III. Charbon expérimental. — Charbon inoculé
a) Iléceptivité des diverses e'^pùccs pour le charbon expérimental. — Il y a divers moyens de conférer le charbon aux animaux d'expérience : l'infection par les voies dignstivcs, l'inoculation inlra-vusculairc, l'inoculation sous-cutanée.
L'infection par les voies digestives reproduit le mode de contagion naturelle; sauf pour certaines expériences, elle ne présente pas un grand intérêt.
MALADIES MICROBIENNES
Le véritable mode expérimental, le mode de pratique courante est Vinoculalion sous-cutanée.
Les animaux réagissent à son égard d'une façon très variable, qu'il est bon d'indiquer rapidement.
Le mouton prend le charbon inoculé avec la même facilité que le charbon spontané : le bœuf, si sensible au charbon spontané, oppose au charbon inoculé une grande résistance; le cheval prend mieux que le bœuf le charbon inoculé.
Le porc adulte résiste à l'inoculation charbonneuse, le porcelet succombe ; les chiens et les chats adultes sont entièrement réfractaires à l'inoculation, tandis qu'on peut à la rigueur vaincre la résistance des jeunes sujets, des jeunes chats, plus encore que des jeunes chiens.
Les oiseaux, à l'exception de très jeunes sujets, sont insensibles à l'inoculation charbonneuse : on peut cependant par un dispositif spécial arriver à triompher de leur immunité : c'est ainsi qu'en plongeant partiellement une poule pendant douze à cjuinze heures dans l'eau courante on abaisse sa température et on la rend apte à contracter le charbon inoculé (Pasteur).
Les véritables réactifs expérimentaux du charbon sont, en dehors du mouton : le lapin, la souris et surtout le cobaye : ce seront là les animaux d'élection du laboratoire pour toute recherche expérivientale ou diagnostique, portant sur le charbon ; ce seront les véritables réactifs du charbon.
Assez résistants à l'infection par la voie intestinale, la souris, le lapin et surtout le cobaye prennent admirablement le charbon iuoculé.
b) Inoculation. — L'inoculation sous-culanée se pratique à l'aide de la seringue de Pravaz : on choisit de préférence pour lieu d'inoculation chez le mouton, le lapin, la souris, le cobaye, la fac& interne de la jambe. La matière d'inoculation est
CHARBON BACTÉniDIEN.
très varuible : culture virulente; pulpes de rate, de ganglions, de foie, moelle osseuse, etc., broyées et délayées dans du bouillon ou de l'eau stérilisés, et passées sur le papier filtre.
c) Symptômex et lésions du charbon expérimental. — Au bout de dix à quinze heures on voit, chez le lapin, la souris, le cobaye, « un empâtement œdémateux assez prononcé, facile à sentir par la palpation, se développer au point d'inoculation; en même temps la température centrale de l'animal s'élèvera d'un ou deux degrés. Les autres symptômes accusés par les animaux sont insignifiants; ils continuent à manger et à se bien porter en apparence jusqu'à quelques heures avant la mort; celle-ci survient ordinairement trente-six à quarante heures après l'inoculation chez le cobaye, quarantehuit à soixante heures chez le lapin. Elle est précédée d'une courte période pendant laquelle l'animal parait inquiet, change souvent de place, urine fréquemment; la respiration s'accélère; l'animal devient comme indifférent et assoupi ; il ne cherche plus à fuir, et quand il le fait c'est avec des mouvements incertains et mal coordonnés. Puis il tombe dans une sorte de coma; la respiration devient plus superficielle, et il meurt après quelques légères convulsions, et une température centrale fortement abaissée, à 34", à 32°; quelquefois à 30° » (Straus).
C'est dans les dernières heures de la vie seulement que les bactéridies apparaissent dans le sang : il sera facile de s'assurer de leur présence en prenant de temps à autre quelques gouttes du sang de l'oreille et en examinant ce sang par les procédés que nous indiquerons ci-dessous.
« A l'autopsie on ne trouve ])ius à Ja jieau do trace de la piqûre d'inoculation; mais à ce niveau, dans une étendue parfois fort grande, le tissu
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cellulaire sous-cutané est le siège d'une infiltration œdémateuse tout à fait caractéristique; c'est un 'jedème gélatineux, tremblotant, transparent, à peine teinté de rouge, rappelant un peu la consistance du corps vitré de l'œil » (Strauss).
Cet œdème est d'autant plus prononcé que la survie a été plus longue.
« Les ganglions lymphatiques correspondant à la région inoculée sont augmentés de volume, rouges, eccliymotiques, entourés d'une zone d'œdème. »
La rate est tuméfiée, diffluente, le foie est vivement congestionné; les poumons sont hypéréraiés ainsi que les reins, etc. Il est à remarquer, et c'est un point intéressant, que les lésions intestinales, qui sont de règle dans le charbon spontané, manquent le plus souvent dans le charbon inoculé.
IV. La bactéridie charbonneuse (bactéridie de Davaine). Sa recherche dans les liquides et les tissus organiques de l'animal charbonneux.
a) Le SANG. — Le sang doit être autant que possible pris dans le cœur, et examiné dans le plus bref délai après la mort : l'examen se fera sans coloration, et «uec coloration.
Examen sans coloration. — Si l'on dépose sur une lamelle une goutte de sang charbonneux, et qu'on la porte sous le microscope (grossissement de 400 à 500 diamètres, sans éclairage Abbe), « on aura sous les yeux le spectacle saisissant si bien décrit èn quelques mots par JL Pasteur :
« Des globules rouges, plus ou moins agglutinés, coulant comme une gelée un peu fluide, des globules blancs en nombre plus grand que dans le sang normal et des bâtonnets qui nagent dans le sérum limpide. » Ces bâtonnets sont droits, flexibles, cylindriques, immobiles, homogènes comme du verre. Les uns paraissent constituer
r.llAllliON BACTÉRIDIKN.
un liàlonnot unique, les autres sont formés du (IciiK ou Irois articles (rarement davantage) placés bout il bout, séparés par une scissure nette, l'adhérence des segments contigus ne se faisant plus (pie d'une façon lâche et souvent par un des angles seulement. L'épaisseur des bâtonnets est d'environ I à 2o p.; la longueur est très variable, entre ;j et 2U [i. Tel est l'aspect cpie présente le hacillns anllDuris, examiné dans le sang ou dans les autres produits charbonneux frais, sans autre mode de préparation. » (Straus.)
Examen avec coloration. — Le sang charbonneux se colore bien par les diverses méthodes de coloralion simjile exposées dans le chapitre vi. On pourra placer la lamelle sur lac[uelle le été étalé dans
une solution hydro-alcoolique de violet de gentiane, de fuchsine, de rubine, de bleu de méthyle.
La solution bleue de Loffler donne aussi d'excellents résultats : les bactéridies apparaissent en bleu foncé, les globules en vert pâle.
Les méthodes de double coloration de Grani et de Weigert donnent d'excellentes préparations; la coloration du fond, c'est-à-dire ici des globules, doit être faile à l'éosine : les bacilles teints en violet foncé tranchent bien sur les globules colorés en rose.
Les examens avec coloration do la bactéridie charbonneuse doivent se faire au grossissement de 4 à .SOO diamètres avec l'éclairage Abbe.
b] (jEoiiMK CÉLATINHUX DU CHARBON EXPlilUMENTAL
Ml POINT d'inoculation. — Ou trouvcra dans cet M'dème, examiné avec ou sans coloration, des bactéridies en petite (piantité, beaucoup plus longues (juc dans In sang.
c) l'uLPKs oiiGANiQUES. — Lcs pulpcs dc l'atc, de foie, de |)oumon, do ganglions, la moelle osseuse seront (ixaminées sur lamcdlns par coloration ••iinplc DU double.
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On traitera les lamelles par les solutions hydroalcooliques de violet de gentiane, de fuchsine, de
rubine, de bleu de méthylc, par le bleu de Lôffler quand on voudra faire la coloration simple.
CHARBON BÂCTERIDIEN.
La coloration double se fera par la méthode de Gram ou de Weigcrt, le fond sera coloré à l'éosine, au brun de Bismarck ou au carmin.
d) Les divers organes du sujet charbonneux seront examinés en coupes histologiqucs : les organes à choisir seront le foie, le poumon, le rein, la rate, l'intestin. Ces coupes seront traitées par les méthodes de double coloration de Gram ou de Weigert, qui réussissent également bien; la méthode de Gram a plus de finesse. Les bactéridies apparaissent en violet foncé au milieu du tissu coloré en rose par le carmin, ou l'éosine, ou en brun paie par le brun de Bismarck.
Une préparation fort intéressante est celle du mésentère des sujets charbonneux : rien ne met mieux en lumière la localisation vasculaire de la bactéridie. On obtient dans ces préparations une véritable injection bactéridienne des petits vaisseaux de l'organe. Voici comment se fera la préparation (1) : sur un disque excavé en son milieu (une tranche prise sur un bouchon de liège et dont on excavera toute la surface intérieure remplira parfaitement le but), on charge une portion de mésentère, en évitant les vaisseaux de trop gros calibre. On détache du reste du mésentère la partie de cette membrane chargée sur le disque, et on la passe au mélange d'éthcr et d'alcool à parties égales. On la plonge ensuite dans le violet de Gram pendant une demi-heure.
On détache alors la membrane colorée en violet du disque qui la supportait; on la divise en plusieurs fragments qu'on passe à la solution iodoiodurée et (ju'on porte ensuite dans l'alcool absolu jusqu'à décoloration. On achève en colorant à l'éosine et on monte comme une coupe.
(Ij II est avantageux de choisir pour celle iiréparatinM un sujet, maigre.
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Le mésentère peut être aussi traité par la méthode de Weigert : on commence par en charger la portion choisie sur un disque comme il est dit ci-dessus, et on traite ensuite cette partie de la membrane par la méthode de Weigert.
Lorsque la préparation est bien réussie, les vaisseaux se détachent en fines traînées violettes dans lesquelles on distingue une quantité innombrable de bactéridies sur le fond rose de la membrane.