‹ Précis de microbiologie des maladies infectieuses des animauxChapitre 73 sur 274 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Il faut récolter les produits virulents sur les animaux vivants ou morts, avec des précautions toutes spéciales et inusitées en anatomie pathologique.

§.!.■— Principes généraux, outillage

Comment doit-on recueillir, pendant la vie ou après la mort, les produits pathologiques destinés à être examinés, ensemencés, inoculés ? Le principe général est facile à comprendre ; il faut les recueillir avec une asepsie absolue. On rendra aseptiques les téguments, les surfaces d’organes pouvant contenir des germes étrangers, et on prélèvera la matière virulente avee des instruments stérilisés.

L'outillage nécessaire sera une brosse, du savon noir, du sublimé à 1 p. 1000, de l’éther, de l’alcool, du coton stérilisé, une lampe à alcool, une seringue stérilisée, une aiguille de platine, des pipettes, une capsule de platine, un ou plusieurs écouvillons. L’aiguille de platine, (p. 21) sera résistante, épaisse (lmm,5 à 2 millimètres), longue de 7 à 8 centimètres, aplatie en spatule tranchante pour pouvoir sectionner les parenchymes. Les pipettes (p. 20) auront un étranglement en (a) (fig. 153) pour empêcher le liquide d’arriver jusqu'au coton, et pour pouvoir être scellées à la lampe une fois remplies. On peut aussi étrangler l’origine de la partie effilée (fig. 154) ; la pipette brisée à ce niveau offrira une pointe acérée qui pénétrera facilement dans les parenchymes. La seringue (p. 30) sera stérilisée à l’autoclave dans un tube à essai bouché avec du

coton qui entoure l’orifice et les ailettes de la seringue qui empêchent celle-ci de s’enfoncer au point de faire toucher le fond par l’aiguille (fig. 155). On peut ainsi la transporter sans

Fig. 153. Fig. 154.

Pipette avec étranglement pour Pipette pour la récolte des lila récolte des liquides patho- quides pathologiques,

logiques.

La contaminer ; le tube servira à la rapporter au laboratoire sans risquer de disséminer le virus.

Les fragments d’organes, les tubercules seront recueillis dans de petits cristallisoirs stérilisés, ou directement dans les mortiers stérilisés où ils doivent être broyés.

# Les écouvillons sont indispensables pour prélever du jetage, du pus dans les cavités ouvertes, à la surface des ulcères. On entortille de la ouate hydrophile en tampon autour de minces baguettes de bois de 15 centimètres de longueur. Plusieurs écouvillons sont placés dans un gros tube à essai bouché avec un tampon de coton (fig. 156) ; le tout est stérilisé au four Pasteur.

Fig. 155. Fig. 156.

Seringue dans un tube stérilisé , A, tube stérilisé contenant des

pour le transport aseptique. écouvillons. — B.unécouvillon.

Les ensemencements, les inoculations seront pratiqués sur place autant que possible.

| 2. — • Récolte des produit.s pathologiques

1° Sur le vivant. — La récolte sera faite sur le vivant toutes les fois que cela sera possible.

a. Prise du sang. — Pour recueillir les quelques gouttes de sang nécessaires à l’examen microscopique on peut se conten-

ter de ponctionner, après avoir coupé les poils, laver et désinfecter, l’une des veines de la face dorsale de l’oreille. Cliez les petits animaux, cobayes et lapins, on sectionne l’extrémité de l’oreille et on cautérise après le prélèvement. Ge procédé convient pour la recherche directe des microbes dans le sang (bactéridie charbonneuse, hématozoaires).

Chez les grands animaux, il est tout aussi facile et beaucoup plus commode du point de vue de l’asepsie des opérations, de ponctionner la jugulaire avec l’aiguille d’une seringue. Si l’on fait aspiration avec une seringue, on obtient rapidement le sang nécessaire pour le séro-diagnostic ou pour un ensemencement. Pour récolter du sang en grande quantité pour l’obtention du sérum, pour l’inoculation, on pratique une saignée avec le trocart. Le sang est recueilli dans des vases stérilisés, défibriné avec des perles de verre introduites avant la stérilisation ou laissé au frais pour permettre la coagulation.

Chez le mouton on recueille le sang par ponction de la jugulaire, pour le chien on s’adressera à la jugulaire ou à la saphène.

Chez le cobaye et le lapin, la ponction du cœur permet de recueillir 2 à 5 centimètres cubes de sang sans sacrifier l’animal.

Chez la souris et le rat on peut prélever une quantité appréciable de sang par ponction transorbitaire du sinus caverneux.

b. Prise dun exsudât liquide. — Pour avoir du liquide de pleurésie, de péricardite , de péritonite, d’ascite on ponctionnera avec le trocart après désinfection de la peau. Il est souvent nécessaire de recourir à l’aspiration avec un appareil Potain.

c. Prise d’un pus. — Après désinfection ou cautérisation d’un point de la surface, on ponctionne avec la seringue munie d’une aiguille large ou avec une pipette munie d’une effilure courte.

d. Prise de l’urine. — On recueille, dans des récipients stérilisés, lors des mictions ou par le cathétérisme chez les petits animaux et chez les femelles des grandes espèces. Chez le bœuf et le cheval, le sondage ne peut pas être effectué dans des conditions qui donnent une sécurité bactériologique.

e. Prise du jetage. — On lave les orifices des cavités nasales

avec de l’eau bouillie, on fait apparaître le jetage soit en provoquant un effort de toux ou en exerçant l’animal. On recueille avec le bouchon d’ouate d’un tube stérilisé, avec un écouvillon ou directement dans une boîte de Pétri.

f. Prise des expectorations. — Chez les bovidés ou le jetage est exceptionnel, chez le cheval dans certaines localisations respiratoires (morve laryngo-trachéale) il faut provoquer l’expulsion des expectorations au dehors en immobilisant la langue pour empêcher la déglutition, on recueille les produits projetés lors des efforts de toux dans un linge placé devant la bouche de l’animal. Avec un spéculum, chez le bœuf, et un écouvillon monté sur un fil de laiton assez long, on peut aller chercher les mucosités pharyngiennes. On peut encore pratiquer la trachéotomie ou seulement la ponction de la trachée avec un trocart et recueillir les mucosités sur un écouvillon ou sur une plume d’oiseau.

g. Extirpation, harponnage des ganglions ou des parenchymes.

— Les ganglions hypertrophiés, peuvent être enlevés aseptiquement et recueillis dans des récipients stérilisés pour l’examen ou l’inoculation (ganglions sous-glossiens dans la morve, ganglion hypertrophié du cobaye inoculé, de tuberculose). Pour les ganglions volumineux, facilement accessibles ou pour certains parenchymes (mamelle) on peut prélever un petit fragment de tissu par ponction avec un trocart-harpon.

h. Prélèvement du lait. — On le recueille dans des tubes stérilisés après lavage de la mamelle et des trayons.

i. Prise des matières excrémentitielles, de l’écoulement vaginal.

— On prélève une petite quantité du produit dans un récipient stérilisé. Il est préférable, pour les matières excrémentitielles, de recueillir avec un tube de verre les produits qui restent adhérents à la muqueuse rectale (recherche du bacille tuberculeux dans les excréments des bovidés, du bacille de l’entérite chronique hypertrophiante) .

2° Sur le cadavre. — Les produits devront être prélevés dans un délai aussi court que possible après la mort de l’animal. Pour les animaux d’expérience il est toujours préférable de les

sacrifier, dès le début de la période agonique, sans attendre la mort naturelle.

La mise à mort se fait de la façon suivante : on assomme les lapins en les prenant par les pattes de derrière et en leur assénant un coup du tranchant de la main sur la tête. On pique le bulbe des chiens en introduisant un scalpel à lame mince et courte entre l’occipital et l’atlas ; la lame du scalpel doit être perpendiculaire à l’axe médullaire. On peut faire de même aux lapins, aux oiseaux, aux cobayes. En général, on tue les cobayes et les souris en les chloroformant. Les chats seront tués par la nicotine. On met deux, ou trois gouttes de nicotine, avec une pipette, dans la bouche, entre les gencives et les joues ; l’animal meurt en quelques minutes avec des convulsions.

L’autopsie des gros animaux se fera sur une table à autopsie quelconque possédant un écoulement pour les liquides. Pour les petits animaux, on possède une cuvette en zinc ou en fer-blanc dont les bords sont percés d’une série de trous pour fixer les quatre pattes au moyen de ficelles. Les liquides virulents restent dans la cuvette qui est facilement stérilisable.

L’animal fixé, on humecte avec des tampons d’ouate chargée d’une solution antiseptique toute la surface de l’animal qui se présente devant l’opérateur pour éviter l'inconvénient des poils coupés lors de l’ouverture de l’animal et qui viennent souiller lors des prélèvements/ On dépouille, en ayant soin de ne pas ouvrir les cavités. On cautérise un point de la paroi abdominale et on ponctionne avec une pipette pour recueillie l'exsudât, même opération pour la cavité thoracique.

On fend la paroi du haut en bas et on examine successivement tous les organes, prélevant à mesure, tout ce qu’on veut examiner, inoculer. On puisera le sang dans le cœur avec une pipette. On tient le cœur entre les mors d’une pince légèrement chauffée. On cautérise une zone de la surface, on pique avec la pipette; le sang monte dans la pipette sans aspiration.

Les règles de l’asepsie dirigent toutes les récoltes sur le

cadavre, on flambe la surface de l’organe et on prélève avec un instrument stérilisé.

11 va sans dire que toutes ces opérations doivent être consignées, avec leurs résultats, dans le cahier d’expériences.

On a vu (chapitre vm) comment on préparait les liquides, les frottis, les coupes pour l’examen microscopique.

Tous les débris des animaux, qui ont été inoculés avec des microbes pathogènes, doivent subir la crémation (p. 7). En attendant, ils seront recouverts d’une feuille de papier filtré imbibée d’antiseptique, pour éviter les mouches.

Les plateaux sont immergés dans du crésyl à 2-5 p. 100 ; les instruments sont stérilisés à l’ébullition.

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