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IV. Le poison diphthérique

Chez l'homme succombant à la diphthérie spontanée, chez l'animal tué par la diphthérie expérimentale, il n'y a pullulation du bacille qu'en un seul point : la fausse membrane chez l'homme, le lieu de l'inoculation chez l'animal. Bien mieux encore, chez l'animal inoculé dans les veines, le bacille a complètement disparu du sang après quelques heures, et cependant la maladie continue son cours; elle tue avec ou sans paralysie. Quel est donc le facteur de la mort dans cette maladie où la terminaison fatale et les accidents caractéristiques de paralysie ne peuvent être attribués comme dans le charbon, etc., à la pullulation du hacille? Ce l'acteur, c'est le poison dipidli/rique. MM. Houx et Yersin ont rendu ce poison langibk, pour ainsi dire, et avec lui ils ont tué et paralysé les animaux.

Il Filtrons sur porcelaine, disent ces auteui's,

MALADIES MICROBIENNES

une culture dans du bouillon de veau après qu'elle est restée 7 jours à l'étuve ; tous les microbes sont retenus par le filtre, et le liquide obtenu est parfaitement limpide et légèrement acide. 11 ne contient aucun organisme vivant; laissé à l'étuve il ne se trouble point; ajouté à du bouillon alcalin il ne donne pas de culture; introduit aux doses de 2 à 4 centigrammes sous la peau des animaux, il ne les rend pas malades. Il n'en est plus ainsi si on emploie des doses plus fortes, si on injecte par exemple 3o centigrammes dans la cavité péritonéale d'un cobaye ou dans les veines d'un lapin. »

Le cobaye devient malade après deux ou trois jours, et meurt vers le cinquième ou sixième jour, avec gonflement ganglionnaire, dilatation des vaisseaux, congestions viscérales, surtout des reins et des capsules surrénales, etc., etc.

Chez le lapin qui a reçu dans les veines 3o centigrammes de liquide filtré, il survient vers le quatrième ou cinquième jour une paralysie du train postérieur, qui se généralise rapidement, et tue l'animal.

Les cultures anciennes contiennent un poison plus abondant que les cultures récentes, et les effets toxiques en sont rapides et terribles. Un lapin qui reçoit 35 centigrammes du liquide filtré d'une culture de 42 jours est malade au bout de deux heures et succombe en cinq ou six heures avec de la diarrhée profuse et une vive anxiété respiratoire; un cobaye qui reçoit même quantité du même poison dans le péritoine meurt en dix heures avec une dyspnée intense. Les lésions sont celles que nous avons signalées plus haut.

« Quand les cultures du bacille de la diphthérie sont aussi chargées de produits toxiques, il n'est pas besoin, pour observer les effets sur les animaux, d'employer de si fortes doses, et de recourir

DIPHTHÉRIE.

aux injections dans les veines ou clans le péritoine. Introduisons sous la peau d'une série de cobayes des quantités de liquide toxique débarrassé de microbes variant de un cinquième de centimètre cube à 2 centimètres cubes, et comparons les effets de ces injections à ceux de l'inoculation d'une culture fraîche de bacilles de Klebs, pratiquée sur des cobayes témoins. Tous les animaux qui ont reçu le liquide filtré présentent bientôt un œdème au point d'injection, tout comme les témoins en ont un au point d'inoculation; ils sont bientôt hérissés et ont la respiration haletante, comme ceux qui ont reçu la culture vivante. Ils meurent comme eux, sans que pendant tout le temps de l'expérience on puisse saisir une difTérence dans l'attitude des uns et des autres. Les cobayes auxquels on a donné le plus de liquide toxique meurent en moins de vingt-quatre heures, les autres en quarante-huit heures ou trois jours, selon les doses reçues . Les lésions sont identiques, qu'ils aient succombé à l'injection du poison diphthéritique ou à l'inoculation du bacille de la diphthérie. La maladie, symptômes et lésions, est donnée aussi sûrement par l'injection du poison que par l'inoculation du bacille. »

Les lapins succombent comme les cobayes à l'injection sous la peau de ces produits toxiques, et les lésions sont les mômes que celles qui suivent l'injection de la culture vivante.

Les pigeons succombent après l'introduction de moins de un centimètre cube dans le muscle pectoral, et trois à quatre gouttes sous la peau tuent en quelques heures les petits oiseaux.

Les animaux (souris et rats) réfractaires à l'inoculation de la culture vivante sont réfractaires au poison diplitliérique.

'< L'injection aux animaux de doses variables

MALADIES MICROBIENNES

du poison soluble de la diplilhérie nous a montré les dWerscs formes de l'intoxication diphthéritiquo, depuis celles qui amènent la mort en quelques heures, jusqu'à celles qui, au bout d'un temps plus ou moins long, se traduisent par des paralysies morloUes ou susceptibles de guérison. »

Cette action tardive du poison diplithérique est des plus intéressantes : elle est bien connue en clinique, où d'ailleurs elle était restée inexpliquée.

Résumons en quelques mots les données étiologiques et pathogéniques que nous fournit le mémoire de MM. Roux et Yersin.

La diphthérie semble ne pouvoir prendre que sur une muqueuse dépouillée de son épithélium, sur une muqueuse malade. Ce n'est pas par puUulation qu'agit sur l'organisme le bacille qui reste exclusivement localisé dans la fausse membrane, mais c'est par action à distance, par sécrétion toxique, par son poison, en un mot. C'est à ce poison qu'il faut rapporter la mort rapide des cas infectieux, c'est lui qui est le facteur des paralysies diplitliériques immédiates ou tardives; c"cst lui enfin qui, imprégnant l'organisme, mai'que sa présence par ces congestions viscérales, cet état du sang, etc., que l'on constate à l'autopsie, aussi bien dans la diphthérie spontanée que dans la diphthérie expérimentale.

Le mémoire de MM. Roux et Yersin renverse définitivenieut la théorie de l'origine aviaire de la diphtliéric.

Les oiseaux de basse-cour sont souvent décimés par une maladie encore mal connue dans sa nature, que les vétérinaires 'désignent sous le nom de diplUhdrie ou tuhcrculo-diplitJu'ric.

A diverses reprises, on a remarqué l'apparition

DIPllTllÉHlE.

de la diphthérie humaine dans des exploilations, dos hameaux, des villages où régnait la diphihérie des volailles, et plusieurs médecins ont établi entre ces deux faits une relation de cause à clTet. Il ne s'agissait en réalité que de simples coïncidences. La diphthérie des volailles est si fréquente qu'il n'est pas étonnant d'en rencontrer dans les localités oii se montre la diphthérie de l'homme. Mais fort heureusement la concomitance des deux affections est exceptionnelle, etc'est par milliers que l'on pourrait citer les basses-cours ruinées par la diphthérie, sans qu'aucun des enfants de la maison, qui passent la plus grande partie de la journée à se rouler sur le fumier au milieu des poules malades, ait pris la diphthérie.

L'observation clinique à elle seule permettait déjà de différencier les deux affections. La diphthérie des oiseaux, en effet, a une évolution très lente et jamais elle ne provoque de paralysies comparables à. celles qui sont la caractéristique de la diphthérie de l'homme.

.V cet argument grave, on pouvait objecter que la différence des espèces atteintes expliquait peutêtre la différence des effets observés; les expériences de MM. Roux et Yersin montrent que les oiseaux, qui ne succombent pas dans les quelques jours qui suivent l'inoculation du bacille de Klebs, succombent tardivement à. la paralysie diphthériti([ue.

On peut en conclure que la diphthérie de l'homme et celle des oiseaux sont deux affections nature différente. (Nocard.)

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