‹ Précis de microbiologie des maladies infectieuses des animauxChapitre 100 sur 274 · ANALYSE QUANTITATIVE DE L EAU · texte numérisé non relu

ANALYSE QUANTITATIVE DE L EAU

G. Roux a simplifié le procédé d’ÂRLOiNG en se servant d’un petit appareil dans lequel la pipette est immobile, tandis que la plaque de gélatine se déplace circulairement.

3° Procédés approximatifs du Miquel. — Miquel décrit sous ce nom deux séries d’opérations approximatives qui peuvent rendre des services.

Le principe est le suivant : faire végéter les colonies sur un papier nutritif imprégné de gelée de lichen qui, traitée ensuite au bleu d’indigo, ne se colorera qu’au niveau des colonies L

Nous ne parlerons que du procédé le plus simple décrit en 1890. Le papier nutritif, taillé en rectangle et muni d’un fil suspenseur en platine, enveloppé de papier Joseph , est mis à l’autoclave pendant une heure à -f- 110°. Au moment de l’analyse, on le suspend par le fil de platine dans une éprouvette bouchée à l’émeri. On le tare très exactement et on plonge dans l’eau à analyser. En cinq minutes la gelée est gonflée, imbibée d’eau. On le remet dans l’éprouvette et on fait une seconde pesée qui donnera le poids de l’eau absorbée. Le tout est alors mis à l’étuve. Au bout de quinze jours, on retire le papier, on le dessèche bien (-j- 45°), et on le plonge pendant quelques minutes dans une solution aqueuse d’alun cristallisé, puis dans de l’eau pure. La gelée est alors plus mordante. On a préparé un second bain colorant de la façon suivante : 2 grammes d’indigotine cristallisée ont digéré pendant vingtquatre heures dans 50 grammes d’acide sulfurique fumant ; on ajoute un litre d’eau ; on neutralise. On trempe le papier dans ce second bain ; il se colore tout entier, les colonies en plus foncé. On lave à l’eau et on met dans une solution de permanganate de potasse à pendant une demi-heure. La gelée de bleue est devenue violette, puis rose. On lave. On trempe dans une solution faible d’acide oxalique à 3 ou 5 p. 100. On lave. Les colonies tranchent en bleu sur le papier redevenu blanc.

1 Annuaire de Montsouris, 1886, p. 519.

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L’indigo est une couleur très fixe ; aussi, loin de se décolorer, ces feuilles se foncent-elles à la lumière.

On compte les colonies bleues et on les rapporte à la quantité d’eau employée.

4° Numération des colonies par la photographie. —

G. Roux a proposé d’enregistrer les colonies de la plaque de gélatine en appliquant celle-ci sur un papier sensible. La gélatine est répartie à la dose de 2 centimètres cubes dans de larges tubes à essai comme pour la méthode d’Esmarch. Après l’ensemencement, on couche les tubes horizontalement sur une planchette munie à ses deux extrémités d’encoches demi-circulaires. La gélatine est donc en plaque plane et non enroulée. Lorsque les colonies ont apparu, on glisse sous l’ensemble des tubes un papier sensible au ferrocyanure de potassium et on met le tout à la lumière (pas trop vive pour éviter la fusion de la gélatine). Lorsque le papier est gris bleu, on le retire brusquement on le lave à grande eau et on laisse sécher. Les plus petites colonies se détachent en blanc sur fond bleu. On répète cette opération tous les deux ou trois jours et on conserve tous ces documents datés.

| 3. — Analyse qualitative

L'analyse qualitative, avons-nous dit, est le but vers lequel doit tendre le bactériologiste chargé d’examiner une eau au point de vue microbien. 11 est plus important de savoir le nombre et le nom des espèces microbiennes contenues dans une eau que de calculer le nombre des individus non déterminés qui la souillent. Malheureusement, la classification des microbes, la détermination de l’espèce, se heurtent, comme nous l’avons développé dans YIntroduction (p. 7), à. des difficultés presque insurmontables. Si on réfléchit, en outre, que nombre de microbes ( B . tuberculeux, Gonocoque, etc.) , ne poussent pas sur les milieux orninajrement employés pour les analyses d’eau (sans parler des microbes invisibles page 851), que

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beaucoup de microbes pathogènes nous sont totalement inconnus, on se rend compte de la prudence avec laquelle doivent être rédigées les conclusions d’une analyse qualitative. Enfin, l’analyse qualitative, n’ayant pas de technique fixe, mais exigeant de celui qui l’entreprend une foule de connaissances non seulement en bactériologie pure, mais en physiologie, en chimie, en pathologie, etc., aura la valeur de celui qui l'a dirigée, bien différente en cela de l’analyse quantitative qui, suivant l’expression de Miquel, peut être faite par un bon garçon de laboratoire.

L’idéal de l’analyse qualitative serait l’énumération de toutes les espèces contenues dans un échantillon d’eau ; cette analyse qualitative générale suivrait donc forcément l’analyse quantitative qui aurait isolé les germes. On se contente en général de l’analyse qualitative spèciale, c’est-à-dire de rechercher si une eau contient tel microbe pathogène donné.

A) — Analyse qualitative générale

Une fois en possession des cultures pures des microbes d’une eau, on se servira, pour différencier les espèces, de tous les moyens qui sont à notre disposition et que nous avons étudiés au chapitre v : cultures successives, sur différents milieux, à différentes températures ; on fera l'examen macroscopique et microscopique, examen chimique des bouillons de culture, on inoculera aux animaux, on recherchera l’agglutinabilité, etc. Nous n’avons pas à revenir sur ces méthodes. Toutes ces constatations épuisées, comment pourra-t-on appliquer un nom à chaque espèce ? Existe-t-il des tables dichotomiques qui puissent guider le microbiologiste et le conduire au nom de l’espèce par éliminations successives ? Existe-t-il en un mot des ouvrages sur les flores microbiennes comparables à ceux qui traitent des flores végétales générales ? Peut-on déterminer les microbes d’une eau, comme les plantes d’une montagne ? Plusieurs auteurs ont <tenté la description des microbes des eaux et la création de tables dichotomiques ; ces

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publications rendront des services, à la condition expresse de se souvenir qu’elles n’ont rien d’absolu, que tous les caractères sur lesquels se basent leurs classifications sont trop variables pour que la détermination d’un microbe soit comparable à celle d une plante plus élevée ; le microbe est situé trop bas dans l’échelle des êtres pour être aussi facilement individualisé (voir Introduction). Nous renvoyons plus spécialement le lecteur aux ouvrages de Lustig *, Eisenberg 1 2, G. Roux pour la description des microbes habituels des eaux,

B) — Analyse qualitative spéciale

Le problème devient plus abordable lorsqu’on demande au bactériologiste si un échantillon d’eau contient telle espèce microbienne connue. La plupart des microbes pathogènes ont été rencontrés dans l’eau. Citons le Staphylococcus pyogenes aureus 3 4 (Ulmann), le Micrococcus cereus albus (Tils), le Micrococcus du clou de Biskra (Heydenreich), le Coccus B. de Fontin , le Bacillus anthracis 4 ( Poincaré ) , le Bacille du choléra des poules (Koch), le Bacillus murisepticus (Koch), le Bacillus pyocyaneas (Tils), le Bacille de la Tuberculose humaine (Guignard), etc.

Les vases et par conséquent les eaux boueuses contiennent presque toujours des microbes anaérobies extrêmement dangereux, tels que le Vibrion septique , le Bacille de Nicolaïer

1 Lusttg, Diagnostica dei Batteri delle acque, Torino, 1890.

2 Eisenberg, Bakteriologische Diagnostik (Hamburg und Leipzig, 1891).

3 Le Staphylocoque pyogène peut vivre pendant plusieurs mois dans l’eau distillée (J. Courmont). C’est d’ailleurs dans l’eau de la Seine que Pasteur avait découvert, en 1880, un coccus pyogène.

4 Les filaments ou les spores du B. anthracis peuvent vivre dans l’eau jusqu’à 181 jours (Durarry, Th. Paris, 1889). Karunski les a vus au contraire disparaître dans l’eau en trois à cinq jours, {hoc. cit ., 1889-90.) Consulter le travail de Straus et Dubarry : La vie des microbes pyogènes dans Veau (Archives de médecine expérimentale, 1889).

RECHERCHE DU BACILLE TYPHIQUE DANS l’eAU 417

(tétanos). G. Roux, S. Arloing, Lortet, etc., les ont constamment trouvés dans la vase des galeries de filtration de la Compagnie des eaux, de Lyon. Miquel les a rencontrés dans l’eau de la Seine et de la Marne, Lortet dans l’eau de la Mer Morte. Nous avons déjà indiqué la façon de rechercher ces microbes, (chapitre vi, page 187) : on emploie l’inoculation de la boue sous la peau du cobaye (0sr,20 par 100 grammes de poids vif environ). On laissera déposer ou on centrifugera l’eau pour avoir une concentration de ces microbes. On pourra aussi, mais avec plus de difficultés, employer les méthodes d’isolement des anaérobies que nous avons décrites au chapitre vi.

Nous avons laissé pour la fin la recherche des microbes pathogènes qui se trouvent le plus fréquemment dans l’eau, engendrant des épidémies dues incontestablement à l'ingestion d'eaux contaminées: fièvre typhoïde, choléra. Ces deux questions sont d’une importance capitale et sont loin d’être complètement résolues à l’heure actuelle.

§ 1, — Fièvre typhoïde. Recherche du Bacille d’Eberth et du Colibacille dans les eaux

Le rôle de l’eau dans la propagation de la fièvre typhoïde est trop solidement établi pour que nous fassions autre chose ici que rappeler ce principe. La fièvre typhoïde étant causée par un microbe des mieux connus, le Bacille d’Eberth (Eberth, Gaffky, Chantemesse et Widal), il semble très simple au premier abord de savoir si une eau est typhogène ; il suffirait pour se prononcer de constater l'absence ou la présence de ce microbe dans un échantillon de celle-ci. Il en était ainsi il y a 20 ans. Dès qu’une épidémie de fièvre typhoïde surgissait dans une ville, dans une maison, on recherchait l’eau de boisson consommée on analysait celle-ci : la culture y décelait souvent le Bacille d' Eberth (Brouardel, Thoinot, Chantemesse, etc.).

1° Parenté du Colibacille et du B. d’Eberth. — Mal-

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heureusement, les choses n’étaient pas aussi simples. Il existe, dans l'intestin de l’homme et de la plupart des animaux, et par conséquent dans toutes les eaux souillées de matières fécales, un bacille, très voisin du B. d’Eberth ; c’est le Colibacille, décrit par Escherich sous le nom de Bacillus coli communia (voir p. 825 j. Jusqu’en 1889, ce microbe était considéré comme un vulgaire saprophyte, hôte banal de l'intestin; on croyait aussi pouvoir le distinguer facilement du B. d'Eberth. Mais Rodet et G. Roux1 2 établissent à ce moment que les caractères distinctifs de ces deux microbes sont insuffisants ; que les cultures du B. d'Eberth, obtenues si fréquemment par l’ensemencement d’eaux suspectes, étaient toujours ou presque toujours des cultures de Colibacille. 11 ne faut pas oublier qu’à cette époque on distinguait le B. d'Eberth du Colibacille par les seuls caractères macroscopiques des colonies sur gélatine et surtout sur pomme de terre, caractères secondaires et variables qui ne pouvaient compenser les nombreux points de ressemblance des deux microbes.

Continuant leurs travaux, Rodet et G. Roux montrèrent que le B. d'Eberth ne se rencontrait presque jamais* dans l’eau (méthodes antérieures à 1889), qu’il périssait d’ailleurs rapidement, même dans du liquide de fosse d’aisances filtré -, qu’on ne le trouvait presque jamais (en 1889) dans les selles des typhiques. Ils montrèrent en outre que le Colibacille est non un saprophyte, mais bien un microbe pathogène (Laruelle, Tavel, Rodet, etc.). Leur conclusion fut que le B. d'Eberth n’était qu’une variété de Colibacille, variété moins résistante, ayant perdu une partie de ses propriétés, à la suite de la pénétration du Colibacille dans le corps des typhiques : le type du B. d'Eberth s’obtiendrait seulement en ensemençant le suc de la rate des typhiques. Sous des influences mystérieuses, le Coli-

1 Rodet et Roux, Soc. de Biologie et Soc. des sciences médicales de Lyon, 1889, 1890, etc. et Arch. de médecine expérimentale, 1892, p. 317.

2 Vallet, Le Bacillus coli dans ses rapports avec le Bacille d'Eberth, Th. Lyon, 1892. Horrocks, Frost, etc.

bacille deviendrait typhogène et se transformerait en B. d’Eberth.

Cette théorie a soulevé d’ardentes polémiques et a été l'occasion d’un grand nombre de publications apportant des arguments tantôt favorables, tantôt contraires. A partir de ce moment, la Colibacillose a été créée de toutes pièces ; le Colibacille s'est élevé du rang de vulgaire saprophyte à celui de bacille pathogène chargé de nombreux méfaits. A partir de ce moment, des caractères importants de différenciation ont été cherchés et découverts : fermentation de la lactose, coagulation du lait par le Colibacille (Chantemesse et Widal, Perdrix, Dubief), agglutination par le sérum des typhiques, etc.

Les expériences de Rodet et G. Roux étaient remarquables pour l'époque (1889) où elles ont été publiées. Les réserves faites par ces auteurs étaient, alors, justifiées. Botaniquement, ils avaient raison. Mais, au point de vue pathologique, à la suite des travaux précisément suscités par eux, le doute n’est plus actuellement permis. Le B. typhique, bien que très voisin du Colibacille, et ayant probablement une origine ancestrale commune, est actuellement adapté : c’est un microbe pathogène spécifique, qu’il faut séparer avec soin du Colibacille et des Paratyphiques. La tâche est souvent difficile, mais cela ne modifie pas les résultats qu’on est en droit d'en attendre. 11 y a une Ebertliose, produite uniquement par le B. d’Eberth et dont la fièvre typhoïde est le type ; il y a, à côté, une Colibacillose, causée par le Colibacille , hôte habituellement inoffensif de notre intestin et de celui des animaux, des infections à V aratyphiques, etc.

2° Signification de la présence du Colibacille dans l’eau.

— Que conclure de la grande difficulté, qui est trop certaine, d’isoler le B. d’Eberth des eaux typliogènes, surtout (et c’est le cas habituel) lorsqu’il y est mélangé avec du Colibacille, au point de vue spécial de l’analyse des eaux? Que répondre à l'hygiéniste qui demande si une eau doit être rejetée comme typhogène.

Trois cas peuvent se présenter : 1° l’eau ne contient ni Coli-

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bacilles ni Bacilles typhiques : elle est déclarée potable (à ce point de vue spécial) ; 2° l’eau contient des Bacilles typhiques avec (presque toujours) ou sans Colibacilles: elle est déclarée typhogène ; 3° l’eau ne contient pas (par les procédés habituels) de Bacilles typhiques , mais des Colibacilles. Ce cas est le plus embarrassant. Il faut impitoyablement rejeter comme dangereuse une eau contenant des Colibacilles en quantité notable : elle a été souillée de matières fécales, elle est plus que suspecte. Mais on ne rejettera pas d’emblée une eau parce qu’elle contiendra quelques individus reconnus comme des Colibacilles, car presque toutes les eaux (surtout en faisant porter la recherche sur de grandes quantités) peuvent en offrir des échantillons. Néanmoins, cette eau sera suspecte et à surveiller de très près ; si on continue à y rencontrer des Colibacilles, elle sera considérée comme dangereuse ou pouvant le devenir. Il faut être beaucoup plus sévère qu’on ne l’était il y a quelques années. Une eau contenant des Colibacilles exige au moins des réparations de conduite pour retrouver le point où elle se contamine de matières fécales (J. Courmont).

Vincent (1905) a beaucoup insisté sur la recherche quantitative du Colibacille dans les eaux. Le Colibacille abondant dénote toujours une eau infectée et correspond à des eaux proportionnellement riches en autres microbes. L’eau de Seine contient jusqu’à 60 Colibacilles par centimètre cube ; l’eau de l’Ourcq, 75 : l’eau de certains puits, 100 et plus. Dans les eaux pures, il faut ensemencer jusqu’à 180 et 200 centimètres cubes pour trouver du Colibacille.

Voici un tableau donnant des moyennes :

Nombre de colonies du B. eoli.

par c. c. d’eau, par litre d'eau.

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