II. Septicémie expérimentale
La septicémie de Pasteur peut être inoculée au cobaye, au lapin, au mouton, à la chèvre et au cheval : ce sont là les animaux les plus sensibles à son action. L'âne, la poule, le pigeon, ont une susceptibilité moindre, et au dernier rang viennent le chien elle chat, qui exigent des doses de virus plus fortes encore. Le biBuf est absolument réfractaire.
L'inoculation à la lancette échoue d'ordinaire; le virus doitêtre déposé dans le tissu conjoncUf sous-cutané: la raison de ce fait est simple: le vibrion de Pasteur est un anaérobie pur, que la moindre trace d'oxj/gcne empêche de vivre et de se développer.
L'infection par la voie digestive échoue invariablement, à moins qu'il n'existe une plaie du tube digestif.
L'inoculation intravasculairc à dose moyenne (une à trois gouttes chez le lapin, 1 à 5 centimètres cubes chez le mouton, 10 à \'6 centimètres cubes chez l'âne) ne donne pas la mort, et l'animal inoculé acquiert l'immunité (Chauveau et Arloing). A dose massive les résultats de l'inoculation intravasculairc sont différents, et la mort survient avec des lésions généralisées dans les séreuses.
MALADIES MICROBIENNES
Les sources du vibrion seplique sont nombreuses; outre les cas naturels de septicémie, chez l'homme et l'animal, qui peuvent fournir la matière de l'inoculation, le vibrion septique se trouve dans le sol, ainsi que les expériences de M. Pasteur l'ont démontré, et dans le tube digestif des animaux, d'où, en été surtout, il passe quelques heures après la mort dans le sang des veines profondes de l'animal.
Le réactif expérimental le plus simpjle de la septicémie de Pasteur est le cobaye : 1/5 de goutte de matière septique inoculée sous la peau de la cuisse de l'animal le tue sûrement.
Les symptômes qui suivent l'inoculation sont les suivants : blotti dans un coin, l'animal reste immobile, son poil se hérisse, il pousse des cris quand on le saisit : la mort survient en douze ou quinze heures après l'inoculation,
M. Pasteur a parfaitement décrit les épouvantahles désordres que l'on constate à l'autopsie. << Tous les muscles de l'abdomen et des quatre pattes sont le siège de la plus vive 'inflammalion; çà et là, particulièrement aux aisselles, des poches de gaz ; foie et poumons décolorés, rate normale, mais diflluente. » Ajoutons que les poils s'arrachent d'euxmêmes sur toute la surface abdominale, que le péritoine contient de la sérosité en assez grande abondance, et que lors de l'ouverture du cadavre, si près de la mort qu'elle soit pratiquée, il se dégage une odeur putride un peu spéciale. La septicémie est la putréfaction sur le vivanl.
III. Recherche du vibrion septique dans l'organisme septicèmique.
Le vibrion seplique doit être étudié sans coloration et avec coloration : il prend ])icn les diverses couleurs d'aniline, le bleu de Lôffler particulière-
SEPTICÉMIE DE PASTEUR.
iiiPiit, mais so colore mal i)ar la inrliiodc de Ciram ou de Weigert.
Le vibrion scptique sera l'echerché dans le sanij, la sérosité péritonéalc, et le suc musculaire.
Sang. — Le sang prélevé dans le cœur de l'animal seplicémique, aussitôt après la mort, contient peu de vibrions septiques, et on peut passer en revue plusieurs champs microscopiques sans en trouver un seul.
L'examen sans coloration est d'un haut intérêt : le vibrion septique prend dans le sang « un aspect tout particulier, une longueur démesurée, plus long souvent que le diamètre total du champ du microscope, etune translucidité telle qu'il échappe facilement à l'observation ; cependant quand on a réussi à l'apercevoir une première l'ois, on le retrouve aisément, rampant, flexueux (1), écartant les globules du sang comme un serpent écarte l'herbe dans les buissons » (Pasteur).
La coloration fixera le vibrion sur la lamelle ; et elle montrera que le long filament est composé de plusieurs segments inégaux entre eux : c'est là un caractère important. Dans la bactéridie les filaments se divisent en segments égaux; dans le vibrion l'inégalité des diverses fractions qui composent le (IK'inicut est des plus marquées.
Sérositi' péritonéalc. — Le moyen le plus simple et le meilleur d'examiner cette sérosité est de placer une lamelle sur la surface du foie, et de la colorer (de jjréfércnce au bleu de Loffler) après dessiccation. Le vibrion septique se présente en quantité' prodigieuse sur la lamelle : il y alTecte
(I; L'nir iirriMn les niouvcnionts du vibrion septi(]uc. Il poiil doiir ruTiver (]iie, dans une préparation, les vibrions soient ininiohilcs sur les bords où ils subissent le contact de l'air; au centre de la préparation an contraire, là où ils sont à l'abri de l'air, leurs inouvomeiits persisteront.
m. t>K MICIlDIilK. 14
MALADIES MICROUIENNES.
les formes les plus variées au point de vue des dimensions : courts ariicl.cs, isolés ou réunis deux à deux, souvent disposes en lignes parallèles ; lonçjs filaments composés de segments inégaux, droits ou flexueux, traversant parfois tout le champ du microscope. Ces préparations sont des plus intéressantes; elles sont de plus typiques, et caractérisent le vibrion septique.
Suc musculaire. — Si on vient à porter une goutte de ce liquide sans coloration sous le microscope, on voit des vibrions mobiles quelquefois très allongés, comme ceux de la sérosité jjéritonéale ; mais le microbe afl'ecte surtout ici les formes bizarres, en olive ou en battant de cloche, que nous étudierons à propos du charbon symptomatique.