ANALYSE QUANTITATIVE DES MICROBES DE LA TERRE
infectieuses. Il suffit de rappeler l’existence des champs maudits de la Beauce où le charbon faisait, avant la vaccination, de si grands ravages dans les troupeaux qui y paissaient, grâce aux vers de terre qui apportaient à la surface les spores des cadavres charbonneux enfouis (Pasteur). On sait que presque tous les cas de tétanos compliquent des plaies souillées de terre. Pour Pettenkofer les oscillations de la nappe souterraine auraient une grande influence sur les épidémies : spécialement de choléra.
Le sol joue aussi un rôle important dans les épidémies de paludisme, de lièvre jaune, en favorisant l’éclosion des moustiques propagateurs des agents de ces maladies. Le dessèchement des marais fait disparaître le paludisme.
A côté du rôle pathogène des microbes du sol, nous devons signaler en quelques mots leur rôle botanique, Certains microbes saprophytes du sol offrent le plus haut intérêt, ce sont les agents nitrificateurs.
Le sol métamorphose les substances organiques ; l’eau, qui a filtré à travers une couche de terre, a perdu la majeure partie de son azote organique, de son ammoniaque pour se charger de nitrites et de nitrates. Ces nitrates fournissent l’azote à la plupart des végétaux qui l’assimilent ainsi. Dès 1887, Schloesing et Müntz, s’appuyant surtout sur le fait que cette transformation ne se produit pas si la terre du filtre a été stérilisée, supposèrent l’existence d’un ferment nitrificateur vivant, oxydant l’ammoniaque dans le sol. Winogradsky 1 a isolé et cultivé ces ferments. Le processus est double. Un petit coccus transforme d’abord l’ammoniaque en acide nitreux. Celui-ci est, à son tour, transformé en acide nitrique par une petite bactérie.
On voit le rôle immense joué par les microbes nitrificateurs dans la préparation du sol à la végétation des plantes. C’est déjà un microbe du sol, le Micrococcus ureæ de Pasteur, qui avait, au préalable, transformé l’urée en carbonate d’ammoniaque. Duclaux estime, en outre, que les microbes de la terre sont précieux
1 Winogradsky, Recherches sur les organismes de la nitrification, Annales de l’Institut Pasteur, 1890, etc.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DE LA TERRE
à la germination des graines par les diastases qu’ils fabriquent.
Quelques plantes (petits pois, luzerne), au lieu d’emprunter l’azote aux nitrates, le prennent directement à l’atmosphère, mais grâce à des nodosités des racines (Hellriegel et Wilfarth) dues à certains microbes (Laurent et Schloesing fils, Winogradskÿ) L
11 existe aussi des bactéries dénitrifiantes (Grimbert, Fremlin).
Certains microbes peuvent fixer V azote de l’ atmosphère (Freudenreich. Gerlach etVoGEL,1903) : le Clostridium pasteurianum, Y Azobacter chroococcum. Ce point est encore imparfaitement connu.'
Certains microbes peuvent nuire au contraire à l’agriculture. Le fumier laissé à l’air s’échauffe à -j- 80°, et, se couvre de vapeurs d’eau et d'ammoniaque que le vent emporte. Cet échauffement est dû au Bacillus subtilis. On augmenterait beaucoup la richesse des fumiers en azote en les stérilisant, par exemple en les arrosant avec un acide minéral.
La houille est le résultat de la transformation de forêts entières à l’aide de microbes.
Beijerinck (1904) a décrit 2 microbes capables d’assimiler l’acide carbonique à l’obscurité .
| 2. — Analyse quantitative
Elle se fera d’après tous les procédés que nous avons étudiés à propos de l’analyse de l’eau ou de l’air. Une masse donnée de terre sera distribuée dans du bouillon (fragmenté ensuite en petits ballons) ou dans de la gélatine liquide (étalée ensuite) ; on comptera les colonies qu’on reportera au volume de terre employé. Il va sans dire qu’il faudra opérer une dilution considérable et bien mélanger le tout pour pouvoir compter les germes de la couche superficielle du sol. La terre sera recueillie avec un instrument aseptique et débarrassée des pierres et autres corps étrangers. Pour avoir des échantillons de terre à différentes profondeurs, on fera creuser des tranchées ou on fera des forages. C. Frænkel recommande une sorte de sonde
1 Boullanger : Assimilation de l’azote libre par les microbes. Bulletin de l'Institut Pasteur, 1908.