‹ Précis de microbiologie des maladies infectieuses des animauxChapitre 172 sur 274 · V . septique. Cils · texte numérisé non relu

V . septique. Cils

une dessiccation de plusieurs mois (San Felice) ou même de neuf ans (Arloing) ne les tuent pas.

3° Virulence. — La spore conserve la virulence, pour ainsi dire indéfiniment. Il suffit de faire germer et d’inoculer la culture.

On peut facilement exalter la virulence, par passages en série sur le cobaye. Voir plus loin, les procédés d’atténuation.

ACTION PATHOGÈNE

4° Agglutination. — Le sérum du cheval hyperimmunisé agglutine une culture jeune à 1/30 et 1/3000, mieux au contact de l’air. 11 n’agglutine pas le B. Chauvœi (Leclainche).

Les sérums préparés avec une race de V. septique ne sont pas facilement agglutinants pour les autres races (Bachmann) .

5° Gaz. — Dégage beaucoup de gaz. Les hydrocarbonés fermentent rapidement : il y a production d’acide carbonique et d’hydrogène, d’acides gras. Les albuminoïdes fermentent aussi, avec production d’acide carbonique, d’hydrogène et d’azote. Les propriétés virulentes et zymotiques sont bien distinctes, les secondes pouvant se perdre facilement (S. Arloing, Linossier, Kerky).

D) — Action pathogène

1° Action naturelle. — Le V. septique produit la gangrène gazeuse [septicémie gangréneuse) de l’homme (Chauveau et S. Arloing) et des animaux (Renault, Nocard).

Les associations microbiennes joueraient un rôle, comme dans la production du tétanos (Besson) . Les spores pures, inoculées à doses colossales, ne tuent pas le cobaye ; elles sont phagocytées. Les vieilles cultures à -f- 37° sont des spores pures, sans toxine. Il suffit d’ajouter un peu d’acide lactique (Chauveau et S. Arloing) ou un peu de toxine, qui ont des propriétés chimiotactiques négatives, pour que les spores végètent et que l’animal succombe. On arrive au même résultat en enveloppant les spores dans du papier filtré ou en associant certains microbes, tels que le Staphylocoque pyogène, le Micrococcus prodigiosus, etc. Les traumatismes, la modification des tissus produisent le même résultat. Ce serait, en somme, un rôle identique à celui joué dans le tétanos (voir p. 778).

2° Action expérimentale. — Presque tous les animaux sont sensibles.

A. Voici un tableau, dans l’ordre de réceptivité (Chauveau et S. Arloing) :

LE VIBRION SEPTIQUE

Homme.

Cobaye.

Cheval.

Rat blanc.

Ane.

Lapin (réceptivité

Mouton.

moyenne).

Porc.

Poulet.

Chien.

Canard.

Chat.

Rat d’égout.

V. septique, dans le sang du cobaye (après dissolution des globules et centrifugation).

Les bovidés sont réfractaires ou peu sensibles.

La septicémie gangréneuse est très voisine du charbon symptomatique du bœuf y S. Arloing, Cornevin et Thomas ( Bacterium Chauvœi). Seulement Tordre de sensibilité des animaux vis-àvis du B. Chauvœi est :

Bœuf Très sensible.

Mouton —

Cobaye —

Rat blanc . . . V Réceptivité moyenne.

Solipèdes . ; ........ A peine sensibles .

Lapin —

Homme Réfractaire.

ACTION PATHOGENE

B. Chez le cobaye inoculé sous la peau (1/10 centimètre cube de sérosité). 11 se produit rapidement, au point inoculé, un oedème crépitant considérable. La mort survient en huit à quinze heures en hypothermie (l’àne meurt avec 35°). L’œdème est d’autant plus accusé que la maladie est plus lente. Le vibrion est très rare dans le sang (fig. 298). A l'autopsie: cadavre

Vibrion septique. Préparation de l’œdème local du cobaye.

Gr. = I 000 O.

rapidement putréfié; les poils s'arrachent très facilement ; sérosité roussâtre de l’œdème; muscles voisins infiltrés; bulles de gaz crépitant sous le doigt dans le tissu conjonctif sous-cutané jusque sous Faisselle ; sérosité assez claire dans le péritoine ; rate diffluente ; foie décoloré, lavé ; poumons normaux. Le Vibr. est abondant dans la sérosité de l’œdème, qui ne contient pas de leucocytes (fig. 299) . La sérosité péritonéale fourmille de vibrions (aspect de culture) (fig. 300) ; le sang (au bout de quelques heures à -j- 35°) contient beaucoup de vibrions. Les spores existent rarement chez l'animal vivant (sauf dans la sérosité locale),

LE VIBRION SEPTIQUE

mais apparaissent rapidement après la mort, si la température ambiante est un peu élevée.

C. Les épanchements séreux des plèvres, du péricarde sont abondants chez le mouton. On peut ainsi obtenir une grande quantité de sérosité virulente pure, commode pour l’expérimentation.

Fig. 300.

Vibrion septique.

Préparation de la sérosité péritonéale du cobaye.

Gr. = 1 000 D.

D. h' inoculation intraveineuse , à un animal quelconque, reste toujours sans effets sauf pour les doses très fortes (160 centimètres cubes de culture) ; l'animal n’est même pas malade ^Chauveau et S. Arloing). Les animaux ainsi traités ont acquis l'immunité.

E. Si on injecte un bélier dans le sang et qu’on le bistourne, la gangrène gazeuse se produit et débute par la région testiculaire (Chauveau et S. Arloing).

TOXINES

F. Les voies respiratoire, digestive sont plus qu'infidèles. On ne donne pas non plus la gangrène gazeuse en arrosant avec une culture virulente ou la sérosité' une plaie exposée à Vair (Chauveau et S. Arloing).

G. La septicémie gangréneuse peut se transmettre de la mère au fœtus (Chauveau et S. Arloing).

H. La grenouille , inoculée dans le sac dorsal, est réfractaire, à la température ordinaire; elle succombe en deux ou trois jours, avec pullulation en formes courtes de V. septique , si on la chauffe à + 26°-28° (Chauveau et S. Arloing).

E) — Toxines

A. La culture filtrée du V. septique ou la sérosité musculaire des animaux morts de gangrène gazeuse, également filtrée, sont peu toxiques. 11 faut plusieurs centimètres cubes (jusqu’à 40 centimètres cubes de sérosité filtrée), injectés dans le péritoine, pour tuerie cobaye (Roux et Chamrerland, 1887).

B. La culture en pulpe de viande, filtrée le sixième jour, donne une toxine qui tue le cobaye à la dose de b à 10 centimètres cubes- (Besson, 1895).

C. Leclainche et Morel cultivent en bouillon Martin, décantent simplement. Le liquide obtenu tue le lapin, à 5 centimètres cubes par injection intraveineuse, et à V ou VI gouttes par injection intracérébrale.

D. La toxine est atténuée par un chauffage modéré, par l’air et la lumière; elle se conserve bien dans le vide, à l’abri de la lumière.

Elle a des propriétés chimiotactiques négatives (Besson), qui deviennent positives par un chauffage à -f- 85° pendant deux ou trois heures.

L’étude graphique des effets toxiques du V. septique pour le chien et le lapin a été réalisée par J. Courmont 1 et Rodet.

^Consulter les Leçons sur la tuberculose et les septicémies de S. Arloing, rédigées par J. Courmont, Asselin, 1892; Leçons I à IX, sur les Septicémies.

LE VIBRION SEPTIQUE

L'inoculation était pratiquée dans les veines (porte d'entrée inoffensive) avec des doses considérables de sérosité virulente ou de cultures, sans aucune filtration ou atténuation. La respiration est surtout compromise (action inhibitrice sur le centre inspirateur). La mort arrive par arrêt respiratoire. La tension artérielle s’abaisse. Le pouls a des alternatives de ralentissement et d’accélération. 11 faut 30 centimètres cubes de sérosité, ou plus, pour tuer un lapin. 11 est presque impossible de tuer le chien.

F) — Immunisation

1° Inoculation intraveineuse de Vibr. virulents. — Chauveau et S. Arloing (1881) ont montré que l’inoculation intraveineuse de vibrions très virulents (10 à 15 centimètres cubes de sérosité) est inoffensive, mais confère l’immunité (expériences sur Y âne},. L’inoculation sous-cutanée ne produit alors qu’un abcès. Ils ont également vacciné l’àne par inoculation dans la trachée.

2° Injection de produits solubles. — Roux et Chamberland (1887) ont vacciné le cobaye en lui injectant, dans le péritoine, à trois reprises différentes, à trois jours d'intervalle, par 100 grammes de poids, 10 centimètres cubes de culture chauffée dix minutes à -j- 110°, puis filtrée, ou à sept ou huit reprises, 1 centimètre cube de sérosité filtrée. L’immunité était encore solide au bout de trente jours.

Besson (1895) a vacciné le lapin en lui inoculant, dans le tissu de l’oreille, des doses progressivement croissantes de sérosité virulente.

3° Inoculation de microbes modifiés. — Le procédé d’atténuation du B. Chauvœi est applicable au V. septique (Leclainche et Vallée). On recueille du sang d’un animal mort de septicémie, on le porte cinq jours à l’étuve à -f- 37°, dans des ampoules scellées. On traite le contenu de ces ampoules par le procédé d’AimoiNG (voir p. 752). Cette poudre, inoculée aux animaux, leur confère l’immunité.

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE

Déjà, en 1888, Cornevin avait vacciné des chiens avec des vibrions modifiés par les antiseptiques.

G) — Diagnostic bactériologique

1° Examen direct. — La sérosité roussâtre des phlyctènes. celle qui infiltre le tissu conjonctif, les lambeaux mortifiés, les séreuses, plus rarement le sang, contiennent le V. septique. Dans les phlyctènes, dans l’œdème, on voit des bacilles courts très mobiles, dont quelques-uns sont renflés à une extrémité, sporulés (fig. 299). Dans la sérosité péritonéale, les individus sont longs, grêles, en chaînettes, non sporulés (fig. 300).

La constatation du V. septique dans le sang, les sérosités n’implique pas forcément le diagnostic septicémie gangréneuse. La présence dans le sang des cadavres, surtout quand les animaux sont morts de charbon bactéridien ou de charbon symptomatique, du vibrion septique doit faire réserver le diagnostic.

2° Cultures. — On pourrait faire des cultures avec la sérosité. Il vaut mieux inoculer de suite. La culture peut servir à différencier le V. septique (anaérobie) du B. anthracis (aérobie).

3° Inoculation. — On inocule la sérosité, sous la peau du cobaye (voir plus haut, p. 765, les résultats). On peut favoriser la réussite par addition de quelques gouttes d’acide lactique à 1/5,

Gomme pour l’examen direct le fait que le cobaye succombe de septicémie gangréneuse n'implique pas que la sérosité suspecte provienne d’un animal mort de la même affection. Les résultats de 1 inoculation ne font que traduire la présence du vibrion septique.

Pour assurer la différenciation avec le charbon bactéridien on inocule le cobaye par scarification. Ce mode d’inoculation est insuffisant pour permettre le développement du vibrion septique.

Le diagnostic différentiel avec le charbon symptomatique peut être fait soit en inoculant un cobaye (sensible au Bact.

LE VIBRION SEPTIQUE

Chauvœi ) et un lapin (réfractaire au Bcict. Chauvœi, sensible au vibrion septique) : — ou encore en inoculant des cobayes prémunis contre le vibrion septique par inoculation préalable du sérum anti-gangréneux de Leclainche et Morel, ces cobayes restent sensibles au Bact. Chauvœi.

L’examen microscopique de la sérosité péritonéale chez le cobaye inoculé permet encore la différenciation. S’il s’agit du charbon symptomatique on trouve — en déposant une lame à la surface du foie — des éléments isolés ou associés par deux à trois articles de même longueur, le vibrion septique se présente au contraire sous forme de longs filaments dont quelques-uns traversent le champ du microscope, formés d’articles inégaux.

II) — Sérothérapie

Leclainche a vacciné l’àne en lui inoculant, dans le sang, puis dans les muscles, de la sérosité virulente, à doses croissantes. Le sérum de l’animal, mélangé à la sérosité septique (2 centimètres cubes de sérum pour V gouttes de sérosité), la rend inoffensive. Les animaux qui ont reçu le mélange n’ont pas acquis l’immunité. Ce sérum, mélangé à la sérosité du Ch. symptomatique est sans action. C’est ce sérum qui est agglutinant (voir p. 763).

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