V. Culture de la bactèrldie charbonneuse
Aérobie, la bactéridie se cultive en présence de l'air à toute température de 10 à 43». La température la plus favorable est de 30 a 3b".
La bactéridie se développe dans les milieux liquides et sur les milieux solides transparents et opaques : gélatine, gélose, pomme de terre.
On choisira de préférence pour semence le sang, ou la pulpe de rate et de ganglion.
a) Culture de la bactéridie charbonneuse dans LES MILIEUX LIQUIDES. Urine. — C'est dans l'urine neutre que M. Pasteur fit ses premières cultures de bactéridie. Le bouillon doit être préféré.
Bouillons. — Tous les bouillons, qu'ils soient faits de viande de poule, de mouton, de veau, de bœuf, etc., se prêtent bien à la culture de la bactéridie. — Le bouillon, ensemencé avec une goutte de sang ou de pulpe organique charbonneuse, est mis à l'étuve à la température convenable.
« Au bout de quelques heures, on voit des flocons ténus nager dans le liquide; ces Ûocons grossissent et conservent une certaine cohésion, de sorte qu'ils résistent à une légère agitation imprimée au liquide qui reste limpide dans leur intervalle. Dans les heures suivantes ces flocons deviennent assez volumineux pour former comme un
CHARBON BACTÉRIDIEN.
nuage au sein du liquide. Cet aspect lloconneux de la culture de la bactéridie dans le bouillon est caractéristique. <( Après quelques jours de séjour à l'ctuve, le bouillon dans lequel a poussé la bactéridie a légèrement bruni et est redevenu limpide, et sur le fond du vase s'est déposée une fine poussière qui se soulève quand on agite le liquide » (Straus).
/)) Culture de la bactéridie dans la gélatin'e. — La bactéridie liquéfie la gclaline; la culture ne doit se l'aire qu'en piqûres ou en plaques : elle donne une apparence parfois assez caractéristique.
La gélatine étant ensemencée par piqûre, et laissée à la température du laboratoire, « au bout d'un jour on la verra se fluidifier à la partie supérieure, et de haut en bas, en même temps qu'il s'y forme des flocons blancs, d'où parlent presque toujours de fins filaments enchevêtrés et ramifiés qui donnent à la culture une apparence arborescente » (Straus).
Après un certain temps, la gélatine est fluidifiée dans toute sa hauteur, et les flocons blancs formés par les bactéridies tombent au fond.
<< Cultivée sur la gélatine étalée en couche mince sur une plaque de verre (culture sur plaques de Koch), la bactéridie charbonneuse se développe sous forme de colonies arrondies qui, examinées à un faible grossissement, présentent au centre un aspect filamenteux enchevêtré; à la périphérie de la colonie, ces filaments sont assez régulièrement onduleux » (Straus).
',') Culture de la kactéridie sur la gélose. — Sur la gélose en strie, à l'étuvc, la bactéridie se développe bien en 24 à 48 heures sans apparence caractéristique.
d) Culture de la bactéridie sur pomme de terre. — La bactéridie donne sur la pomme de terre, à l'étuve, en 24 ou 48 heures, des colonies sèches
MALADIES MICROBIENNES
blanches; lorsque les colonies sont assez l'approchées pour arriver à fvisionner, la pomme de terre semble recouverte d'une couche crémeuse.
Examen des cultures de charbon. Morphologie et coloration de la bactéridie cultivee. — daus l'organisme, la ])actéridie n'a que la forme bacillaire; dans les cultures, elle prend deux nouvelles formes : la. forme filamenteuse, et la forme sporulaire.
Les cultures seront examinées sans coloration et avec coloration.
Examen sans coloration — Dans une goutte de culture mise sur une lamelle (après dilution dans le bouillon stérilisé, s'il s'agit de culture sur gélose ou sur pomme de terre), et portée sous le microscope, on <( aperçoit des Jilamcnts extrêmement longs, cylindriques, non ramifiés, ondulés, tordus quelquefois les uns sur les autres et enchevêtrés comme des paquets de cordes. Ces filaments paraissent homogènes dans toute leur longueur, sans trace de séparation transversale, sauf sur les points où il existe des ruptures » (Strauss).
L'apparence filamenteuse de la bactéridie est très saisissante déjà au bout de 24 heures dans les cultures en bouillon séjournant à l'étuve. Dès cette époque parfois les spoî'es apparaissent, mais elles sont plus nettes et plus nombreuses au bout de quelques jours. A cette époque « beaucoup de filaments paraissent remplis de noyaux réfringents, un peu allongés; quelques-uns sont encore dans des filaments très nets, quelques autres forment des chaînes où on reconnaît la forme des filaments qui leur ont donné naissance, mais où le contour a disparu; d'autres enfin sont tout à fait libres et flottent dans le liquide. Ces noyaux sont les germes, les spores ou graines de la bactéridie » (Chamberland. Charbon et vaccination charbonneuse).
Examen avec coloration. — Les cultures de bac-
CHARBON UACTÉRlDIEiN.
téridie charbonneuse se colorent bien par les différents procédés de coloration simple exposés au chapitre VI ; les solutions hydro-alcooliques de violet de gentiane, de fuchsine, de rubine, de bleu de méthyle donnent de belles colorations des lamelles chargées des produits de culture charbonneuse. Nous i^ecommandons le bleu de Lôffler et surtout la solution iiydro-alcoolique de bleu de méthylène très légère qui donne des préparations très fines.
Les méthodes do Gram et de Weigert réussissent bien, et la méthode de Gram grossit moins les éléments et a plus de finesse ici que la méthode de Weigert.
La constitution des filaments est bien mise en lumière par les couleurs. « On constate que les filaments sont formés par une gaine hyaline délicate, renfermant une rangée de masses protoplasmiques cubiques ou allongées; celles-ci sont séparées les unes des autres par des cloisons transversales et chacune d'elles représente une cellule végétative » (Straus).
Les spores restent incolores dans les filaments, quelle que soit la méthode de coloration employée, coloration simple ou méthode de Gram et Weigert.
On a proposé de faire une double coloration des filaments sporifères dans lesquels le corps de la bactéridie et la spore prendraient alors une couleur différente, de façon à mettre en évidence sur les préparations colorées le germe de la bactéridie.
Le procédé consiste à li'ailor les lamelles parla méthode d'Elirlich: la lamelle passée six ;i sept fois dans la flamme est mise pendant vingt-quatre à quarante-huit heures dans la solution rouge d'Ehrlicli ( I) ; on décolore par le mélange d'alcool et d'a.cide nitriipie au 1/10''; on lave à l'eau et on co-
(I) Il est l)Oa lin placer le verre de moatrc qui rontient In iinlri colorant où plonge l;i lamelle à l'étuve i 3i)-35''.
Il*'
MALADIES MICROBIENNES
lore à nouveau dans une solution hydro-alcoolique de bleu de méthylène. Les filaments sont colorés en bleu, les spores apparaissent en rouge dans l'intérieur du filament.
Cette méthode est infidèle, et ne réussit que dans un petit nombre d'essais ; la meilleure manière d'observer les spores est la préparation fraîche, sans coloration.