CHAPITRE XV
STAPHYLOCOQUE
ARTICLE PREMIER
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
Vu par Lucke, Klebs, Eberth, cultivé pour la première fois en bouillon par Pasteur (1880), puis par Ogston, Becker sur milieux solides; décrit avec soin et dénommé (microbe en grappes, faisant du pus) par Rosenbach. Etudié depuis par F. Krause, Passet, Rodet, Rodet et J. Courmont, etc.
A) — L’espèce : staphylocoque pyogène
L’espèce : Staphylocoque pyogène est bien définie. Certains auteurs allemands, Lannelongue et Achard, en France, ont voulu distinguer trois espèces : la dorée, la blanche , la citrine. Rodet et J. Courmont (1890) se sont élevés contre cette manière de voir ; ils ont été suivis par Netter, Besson et la presque totalité des bactériologistes. Le St. pyogène est une des espèces les mieux définies, comprenant trois variétés qui ne se distinguent entre elles que par leur pouvoir chromogène. Ce pouvoir chromogène essentiellement variable, peut se modifier pour un même échantillon et il constitue un caractère tout à fait secondaire. Il en est de même du degré de la virulence ; il parait suivre, en général, les variations du pouvoir chromogène, le St. pyogène aureus étant plus virulent que le citreus ou Yalbus ; mais ce n’est qu’une question d’intensité ; les lésions produites sont toujours identiques. Les leucocidines sécrétées par les variétés blanche et dorée sont identiques (Neisser) .
ISOLEMENT, CULTURES
La variété la plus fréquente, comme la plus virulente, est la variété dorée ; c’est elle que nous décrirons surtout.
B) — Isolement, cultures
1° Isolement. — Ensemencer directement en bouillon les produits recueillis aseptiquement, ou faire des plaques de gélatine si les produits sont impurs. Mieux encore inoculer un lapin et cultiver le sang du cœur.
2° Caractères généraux des cultures. — Se développe bien suç tous les milieux usuels. Végète de -j- 10° à + 44°. T° optima rr: 37°. Aérobie facultatif, végétant très bien dans le vide.
11 favorise le développement des spores du V. septique (Besson), celui du B. de la pourriture d’hôpital (Vincent); et du B. de Vinfluenza (Grassberger) .
3° Pouvoir chromogène. — Le microbe décrit par Pasteur donnait des colonies jaune d’or ; Rosenbach le dénomme aureus et y ajoute la variété blanche : albus ; Passet isole la variété citrine : citreus (plus rare). Le plus souvent, le St. py. est jaune; on peut d’ailleurs observer toutes les colorations intermédiaires. Un fait prouve bien que ce pouvoir chromogène ne doit pas servir à différencier l’espèce, à peine des races; lorsqu’on fait des cultures d'isolement avec un pus à staphylocoques, on observe presque toujours un mélange de colonies dont les teintes vont du jaune orange au blanc avec tous les intermédiaires; il faudrait donc admettre que tous ces pus sont mixtes, à associations microbiennes ; il est plus logique de penser que les différents individus contenus dans le pus, et provenant tous d’une même souche, ont un pouvoir chromogène individuellement variable.
En second lieu, on peut facilement empêcher le SL py. aureus de faire son pigment. Les conditions les plus favorables sont une culture bien aéree, végétant entre + 20° et -{- 25°. Il suffit de cultiver dans le vide, d’additionner le bouillon d’antipyrine,
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
d’exposer à la lumière (Gaillard), pour voir disparaître le pouvoir chromogène. Les différences de température, le vieillissement des cultures, des changements chimiques dans la composition du milieu nutritif, ont un retentissement très marqué sur l'intensité de cette propriété. Toutes ces modifications ne sont que temporaires ; replacé dans de bonnes conditions, le St.py. repousse aureus.
Rodet et J. Courmont ont observé la transformation définitive d’un St. py. doré en St. py. blanc , et Netter a vu un St. py. blanc devenir doré. On sait d’ailleurs que le B. pyocyanique peut perdre sa fonction chromogène (Wasserzug), de môme le Micrococcus prodigiosus (Schottelius). Le Staphylocoque pyogène est encore plus sensible à ce point de vue et perd sa faculté chromogène avec des conditions qu'il rencontre facilement dans la nature et l’organisme.
4° Cultures sur milieux solides.
sont les plus caractéristiques.
Ce
Fig. 258.
Staphylocoque pyogène.
Culture de8 jours en gélatine (piqûre profonde).
.4. Gélatine. — a. Piqûre. Dès la vingtième heure, culture granuleuse. Vers le cinquième jour, la liquéfaction commence en entonnoir avec un culot doré au fond. Vers le huitième jour, lq liquéfaction a gagné les bords et se fait en cylindre complet, progressivement descendant avec un culot jaune à la limite du liquide trouble supérieur et de la partie inférieure non liquéfiée (fig. 258).
La liquéfaction n’atteint pas toujours le fond du tube, la culture s’arrête avant. Rien n’est variable comme la rapidité avec laquelle le St. py. liquéfié la gélatine ; la liquéfaction est toujours lente, mais parfois minime et ne commençant que le quinzième ou le vingtième jour, pour s’arrêter au bout de plusieurs mois, b. Plaques. — Vers le deuxième jour : petites colonies arrondies
ISOLEMENT, CULTURES
grisâtres, à centre jaune. Bientôt : liquéfaction annulaire autour de la colonie, avec flocons jaunes nageant dans le liquide. La
Fig. 259.
Staphylocoque pyogène blanc.
Culture de 8 jours sur gélose.
Fig. 260.
Staphylocoque pyogène doré.
Culture de 8 jours sur gélose.
Staphylocoque pyogène citron.
Culture de 8 jours sur gélose.
liquéfaction s’étend plus ou moins loin, mais gagne rarement toute la plaque.
Naturellement, la coloration de la colonie est blanche ou citrine avec les autres variétés.
Certains staphylocoques ne liquéfient presque pas ; certains perdent à la longue cette propriété.
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
B. Gélose. Sérum. — Dès la vingtième heure, nombreuses colonies arrondies, blanchâtres, le long de la strie. Elles sont rapidement confluentes et forment une large bande granuleuse grasse, humide, qui reste blanche ( albus , fig. 259), ou prend, vers le cinquième jour, parfois plus tard, une coloration jaune, plus ou moins orangée [aureus, fig. 260), ou citrine ( citreus fig. 261) ; surtout à la partie épaisse, médiane.
C. Pomme de terre. — C’est le milieu qui donne les colonies les plus vivement colorées. Vers le deuxième ou le troisième jour, la culture est épaisse, luxuriante et d’un jaune véritablement doré [aureus), ou citrine (citreus), ou bien très blanche [albus] ,
5° Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Rien de caractéristique. Trouble uniforme, rapide, sans flocons ni pellicule (fig. 110). Dépôt abondant et coloré1, mais moins vivement que les cultures solides. Le développement s’arrête vers le huitième jour.
B. Lait. — Rapidement coagulé (F. Krause), grâce à la production de plusieurs acides, dont l’acide lactique.
C. Sérum. — Végète agglutinée et atténuée dans le sérum du lapin immunisé. Végète normalement dans le sérum neutre (J. Courmont).
C) — Coloration, caractères microscopiques
1° Coloration. — Se colore très facilement par toutes les couleurs basiques d’aniline. Prend le Gram.
2° Forme. — L’élément est un coccus, toujours rond (morphologie très fixe), de diamètre variable (0,9 p. à 1,2 p). Il est petit dans les cultures anciennes, très gros lorsqu’on le cultive à -j- 63°. L’arrangement des cocci est caractéristique. Ils sont disposés en amas qu’on a comparés à des grappes de raisin (d’où le nom de Staphylocoques) ; autour d’eux sont des éléments isolés
CARACTÈRES BIOLOGIQUES 677
ou groupés par 2, par 3, ou par petites chaînettes de cinq éléments en moyenne (fig. 262). On n'observe jamais de longs streptocoques, ni de disposition constante en diplocoques ou en
tétragènes ; c’est un mélange confus de tous les groupements possibles.
3° Mobilité. — Immobilité.
4° Spores. — Pas de spores.
U) — Caractères biologiques
1° Habitat. — Très répandu dans la nature, il existe dans l’air, dans les eaux (où il peut vivre longtemps ; J. Courmont),
Staphylocoque pyogène.
Culture en bouillon (48 heures).
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
sur le sol, dans les poussières. On le trouve chez les animaux sains, à la surface de la peau, sur les muqueuses, dans le tube digestif (Gessner, Dupré), dans la bile (1 7 fois sur 42; Létienne), dans les ganglions, notamment les mésentériques.
2° Vitalité. — La vitalité est considérable dans les cultures; des cultures en bouillon, âgées de plus d'un an, sont parfois ensemencées avec succès, à plus forte raison des cultures solides.
Dans les matières albuminoïdes desséchées, le Staphylocoque pyogène résiste plusieurs minutes à -f- 100° et assez bien aux antiseptiques.
La limite de température à laquelle végète une culture en bouillon est environ 40° ; on obtient même des cultures (atténuées, il est vrai, et à gros éléments) à -f 43° et-f- 44° en réensemençant fréquemment à cette température un microbe puisé dans une culture très jeune. Cependant la résistance du Staphylocoque pyogène à la chaleur est en somme faible.
La durée et 1 intensité du chauffage, nécessaire pour détruire la vitalité du microbe, varient suivant l'âge de la culture ; la plus âgée étant la plus facile à stériliser. Voici quelques chiffres dus à Kodet : 41 0 pendant deux jours et 45° pendant vingt-quatre heures ne tuent pas le Staphylocoque. 11 ne résiste pas au contraire à 44° pendant cinq jours, 50° pendant deux jours, 72° pendant une heure trente-cinq minutes et 80° pendant une heure quinze minutes.
La lumière solaire (Gaillard) et électrique (Ghmelewsky) diminuent rapidement sa virulence et altèrent son pouvoir chromogène.
Prochownick et Spath prétendent que le Staphylocoque pyogène est détruit en un quart d’heure au pôle positif d’un courant galvanique de 60 à à 80 milliampères, grâce au dégagement du chlore provenantde la décomposition du chlorurede sodium.
Un séjour de vingt-cinq à cinquante jours dans Peau distillée tue le Staphylocoque (Curt Braem, Bolton). Il peut y conserver sa vitalité pendant plusieurs mois (J. Courmont).
Tarnier et Vignal ont étudié avec soin l’action des antisepti-
CARACTÈRES BIOLOGIQUES
ques. Il faut, pour détruire le Staphylocoque , un séjour de deux minutes dans une solution de bichlorùre de mercure à un millième, neuf minutes dans une solution de biiodure au millième, etc. L'iode au dix-millième et le thymol au cinq-millième détruisent le microbe. L’iodoforme n’a pas d’influence (Martkns, Kunz, etc.). Si on ajoute au bouillon de la pyoctanine, dans la proportion d'un cinq-millième, le microbe périt en une demi-heure (Liebreich et Oskor)~. 11 ne se développe pas dans un bouillon contenant 1/2000 d’acide chlorhydrique (Vignal). Une pression de 90 atmosphères n’influence ni sa végétabilité ni sa virulence (Sabkazès et Bazin).
Le savon a un certain pouvoir bactéricide contre le Staphylocoque ; une solution à 1 p. 100 le tue en vingt-neuf heures (Rodet).
C’est en expérimentant avec le Staphylocoque pyogène doré et quelques autres microbes, que Bouchard a calculé l'équivalent antiseptique d'une foule de substances médicamenteuses.
3° Virulence. — Bien n’est variable comme la virulence du Staphylocoque pyogène. 11 peut même arriver qu’une première culture, provenant directement d'un abcès ou d'un foyer d’ostéomyélite, soit absolument inactive. En général, uue première culture âgée de quarante-huit heures, tue le lapin, dans le sang, à 1/2 ou 1 centimètre cube. Les variétés citrine et blanche sont le plus souvent moins virulentes.
Le vieillissement atténue rapidement les cultures ; pour conserver un Staphylocoque virulent, il faut réensemencer la culture tous les cinq à huit jours. Cependant, une très vieille culture donnera parfois une culture fille virulente. Il n’y a pas de règle connue à ce point de vue.
La virulence du Staphylocoque peut s’exalter artificiellement au moyen de passages successifs par inoculation veineuse ou péritonéale chez le lapin.
4° Agglutination. — Le Staphylocoque végète agglutiné dans le sérum dé lapin immunisé.
J. Nicolas et Lesieur ont eu une chèvre immunisée dont le
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
sérum agglutinait plusieurs échantillons de staphylocoques.
Otto (1903), Proscher, Kutscher (1904), prétendent distinguer les Staphylocoques pathogènes des saprophytes par l’agglutinabilité.
5° Caractères biochimiques. — Produit des acides gras aux dépens des matières sucrées. Transforme la lactose en acide lactique. Produit les acides acétique, valérianique, butyrique et propionique (odeur aigre des cultures).
Produit un peu d'indol. Peptonise le blaire d’œuf.
E) — Action pathogène
1° Action naturelle. — Le Staphylocoque pyogène est pathogène pour les animaux et pour l’homme.
Le Staphylocoque pyogène est un agent commun des suppurations. Il a été reconnu comme l’auteur d’une ostéoarthrite aiguë infectieuse des jeunes oies (Lucet), d'abcès chez le chien, le chat, le loup , le renard, la martre, le mouton , le lièvre, le cobaye, les souris blanche et grise, la perdrix, l’hirondelle, le pigeon, etc., etc. (Karlinski), dune épidémie sur les goujons du Rhône (Charrin), il est avec le Streptocoque pyogène un des éléments les plus fréquents des suppurations polymicrobiennes. C’est ainsi qu’on le trouve quelquefois dans les complications pulmonaires des plaies anciennes du cheval dont l’agent habituel est le bacille de la nécrose.
Le staphylocoque serait la cause principale de la suppuration cutanée dans la gale démodécique du chien (Gmeiner) .
Micrococcus caprinus, (Mohler et Washburn, 1902) qui serait l’agent du takosis des chèvres angora ne paraît être qu’un staphylocoque pyogène blanc.
2° Action expérimentale. — A. Lapin. — C’est l’animal de choix. Son inoculation à différents âges, par différentes voies, avec des doses variées de Staphylocoque pyogène, est un véritable modèle d’étude expérimentale.
Les expériences donnent les mêmes résultats avec le St. aureus,
ACTION PATHOGÈNE
albus et citreus. L’albus et le citreus sont en général moins virulents, mais cette loi souffre des exceptions (Rodet, Jaboulay, J. COURMONT, WATSON-CHEYNE).
a. Inoculation intra-péritonéale. — La voie péritonéale est la moins favorable (Grawitz, Steinhaus, Delbet, Herman) ; elle permet l’inoculation de doses de culture 20 fois plus fortes qu’un autre organe sans suppurer. On obtient une péritonite fîbrinopurulente et la mort en quelques jours ; le microbe est abondant dans le sang et les viscères.
b. Inoculation sous-cutanée . — Voie la moins sensible, après le péritoine. Il faut 0,75 à 1 centimètre cube (500 000 000 de cocci, Herman) d’une culture de virulence moyenne, pour produire un abcès. L’infection se généralise rarement et n’est presque jamais mortelle, sauf avec des doses très fortes de culture très virulente. Rodet a tué en quelques heures avec 2 centimètres cubes, J. Courmont avec 1/4 de centimètre cube d’une culture très virulente. Il faut, en général, une dose double (1 000 000 000 de cocci, Herman) de la dose pyogène, pour tuer.
c. Inoculation sous- arachnoïdienne. — Voie un peu plus sensible. Méningite suppurée mortelle.
d. -Inoculation intrapleurale. — Voie encore un peu plus favorable. Il suffit de 0,25 centimètre cube de la culture qui ne fait un abcès sous-cutané qu’à 1 centimètre cube, pour faire une pleurésie fibrino-purulente, mortelle en quelques jours.
e. Inoculation intraveineuse. — C’est la voie la plus commode et donnant les résultats les plus schématiques. Une ou deux gouttes suffisent à tuer (culture de même virulence que précédemment).
Si la dose est forte ou la culture très virulente, la mort survient en quelques heures à deux jours, sans aucune lésion appréciable, par simple septicémie. Congestion de tous les organes et staphylocoques nombreux dans le sang.
Si la dose est très faible et laisse survivre l’animal plus de vingt jours, il se produit des arthrites suppurées sans lésions viscérales.
Parfois, des lapins, qui avaient paru survivre, ont présenté, beaucoup plus tard, des myélites avec paralysies (J. Courmont, Gilbert et Lion).
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
On a reproduit l’endocardite scléreuse ou végétante, avec ou sans lésions préalables des valvules (Wyssokowitch, Ribbert, Bonome. G. Roux et Josserand) .
La dose qui donne les meilleurs résultats doit laisser l’animal survivre une huitaine de jours.
Supposons le lapin adulte.
Dès le lendemain de l’injection, l’animal paraît malade et sa température monte pour rester fébrile (40° à 41°) jusqu’à la mort. Les urines sont albumineuses et contiennent des cylindres colloïdes avec des débris d’épithélium et des globules rouges. La
Fig. 263.
Staphylococcie.
Rein d’un lapin mort le huitième jour après injection intraveineuse (grandeur naturelle).
Fig. 264.
Staphylococcie,
Coupe de l’autre rein du même animal (grandeur naturelle).
mort survient au bout de six à huit jours, avec pyohémie généralisée.
Les abcès des reins sont absolument constants (Rodet, Ribbert, Krause, Golzi, etc.) et peuvent constituer l'unique lésion, ils font saillie à la surface de l’organe qui est parsemé de bosseluresjaunâtres, parfois groupées en véritables bouquets (fig. 263 et 264). Le bassinet peut être rempli d'urine purulente ; on peut aussi observer de la périnéphrite suppurée.
Les microbes, peu nombreux dans la zone mortifiée, très rares dans les tubes urinaires (habituellement dépouillés de leur épi-
ACTION PATHOGÈNE
théiium), existent en amas considérables dans les vaisseaux de la zone médullaire, d’ailleurs atteints d’endartérite végétante.
D’autres abcès existent souvent, mais non constamment, dans les différents organes ou tissus, muscles , poumons, foie. Le cœur contient presque toujours plusieurs abcès dans le myocarde même (fig. 265). La rate est habituellement indemne. Pas de dégénérescence graisseuse du foie ou des reins, môme après des suppurations lentes (Lannelongue et Achard).
Les staphylocoques sont abondants dans le sang et les organes.
L’inoculation veineuse au lapin jeune détermine de l'ostéomyélite (Rodet) sans qu’il soit nécessaire d'accompagner l'inoculation de traumatismes.
On inocule, dans la veine auriculaire, une dose (1 ou 2 gouttes) qui permet la survie pendant une huitaine de jours.
Au bout de quelques jours, on note un peu de tuméfaction douloureuse puis tous les signes de l'arthrite purulente d'un ou des deux grassets, ou quelquefois d’une autre articulation.
A l’autopsie, on trouve toutes les lésions pyohémiques de l’adulte et en plus l’ostéomyélite.
Les arthrites purulentes sont à peu près constantes et souvent très volumineuses. Elles peuvent se montrer dans toutes les articulations, mais leur siège de prédilection est aux grassets, puis aux épaules . Ces arthrites sont quelquefois indépendantes de toute lésion osseuse : le plus souvent elles ont pour origine un abcès osseux.
Les synoviales tendineuses suppurent chez certains sujets.
Les os dénudés offrent des abcès sous-périostiques ordinairement de faible volume. Leurs sièges de prédilection sont : l’extrémité inférieure du fémur et supérieure du tibia, l’extrémité supérieure de l’humérus ; on peut néanmoins les rencontrer sur
Fig. 265.
Staphylococcie.
Cœur du même lapin (grandeur naturelle).
LE STAPHYLOCOQUE PYOGENE
toute la longueur des diaphyses. Ces abcès sont constitués par une gouttelette de pus entourée d’une zone hémorragique, faisant saillie sous le périoste. Le pus éliminé, on se trouve en présence d’un véritable séquestre (fig. 266) ou d'une cavité creusée dans Los et pouvant conduire jusqu’à un foyer purulent médullaire (fig . 267).
Fréquemment, les lésions sous-périostées passeraient complètement inaperçues, si on ne prenait la précaution de décoller le périoste dans toute l’étendue de l’os.
Fig. 266.
Staphylococcie.
Extrémité inférieure (grandeur naturelle) d’un fémur de jeune lapin, mort le septième jour d’une injection intraveineuse.
Deux séquestres baignant dans le pus de deux cavités osseuses.
Fig. 267.
Staphylcoccie.
Décollement épiphysaire de l’extrémité supérieure d’un humérus dejeune lapin, mort le neuvième jour d’une injection intraveineuse. On remarque, en outre, une cavité remplie de pus, sans séquestre, creusée dans la diaphyse (grandeur naturelle) .
Les altérations les plus remarquables sont celles de la région juxta épiphysaire, de la diaphyse des os longs et spécialement de l’extrémité inférieure du fémur, supérieure du tibia et de l’humérus. Le tissu spongieux de la diaphyse qui confine au cartilage de conjugaison est infiltré d’une petite quantité de pus, extrêmement friable et parsemé de séquestres souvent excessivement nombreux. C’est également à ce niveau que les abcès souspériostiques sont les plus fréquents. Ces lésions s’arrêtent habi-
ACTION PATHOGÈNE
tuellement à une petite distance du cartilage de conjugaison qui est indemne. Le décollement juxta-épiphysaire est souvent spontané; en tout cas le plus faible effort suffit à le produire (fîg- 267).
Le tissu épiphysaire est le plus souvent sain. Cependant on peut y voir abcès e't séquestres, soit primitifs, soit par propagation de la suppuration diaphysaire qui perfore le cartilage de conjugaison et va fuser jusque dans l’articulation.
Les microbes sont disséminés dans la moelle, le tissu spongieux et môme le tissu compact. Ils oblitèrent même parfois complètement les canaux de Ha vers.
La grande vascularisation des régions osseuses en voie de croissance et le ralentissement du courant sanguin à ce niveau expliquent la localisation des microbes (Bobroff).
Les lésions obtenues sont la reproduction fidèle de l’ostéomyélite aiguë humaine.
Alors que la lésion caractéristique de l’ostéomyélite à staphylocoques est la nécrose , celle de l’ostéomyélite à streptocoques (J. Courmont et Jaboulay, Lannelongue et Achard) est la suppuration médullaire .
g. Inoculation dans la chambre antérieure. — C’est la voie la plus- sensible. La suppuration de la chambre antérieure s’obtient avec une quantité de cocci 8 000 fois moindre que celle nécessaire au tissu sous-cutané (Herman).
h . Inoculation intratrachéale. — Les phagocytes du poumon (cellules épithéliales) détruisent les microbes en quatre jours.
i. Variation artificielle de la réceptivité. — La réceptivité du lapin peut être facilement modifiée.
L’émulsion des staphylocoques dans une solution de glucose à 25 p 100 augmente leur propriété pyogène pour le lapin, le rat, la souris (O. Budjwid). Le résultat est le même si la solution de glucose est injectée dans la veine auriculaire et le microbe sous la peau. Ces expériences ont été confirmées par Ferraro; il est vrai que Grawitz, De Bary, Steinhaus, Herman en nient les résultats. Les effets de l’adjonction du glucose sont inconstants (Nicolas).
D’autres substances sont des adjuvants de l’action pyogène
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
du staphylocoque. Citons : la cadavérine (Fehleisen), le sublimé (Budjwid, Herman), le phénol (Budjwid, Herman).
Les cultures filtrées du Staphylocoque ou l’extrait alcoolique de ces cultures prédisposent le lapin à la suppuration par staphylocoques (Rodet et J. Courmont, Maltse’ff) (voir
On peut encore favoriser l’éclosion d'un abcès en sectionnant les nerfs afférents à la région (Herman, S. Arloing).
C. Autres animaux. — Le Staphylocoque pyogène est pathogène pour la plupart des animaux, mais à un degré généralement moindre que pour le lapin.
Le cobaye succombe aux mêmes lésions que le lapin (Rodet, J. Courmont) sans qu il ait été possible pourtant de reproduire f ostéomyélite.
Lee lien (Pawlowsky), la souris, le rat ont été inoculés avec succès, surtout dans le péritoine ; l’inoculation sous-cutanée produit un abcès.
Lucet a reproduit l’ostéomyélite de l 'oie.
F) — Toxines
Les produits extraprotoplasmiques, fabriqués dans les cultures par le Staphylocoque pyogène, sont multiples.
1° Toxines pyogènes. — La culture stérilisée à -f- 100u, ou filtrée, était pyogène (chambre antérieure du lapin), cette propriété est due à une substance précipitable par 4 à 5 volumes d'alcool fort (de Christmas).
Leber avait cru isoler des cultures une substance ( phlogosine ) analogue aux alcalis, cristallisable, et pouvant entraîner la suppuration. Ce n’était pas une toxine du Staphylocoque.
2° Toxines vaso-dilatatrices. — Le liquide provenant de la filtration d une culture en bouillon conserve pendant longtemps des propriétés vaso-dilatatrices, il contient des substances qui mettent les centres vaso-dilatateurs supérieurs du lapin en état
TOXINES
d hyperexcitabilité, ainsi que S. Arloing (1891) l’a démontré par l’excitation du bout central du nerf de Cyon et du nerf auriculaire. La dépression artérielle est plus intense après l'injection du liquide. C’èst ainsi que le Staphylocoque favorise la diapédèse comme l’admet Bouchard.
3° Toxines proprement dites. — Quelques expérimentateurs ont noté certaines propriétés toxiques des produits solubles du Staphylocoque. Rodet et J. Courmont (1892) en ont fait sur le chien et le lapin une étude détaillée. Ces produits toxiques sont multiples ; ils sont très altérables.
La culture filtrée est peu toxique, grâce à la rétention de beaucoup de substances sur le filtre.
La culture complète, vivante ou tuée par la chaleur, entraîne immédiatement la suspension de la respiration en expiration, une notable augmentation de la pression sanguine, l’affaiblissement du cœur, un abaissement de la température et quelques accès convulsifs.
On opère ainsi sur un mélange de substances antagonistes qu’on peut dissocier en partie par l’alcool.
Les substances précipitables par V alcool sont privées de leurs antagonistes, plus toxiques que le mélange. On observe : mort en quelques heures; respiration en Cheyne-Stokes ; circulation peu atteinte ; abaissement de la température ; excitabilité nerveuse exagérée se manifestant par du tremblement, de la chorée, du tétanos. Les troubles respiratoires et convulsivants dominent la scène.
Les effets des substances solubles dans, l’alcool sont en grande partie opposés ; ces dernières substances sont également plus toxiques que le mélange. Il y a tendance à l’arrêt du cœur et de la respiration ; anesthésie complète ; abaissement de la température ; mort par arrêt du cœur. Les troubles cardiaques et anesthésiques dominent la scène.
L’antagonisme se montre donc entre les substances toxiques comme entre les substances prédisposantes et vaccinantes.
Les substances précipitables par l’alcool engendrent des néphrites.
688 LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
On peut obtenir des toxines tuant le lapin au 1/1 00e de centimètre cube.
Mosny et Marcano ont expérimenté des cultures filtrées qui tuaient en quelques secondes à 10 centimètres cubes.
4° Staphyloly sines , Staphyloleucocidines . — V oir page 3 1 7 les expériences sur ces curieuses substances.
Les cultures de Staphylocoque pyogène contiennent une hémolysine (Neisser et Wechsrerg), tandis que celles non pyogènes n’en contiennent pas (Otto). Les injections répétées d’hémolysine au lapin rendent son sérum antihémolytique.
G) — Immunisation, prédisposition
1° Immunisation. — Rodet et J. Courmont (4891), opérant ur le lapin , ont montré que le Staphylocoque offre cette particularité de fabriquer des substances vaccinantes précipitables par V alcool, et thermolabiles (vingt-quatre heures à 55°).
Les auteurs (Mosny et Marcano), qui ont cherché à vacciner par l’ensemble de la culture filtree, ont échoué.
Viquerat et Kosc, Parascandolo ont vacciné avec des cultures virulentes en bouillon sucré, stérilisées par l’addition de 5 p. 100 de phénol.
Capman dit avoir immunisé des chiens et des lapins avec une culture en bouillon peptonisé à 1 p. 100, filtrée à l’âge de vingt jours.
Denys et Van de Velde ont vacciné le lapin avec des cultures filtrées.
On peut vacciner le lapin avec des cultures de se pt-huit jours chauffées à 70° pendant quatre heures et données en lavement additionnés de laudanum (J. Courmont et Rochaix). Eprouvés par inoculation veineuse les vaccinés ont une infection atténuée.
2° Prédisposition. — Dès 1890 Bouchard classait le Staphylocoque parmi les microbes qui fabriquent des produits favorisants, c’est-à-dire à action adjuvante immédiatement toxique par paralysie du système vaso-dilatateur. Rodet et J. Courmont
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
(1891) ont étendu au Staphylocoque la découverte de J . Courmont de produits solubles prédisposants (voir p. 318), c’est-à-dire modifiant l’organisme, au bout de quelques jours et d’une façon durable, dans un sens favorable à l'infection. Il suffit, pour les mettre en relief, de filtrer une culture en bouillon (infusion salée de viande de veau sans addition de peptone) sur porcelaine à 2 ou 3 atmosphères. L’âge de la culture importe peu, le liquide résultant de la filtration perd ses propriétés toxiques en vieillissant, mais non son pouvoir prédisposant.
L’injection au lapin peut se faire en même temps que celle du microbe, la suppuration est alors légèrement favorisée. Les effets les plus remarquables s’obtiennent en imprégnant d’abord l’organisme du lapin par la voie sanguine avec le liquide filtré et en inoculant le microbe longtemps après (trois mois et certainement beaucoup plus). L’infection prend alors une marche suraiguë, et ses lésions peuvent apparaître avec un virus trop atténué pour en produire sur un lapin neuf.
Les substances prédisposantes sont solubles dans l'alcool ; on obtient les mêmes effets avec l’extrait alcoolique qu’avec le liquide total.
H) — Diagnostic bactériologique
Le diagnostic bactériologique consiste à isoler le Staphylocoque pyogène, ce qui est facile. Le caractériser est également chose aisée.
Il faut bien se garder d’attribuer au Staphylocoque toutes les lésions où on le rencontre sans une critique sévère. 11 peut envahir une lésion (un abcès) préformée ; il peut surtout être associé à des microbes plus difficiles à isoler, notamment au B. tuberculeux.
1° Examen microscopique. — Colorer les frottis avec le Gram (double coloration) . Dans le pus : cocci plus ou moins isolés, hors ou dans les globules de pus.
2° Culture. — 1° Ensemencer un ballon de bouillon ; 2° pro-
LE STAPHYLOCOQUE PYOGÈNE
mener une aiguille de platine chargée de pus (sans la recharger) sur trois tubes de gélose.
3° Inoculation. — La culture est presque toujours suffisamment caractéristique. Il est cependant bon d’inoculer une culture de première génération, à la dose de 1 à 2 centimètres cubes dans la veine auriculaire du lapin.
1) — Sérothérapie, B actériothérapie
Le sérum des animaux immunisés est bactéricide et agglutinant (J. Courmont), antitoxique (J. Mosny), et atténuant (Nicolas et Lesieur).
Le sérum des lapins vaccinés par Denys et Van de Velde contenait une antileucocidine, c’est-à-dire un « anticorps » neutralisant la leucocidine des cultures filtrées.
Paltchikowsky (1903) immunise le cheval; son sérum protégerait le lapin contre l’inoculation intraveineuse et favoriserait l’inoculation sous-cutanée.
Prôscher (1903) immunise la chèvre, le mouton, le cheval, par inoculation intraveineuse de staphylocoques actifs ; le sérum de ces animaux est immunisant pour le lapin, agglutinant et antistaphylococcique.
Partant de la conception de Gmeiner sur la véritable cause de la suppuration cutanée dans la gale démodécique du chien on a préconisé les vaccins antistaphylococciques de Wright contre cette maladie.
Le microbe isolé sur agar, on choisit une culture de vingtquatre heures, que l’on dilue dans la solution saline normale stérilisée, et on porte la dilution à l’étuve à 56° pendant une heure. On ajoute ensuite de la solution saline stérilisée en quantité suffisante pour que le mélange renferme de 250 à 500 millions de cocci par centimètre cube. C’est cette dilution qui sert de vaccin. Les documents recueillis (Mettam) ne permettent pas encore d’apprécier la valeur de la méthode. On a préconisé également des bactérines préparées suivant les mêmes conditions pour soigner les plaies suppurantes des animaux (Archibald et Kinsley, Jemel).
COLORATION, CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
Dans tous les cas les auto-vaccins préparés avec le microbe du malade sont toujours préférables aux poly vaccins (polybactérines) préparés avec des microbes recueillis sur d’autres champs suppurants.
Les virus-vaccins (vivants) sensibilisés de Besredka (auto- et hétéro-vaccins) ont donné de bons résultats dans diverses infections staphylococciques de l’homme (Broüghton-Alcock).
ARTICLE II