C. Lait. — N’est pas coagulé
B) — Coloration, caractères microscopiques
1° [Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs basiques d’aniline. Prend le Gram.
BACILLE TETANIQUE
immédiatement, dans la plupart des pus, les bacilles sont sporulés. La spore est terminale, ce qui donne Y aspect en épingle signalé déjà par Nicolaïer ; la spore est trois ou quatre fois plus large que le bacille qui est court ; c’est plutôt l’aspect d’un clou que celui d’une épingle (fig. 302) ; on l’a aussi comparé à une baguette de tambour. Dans les vieilles cultures, on ne trouve
Fig. 303.
B. tétanique. Cils.
presque que des spores : à côté d’elles sont des débris bacillaires et des formes très variées d’involution. Il est très difficile de déclarer pure, au seul examen, une vieille culture.
3° Mobilité. — Mouvements assez vifs. Qils très nombreux, très longs, répartis sur toute la surface (fig. 303). Le B. tétanique est le plus chevelu des microbes. Pour les colorer, utiliser une colonie de quelques heures sur milieu solide. Les cils tombent dès que la spore se forme.
CARACTÈRES BIOLOGIQUES
En bouillon, les cils sont lins et nombreux dès le deuxième jour ; le troisième, ils sont plus longs et moins nombreux ; le quatrième, ils sont encore plus rares ; le vingtième ils disparaissent (de Grandi).
4° Spores. — Se produisent très rapidement dans les cultures (voir ci-dessus) ; existent dans le pus, dans la terre, etc. Elles se produisent beaucoup plus tardivement dans les cultures à + 20°.
G) — Caractères biologiques
1° Habitat. — La spore tétanique est très répandue ; elle existe (comme celle du V. septique ; voir p. 761) dans la terre des jardins, dans les vases, dans les poussières, dans les excréments des herbivores, etc.
Le bacille tétanique ne se multiplie pas dans le tube digestif des animaux (Vincent).
2° Vitalité. — Le B. est assez fragile.
Les spores sont très résistantes. En vase clos, elles supportent pendant six heures un chauffage humide à-f 80°, et, pendant plus de deux heures, un chauffage identique à -f- 90°. 11 faut huit minutes (une heure pour Smith) d’ébullition pour les détruire. Les antiseptiques sont presque sans action.
Desséchées, mélangées à la terre, à l’abri de la lumière, elles se conservent pendant plusieurs mois (Kitasato). Elles supportent -f- 110° pendant quinze minutes (Maljean).
La lumière les tue en un mois, si elles s/ont à l'état sec et à l’air ; dans le vide, elles se conservent bien plus longtemps.
C’est probablement le passage dans l'intestin des herbivores qui permet au B. tétanique de se multiplier et de résister à toutes les causes de destruction qu'il rencontre à la surface du sol,
Desséchées avec le pus, dans des corps albumineux, à la surface d’éclats de bois ou de vieux clous, les spores conservent longtemps vitalité et virulence.
BACILLE TÉTANIQUE
3° Virulence. — Les B. de Nicolaïer sécrètent des toxines d’activité très variable. Il est même fort probable que certains bacilles ont complètement perdu cette propriété. On trouve parfois, dans la terre, des bacilles anaérobies, en clou, qui ne sont pas pathogènes.
La virulence des spores se conserve aussi longtemps que leur vitalité. Miquel a donné le tétanos à des cobayes, en leur inoculant de la terre, conservée, depuis dix-huit ans, en tubes scellés.
4° Agglutination. — Bordet (1896) avait vu l’aggutination par le sérum de cheval. Sabrazès et Rivière (1897) avaient cru, à tort, à la possibilité d’un séro-diagnostic. J. Courmont et Jullien (1899) ont montré que le sérum de l’homme et d’animaux très sensibles (souris) ou réfractaires (tortue) n’agglutine pas. Le sérum du cheval et de l’âne normal agglutine à 1/50 à 1/100. L’intoxication tétanique ne s’accompagne pas de propriétés agglutinantes du sérum. Le sérum de cheval fortement immunisé agglutine à 1/2 000 ou même 1/50 000. L’injection de sérum antitétanique ne développe le pouvoir agglutinant qu’à doses considérables.
5° Gaz. — CO2 et CH*.
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — L’homme et les solipèdes sont le terrain de prédilection du tétanos naturel. Cependant, la plupart des animaux domestiques ( bovidés , porc , mouton, etc.), le singe peuvent prendre le tétanos, surtout après certaines opérations, telles que la castration.
Le symptôme constant est la contracture , d’abord locale, puis généralisée à tous les muscles. Chez l’homme, chez le singe, la contracture débute rarement au point infecté, mais par les masséters. Chez les animaux, la contracture envahit presque toujours en premier lieu les muscles du voisinage de la plaie, sauf chez le cheval où les deux modes de début peuvent s’observer (J. Courmont et Doyon).
ACTION PATHOGÈNE
Les B. tétaniques disparaissent assez rapidement du foyer infectieux. Souvent ils sont déjà très rares, au moment où éclatent les contractures. On verra que la toxine exige, ellemême, une incubation pour engendrer le tétanos. Le B., ayant fabriqué sa toxine antérieurement, peut donc bien être absent au début des symptômes. Il faut savoir cela, car le pus de la plaie tétanique, inoculé, ensemencé, peut ne pas déceler le B. de Nicolaïer.
Le B. tétanique ne quitte jamais la plaie ; il ne se répand jamais dans le sang ou dans les organes. Cette notion est capitale. Le tétanos est le type des intoxications microbiennes ; le B. reste in situ et fabrique des toxines qui vont, dans les centres nerveux, engendrer la maladie. Quelques auteurs (Hohlkeck, 1903) l’auraient cependant rencontré exceptionnellement dans le sang.
Le tétanos est relativement rare chez l’homme, depuis que la chirurgie est aseptique ; il est plus fréquent chez le cheval ; il l’était surtout jadis, avant le sérum, à la suite dé la castration. Pourquoi cette rareté relative, étant donnée la fréquence des spores tétaniques dans le sol, le fumier, etc.? On avait remarqué depuis longtemps que les plaies anfractueuses, souillées, par écrasement, étaient les plus fréquemment compliquées de tétanos. L’anaérobiose du B. de Nicolaïer explique les faits en partie; on comprend pourquoi la plaie doit être privée .d’air.
Causes favorisantes. Associations microbiennes. — Les recherches de Vaillard et de ses élèves II. Vincent et Rouget (1891) ont montré le rôle des Associations microbiennes dans la production du tétanos. L’inoculation d’une culture tétanique donne à coup sûr le tétanos, parce qu'on injecte de la toxine préformée ; les bacilles ou spores n’y sont pour rien. Si on prend soin de laver les spores, afin de les débarrasser de toute toxine (filtrer sur bougie Chamberland et faire passer plusieurs litres d’eau après l’épuisement des liquides de culture), ou de détruire la toxine par un chauffage de la culture, pendant trois heures à -f- 80°, et qu’on introduise ces spores sous la peau d’un animal très sensible tel que la souris ou le cobaye ,
BACILLE TETANIQUE
même à des doses formidables (25 000 spores), on ne produit aucun symptôme tétanique, si l’opération est faite très aseptiquement. C’est que les phagocytes s’emparent de ces spores et les digèrent, sans leur laisser le temps de produire des bacilles qui fabriqueraient la toxine (fig. 304). Donc : les spores tétaniques, à l’état de pureté, ne se développent pas dans les tissus
Fig. 304.
Spores tétaniques (en rouge) phagocytées.
(Ziehl et bleu).
sains. Pour que les spores engendrent le tétanos, il faut occuper ailleurs les phagocytes. On y arrive : 1° en mélangeant les spores avec de l’acide lactique (chimiotaxie négative) ; 2° en injectant, en même temps, du charbon pulvérisé dans le sang; 3° en les protégeant contre les phagocytes par un sac de papier filtre, de sureau ou de collodion ; 4Ù en les mélangeant à d’autres microbes ( associations microbiennes). Ainsi s’éclaire la pathogénie du tétanos. Il faut une plaie anfractueuse et souillée d’autres
ACTION PATHOGÈNE
microbes. Il y a toujours, dansun pus tétanique, ungrand nombre de microbes aérobies. Le Micrococcus prodigiosus est un excellent favorisant. Ces faits expliquent aussi pourquoi le tétanos n'est pas indéfiniment réinoculable en séries ; la purification du pus entraînant l'insuccès.
Les spores ainsi phagocytées peuvent rester vivantes pendant plusieurs mois et se libérer ensuite pour donner un tétanos dont l’etiologie devient très obscure, en raison de cette longue période latente.
L'infection tétanique est favorisée et activée si on mélange des spores tétaniques (même sans toxine) à des sels de quinine (H. Vincent, 1904). Si on injecte en deux points spores et quinine, les bacilles vont végéter au point quinique, les spores ayant été appelées en ce point. On comprend dès lors : 1° la marche aiguë des cas de tétanos succédant aux injections de quinine ; 2° que des injections stériles de quinine puissent occasionner un tétanos par appel de spores latentes.
Cela s’explique par l'influence antileucocytaire des sels de quinine.
H. Vincent a montré que le tétanos se développe si un hématome, un caillot contient des spores tétaniques, même sans toxine ou sans association microbienne ; l’hématome se défend contré la défense leucocytaire. C’est aussi de la même façon qu’une injection de gélatine contaminée provoque le tétanos. L’incubation est alors longue, mais le tétanos a une évolution aiguë.
Le froid est aussi favorisant, paralysant l’action phagocytaire (Ciuca, H. Vincent).
Les lésions hépatiques ont aussi une influence prédisposante (IL Vincent).
2° Action expérimentale. — L’inoculation en série du pus tétanique ne réussit pas ; au 3e ou 4° passage, elle ne donne plus le tétanos (voir ci-dessus).
Le tétanos expérimental s'obtient presque toujours, dans les laboratoires, par injection de toxine. Ün emploie très rarement l'inoculation de la culture, ce qui d’ailleurs équivaut à injecter
BACILLE TETANIQUE
la toxine (voir plus haut, p. 777). Nous dirons plus loin comment est obtenue cette toxine (p. 700). Tout ce qui va suivre correspond aux injections de toxine, privée de bacilles et de spores.
A. Symptômes. — Les symptômes objectifs sont les mêmes que chez l'homme et aussi les mêmes chez toutes les espèces : ils se résument en la contracture musculaire , localisée, puis, généralisée.
Il est un autre symptôme qui est variable, c’est l’état de la température rectale. Chez les animaux tétaniques, la température monte beaucoup pendant la période terminale et même après la mort. J. Courmont et Pehlt (1900) ont étudié la marche de la température rectale dans le tétanos expérimental. Elle diffère suivant l'espèce animale considérée. Pour les adultes, le tétanos est hyperthermique chez l'homme, le cheval, la chèvre, le chien; il est hypothermique chez la souris, le cobaye, le lapin, la poule. Cette élévation ou cet abaissement de température ne débutent qu’au moment de la généralisation des contractures. L’âge peut avoir une influence considérable ; la jeune chèvre, le jeune chien présentent de l’hypothermie.
A la période terminale, on note une dyspnée formidable, et de Y accélération du cœur.
La mort survient après un temps variable, suivant les espèces et, pour chacune d’elles, avec la dose inoculée. La mort est d’autant plus rapide que l'incubation a été plus courte, et, pour l’incubation minima (voir p. 784), que la dose de toxine a dépassé la dose limite.
Il est très facile d'obtenir un tétanos curable; il suffit de diminuer la dose injectée. Le tétanos, même généralisé, peut guérir chez le chien, le lapin, et même chez le cobaye ; les contractures disparaissent progressivement en quarante ou cinquante jours. Le plus souvent le tétanos curable reste local. On peut même, en injectant une très petite dose dans un muscle (en mettant une goutte très diluée sur la conjonctive du cobaye) ne tétaniser que ce muscle.
En somme, on peut graduer le tétanos expérimental avec la
ACTION PATHOGÈNE
plus grande facilité, en modifiant les doses de poison injecté.
B. Réceptivité des espèces animales. Doses. — Presque tous les animaux sont sensibles. On peut les classer ainsi, si on tient compte de la quantité de toxine nécessaire pour tuer un individu, sans s'inquiéter des différences de volume et de poids des espèces animales :
Souris blanche.
Cobaye.
Lapin.
Grenouille.
Solipèdes.
Une même toxine par exemple, injectée sous la peau, tuera une souris à 1/1 000 000 de centimètre cube, le cohaye a 1/10000, le lapina 1/8 de centimètre cube, la grenouille à 1/2 centimètre cube, le cheval à 2 centimètres cubes, le chien à 4 centimètres cubes, la poule à 10 centimètres cubes.
L’homme devrait probablement être placé en tête de ce tableau J. Nicolas (1893), a contracté un tétanos généralisé, suivi de guérison au bout de quarante-un jours, pour s'être piqué avec un aiguille simplement humide de toxine.
La souris blanche, le cobaye , le chien sont couramment employés. Nous avons souvent utilisé le chien , le cheval , et l'âne.
J. Courmiint et Doyon (1892) ont montré que pour tétaniser la grenouille il était nécessaire de la soumettre à des conditions spéciales de température. On injecte deux lots de grenouilles (I centimètre cube de toxine sous la peau de la cuisse) ; on laisse le premier à une température inférieure à + 20° ; on place l’autre (voir p. 284) dans l’étuve à -f- 30° ou + 38°. Les grenouilles du premier lot résisteront indéfiniment ; celles du deuxième deviendront tétaniques le sixième jour et mourront le quinzième. En été, par des températures supérieures à -f- 20°, la grenouille prend le tétanos sans avoir besoin d’être chauffée. La toxine se conserve longtemps dans le corps de la grenouille froide. Si on met celle-ci à L étuve, même plusieurs mois après
Chien.
Chèvre.
Pigeon.
Poule.
BACILLE TETANIQUE
l’injection, elle devient tétanique après une incubation de 6 jours, comptés à partir du commencement du chauffage. Nos expériences ont été confirmées par Buschke et OErgel (1893), Gumprecht (1894), Metchnikoff (1897), Knorr (1898), Coleina (1898), etc.
La poule passait pour être réfractaire. J. Gourmont et Doyon ont montré (1893) qu’il n’en était rien. 11 faut seulement de fortes doses.
Le pigeon est plus sensible que la poule (Behring et Ransom).
La tortue , le caïman, le scorpion (même chauffés) sont réfractaires (Metchnikoff) .
Si, au lieu de considérer les individus, on calcule la dose qui tue un gramme d’animal , l'ordre de la sensibilité change. Le cheval est alors le plus sensible de tous (Knorr) ; il faut 13 fois plus de toxine pour tuer 1 gramme de souris et 2 000 fois plus pour tuer 1 gramme de lapin.
C. Voies d’introduction. — Les doses que nous venons de donner, les symptômes que nous venons de décrire, correspondent à l'injection sous-cutanée ou intra-musculaire. Doses nécessaires et symptômes varient suivant la voie d’introduction.
La voie sous-cutanée ou musculaire donne un tétanos local, puis généralisé (parfois le début n'est pas local, chez les solipèdes, J. Gourmont et Doyon).
L’injection intraveineuse produit un tétanos généralisé d’emblée. 11 faut une dose 8 ou 10 fois plus forte que sous la peau.
L ’ injection intracérébrale (Roux et Borrel, 1898) engendre une forme spéciale : excitation, crises convulsives intermittentes, troubles moteurs, polyurie, etc. ( tétanos cérébral ), au lieu des contractures permanentes [lapin, cobaye , rat ) . Le lapin est sensible à des doses 25 fois plus faibles que sous la peau, tandis . que le rat exige des doses plus fortes.
L’injection intramédullaire a été réussie par Meyer et Ransom : l’incubation ne serait pas supprimée, mais ne serait plus que de
1 Le chauffage de la souris, du cobaye , après injection de toxine tétanique, ou d’abrine, active l'intoxication (Lesné et Dreyfus).
ACTION PATHOGÈNE
2 ou 3 heures. Elle donnerait un tétanos douloureux (paroxysmes très douloureux dans la région périphérique correspondante).
L’injection dans la carotide donne un tétanos généralisé, mais la dose mortelle est sensiblement la même que pour l’inoculation sous-cutanée,
L’ injection dans la cavité arachnoïdienne produit les mêmes effets que l'injection intraveineuse (Tizzoni et Cattani, C. Brunner, etc.).
Binot (1889) a tenté l'injection de la toxine dans les différents viscères du cobaye. Ce tétanos splanchnique a des allures spé- ■ ciales. La dose nécessaire est à peu près la même que sous la peau; l'incubation est plus longue, mais la marche plus rapide . après l’apparition des premiers symptômes. Ceux:-ci sont : frémissement vibratoire symétrique, dyspnée, hoquet, spasmes musculaires du membre débutant loin du point inoculé, jamais de contractures permanentes , mort en hypothermie, flaccidité pendant l’agonie. C’est probablement le tétanos du grand sympathique à opposer au tétanos moteur. L’injection de sérum antitétanique est efficace plusieurs heures après l’inoculation de la toxine.
L’ingestion, l'inoculation dans la vessie échouent. L'introduction dans le poumon , dans les fosses nasales , donne un tétanos splanchnique. L’inoculation dans la moelle osseuse donne le tétanos moteur.
D. Fractionnement et dissémination des doses. — J. Cour mont. etDoYON (1899) ont montré que la dissémination et le fractionnement d’une seule dose mortelle de toxine, injectée sous la peau du cobaye, augmentent la puissance de l'injection. En injectant, en 4 ou 8 points de la surface cutanée, une seule dose mortelle, c’est-à-dire en injectant, dans chaque point, seulement 1/4 à 1/8 de la dose, donc, pour chacun d’eux, une dose insuffisante à elle seule, on produit un tétanos généralisé d’emblée et une mort plus rapide que si la dose est injectée massive. On peut même tuer avec une dose non mortelle, en fractionnant et disséminant celle-ci. Ce fait est curieux, rapproché de la moindre action de la dissémination par la voie sanguine (voir p. 782).
BACILLE TÉTANIQUE
11 a été confirmé par Binot. La toxine 'pyocyanique et le venin de vipère se comportent de même ; l’effet est inverse avec la toxine diphtérique.
E. Période d’incubation. — L’injection de toxine ne produit pas immédiatement les contractures , comme l’injection de strychnine par exemple. Il y a toujours une période d'incubation entre l'injection et l’apparition de la première contracture. J. Courmont et Doyon (4893-1898) ont établi : 1° que cette période d'incubation est fatale, elle ne peut être supprimée : 2° que l'augmentation des doses injectées la raccourcit jusqu’à une certaine durée, qu’on ne peut plus abréger. Une dose très faible de toxine peut donner une incubation assez longue ; une dose suffisante donne l’incubation minima ; à partir de celle-ci, on peut centupler la quantité, on ne raccourcira plus l'incubation. Ainsi l'incubation minima pour le cobaye est de douze heures avec 100, 30 000 ou 90000 doses mortelles.
Elle n’est, en outre, pas supprimée par l'inoculation dans le sang, dans les nerfs, même dans le cerveau. Quel que soit le point de l’économie où la toxine est déposée, il n’y a jamais de contracture immédiate.
Voici la longueur moyenne de la période d’incubation :
Souris blanche 8 à 12 heures.
Cobaye 12 à 18 —
Lapin 18 à 36 —
Chien 36 à 48 —
Homme (cas de Nicolas) .... 4 jours.
Poule 4 à 9 —
Ane 4
Gheval 5 —
Grenouille 4 à 6 —
Pendant cette période d’incubation, la méthode graphique ne décèle aucun trouble de la circulation ou de la respiration, chez le chien (J. Courmont et Doyon). C. Brunner (1898) a noté une augmentation de l’activité des échanges gazeux. D’Arsonval et Charrin ont vu de petites oscillations de la température au calorimètre, à partir delà quatrième heure de l’incubation.
ACTION PATHOGÈNE
C’est l’indice des actes chimiques qui occupent cette période.
F, Influence de la température ambiante. — Voir plus haut (p. 781) les expériences de J. Courmont et Doyon sur la grenouille chauffée.
G. Sort de la toxine dans l'organisme. — On s’attendrait à trouver dans le corps de l'homme ou des animaux tétaniques une quantité de toxine progressivement croissante jusqu'à la mort. Il n’en est rien. La présence du bacille était déjà éphémère dans la plaie celle de la toxine l’est également, au moins dans l’état où nous sommes habitués à la reconnaître. Il en est de même chez les animaux injectés expérimentalement.
Pour déceler la présence de la toxine dans un liquide, dans un organe, on inocule ceux-ci à un animal très sensible, la souris blanche. Lorsqu’un lapin a reçu, par exemple,. 2 ou 3 centimètres cubes de toxine, chaque parcelle de son corps devrait tétaniser la souris (1/L 000 000 de centimètre cube étant suffisant pour cela) , si la toxine était régulièrement diffusée et n’avait pas été transformée.
Pestana (1891) étudiant le sort de la toxine, chez le cobaye, pensait qu elle était retenue par le foie. Contrairement à Bruschettini (1892), qui avait retrouvé la toxine dans les urines, Kartulis (1893), F. Blumenthal (1896), Jacob (1897), Knorr (1897) nient cette élimination. J. Courmont et Doyon (1894) n'ont pas vu la toxine s’éliminer chez le chien tétanique.
A. Marie (1897) a recherché, d’heure en heure, le sort de la toxine, chez le lapin, injecté avec 10 centimètres cubes de toxine dans le sang. Le sang du lapin ne tétanise plus la souris à partir de la dix-septième heure, les contractures ne devant apparaître que vers la quarante-huitième heure. A la dix-septième heure, on saigne le lapin, on émulsionne tous ses organes ; aucune émulsion ne tétanise la souris. La toxine ne s’est pas éliminée, pourtant elle a disparu. F. Blumenthal (1898) a montré que la toxine disparaît bien moins vite chez le cobaye. 11 ne faut pas généraliser les conclusions.
Ransom (1898) retrouve la toxine dans les organes du pigeon,
BACILLE TÉTANIQUE
sauf dans le système nerveux central. Tauber (1898) ne la retrouve pas chez l’homme. Metchnikoff (1897) a vu que la toxine se conserve longtemps chez les animaux à sang froid et finit par s’éliminer sans faire d’antitoxine (sauf chez les caïmans dont le sérum devient antitoxique) .
J. Courmont et Doyon (1898) ont étudié la grenouille à ce point de vue. La toxine est plus abondante dans le sang que dans les organes ; elle disparaît plus vite chez la grenouille chauffée ; elle disparaît d’autant plus lentement de la grenouille froide que la dose injectée est plus forte ; elle existe toujours dans le sang au moment où éclatent les contractures, mais disparaît toujours avant la mort; elle n’existe, à aucune période , dans le système nerveux , si la dose est suffisamment faible.
Chez la poule , injectée avec une dose non efficace, la toxine se conserve longtemps (Vaillard) ; elle disparaît sans s’éliminer (Asakawa). Chez le chien, la toxine peut exister dans le sang, à la période des contractures (J. Courmont et Doyon).
On ne peut tirer de tous ces faits que trois conclusions : 1° la toxine peut avoir disparu de l’organisme de certains animaux avant l’apparition des contractures ; 2° la toxine peut se conserver longtemps intacte chez des animaux réfractaires ou peu sensibles ; 3° lorsque la toxine disparaît, ce n’est pas par élimination, mais par transformation ou par fixation.
La diffusion de la toxine est très rapide; injectée sous la queue du rat, elle produit le tétanos, même si on ampute la queue au bout de trois quarts d’heure.
Sa fixation doit aussi être très rapide. On injecte une seule dose mortelle de toxine dans le sang du lapin ; on le saigne au bout de dix heures, on retire une quantité de toxine supérieure à la moitié de celle injectée : on transfuse du sang neuf; le lapin devient cependant tétanique, et meurt, n’ayant conservé qu’une dose non mortelle.
H. Vincent (1908) a étudié le sort de la toxine tétanique dans le tube digestif. Elle est rapidement détruite sur place dans l’estomac, ou dans l’intestin, lorsqu’on l’y introduit directement. C 'est l’acide chlorhydrique du suc gastrique qui la détruit; puis la bile (voir p. 788) ; enfin, le suc pancréatique activé par
ACTION PATHOGÈNE
l’entérokinase. Pour Breton et Petit (1908), les microbes de l’intestin concourent à détruire la toxine tétanique.
H. Neutralisation de la toxine par la substance nerveuse. — Wassermann et Takaki (1898) ont découvert que si on mélange. in vitro, dix doses mortelles de toxine avec 1 centimètre cube d’une émulsion de cerveau de cobaye (1 cerveau dans
10 centimètres cubes d’eau salée), le mélange inoculé, ne donne pas le tétanos. Le retentissement de cette expérience fut immense et exagéré. On crut avoir trouvé la raison d’être : 1° de la période fatale d’incubation ; 2° de la disparition de la toxine dans l’organisme. La toxine, fixée sur les centres nerveux et retenue par les cellules nerveuses, ne pourrait plus diffuser ; ainsi s’expliquaient les inoculations négatives de substance nerveuse des tétaniques. Wassermann et Takaki crurent, à tort avoir trouvé une méthode curative et préventive (injection de substance nerveuse). Les cerveaux d’ homme , de lapin, de cheval , jouissent des mêmes propriétés.
Tout se borne à une action de contact in vitro ; il faut que les substances soient bien broyées et mélangées ; c’est une expérience absolument artificielle. L’inoculation de toxine et d’émulsion de cerveau, en deux points différents du corps, est toujours suivie de tétanos.
D'ailleurs, ces propriétés fixatives disparaissent si on dessèche la substance nerveuse dans le vide (Morax et A. Marie) ; il n’y a donc aucune propriété antitoxique.
Si on dessèche le cerveau de cobaye après addition de toxine,
11 restitue la toxine.
La papaïne libère une partie de la toxine fixée sur la substance cérébrale. La stéapsine n’en libère pas trace. La neutralisation de la toxine par la substance cérébrale paraît donc, d’après cès diverses expériences, due à une combinaison avec un composé albuminoïde (A. Marie et Tiffeneau).
Metchnikoff (1898) a montré qu’il n’y a aucun rapport entre la sensibilité d’un animal au tétanos et l'aptitude de son cerveau à fixer la toxine ; bien plus, le cerveau du cobaye tétanique peut encore neutraliser la toxine. J. Courmont et Doyon (1898)
BACILLE TETANIQUE
ont ruiné complètement la portée de l’expérience de Wassermann et Takaki, en montrant que les centres nerveux de la grenouille chauffée (sensible) ou non (réfractaire) étaient, dans les deux cas, incapables de neutraliser la toxine in vitro. L'expérience qui réussit avec le cobaye, ne réussit pas avec la grenouille chauffée, hile n’a donc aucun rapport avec la pathogénie du tétanos. D’ailleurs, la névrine, le chlorhydrate de bétaïne neutralisent la toxine (Roger et Josué), grâce à leur alcalinité (Tiffeneau et A. Marie).
I. Action de la bile sur la toxjne tétanique. — H. Vincent a montré que d centimètre cube de bile neutralise, en deux heures à 18°, ou en un quart d’heure à 48°, jusqu’à 100 doses de toxine tétanique. Ce sont les savons biliaires et la cholestérine qui agissent.
J. Lésions nerveuses chez les tétaniques. — On ne -trouve aucune lésion particulière chez l'homme et les animaux ayant succombé au tétanos. Cependant, on a cru, il y a quelques années, avoir découvert une lésion spécifique des centres nerveux, qui aurait expliqué la période d'incubation, par le temps nécessaire à sa production. Marinesco (1896) a prétendu que la méthode de Nissl décelait des lésions caractéristiques du tétanos ; hémorragies diffuses, chromatolyse des cellules nerveuses. J. Courmont, Doyon et Paviot (1897, 1898) ont fait justice de ces soidisant lésions spécifiques. Il n'existe pas de lésions pouvant être considérées comme l’origine des contractures ; la contracture n’est pas fonction cl'une lésion des cellules nerveuses médullaires appréciable par les méthodes actuelles. Ces lésions existent chez le cobaye, mais n’ont pas la même topographie que les contractures ; elles n’existent pas chez le chien tétanique. En somme, ces lésions sont banales, elles se rencontrent dans une foule d'intoxications ; elles peuvent exister sans tétanos, et le tétanos sans elles. Nos conclusions ont été confirmées . par tous : Goldschreider et Flatau (1897), F. Blumenthal (1898), Nageotte et Ettlinger (1898), Donetti (1898), Pechoutre (1898), De Buck et De Moor (1899), etc.
Une autre lésion, également non spécifique , est la phagocytose
ACTION PATHOGENE
des cellules nerveuses par des cellules migratrices, dans les cas subaigus de Y homme , du cobaye (Joukowskt), aigus du cheval (J. Courmont, Doyon et Paviot).
JL Substances immédiatement strychnisantes dans l’organisme des tétaniques — L’extrait aqueux des muscles tétaniques injecté à la grenouille est parfois immédiatement stryohnisant (J. Courmont et Doyon). Ce fait a été confirmé par Buschke et OErgel (1893), par F. Blumenthal (1897), par Tauber (1898) ; par contre, G. Brunner, Oüchinsky, A. Marie, G. Brunnkr ont échoué. En réalité, l’existence d’une substance immédiatement strychnisante, dans le sang et les muscles tétaniques, est inconstante, et nous ne connaissons pas le déterminisme de son apparition. Les urines du chien tétanique sont hypertoxiques et convulsi vantes avant l’apparition des contractures (J. Courmont et Doyon) .
L. Localisations des effets du poison tétanique sur l’appareil neuro-musculaire. — Sur quel point de l’arc sensitivomoteur agit le poison tétanique? J. Courmont et Doyon (1892) ont conclu, de nombreuses expériences physiologiques, que « le poison tétanique ne modifie pas l’excitabilité des nerfs moteurs. 11 agit comme s'il s’adressait au système sensitif. » Ce serait un poison sensitif.
Il est admis aujourd'hui que la toxine tétanique est absorbée par les nerfs et atteint les centres par cette voie (Meyer et Ransom, à. Marie). En effet, la toxine se retrouve dans les nerfs de la région correspondante ; l’intégrité du cylindraxe est nécessaire pour la propagation (l’es gaines et les lymphatiques des nerfs ne jouant qu’un rôle accessoire dans l'absorption de la toxine) ; la pénétration a lieu par les terminaisons intramusculaires ; la migration ne peut être centripète (de la moelle aux nerfs) ; l’injection d’antitoxine dans le nerf empêche l’envahissement des centres nerveux (Meyer et Ransom). Donc, la toxine emprunterait, pour ces auteurs, la voie des nerfs moteurs.
MIle Cernovodeanu et V. Henri (1907) estiment, au contraire, que la toxine tétanique, pour produire le tétanos, doit suivre la voie sanguine et lymphatique.
BACILLE TETANIQUE
Telles sont les propriétés qui font du poison tétanique une toxine si particulière et si curieuse à étudier.
E) — Toxines
1° Historique. — Nicolaïer avait déjà supposé que le bacille qu'il venait de découvrir agissait par ses toxines. C’est Knuo Faber qui isola la toxine tétanique, en 1890. Son expérience est classique : on filtre une culture de B. tétanique et le produit de filtration, injecté, à doses infinitésimales, à l’animal, reproduit tous les symptômes du tétanos mortel, sans l'aide d’aucun élément figuré. Knüd Faber crut qu’un chauffage de cinq minutes à -j- 05° détruisait la toxine et admit sâ nature albuminoïde. Tizzoni et Cattani (1890), Vaillard et Vincent 1891, etc., confirment cette découverte.
2° Préparation. — La préparation de la toxine est simple. On ensemence un grand flaçon de bouillon de bœuf additionné de 1 p. 100 de gélatine avec une culture pure de B. de Nicolaïer. On fait le vide (voir Première partie, chap. VI}, ou on cultive simplement sous 1 huile de vaseline, on met à l’étuve. Au bout de vingt jours (sept jours pour plusieurs auteurs), on retire de l’étuve, on laisse à la température du laboratoire en agitant chaque jour. On filtre sur bougie Chamberland F, et on recueille dans un flacon, stérilisé avec une couche de 1 centimètre cube d’huile de vaseline, qui surnagera sur le liquide et le préservera de l’air. Cette conserve est mise à l’abri de la chaleur et de la lumière.
On augmente beaucoup la toxicité des cultures en bouillon en cultivant le bacille deux ou trois fois de suite dans de la culture filtrée. On filtre et on réensemence ; le bacille pousse bien.
Debrand (1902) a utilisé, pour la préparation de la toxine tétanique, la propriété, découverte par J. Courmont et Nicolas, en 1894 (voir p. 165) de faire végéter un anaérobie mélangé à un aérobie, sans être obligé de faire le vide. 11 cultive le B. de Nicolaïer à l’air, en présence du B. subtilis. La toxine obtenue
TOXINES
est immunisante et peut être employée pour la préparation du sérum. On conserve cette semence mixte en mettant en tubes scellés une culture de six jours, chauffée deux minutes à + 100°.
La toxine est parfois conservée à l’état sec; elle est alors comptée par milligrammes ou fractions de milligramme. On la dessèche dans le vide, dans de larges vases, à -j- 30°. Aussitôt l'évaporation terminée, le résidu est pulvérisé et conservé dans un récipient où le vide est maintenu et placé à l’abri de la chaleur et de la lumière. On refait le vide après chaque prise.
On peut conserver la toxine à l’état liquide. Elle s'atténue* très lentement, sous l’huile. Au bout d’un an, elle a perdu, au plus, un quart de sa puissance.
3° Action pathogène . — L’action pathogène de cette toxine (contractures après incubation) a été étudiée (p. 779). En général, la toxine tétanique liquide tue le cobaye à 1/500 de centimètre cube; certaines cultures filtrées (préparées cependant de façon en apparence identique) sont bien plus actives, et tuent le cobaye à 1/10000 centimètre cube.
La toxicité de la culture du B. de Nicolaïere st un des exemples les plus saisissants de la puissance des produits solubles microbiens. Il y a bien peu de substance réellement active dans 1 centimètre cube de culture filtrée; ce centimètre cube peut cependant tétaniser 1 000 000 de souris ou 10 000 cobayes.
4° Nature. — La substance active, tétanisante, des cultures filtrées du B. de Nicolaïer est une toxalbuminc qu il faut rapprocher de la toxine diphtérique, des venins, etc. (voir p. 314). Elle est atténuée par la chaleur, l’oxygénc.
11 faut un chauffage de 80° pendant trente minutes pour la rendre inoffensive. Sèche (précipitée par le sulfate d’ammoniaque) elle supporte (comme les diastases. Hufner, Salkowski) des températures bien supérieures; 135° pendant vingt minutes ne l'altèrent pas ; il faut 154° pendant quinze minutes pour l’atténuer légèrement et 159° pour l’atténuer sérieusement, sans toutefois
BACILLE TETANIQUE
la détruire. Elle est donc, à l’état sec. plus résistante que les spores qui sont tuées en vingt minutes à -f- 155° (Morax et A. Marie; 1902).
Elle est précipitable par l’alcool (10 à 15 volumes maintenus vingt quatre heures en contact), ne dialyse pas, adhère à certains précipités (phosphate de chaux ou d’alumine). Elle liquéfie la gélatine. Tous ces caractères sont ceux des toxines albuminoïdes, voisines des diastases.
Certains auteurs (Ouchinsky, voir p. 322) ont affirmé avoir produit la toxine tétanique en cultivant le bacille dans un milieu non albumineux. Fermi et Pernossi (1894) le nient avec raison.
Nous signalons pour mémoire les premières recherches de Brieger (1886) qui avait cru, à tort, isoler des alcaloïdes strychnisants des produits tétaniques ( tétanine , tétanotoxine , spasmotoxine ) .
La toxine tétanique jouit de propriétés chimiotaxiques négatives énergiques.
La toxine tétanique est lécithinophile (Petit) . Cela donne peutêtre en partie l’explication de son affinité pour le système nerveux.
F) — Immunisation
La culture filtrée, dont nous venons d’étudier les propriétés toxiques, est également immunisante.
Knud Faber avait échoué. Behring et Kitasatq (1890) ont vacciné des lapins, en leur inoculant des cultures complètes avec du trichlorure d'iode. Cette méthode, peu pratique (60 p. 100 des lapins succombaient), a cependant suffi à la découverte des sérums antitoxiques. Vaillard (1891) montre qu’il vaut mieux utiliser la culture filtrée, en injectant d’abord des doses massives de toxine chauffée à 4- 60°, + 55° + 50°, puis des doses progressives de toxine active. Roux, Vaillard (1892) remplacent le chauffage par l’addition d iode. De l’eau iodée à 1/500, mélangée à son volume de toxine, neutralise celle-ci pour le cobaye. Brieger, Kitasato et Wassermann (1892) vaccinent avec des cultures complètes mélangées à de l’extrait de thymus. Vaillard a pu immuniser le lapin en lui inoculant à plusieurs
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
reprises des spores privées de toxine et additionnées d’acide lactique (le sérum du lapin ne devient pas antitoxique).
On peut immuniser tous les animaux. On opère surtout sur le cheval pour la production du sérum antitétanique (voir p. 959). On choisit un cheval assez jeune, sain (on le malléine , (voir p. 600), de caractère facile. On fait les injections sous la peau du flanc ou de l’encolure, avec toute l’asepsie désirable. On commence par des doses faibles (1/10, 1/6 de centimètre cube) de toxine, mélangées avec quelques gouttes de solution iodée. On prend, matin et soir, la température de l’animal. Les premières injections produisent une légère réaction locale et fébrile. On recommence au bout de cinq ou six jours, en augmentant légèrement la dose de , toxine et en diminuant celle de solution iodée. Au bout de trois ou quatre injections, on supprime définitivement l'iode. On augmente, chaque fois (être très prudent), la dose de toxine. Il ne doit se produire aucune contracture. On arrive ainsi à pouvoir injecter au cheval, en une seule séance, 250 centimètres cubes, et plus, de toxine sans aucune réaction. 11 faut parfois douze ou quinze mois pour arriver à ce résultat : cela dépend des chevaux. L'immunisation est acquise, mais il faut la continuer encore pour avoir le maximum du pouvoir antitoxique du sérum (voir p. 362). L'immunisation ne doit jamais être cessée, sous peine de voir l’état vaccinal disparaître assez rapidement. On continuera donc d’injecter le cheval, au moins tous les mois, avec 250 à 400 centimètres cubes de toxine. /
G) — Diagnostic bactériologique
Le diagnostic bactériologique du tétanos est, en général, inutile, le diagnostic clinique étant facile. Le premier est d’ailleurs souvent presque impossible. La culture, l'inoculation du pus de la plaie peuvent très bien ne plus contenir de bacilles, au moment de l’apparition des contractures (voir p. 777). On inoculera le pus ou les produits suspects sous la peau de la souris ou du cobaye. On fera des préparations directes avec le pus, et on les colorera par le Gram, pour chercher des formes en épingle.
BACILLE TETANIQUE
Le séro diagnostic est impossible (voir Agglutination, p. 776). H) — Sérothérapie
11 n'existe pas de traitement efficace du tétanos confirmé. Le traitement de Baccelli (injections sous-cutanées d’acide phénique) a échoué contre le tétanos expérimental entre les mains de J. Cour mont et Doyon, Josias, Guillermin.
Le seul traitement est le traitement préventif par les injections de sérum antitétanique .
En 1890, Behring et Kitasato avaient annoncé que le sérum des animaux immunisés était préventif et curateur , c’est-à-dire qu’il prévenait le tétanos, injecté avant la toxine, et qu’il guérissait les souris déjà en proie aux contractures. Tizzoni et Cattani (1891), Vaillard confirment la propriété antitoxique préventive du sérum, mais ne peuvent guérir le tétanos confirmé. Vaillard (1892) montre que le sérum est antitoxique, mais non bactéricide; le B. végète et sécrète sa toxine dans le sérum des animaux réfractaires. Roux et Vaillard (1893) reprennent la question. Ils voient que le sérum est plus actif, mélangé in vitro qu’injecté préventivement; 15 000 doses mortelles de toxine mélangées in vitro à un volume égal de sérum sont neutralisées, tandis que la même quantité de sérum injectée préventivement, ne préservait pas le cobaye contre 15 000 doses de toxine. L’immunisation est acquise immédiatement, mais ne dure que quelques jours. Le sérum est préservatif et n est pas curateur ; injecté avant la toxine ou dans les premières heures suivantes, il préserve ; injecté à la fin de la période d incubation ou après les premières contractures, il est sans action. Ces conclusions sont classiques.
Le sérum antitétanique a servi à toutes les expériences sur les antitoxines, la mesuré de l’activité des sérums, etc., que nous ne pouvons relater ici (voir p. 354).
Voir, page 381, son mode d emploi.