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CHAPITRE X YII

BACILLE DU ROUGET

Le bacille du rouget ( Bacillus rhusiopathiæ suis, Kitt) a été découvert par Pasteur, isolé et étudié par Lôffler.

A) — Isolement, cultures

1° Isolement. — On peut ensemencer directement le sang ou la pulpe des organes des porcs morts de la maladie, mais en raison du maigre développement des cultures et de la possibilité des souillures il est préférable d’inoculer un pigeon ou une souris blanche et d’ensemencer le sang du cœur. Le bacille du rouget se trouve non seulement chez les animaux malades, mais il est encore possible de l’isoler des amygdales, de l’intestin des animaux sains (Olt, B atjermeister et Jensen).

2° Caractères généraux des cultures. — Aérobie et anaérobie. La végétation est peu abondante dans la plupart des milieux.

3° Cultures sur milieux solides. — A. Sérum. — Colonies punctiformes.

B. Gélose. — Petites colonies, transparentes, analogues à des gouttes de rosée.

C. Gélatine. — a. A la surface colonies transparentes, d’un gris bleuté, visibles seulement sur un fond noir, présentant des ramifications irrégulières qui les font ressembler à des ostéo-

COLORATION, CARACTÈRES MICROSCOPIQUES

clastes ; dans la profondeur, petites colonies granuleuses, grises, présentant quelquefois de courts prolongements ramifiés.

b; Piqûre. — Trait blanchâtre de la grosseur d’une épingle à cheveu, d’où se détachent de fines aigrettes, après une huitaine de jours la culture a pris l'aspect d’une brosse à bouteilles (Schottelius), le caractère' est loin d’être constant et souvent il ne se développe sur le trajet de la piqûre que des colonies blanches, arrondies, qui prennent avec le temps une teinte jaunâtre. La consistance (Schottelius, Jensen) et la réaction de la gélatine, de nombreux passages par l’organisme (Emmerich) exercent une influence sur le développement et sur l’aspect de la culture : l’addition d’acide chlorhydrique (0,8 p. 100) jusqu’à neutralisation à la phénolphtaléine est favorable à la culture d’apparence typique (Heim). Dans les vieilles cultures en gélatine il se forme un godet cratériforme par suite de l'évaporation et d’un certain degré de liquéfaction (Bongert). La liquéfaction n’est pas toujours observée (M. Nicolle et p1{, 274.

Remlinger) . Bacille du rouget.

Pas de développement sur la pomme de Culture en gélatine terre. (Wyschelessky).

4° Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Trouble léger, le développement est beaucoup plus marqué dans le bouillon Martin ; après quelques jours la culture se dépose en un sédiment floconneux.

B. Bouillon-sérum (à parties égales). — Le bacille du rouget se transformerait en véritable Streptothriæ.

B) — - Coloration, caractères macroscopiques

1° Coloration. — Se colore par toutes .les couleurs basiques d’aniline. Prend le Gram.

BACILLE DU ROUGET

2° Mobilité. — Immobile.

3° Forme. — • Fin bâtonnet de 1 p.â 1 p.,h de longueur dans le sang et surtout dans les reins et la rate, isolés ou souvent réunis en amas d’articles très nombreux, enchevêtrés. Peu nombreux dans le sang du porc et du lapin, en grande quantité au contraire dans le sang du pigeon et de la souris, c’est sur-

Fig. 27o.

Bacille du Rouget.

Sang du pigeon (coll. Institut Pasteur).

tout chez ces deux dernières espèces que l'on constate des amas microbiens dans le protoplasma des leucocytes ; sur les coupes d’organes, ils encombrent l’endothélium vasculaire.

Dans les organes quelquefois, notamment sur les méninges du porc (Langrand), mais beaucoup plus généralement dans les cultures on trouve des formes grêles, filamenteuses. D'après Lorenz, en bouillon très alcalin les bacilles se montrent longs et rectilignes, tandis qu’en bouillon neutre on les trouve plus épais et onduleux.

ACTION PATHOGÈNE

4° Spores. — Ne forme pas de spores.

C) — Caractères biologiques

1° Vitalité, virulence. — La résistance du bacille du rou- | gèt est considérable, elle a été étudiée surtout au point de vue de la nocuité des viandes provenant des animaux malades. Le ► bacille du rouget résiste cinq minutes à 70 degrés, la destruc- ' tion des microbes au sein d’un morceau de viande de 15 centimètres d’épaisseur n’est assurée qu’après deux heures et demie de cuisson ; les microbes résistent à la salaison et au fumage, f tels que ces procédés sont utilisés couramment. La putréfac- [ tion ne fait pas disparaître la virulence après quatre mois.

2° Agglutination, précipitation. — Les cultures filtrées du bacille du rouget sout précipitées par le sérum des animaux hyperimmunisés (Vaney). Ce sérum précipite le sang, les extraits d’organes cuits ou putréfiés provenant des animaux morts de rouget (Ascoli). La méthode ne fournit pas de résultats I assez certains pour être dès maintenant applicable au diagnostic i (M. Iwicçi).

D) — Action pathogène

1° Action naturelle. — Le rouget est une maladie spéciale \ au porc; au cours de certaines épizooties les pigeons et les lapins peuvent être contaminés. Chez le porc la maladie sévit ordinaipement sous une forme aiguë grave caractérisée par des symp- | tomes généraux alarmants, sans localisation, avec apparition t de taches cutanées de coloration rouge vif ou violacé, la mort arrive en quarante-huit à soixante heures. Le taux de la mortalité varie entre 60 et 80 p. 100. Quelquefois les accidents cutanés dominent le tableau symptomatique, l’évolution est plus lente et la maladie plus rarement mortelle [rouget cutané, urticaire.

- fébrile, charbon cutané). Les phénomènes congestifs du derme peuvent aboutir à la gangrène sèche entraînant la chute des oreilles ou de la queue.

BACILLE DU ROUGET

Enfin sous une forme chronique la maladie se traduit par de Y endocardite ou par des lésions articulaires.

Le rouget sévit dans certains pays et dans certaines régions à l’exclusion des autres, il existe des « pays à rouget ». La diffusion en dehors des foyers d’infection permanente s’opère fréquemment, mais rarement la maladie s’établit à demeure sur les territoires récemment conquis.

Les porcelets ont une certaine résistance contre la maladie, ils sont affectés peu gravement ou présentent les formes chroniques.

Le bacille du rouget est l’agent d’une polyarthrite spontanée du mouton (Pqels).

2° Action expérimentale. — A. Porc. — Les divers modes d’inoculation conviennent mal, en général, pour infecter le porc. On ne réussit par inoculation sous-cutanée qu’avec des doses considérables de certains virus.

Les voies digestives sont assez favorables. L’ingestion des viscères d’un malade ou d’un pigeon tué par inoculation du rouget donne des résultats plus certains que l’ingestion des cultures. La contagion naturelle s’opère par les voies digestives.

Voies respiratoires. — L’infection a été obtenue par inoculation trachéale et par inhalation (Buchner).

B. Lapin. — a. Inoculation sous-cutanée. — Résultats variables. La mort survient en quarante-huit, soixante-douze heures, ou après plusieurs jours (amaigrissement, gangrène cutanée) ou l’inoculation ne provoque qu’un malaise passager. Les bacilles sont peu abondants, ils font défaut quand les animaux succombent après six ou huit jours.

b. Inoculations veineuse , pleurale, péritonéale. — Procédés sévères et efficaces, tuent assez régulièrement en deux-trois jours.

C. Pigeon. — a. Inoculation sous-cutanée. — Tue en un à six jours.

b. Inoculation musculaire. — Dans le pectoral. Mort en deuxtrois jours.

c. Inoculation veineuse. — Le meilleur procédé. Inoculer dans

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE

la veine de l’aile quelques gouttes de culture. Mort en deuxtrois jours.

d. Inoculations pleurale, péritonéale. — Mort en deux-trois jours.

D. Souris. — Succombe en un-six jours à l’inoculation souscutanée.

E. Boeuf. — Les inoculations veineuses répétées dans un but d’hyperimmunisation peuvent déterminer des lésions d’endocardite.

F. Mouton, Chèvre. — L’inoculation articulaire détermine une arthrite analogue à la maladie spontanée signalée par Poels chez le mouton seulement.

G. Cheval. — L’hyperimmunisation pour la production du sérum s’accompagne souvent de lésions articulaires.

H. Cobaye, poule. — Réfractaires.

I. Homme. — h’ inoculation sous-cutanée ou musculaire réalisée dans les abattoirs ou chez les vétérinaires lors de la pratique des vaccinations est bientôt suivie d’un état fébrile avec arthralgies locales douloureuses, érythème, etc. Ces accidents sont surtout à redouter avec l’emploi des vaccins constitués par des virus non modifiés dans leurs qualités pathogènes.

L’ingestion des viandes insuffisamment cuites, provenant des animaux malades, peut être dangereuse. Sa nocuité est encore insuffisamment démontrée. Lubowsky a trouvé le bacille clu rouget dans les selles d’un enfant atteint de catarrhe intestinal.

E) — Toxines

Les cultures filtrées (Lorenz) ou stérilisées (Voges et Schütz), les corps bacillaires (Voges), l’extrait aqueux ou alcoolique des organes des animaux atteints (Donath) sont peu toxiques.

F) — Diagnostic bactériologique

1° Examen microscopique. — La recherche du bacille dans les reins ou la rate et les ganglions des animaux morts de la

BACILLE DU ROUGET

maladie après coloration par la méthode de Gram suffit le plus souvent à assurer ou à confirmer l’existence de la maladie. Dans le rein surtout, le bacille du rouget se présente en amas constitués d un grand nombre d'éléments microbiens, souvent intraleucocytaires. Cet aspect est caractéristique et sa constatation dispense de la mise en œuvre des autres procédés du diagnostic expérimental.

St l’autopsie est tardive ou dans les ganglions prélevés sur des animaux sacrifiés depuis quelque temps, la présence du bacille de rouget et ses caractéristiques peuvent être masquées par Les germes associés.

Dans ces cas le diagnostic certain doit être assuré par l’inoculation.

2° Inoculation. — L’examen microscopique est encore insuffisant, lorsque les bacilles du rouget sont rares et qu’il est impossible ou de les voir ou de fixer leurs caractères morphologiques (notamment la réunion en amas).

L'inoculation est faite au lapin, au pigeon ou à la souris. On choisit de préférence le pigeon et la souris.

Le pigeon est inoculé dans les pectoraux avec quelques gouttes d’une émulsion dans l'eau physiologique obtenue par le broyage d’un fragment d’organe (rein, ganglion, foie) provenant de l'animal suspect. La mort du pigeon survient quelques jours après l’inoculation. On doit confirmer par l’examen bactériologique de la pulpe des organes du pigeon la présence du microbe spécifique. Cet examen est indispensable parce que d’autres microbes hôtes normaux de l’organisme du porc et capables de provoquer des septicémies analogues au rouget ( Pasteurella du porc) sont pathogènes pour le pigeon.

La souris est inoculée sous la peau, elle succombe dans les mêmes délais que le pigeon. Les organes de la souris qui succombe au rouget montrent en grande abondance le bacille spécifique.

Les souris succombent quelquefois à une septicémie déterminée par un fin bacille, identifié par ses caractères morphologiques, biologiques et pathogènes avec le bacille du rouget. Cette considération

IMMUNISATION, SÉROTHÉRAPIE

est invoquée en faveur du saprophytisme du bacille du rouget, elle est.de nature aussi à restreindre l’emploi delà souris comme animal réactif dans l'étude de cette maladie.

3° Précipitation. — Le sérum contre le rouget (sérum de Leclainche) précipite les cultures filtrées du bacille (Vaney), et les extraits obtenus avec les organes des animaux ayant succombé à l'infection (Ascoli). La méthode peut être utilisée pour le diagnostic. Les résultats obtenus sont encourageants, mais moins régulièrement satisfaisants que ceux obtenus avec la même méthode appliquée au diagnostic du charbon bactéridien.

G) — Immunisation, sérothérapie

L'immunité peut être conférée par les virus modifiés , par les toxines, par le sérum seul ou associé à la culture virulente {sérovaccination) .

1° Immunité conférée parles virus modifiés. — Le simple vieillissement des cultures au contact de l’air, réalise une diminution progressive de la virulence, les virus ainsi modifiés peuvent servir comme vaccins. On pourrait utiliser aussi les bacilles isolés des formes chroniques du rouget (Lorknz).

Pasteur et Thuilier (1882) ont montré que les passages en série par le pigeon renforce la virulence du bacille du rouget pour le porc et que les passages chez le lapin, au contraire, diminuent la virulence pour le porc. Entre ces termes extrêmes il est possible de choisir des virus qui, inoculés successivement au porc, peuvent lui conférer une immunité solide.

Vaccination pasteurienne. Consiste dans l’inoculation sous-cutanée de deux vaccins d’énergie différente. Les inoculations sont faites de préférence de décembre à mars, alors que les porcelets sont âgés de deux à quatre mois. Le premier et le second vaccin sont inoculés en deux points différents, à douze ou quinze jours d'intervalle, chacun d'eux à la dose de 1/8 de centimètre cube. L'immunité est assurée douze jours après la seconde vaccination, elle dure un an.

La vaccination est rigoureusement préventive, pratiquée en milieu infecté, ses résultats sont incertains, un certain nombre des animaux

BACILLE DU ROUGET

inoculés peuvent succomber, d’autres présentent des accidents de rouget chronique. Ces accidents sont attribués à l’état d’infection latente des animaux vivant dans le milieu contaminé, infection capable de créer une sensibilité exagérée à l’égard de la vaccination. L’inoculation du vaccin peut provoquer quelquefois l’apparition d’accidents différents du rouget (septicémie, peste du porc).

L’inoculation de dilutions de virus normal de moins en moins étendues rend les lapins réfractaires (Emmerich et Mastbaum).

2° Immunité conférée par les toxines. — L’inoculation sous-cutanée ou veineuse de cultures liquides stérilisées peut rendre le lapin, le porc réfractaires à la maladie (Lorenz, Yoges et Schuetz). L'immunité conférée est toute passagère.

3° Sérothérapie, séro-vaccination. — Les animaux vaccinés puishyperimmunisés par des injections successives de virus dilués (Emmerich et Mastbaum) possèdent des propriétés curatives et préventives (Lorenz, Emmerich etlsuBOï, Yoges). L’immunité passive conférée par le sérum, peut être transformée en immunité active, plus solide et plus durable, par une inoculation virulente consécutive. Les premiers essais d’obtention d’un sérum sont tentés sur le lapin, le porc, le mouton, le pigeon.

Leclainche (1900) fait connaître ensuite une méthode d’obtention économique d’un sérum fortement immunisant par inoculation massive dans les veines de culture virulente au cheval. On inocule tous les huit ou dix jours des doses croissantes de culture, de 50 à 300 centimètres cubes. Après deux mois de traitement on obtient un sérum qui protège à la dose de d centimètre cube le pigeon contre l’inoculation virulente pratiquée en même temps ou même vingt-quatre heures plus tard.

Le sérum immunisant, n'est pas bactéricide, in vitro (Mesnil), il est agglutinant et précipitant.

L’injection de sérum rend immédiatement les porcs réfractaires au rouget. Le sérum est curatif, les animaux « qui présentent les signes du début de l’infection sont sûrement sauvés; parmi ceux qui sont traités plus tardivement, le plus grand

IMMUNISATION, SÉROTHÉRAPIE

nombre sera encore guéri ». (. Instructions par l'emploi de la méthode de Leclainche).

La résistance passagère conférée par le sérum est transformée en immunité durable par une inoculation virulente pratitiquée à la faveur de l’immunité passive, ou encore par l’inoculation successive ou simultanée de sérum et de virus (méthode de Lorenz) ou encore par l’inoculation du mélange de sérum et de virus puis du virus (méthode de Leclainche).

Immunisation selon la méthode de Leclainche. — Dans les effectifs contaminés on injecte à tous les animaux le sérum pur (10 centimètres cubes pour les porcs pesant moins de 50 kilogrammes, 10 à 20 centimètres cubes pour les porcs de 50 kilogrammes et au-dessus). L’injection de sérum est renouvelée, chez les malades, six ou douze heures plus tard.

Soit que les animaux aient été traités par le sérum pur (animaux contaminés) soit que l’intervention doive porter sur des animaux indemnes de contamination ou de maladie (vaccination préventive), elle comporte : a) l’injection d’un mélange de sérum (5 à 10 centimètres cubes suivant le poids des animaux) et de virus (1/2 centimètres cube), mëlangeréalisé dans la seringue au moment de l’inoculation pratiquée sous la peau : b) l’inoculation d’un demi-centimètre cube de culture pure, pratiquée douze jours plus tard.

La vaccination peut être employée chez les animaux de tout âge, elle sera appliquée de préférence aux porcelets de deux à quatre mois; Chez les truies pleines la vaccination sera différée, pour être pratiquée seulement dix jours après l’accouchement.

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