DIAGNOSTIC
laires des ganglions spipaux et sympathiques, et dans tout le système nerveux central.
E. J. Courmont et Lesieur1 ont vu constamment, dans de nombreux cas de rage humaine ou animale, expérimentale ou naturelle, une 'polynucléose du sang, de plus en plus marquée, à partir des premiers symptômes jusqu’à la mort.
Voici leurs conclusions : 1° pendant l’incubation, l’étude de la leucocytose ne peut servir à dépister la rage ; 2° la recherche de la leucocytose totale n’est utile à aucune période ; 3° dès l’apparition des symptômes nerveux, il y a toujours polynucléose; 4° la recherche de la polynucléose dans le suc pulmonaire est possible dans les six heures qui suivent la mort ; 5° l’absence de polynucléose peut faire écarter le diagnostic de rage ; sa présence (connue dans d’autres affections) ne peut l’imposer.
Tandis que le suc pulmonaire du chien normal contient environ 53 p. 100 de polynucléaires, celui du chien enragé en contient 90 p. 100.
La splénectomie1 n’empêche pas la polynucléose rabique chez le lapin (Nicolas, Froment et Dumoulin).
F. La glycosurie chez le chien peut être considérée comme un élément de diagnostic, étant donnée sa fréquence dans la rage, elle engendre même à elle seule une suspicion à l’égard de cette maladie. La glycosurie n’est pas constante (elle fait défaut chez 25 p. 100 des chiens morts de rage), et son apparition pouvant être tardive, sa non-constatation ne permet pas d’éliminer la rage.
Chez les herbivores, la glycosurie peut être constatée dans d’autres affections que la rage (fièvre vitulaire) ; néanmoins, sa constation conserve une réelle valeur diagnostique. La glycosurie rabique est plus élevée chez les herbivores que chez les carnivores : chez le chien, on en trouve seulement quelques décigrammes par litre ; chez le lapin, 15 à 20 grammes ; chez les herbivores, jusqu’à 65 grammes.
4 J. Courmont et Lesieur, La polynucléose de la rage. Journ. de Physiol. et Pathol, gén., 1901,599-611.
LA RAGE
Pour Arloing et Pélissier, la glycosurie rabique serait le résultat d’une économie dans la consommation du sucre. Pour Porcher, la glycosurie doit être rattachée aux glycosuries nerveuses ; d’une façon générale, toutes les affections qui touchent le plancher du quatrième ventricule peuvent amener la glycosurie : chorée du chien, cysticercose du quatrième ventricule.
| 6. — Immunisation antirabique
1° Avant Pasteur, les seules expériences positives d’immunisation antirabique étaient celles de Galtier, dans lesquelles l’injection intraveineuse de salive virulente rendait le mouton réfractaire à la rage .
2° C’est en 1880 que Pasteur entreprit ses recherches sur ce sujet, avec la collaboration de Chamberland, Roux et Thuillier.
En 1884, il annonça qu’il était parvenu à rendre des chiens réfractaires à la rage, en leur injectant des virus d’activité croissante, dont il obtenait l’atténuation plus ou moins grande au moyen de passages successifs par l'organisme du singe.
Sur sa demande, ces faits furent soumis à l’examen d’une commission. Des chiens, traités par la nouvelle méthode, reçurent par trépanation du virus des rues, ou bien furent mordus par un chien enragé, en même temps que des témoins. Ces expériences eurent un plein succès ; il en fut de même quand l’immunisation avait suivi la contamination, au lieu de la précéder.
Jusque-là, le procédé était long et compliqué. Pasteur le simplifia pour le rendre pratique. En 1885, il fit connaître le mode -de préparation du virus fixe par des passages de lapin à lapin, et l’atténuation facile et progressive de ce virus par la dessiccation : une moelle rabique, desséchée pendant sept jours d’après ses indications, perd sa virulence tout en conservant un certain pouvoir vaccinant.
Dès lors, la méthode définitive était créée : elle repose sur l 'inoculation progressive d’un virus dont l’incubation est aussi courte que possible , c’est-à-dire d’un virus capable de gagner très rapidement les centres nerveux et de les vacciner avant leur imprégnation par le virus des rues reçu par morsure.
TRAITEMENT PASTEURIEN
Lorsque les animaux sont vaccinés, ils résistent à l’inoculation intra-oculaire mais ne résistent que rarement à l’inoculation intracérébrale.
3° D autres procédés d’immunisation antirabique ont vu le j our depuis les travaux de Pasteur ; aucun n’a été le principe d’applications aussi générales : méthodes des dilutions virulentes (Hôgyès), des dilutions stérilisées par le suc gastrique (Tizzoni et Centannï), sérothérapie (Babès, Tizzoni et Centanni, Rodet et Galavielle, S. Arloing et Lesieur), séro-vaccination (Marie, Remlinger), injections de virus conservé en glycérine (Rodet et Galavielle) , injections intra-veineuses (Galtier, Roux etNocARD,
KrASMITSKI, RExMLINGER).
| 7. — Traitement pasteurien
1° Historique. — Au mois de juillet 1885, alors que les découvertes de Pasteur sur l'immunisation des chiens commençaient à se vulgariser, on présenta à son laboratoire un jeune Alsacien, Joseph Meister, porteur de morsures nombreuses et profondes faites par un chien enragé. Vulpian et Grancher considérant l’enfant comme voué presque fatalement à prendre la rage, on appliqua, en leur présence, le nouveau traitement : on fit, en dix jours, 13 inoculations, y compris celle du virus le plus actif, et l’enfant ne devint pas enragé.
Au mois d’octobre suivant, le même traitement fut appliqué, avec le même succès, à un jeune berger du Jura, Jean-Baptiste Jupille, plus cruellement mordu encore. En février 1886, la statistique portait déjà sur 350 mordus ; elle en comptait 2.490 en octobre !
A la suite d’insuccès sur des Russes mordus à la tête par des loups, Pasteur fut conduit à instituer, pour les cas graves, un traitement intensif , plus actif et plus rapide. Les modifications ultérieures apportées à la méthode ne portent que sur des points de détail : ainsi, au lieu de donner, à la fin, les moelles de deux et de un jours, on répète, par séries, les inoculations de moelles de cinq, quatre et trois jours, destinées à renforcer l’immunité.
LA RAGE
La vulgarisation des résultats obtenus amena la création de V Institut Pasteur de Paris. Des Instituts analogues ne tardèrent pas à s’élever à l’étranger, surtout en Russie et en Italie. Celui de Tunis date de 1894. En France : Lille, Marseille, Montpellier, Lyon (1900), Bordeaux, sont dotés d’établissements analogues.
2° Installation minima. — Une station antirabique peut être installée très simplement. Quelques pièces suffisent :
a) Le logement des lapins, maintenu autant que possible à la température de 15°, et où les animaux inoculés sont placés, deux par deux, dans des cages en fil de fer ;
b) Une pièce pour l'inoculation des lapins ;
c) Une salle pour l’ablation des moelles : on y pénètre le moins possible, on n’y fait aucune poussière ;
d) Une seconde salle pour la trituration des moelles vaccinantes : les mêmes précautions y sont observées ;
e) Une chambre-étuve obscure maintenue à -f- 22° à l’aide d’un régulateur, pour la dessiccation des moelles ;
f) Une pièce pour le nettoyage et la stérilisation de la verrerie et des instruments, avec four Pasteur, autoclave Chamberland, marmite d’eau boratée, etc.;
g) Une salle d’attente ;
h) Une salle d’inoculation pour les personnes traitées.
3° Inoculation des lapins. — On emploie de préférence des lapins de six mois environ, pesant 3 kilos et mesurant 30 centimètres en moyenne.
Tous les jours, à la même heure, on inocule deux de ces animaux, destinés à assurer, douze jours plus tard, l’inoculation de nouveaux lapins (cerveau et bulbe) et l’immunisation des personnes mordues (moelle épinière). Le plus souvent, une seule moelle suffira ; mais, pour prévoir le cas de mort accidentelle, on inocule deux animaux.
On se sert, pour cela, de la masse encéphalique du lapin autopsié la veille, conservé en glycérine neutre à 30° Baumé. On en broie, dans un mortier stérilisé, un fragment, gros comme
TRAITEMENT PASTEURIEN
un pois, dans 3 centimètres cubes environ de bouillon de bœuf salé, de façon à obtenir une émulsion homogène, dont on inocule deux gouttes, à Faide d’une seringue de Pravaz, dans la substance des circonvolutions frontales d’un lapin, préalablement fixé, rasé, lavé au sublimé et trépané : la couronne de trépan, de 5 millimètres de diamètre, doit porter un peu en dehors de la ligne médiane et en arrière de l'orbite. Puis, on suture .
6 à 7 jours plus tard, l’animal aura de la parésie du train postérieur : il sera paraplégique le 10e jour et mourra le 12e. La moelle sera enlevée le plus tôt possible.
Chaque lapin inoculé est désigné par deux lettres (Bj, par exemple) et inscrit sur un registre spécial, où l’on note soigneusement la date de la paralysie et de la mort, de l’ablation de la moelle et de la réinoculation du cerveau, etc., avec le numéro du passage : on utilise à Lyon, à l’heure actuelle (Janvier 1914), le même virus que Pasteur en 1886, mais ayant passé 871 fois par le lapin.
4° Prise de la moelle. — Une par jour suffit le plus souvent. On étend le lapin sur le ventre, dans un plateau métallique. Les poils de la région dorsale étant lavés au sublimé, on incise-et on écarte la peau, depuis le nez jusqu’à la queue, et l’on détache aux ciseaux les muscles du crâne et de la colonne vertébrale.
Saisissant le nez avec un davier de Farabeuf, on le fixe solidement de la main gauche, pendant que, de la droite, avec une pince de Liston, on fait sauter les apophyses épineuses et la calotte crânienne; puis on coupe une à une les lames vertébrales, alternativement à droite et à gauche, le plus près possible des corps vertébraux, sans endommager la moelle.
Celle-ci, mise à nu, est coupée au-dessus de la queue de cheval, séparée des racines rachidiennes et partagée en trois tronçons, correspondant aux régions cervicale, dorsale et lombaire. Ceux-ci sont suspendus, à Faide d’une petite pince serrefine et d'un fil aseptique, chacun dans un flacon dessiccateur, stérilisé et étiqueté.
LA RAGE
5° Dessiccation de la moelle. — On emploie des sortes de flacons de Mariotte, de un litre et demi de capacité, et munis de deux tubulures : l’inférieure, horizontale, sert à introduire des fragments de potasse caustique (environ 200 grammes) ; la supérieure, verticale, sert à suspendre la moelle; toutes deux sont bouchées au coton (fig. 326).
La potasse a pour but de dessécher l’air dans les flacons : la même dose peut servir deux fois. Le tout est porté dans la chambre-étuve à -f- 22°. Chaque jour, à partir du troisième et jusqu’au quatorzième, on pourra couper, à des moelles plus ou moins desséchées, la longueur nécessaire au traitement des personnes mordues.
L’encéphale du lapin dont on a pris la moelle est conservé au frais dans la glycérine stérilisée, tant que l’on en a besoin pour inoculer d’autres animaux., Le reste du cadavre est immédiatement porté au four crématoire.
6U Essai des moelles. — Il est bon, au bout de vingt-quatre heures de dessiccation , d’ensemencer en bouillon une parcelle de moelle de chaque flacon et de rejeter tous les tronçons qui, à l’étuve, troublent le bouillon en vingt-quatre heures. ,
Fig. 326.
Flacon à dessiccation des moelles.
7° Conservation en glycérine. — Dans beaucoup d’instituts, on se sert directement des moelles suspendues dans les flacons à potasse.
Calmette, remarquant que la glycérine, neutre à 30° Baumé, conserve pendant un mois, en la fixant , la virulence rabique des centres nerveux, conseilla de couper chaque jour, à partir du troisième et jusqu’au quatorzième, un fragment de chaque moelle en voie de dessiccation, et de l'immerger en glycérine dans des récipients stérilisés et placés au frais. On a ainsi, sous
TRAITEMENT PASTEURIEN
la main, une provision de moelles fixées à un degré connu de
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