CHAPITRE XYII
LES AGENTS DES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES
Hueppe a décrit comme des modalités d’une seule infection, la septicémie hémorragique, le choléra des poules de Pasteur, la maladie des porcs de Lœffler et la septicémie des lapins de Koch. Ce groupement était basé sur la ressemblance des agents de ces maladies et sur l’analogie de leurs propriétés biologiques et pathogènes Le cadre des septicémies hémorragiques peu à peu s’est élargi démesurément et la bactérie ovoïde qui caractérise ce groupe a été retrouvée dans toute une série d’affections sévissant sur diverses espèces.
L’étude systématique des septicémies hémorragiques de Hueppe entreprise par Lignières, établit que toutes les affections réunies sous cette même dénomination étaient en réalité sous la dépendance de germes distincts : les unes, les plus nombreuses, reconnaissent pour cause la bactérie ovoïde, pour laquelle Lignières propose le nom de Pasteurella (Trévisan) ; les autres, ne comprenant parmi les maladies des animaux que la peste du porc, sont tributaires d’un microbe différent du type Salmonella.
La découverte de la véritable cause de la peste du porc (Y. Virus filtrants ) est venue entamer la classification de Lignières et ne permettait plus déjà de laisser au groupe des septicémies hémorragiques son homogénéité primitive.
Ce groupe comprend actuellement les maladies suivantes :
Bœuf :
Septicémie hémorragique;
Pneumo-entérite, Rinderseuclie (Galtier) ;
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Broncho-pneumonie infectieuse (Nocard) ;
Pleuro-pneumonie septique des veaux ;
Entèqué (Lignières) .
Buffle. — Barbone (Oreste et Armanni).
Animaux sauvages (cerf et sanglier). — Wildseuche (Bollinger).
Mouton. — Septicémie hémorragique (Galtier, Ch. Besnoit et Cuillé).
Chèvre. — Pneumonie contagieuse (Hutcheon, Nicolle et Béfik) .
Porc. — Pneumonie contagieuse (Loeffler).
Cheval. — Certaines modalités de la « fièvre typhoïde » (Li-
GNIÈRES) . *
Chien. — Typhus, gastro-entérite hémorragique.
Lapin. — Septicémie (Beck).
Cobaye. — Septicémie (Phisalix).
Oiseaux. — Choléra des poules (Pasteur).
L’étude de l’étiologie des septicémies hémorragiques est loin d’être complète et la classification adoptée n’est pas définitive. On peut prévoir que beaucoup des affections qui figurent dans ce groupe en seront distraites peu à peu. Nous avons vu ce qu’il était advenu de la peste du porc, il en a été de même en ces dernières années de l’anémie infectieuse du cheval; de certaines modalités de la fièvre typhoïde (maladie à virus filtrant de Basset, piroplasmose, formes de Brustseuche dans lesquelles on ne trouve aucun agent microbien visible et cultivable [Gaffky]) ; de la maladie des chiens.
La diffusion des microbes du type de la bactérie ovoïde rend leur étude particulièrement difficile. Le microbe est répandu dans le sol, dans l’eau, dans les fumiers, il est retrouvé dans la bouche, dans les voies respiratoires, dans l’intestin de plus de 50 p. 100 des animaux sains des différentes espèces. Mais ce microbe saprophyte a une aptitude parasitaire très marquée, il est souvent le premier à envahir les organismes affaiblis, notamment par les virus filtrants et on conçoit de ce fait que des erreurs ont été souvent commises qui ont fait attribuer le rôle d’agent causal à une bactérie tout au plus capable de créer une infection secondaire. La confusion est d’autant plus facile que la bactérie ovoïde isolée, est pathogène pour les petits ani-
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maux de laboratoire, trop souvent utilisés à l’exclusion des animaux naturellement réceptifs.
La question se pose de savoir si toutes les bactéries ovoïdes appartiennent à une seule et même espèce ou si elles doivent être différenciées. Les bactéries isolées chez la poule, chez le porc ou chez le bœuf ont un certain nombre de caractères communs spécifiques du groupe Pasteurella'; elles se différencient par leur affinité pour une espèce animale. La bactérie du choléra des poules est surtout pathogène pour la poule, celle de la pneumonie contagieuse du porc, qui lui ressemble beaucoup serait beaucoup moins pathogène. Ces différences signalées par Preisz, et sur lesquelles Lignière» a beaucoup insisté, sont-elles suffisantes pour justifier une distinction absolue ?
En réalité il est plus vraisemblable d’admettre que toutes les Pasteurella procèdent d’une souche unique, répandue dans le milieu extérieur, qui se différencie plus ou moins suivant l’organisme qui l'héberge. 11 se crée ainsi un type aviaire, un type porcin, un type bovin, etc... La multiplicité des espèces sensibles à une Pasteurella , quelle que soit son origine, permet d’adopter cette hypothèse. Elle est d’ailleurs confirmée par ce fait que la bactérie provenant -du porc est plus pathogène pour la poule que pour les autres espèces, que celle provenant de la poule est pathogène à la fois pour la poule et le lapin. Cette identité se poursuit dans les sérums préparés avec l’un des types microbiens : le sérum contre la septicémie du lapin est efficace contre le choléra des poules (Kitt).
Les caractères biologiques et pathogènes des agents des septicémies hémorragiques sont assez peu différents pour qu'il soit possible de limiter leur étude à l’un d’entre eux. La bactérie du choléra des poules, dont le rôle étiologique est bien précisé peut servir de prototype.
BACTÉRIE DU CHOLÉRA DES POULES [Pasteurella aviaire.)
Découverte par Semmer et Perroncito (1878), cultivée par Toussaint (1880), la bactérie du choléra des poules est l’objet
BACTÉRIE DU CHOLÉRA DES POULES
d'une étude systématique poursuivie par Pasteur en 1880. C’est à propos de cette bactérie que Pasteur prévoit la possibilité d’obtenir des cultures artificielles de tous les virus et de préparer des virus-vaccins.
A) — Isolement, cultures
lü Isolement. — La bactérie peut être’ isolée directement du sang du cœur des poules qui succombent à la maladie, on la trouve en abondance et à l’état de pureté.
2° Caractères généraux des cultures. — Surtout aérobie, pousse aussi dans le vide. Température optima 37 degrés. Ses cultures dégagent une odeur spéciale. Considérées comme ne produisant jamais d’indol, il s'en forme en réalité des quantités très faibles (Ch. Porcher et L. Panisset).
3Ü Cultures sur milieux solides. — A. Gélose. — Colonies transparentes, bleuâtres et irisées, puis opaques. La culture adhère assez intimement au milieu.
B. Gélatine. — En strie. — Enduit blanc, grisâtre, d’abord transparent puis opaque.
Piqûre. — Multitude de petites colonies blanches d’autant moins abondantes qu’elles s’éloignent de la surface libre.
C. Séruîæ. — Mince pellicule, à peine visible au début, puis opaque et blanchâtre.
D. Pomme de terre. — Aucun développement.
4° Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Trouble uniforme, après quelques jours il s’opère un dépôt sur les parois et le liquide redevient transparent.
B. Lait. — Pas coagulé.
B) — Coloration, caractères microscopiques
1° Morphologie. — Courte bactérie ovoïde de 1 p de long
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sur 0 [J. 23 d’épaisseur ; dans les cultures elle affecte souvent la
Fig. 272.
Pasleurella caprine.
Culture prise sur gélose (Nicolle et Remlinger).
4° Spores. — Pas de spon
forme de microcoques ou dediplocoques.
2° Mobilité. — Immobile.
3° Coloration. — Se colore bien avec les couleurs simples d’aniline, ne prend pas le Gram. Après coloration, dans le sang et les pulpes d’organes le microbe se montre fortement coloré aux extrémités avec un espace clair central ( bactérie bipolaire, bactérie à espace clair, bactérie en navette) .
C) — Caractères biologiques
1° Habitat. — La bactérie du choléra des poules doit se trouver dans certains sols ; elle serait un hôte habituel de l’intestin des oiseaux (Gamaléia) .
2Ü Vitalité, virulence. — La bactérie est peu résistante aux diverses causes de destruction. Les cultures exposées à l’air, perdent leur virulence (Pasteur).
La dessiccation, le chauffage à 58 degrés pendant quelques minutes, tuent le microbe.
Le microbe, à l’abri de l'air, se conserve bien. 11 est retrouvé vivant dans le fumier après un mois de séjour. Sa virulence persiste pendant plusieurs mois dans l’eau distillée ou dans l’eau ordinaire.
L'acide sulfurique à 5 p. 1000, le phénol à 1 p. 100, le sulfate de cuivre et le chlorure de zinc à 5 p. 100 détruisent la bactérie. La glycérine conserve sa virulence.
La virulence est renforcée par les passages chez les animaux,
BACTÉRIE DU CHOLÉRA DES POULES
le péritoine du cobaye convient parfaitement. Au cours de ces passages, la bactérie conserve sa virulence spéciale pour les oiseaux.
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — Le choléra des poules est une maladie très contagieuse, à évolution habituellement rapide. Elle peut se manifester sous une forme foudroyante, emportant les animaux en deux à cinq heures avec tous les signes d’une intoxication suraiguë. La forme la plus commune, est caractérisée par la somnolence, l’inappétence, la coloration foncée de la crête, la diarrhée d’abord grisâtre puis sanguinolente. La maladie dure douze à soixante heures, la guérison est rare. Les animaux qui résistent restent anémiés et présentent des accidents articulaires.
L'autopsie montre toutes les lésions des septicémies hémorragiques, le foie est souvent marqué d’un fin piqueté jaunâtre, le péricarde renferme une sérosité coagulable.
La maladie atteint surtout les poules, mais tous les oiseaux de basse-cour et de volière peuvent être contaminés. Les lapins sont exposés à la contamination accidentelle.
2° Action expérimentale. — Chez toutes les espèces sensibles le virus pénètre par toutes les voies avec une extrême facilité. L’inoculation péritonéale et l'inoculation veineuse permettent de tuer un animal résistant (cobaye) ou naturellement réfractaire (chat, chien).
E) — Toxines
Les cultures filtrées déterminent des phénomènes analogues à ceux de la maladie elle-même (Pasteur).
F) — Diagnostic bactériologique
1° Examen microscopique. — La recherche directe du
Fig. 273.
Bactérie du choléra des Poules.
Sang de pigeon montrant la coloration bipolaire [(Zeiss, oc. 4, obj. 1/12)
2° Inoculation. — Peut être faite à la poule, au pigeon, au moineau, au lapin.
G) — Immunisation, sérothérapie
1° Immunisation par les virus atténués. — Les cultures en présence de l’oxygène de l’air s’atténuent peu à peu, au bout de soixante jours elles sont inoffensives. On choisit dans la série des virus ainsi affaiblis deux cultures qui sont inoculées,
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bacille dans le sang et les frottis d’organes est facile dans la plupart des cas.
BACTÉRIE DU CHOLÉRA DES POULES
en commençant par la plus atténuée, à dix ou douze jours d'intervalle. La quantité de vaccin à injecter chaque fois est de 1/3 de centimètre cube que l’on inocule au niveau de l’aileron. Ce procédé de vaccination, malgré son efficacité, ne s’est pas répandu .
2° Sérothérapie. — Les sérums obtenus (Kitt, Leclainche, Kitt et Mayr, Schreiber) sont peu actifs.