CHAPITRE XLII
SPOROTRICHOSE
La sporotrichose est une maladie nouvellement décrite chez l’homme (1903) et dont l’existence depuis a été signalée chez le cheval, le chien et le rat. Chez les animaux le seul parasite incriminé est Sporotrichum Beurmanni.
A) — Isolement, cultures
1° Isolement. — Le Sporotrichum peut être isolé des lésions par la culture sur milieu approprié. On peut encore inoculer un rat mâle dans le péritoine, les lésions (orchite) renferment le parasite en abondance à l’état de pureté.
2° Caractères généraux des cultures. — Aérobie. Se développe entre -f- 12 degrés et -f- 40 degrés, optimum entre 20 et 30 degrés. Les milieux additionnés de peptone, de glycérine et de glucose sont particulièrement favorables.
Gélose de Sabouraud. — Les colonies apparaissent du quatrième au douzième jour, d’abord blanches, puis brunâtres, puis brun chocolat. Elles sont encore cacactérisées par leur plissement analogue au relief des montagnes ou aux circonvolutions cérébrales et par l’auréole qui les entoure.
B) — Coloration, caractères microscopiques
1° Forme. — Filamenteux et sporulé. Dans les cultures.
COLORATION, CARACTERES MICROSCOPIQUES 993
Mycélium rampant, fin de 2 ’j. de diamètre, cloisonné incolore, ramifié et enchevêtré.
Dans le pus et les tissus. — Analogue à un gros bacille de 3 à 5 \x de long sur 2 à 3 p de large, basophile, finement granuleux, encerclé d'une très fine membrane incolore.
2° Coloration. — Pour étudier la morphologie, les meilleurs
Fig. 362.
Sporo trie hum. Artifice de la coulée de pus sur le verre sec. Aspect de tube de culture vers le 10e jour (de Beurmann et Gougerot).
colorants sont l’azur 11 alcalin et le bleu coton. Dans le pus les éléments ovoïdes restent irrégulièrement colorés par le Gram, la méthode de Claudius convient mieux à condition toutefois d’insister (sur tous les temps de la préparation (20 minutes de coloration).
3° Spores. — Les spores, daus les cultures, apparaissent le long des filaments et aux extrémités, elles se groupent en manchons et en glomérules. La spore encore adhérente au filament
SPOROTRICHOSE
est piriforme, libre elle est ovalaire, longue de 3 à 6 et large de 2 à 4 [ji.
G) — Caractères biologiques
1° Habitat. — Sporotrichum. Beurmanni. se trouve à l’état de saprophyte dans la nature, croît sur les végétaux vivants et morts.
2° Vitalité, virulence. — La virulence des cultures faible à l’origine, peut être exaltée par passage de rat à rat. Les Sporotvicham des animaux sont plus virulents que ceux isolés des lésions humaines (Gougerot et de Beurmann). Dans les cultures la virulence baisse rapidement.
Les spores résistent à 0° et à + 55° ; aux températures ordinaires elles gardent leur vitalité pendant des années.
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — La maladie existe chez le cheval et le mulet (Carougeau, à Madagascar ; C.-G. Page, Fkothingham et Paige, Hyde et Davis, Mohler, 1907, États-Unis de l’Amérique du Nord [North-Dakota et Pensylvanie]). L’affection se traduit par des gommes sans répartition nettement systématique et par des lymphangites avec ou sans cordon reliant les gommes échelonnées. Les lésions atteignent la peau, la muqueuse nasale, la conjonctive.
Chez le chien (Gougerot et Caraven) la mycose s’est révélée par des gommes fistulisées du cou.
Chez le rat (gris et blanc) (Lutz et Splendore) l’affection se traduit par des lésions périphériques sous-cutanés et articulaires ou s’accompagne de lésions viscérales généralisées.
La sporotrichose des animaux est transmissible à 1 homme (morsure de rat, Lutz et Splendore ; Jeanselme et Paul Chevalier; contagion par le cheval, Carougeau, Hyde et Davis; griffe de chien, Roüslacroix) .
2° Action expérimentale. — A. Cheval, mulet. — a. Ino -
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
culation sous- cutanée. — Gros abcès local, nodules à distance, généralisation (Carougeau).
b. Inoculation veineuse. — Cinquante jours plus tard, nombreux petits nodules sous-cutanés, disséminés irrégulièrement ou en traînées (Carougeau).
JB. Cobaye, lapin, chien, rat, souris, singe. — Les divers modes d'inoculation (; inoculation sous-cutanée , ingestion ) reproduisent toutes les formes connues de sporotrichoses cutanéomuqueuses. L 'inoculation péritonéale , en particulier, détermine de la péritonite et de l'orchite avec abcès et quelquefois fistulisation cutanée ; cette manifestation est intéressante à connaître pour le diagnostic différentiel de la sporotrichose du cheval et de la morve ou de la lymphangite ulcéreuse.
E) — Toxines
On peut obtenir; des cultures une toxine, la sporotrichosine (de Beurmann et Gougerot), capable de provoquer une réaction chez les individus atteints de sporotrichose (cuti ou intra-dermoréaction), mais son action n’est pas spécifique.
F) — Diagnostic bactériologique
1° Recherche directe du parasite. — Longue et difficile, n’est pas un procédé pratique. Les parasites sont rares, ils ont très souvent perdu leur électivité colorante, leur présence ne peut être soupçonnée que par une « ombre incolorable » acidophile.
2° Inoculation — Procédé d’exception. Peut être faite à la souris ou de préférence au rat mâle, il se développe une orchite dans les lésions de laquelle le parasite est très abondant, facile à reconnaître à l’examen direct et facile à cultiver.
L’inoculation peut être faite par insertion dans le testicule d’un crin chargé de pus sporotrichosique très pauvre en éléments parasitaires (Pinoy et Magrou).
SPOROTRICHOSE
3° Injection révélatrice de sporotrichosine. — La cuti-
réaction et l’intra-dermo-réaction préconisées chez l’homme n’ont pas été expérimentées chez les animaux. Chez l’homme ces réactions ne sont pas spécifiques, le saprophytisme de levures
Sporo trie hum.
Diagnostic bactériologique précoce de Sporolricliosc par la culture à froid et l’artifice de la coulée de pus sur le verre sec dès le 2U ou 3e jour (technique de Gougehot). Vue du tube de culture examiné au microscope à travers la paroi du verre. Les colonies naissantes développées à la face interne du tube apparaissent sous forme d'étoiles ou de ramifications coloriformes et brillantes. Leucocytes polynucléaires incoloresel granuleux isolés ou agminés : colonie naissanlcde sporolrichum, formé de filaments mycéliens ramifiés où l'on voit déjà une ébauche de sporulation ; sur les bords d’un amas leucocytaire on voit surgir des prolongements mycéliens: rameaux mycéliens d’une colonie développée dans l'amas et voilée par les leucocytes agglomérées. Dessin fait 48 heures après l’ensemencement.
dans la gorge des malades suffit pour rendre les individus sensibles à la sporotrichosine.
4° Culture. — Procédé le plus sûr et le plus rapide (de Beurmann et Gougerot). Le pus est ensemencé sut* trois tubes
CHIMIOTHERAPIE
de gélose glycosée peptonée de Sabouraud1. La culture se fait à la température de la chambre beaucoup mieux qu’à l’étuve. Du quatrième au douzième jour se développent des colonies caractéristiques par leur teinte, leur plissement et l’auréole qui les entoure. Artifice de la coulée de pus sur le verre sec. An moment de l’ensemencement on laisse couler une grosse goutte de pus dans chacune des rainures que forment la surface plane de la gélose et la face concave du verre, et sur le verre en face de la gélose. Dès la fin du deuxième jour on porte le tube sous le microscope et on examine à travers la paroi du tube les traînées de pus coulées sur le verre sec : au milieu des amas leucocytaires on voit surgir un, deux ou trois filaments rectilignes ou Ton découvre une étoile parasitaire formée de filaments radiés.
5° Séro-diagnostic. (Widal et Abrami). — Peut être fait par la sporo-ag glutination ou par la réaction de fixation. Les spores peuvent être agglutinées ou dévier le complément non seulement en présence du sérum des individus atteints de sporotrichose mais aussi des mycoses les plus diverses. Ces procédés, d’ailleurs, n’ont pas été expérimentés chez les animaux.
G) — Chimiothérapie
Le traitement de la sporotrichose est sauf quelques exceptions d’une grande simplicité : ingestion d’iodure à doses croissantes, pansement local à la solution iodo-iodurée faible et cautérisa-
1 Préparation de la gélose de Sabouraud . — On ajoute à 2 litres d’eau, 18 grammes de gélose, JO grammes de peptone granulée Chassaing, 40 grammes de glycose brute massée de Chanut. On porte à l’autoclave à 120 degrés, on filtre à chaud. Il n’est fait ni alcanisation, ni acidification. Le milieu est réparti et stérilisé. Toutes les opérations de chauffage doivent être conduites avec précaution, la gélose doit être transparente, incolore, bleutée ; la teinte marron indiquerait qu’elle a été brûlée par une température trop haute.
SPOROTRICHOSE
tion à la teinture d'iode des ulcérations. Carougeau donne au mulet et au cheval 15 grammes d’iodure par jour.
Autres derma tomycoses
l°Bursattee. leeches, mycose innommée. — On a décrit sous ces diverses dénominations une affection cutanée qui sévit sur le cheval, le mulet et le bœul aux Indes ( Bursattee ), aux Etats-Unis [leeches) et dont une observation a été recueillie en France ( mycose innommée ) ; la maladie observée à Java ( Hyphomycosis deslruens , de II a. an et Hoogkamer) doit reconnaître la même origine.
Th. Smith reconnaît dans les lésions la présence d’un mycélium ramifié, les essais de culture et d'inoculation tentés depuis sont restés sans résultat. Il est probable qu’il s’agit d’un Sporotrichum ou d’un parasite voisin.
2° Oospora rubra. — Champignon formé de filaments cylindriques et cloisonnés à l’extrémité desquels se trouvent des chapelets de spores rondes ou ovales de couleur brunâtre. Détermine une dermatose du cheval (erythrasma) consistant en plaques rougeâtres, arrondies, siégeant au périnée, à la face interne des membres et aux joues (Wn.BEUT, 1908).