CHAPITRE XVII
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DE LA TERRE
L'analyse bactériologique de la terre n’a pas une grande importance pratique, au moins pour le pathologiste ; aussi serons-nous bref à son sujet.
| 1. — Généralités
L’intérêt de la question réside dans la connaissance de la distribution des microbes dans le sol et de leur rôle au point de vue agricole.
1° Nombre et distribution des microbes du sol. — La
surface du sol est souillée d’un nombre considérable de microbes provenant des poussières, des matières fécales, des organismes en décomposition, etc. Ces microbes se développent, en outre, sur place, trouvant là un excellent terrain de culture. Leur abondance est donc toute naturelle surtout dans Yhumus. Citons quelques chiffres se rapportant à la couche superficielle.
Colline sablonneuse, aride, près de Turin (Mag-
GIORA) , . . , . 1 600
Sol voisin d’un égout à Paris (Duclaux) 64 000
Humus à Postdam (C. Frænkel) 100 000
Jardin de l’Institut agronomique de Leipzig, argile (Adametz) 500 000
Terre irriguée à l’eau d’égout (Miquel) 870 000
Boue des rues de Turin (Maggiora) 78 000 000
Le nombre des bactéries diminue très rapidement à mesure
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DE LA TERRE
qu'on s'enfonce dans le sol, ainsi que Koch l’avait soutenu, dès 1881 ; à une certaine profondeur, les microbes font totalement défaut. Noussavons déjà (p. 391) que la nappe d'eau souterraine est privée de germes. 11 va sans dire que les microbes aérobies disparaissent les premiers tandis que les anaérobies peuvent se rencontrer à d’assez grandes profondeurs. L’épaisseur du sol nécessaire à la filtration parfaite est naturellement très variable suivant la nature du terrain, les fissures, etc. G. Frænkel1, dans ses magistrales recherches sur les microbes du sol, a remarqué que cette diminution ne se faisait pas progressivement, mais brusquement vers lm,50 environ ; à 3 ou 4 mètres de profondeur les aérobies ont disparu. G. Frænkel a vu que le B. anthracis ne se développe plus à 3 mètres de profondeur, tandis que le Vibrion cholérique vit à cette profondeur. Grancher et Deschamps ont constaté que le B. d'Eberth ne dépasse pas 40 à 50 centimètres. Voici une expérience de Reimers (1889) :
Terre de la surface d’un champ . . 2 564 800 par cent. cube.
— à 2 mètres de profondeur —
(argile) 23100
— à 3 mètres et demi (gravier). 6170
— à 4 mètres et demi (sable) . 1 580
— à 6 mètres (grès). ..... 0
2° Espèces microbiennes trouvées dans la terre. —
Pasteur, le premier, a isolé du sol des espèces définies : le Vibrion septique et le B. anthracis. Nicolaïer y a trouvé le Bacille du tétanos. Macé et bien d’autres ont rencontré le Colibacille et le JB. d'Eberth. Yersin a isolé du sol le Bacille de la peste. Nous dirons un mot dans un instant des microbes de la fermentation et de la nitrification. Le Vibrion butyrique (Mayenne); le Bacillus mycoïdes, un grand nombre de moisissures ont été isolés. D’ailleurs, on peut trouver dans le sol tous les microbes de l’air ou de l’eau.
3° Rôle des microbes du sol. — Les microbes pathogènes du sol sont les propagateurs d’un grand nombre de maladies
1 G. Frænkel, Untersuchunyen iiber das Vorkommen von Mikrooryanismen in verchiedenen Bodenschichten, Zeitsch. für Hygiene, 1887.