‹ Précis de microbiologie des maladies infectieuses des animauxChapitre 38 sur 274 · ASPECT DES COLONIES SUR MILIEUX SOLIDES · texte numérisé non relu

ASPECT DES COLONIES SUR MILIEUX SOLIDES

favorable à l’étude des microbes chromogènes. 11 faudra

. Fig. 115.

Cultures sur gélose : Schémas imités de Thoinot et Masselin.

1, Streptocoque pyogène. — 2, Proteus mirabilis. — 3, B. mvcoïdes. — 4, Staphylocoque blanc. — 5, B. de la tuberculose humaine.

Fig. 116.

Cultures anaérobies, par piqûre en milieux solides, sous l’huile.

1, "V. septique (gélatine). — 2, B. du tétanos (gélatine). — 3, V. septique '(gélose). Remarquez le craquellement produit par les gaz dans la culture 3.

cependant se méfier des différentes qualités de pomme de terre.

D. — 0n peut faire l’examen des colonies sur plaques de gélatine à la loupe ou au microscope, avec un grossissement de 25 à 55 diamètres. Pour cela., on place la plaque sur la platine du microscope, et on l’examine avec un objectif faible. On peut ainsi reconnaître de bonne heure des colonies presque invisibles, et en prélever des parcelles avec l’aiguille de platine qu’on conduit sur la colonie en la regardant par l’oculaire. On peut employer l’objectif 2 ou même 4 lorsque la transparence du milieu le permet, mais, en général, le manque de lumière rend leur usage difficile.

Lès objectifs plus forts ont un foyer trop court pour être

POUVOIR CHROMOGÈNE

utilisés. Nous recommandons la loupe montée de Reichert.

7° Pouvoir chromogène. — La couleur des cultures, bien qu’elle soit sujette à varier considérablement suivant certaines conditions, est un caractère très utile pour la différenciation de certaines espèces microbiennes.

Nous ne dirons que deux mots de la teinte plus ou moins blanche ou jaunâtre des bouillons ou des colonies solides; son

importance est minime. Mais il existe des microbes fabriquant une matière colorante spéciale et qui, presque tous, portent un nom rappelant la teinte de celle-ci.

Les microbes chromogènes sont ceux dont le protoplasma sécrète des pigments. Ces derniers sont le plus souvent cantonnés dans le protoplasma du microbe ; un seul élément ne paraît pas coloré, mais l’ensemble de la culture prend la teinte caractéristique. D’autres fois, la matière colorante diffuse dans le milieu de culture et le teint ( B . pyocyaneus, B. vert de Veau).

Fig. 117.

Culture en bouillon du Bacille pyocyanique.

Fig. 118.

Culture en bouillon du Bacille vert de Veau.

La coloration des cultures est surtout bien nette sur les milieux solides, et particulièrement sur la pomme de terre. Les cultures liquides sont en général moins caractéristiques à ce point de vue ; un bouillon où végète du B. pyocyaneus est cependant d’un beau vert (fîg. 117), il est émeraude s’il contient du B. vert de Veau (fîg. 118) \ mais cela tient à des matières colorantes diffusibles.

Citons la couleur des principaux microbes chromogènes. Le Staphylocoque pyogène est jaune orangé (fig. 119), citron (fîg. 120), ou blanc (fig. 121 et 115,4) suivant les variété ( aureus , citreus , albus). Le Bacille de la morve donne sur la pomme de terre un enduit d’abord jaune clair, café au lait, qui plus tard devient fauve, ou chocolat. La Sarcina lutea , le Micrococcus cereus flavus sont jaune d’or. Le Micrococcus prodigiosus est rose. Le Bacillus ruber est rouge vif (fig. 122). Le Micrococcus cinabreus est rouge cinabre. Le B. pyocyaneus (fig. 117) est bleu vert. Le B. vert de l’eau (fig. 118), le B. viridis , le B. virens, le B. chlorinus1 2, le B. de la diarrhée verte des nourrissons donnent des cultures vert clair. Le Bacillus violaceus est violet noir. Le B. brunneus de Schroter est brun. Le Beggiatoa roseo-persicina est parfois tellement abondant à la surface de l’eau que celle-ci est rose rouge (Schnetzler, 1887). On pourrait multiplier les exemples. Thiry (1896) a décrit un bacille polychrome , c’est-àdire donnant sur les mêmes milieux les colorations les plus différentes : violet, rose, vert, or, bleu.

Faut-il se baser sur la couleur des pigments fabriqués pour diagnostiquer une espèce ? Deux échantillons microbiens, semblables par tous leurs autres caractères, mais de teintes différente, peuvent-il appartenir à la même espèce ? La réponse est aujourd’hui toute tracée. La couleur des pigments est un caractère important, mais non spécifique, pour la diagnose. Nous

1 Lorsqu'on analyse l’eau de la plupart des fleuves ou des ruisseaux, on constate la belle coloration vert clair de nombreux ballons. Ce sont des cultures du bacille vert de l’eau ( Bacillus fluorescens liquefaciens) .

- Pour Van Tieghem (1880) et Engelmann (1882), le B. viridis, le B. virens .et le B. chlorinus seraient colorés par de la chlorophylle.

POUVOIR CHROMOGÈNE

savons qu’un microbe chromogène peut perdre définitivement la faculté de fabriquer des pigments ; Wasserzug, Charrin et Phisalix l’ont vu avec le B. pyocyaneus, Schottelius avec le

Fig. 119. Fig. 120. Fig. 121.

Culture sur gé- Culture sur gé- Culture sur gélose du Staphy- lose du Staphÿ - lose du Staphylococcus pyoge- lococcus pyoge- lococcus pyogènes aureus. nés citreus. nés albus.

Fig. 122.

Culture sur gélose

du Bacillus ruber.

Micrococcus prodigiosus , J. Courmont et Rodet avec le Staphylocoque pyogène doré qui peut devenir blanc. Nous savons que la coloration varie avec l’âge d’une culture, (B. de la morve, B. vert de Veau). Le microbe de Thiry est polychrome. Nous

savons enfin que la composition du milieu nutritif influe beaucoup sur la fabrication des pigments : on empêche le Staphylocoque doré de conserver sa teinte orangée en le privant d’oxygène, en additionnant son bouillon d’antipyrine. Le Bacillus vio laceus, très coloré sur les milieux solides, et presque incolore en cultures liquides. Le bacille du lait bleu colore les liquides en bleu foncé et donne sur gélatine une colonie blanche se détachant sur la gélatine, etc. Charrin a fait varier la fabrication de la pyocyanine par le B. pyocyaneus au moyen des agents physisiques, par l’addition d’antiseptiques, d’oxygène pur, etc. D une façon générale, il semble que toute condition qui diminue la végétabilité d’un microbe, ou atténue sa virulence, l’atteint aussi dans son pouvoir chromogène ; le simple passage de plusieurs générations successives suffit souvent à décolorer des cultures. La lumière est indispensable à la fonction chromogène du Staphylocoque pyogène doré (Gaillard) ; elle ne l’est pas pour celle du Micrococcus prodigiosus ou du Bacillus violaceus. Le radium diminue la sécrétion de la pyocyanine (Bouchard et Balthazard).

11 résulte de toutes ces remarques que la fonction chromogène n’est pas absolument fixe, et, pour être utile à la diagnose de l’espèce, ne peut, à elle seule, caractériser une espèce. On a voulu faire autant d’espèces de staphylocoques que de teintes des cultures ( aureus , albus, citreus ) ; l’espèce est unique « et des mieux définies » ; elle comporte de simples variétés qu’on distingue par la couleur des pigments sécrétés. V albus est naturellement moins virulent que Y aureus, d’après la loi énoncée plus haut. 11 faut donc se placer dans des conditions bien définies, quand on veut se servir du pouvoir chromogène comme élément de diagnose. Son existence est un signe précieux, son absence peut tenir à une foule de causes.

Si les pigments étaient bien définis chimiquement, leur composition serait une base très sérieuse de détermination biologique. Malheureusement, nous savons peu de chose à ce sujet, sauf pour le pigment du Bacille pyocyanique, la pyocyanine, qui se répand dans les liquides de culture et a une réaction spéciale. La pyocyanine a été isolée par Fordos, bien

Page 1