le réactif le plus sensiljle; le pigeon est entièrement réfractaire.
On connaît les résultats de l'expérimentation sur la souris : les voici brièvement résumés et sous une autre forme : réaction peu considérable au point d'inoculation; pas de lésions viscérales localisées appréciables, à l'exception de l'hypertrophie de la rate; sang et organes remplis de pneumocoques. Les passages accroissent la virulence.
Chez le Urpin les résultats sont semblables: peu de réaction au point d'inoculation ; pas de lésions viscérales localisées sauf l'hypertrophie de la rate; passages renforçant la virulence. Avec le virus affaibli apparaissent : 1° la réaction locale, infiltration fibro-granuleuseà l'endroit de l'inoculation; 2° les lésions localisées : pneumonie et pleurésie séro-ftbrineuse.
Chez le rat la dose nécessaire pour donner la mort doit être déjà augmentée ; il y a une réaction locale intense, « un œdème fibrineux qui s'étend parfois sous la peau du ventre et de la poitrine ». Les passages sont faciles, mais n'augmentent pas la virulr-nce; le sang renferme peu de microbes. L'inoculation dans le poumon amène la mort en vingt a. vingt-quatre heures, avec pleurésie et hépatisation pulmonaire.
Le mouton est plus réfractaire encore; la dose mortelle de virus doit être portée à b centigrammes; les phénomènes locaux sont intenses : infiltration occupant parfois tout l'abdomen; peu
de microbes dans le sang; les passages successifs sont impossibles. L'inoculation inlra-pulmonaire donne la mort avec hépatisation du poumon; le microbe infiltre le tissu pulmonaire et l'exsudat.
Le chim est plus difficile encore à tuer; il faut pour arriver à ce résultat des doses considérables ; l'animal succombe alors avec un œdème sous-cutané énorme et très étendu ; le sang contient peu de microbes et les passages successifs échouent. L'injection intra-pulmonaire donne une pneumonie qui ordinairement n'e^t ^J'/s morlelle.
La pneumonie << i^'est donc une infection générale se localisant dans le poumon comme dans son lien du prédilection, mais la réaction locale à l'endroit de l'inoculation virulente ». Les animaux trop sensibles comme le lapin et la souris n'ont pas de pneumonie parce qu'ils n'offrent pas de réaction locale, et le virus se généralise chez eux en les tuant par une septicémie aiguë. « L'homme appartient donc par rapport au virus pneumonique à la catégorie des animaux résistants. Cela résulte de la mortalité pneumonique faible, de la réaction locale étendue qu'il présente dans la forme de l'inflammation du poumon, de la rareté des microbes dans le sang. » (Gamaléia.)
DIPHTHÉRIE
La diphtérie humaine se caractérise anatomiquement et cliniquement par une fausse membrane qui siège le plus souvent sur les amygdales et la luette [diphlhérie pharyngée, angine dvphthé-
DIPIITUÈRIE.
rique). La fausse membrane peuL occuper encore les diverses sections des voies respiratoires : larynx [croup on (.liphthéric laryngée) ; fosses nasales [conjza diphthérique) ; trachée, bronches et bronchioles {Irachdile, bronchite et broncho-pneumonie diphtériques) ; on la rencontre encore sur les muqueuses de la bouche, du vagin, sur la conjonctive, et sur les surfaces dénudées de la peau {diphlhérie cutanée). Affection des plus graves, la diphthérie peut tuer mécaniquement [c le cas dans la diphthérie laryngée ou croup), mais elle lue plus souvent par intoxication : le malade est comme empoisonné par l'alTection. Enfin une des caractéristiques majeures de la diphthérie, c'est, quelle qu'ait été sa forme clinique, grave ou bénigne, quelle qu'ait été sa localisation, d'être souvent suivie de phénomènes paralytiques dont l'ensemble est bien connu sous le nom de paralysie diphthérique. Cette paralysie, parfois localisée au voile du palais, peut s'étendre, se diffuser, atteindre les membres inférieurs, supérieurs, les muscles respirateurs, le cœur, tuant alors par asphyxie et syncope.
■Klebs en 1883 « a le premier signalé un bacille spécial à la diphthérie; il a décrit sa disposition dans les fausses membranes, à la surface des muqueuses malades ». Plus tard, en 1884, M. Lôfller, retrouvant le bacille de Klebs, l'isolait, le cultivait, et par inoculation des cultures pures reproduisait la fausse membrane sur les pigeons, les poules, les lapins et les cobayes. Pourtant M. Lôfller doutait encore lui-même de la spécilicilé du bacille qu'il avait étudié.
C'est à MM. Roux et Yersin qu'il était réservé de donner une démonstration nette et saisissante du rôle du bacille de Klebs, et d'éclairer vivement par leur beau mémoire {Annales Paslcur, 1888) la pa- Ihogénie jusqu'à eux si obscure de la diphtérie.
Comme M. Lôffler ils ont trouvé le bacille dans la fausse membrane, l'ont isolé en cultures pures, et comme lui ont reproduit la fausse membrane chez les animaux; mais, plus habiles expérimentateurs, ils ont donné aux sujets d'expérience les paralysies caractéristiques ; enfin ils ont mis en évidence le poison diphtbérique, et ont montré que ce poison injecté aux animaux, seul et sans l'intervention de microbes vivants, ou les tue rapidement par intoxication, ou leur confère des paralysies.
Les quelques lignes qui vont suivre ne sont qu'un résumé du travail de MM. Roux et Yersin.
I. Le bacille de la diphtliérie. — Ses caractères dans la fausse membrane. — Le bacille n'existe que dans la fausse membrane.
Ce sont les cas de diphthérie à marche rapide qui se prêtent le mieux à la recherche histologique du bacille. Dans ces cas, « après coloration des coupes au bleu de méthylène, on voit que les parlies superficielles de la fausse membrane sont formées par une couche de petits bacilles, presque à l'état de pureté ; ce sont les bacilles de Klebs... Souvent aussi, la zone la plus superficielle de la fausse membrane contient des microbes divers, bâtonnets, microcoques el chainetles, mélangés aux amas de bacilles de Klebs, qui sont au contraire prédominants immédiatement au-dessous. » Ces petits bacilles ainsi disposés sont seuls caractéristiques de la diphthérie, et ainsi que nous l'avons dit, c'est surtout dans les cas rapides, les diphthéries infectieuses, qu'ils sont le plus nombreux.
On ne trouve l'organisme pathogène que dans les fausses membranes; il n'existe pas da7is les organes et le sang des personnes qui ont succombé à la diphthérie.
DIPnTIlÉRIE.