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II. — COLORANTS ACIDES

Les colorants acides sont toujours des colorants plasmatiques, mais l'inverse n'est pas vrai, car, en employant convenablement les mordants, on peut obtenir des colorations du cytoj)lasme avec la jdupart des colorants basiques. Néanmoins, dans la pratique courante, les colorants plasmatiques sont toujours choisis parmi les couleurs acides. Parmi ces dernières, il faut distinguer celles qui produisent des colorations diffuses, comme l'éosine, et celles qui se fixent plus particulièrement sur les inclusions du cytoplasme (graisse \ mucus, élastine, etc.).

Acide picrique. — Colorant plasmatique très important et très solide. Sa couleur s'allie très bien à celle du carmin (picro-carmin) et de l'hématoxyline. Avec cette dernière, son emploi est surtout indiqué après la coloration par la laque ferrique, car la coloration à la laque aluminique pâlit trop et prend une vilaine teinte brunâtre, sous l'influence de l'acide picrique. On l'emploie surtout associé à la rubine acide, pour la coloration de van Gieson (p. 421) et au bleu de niéthyle pour la coloration du collagène (p. 652).

Orange G -. — Colorant plasmatique très précis, mais peu intense. On l'emploie seul, en solution à 1 p. 100, après l'héma-

\. Les colorants des graisses seront étudiés plus loin, au chapitre consacré à la microchimie (p. 655 et 673).

•2. Ne pas le confondre avec l'orange III (orangé de méthyle, CJoldorangc) qui sert de réactif indicateur (p. 253).

toxyline ferrique. Associé à l'éosine, il donne des colorai ions très nuancées dans la méthode à Thémaléine-éosine (p. 418) et la méthode de Mann au hleu de toluidine (p. 429). Il agit à la fois comme colorant et comme difïérenciateur dans le tannin-orange de Unna (p. 407, note 2).

Fuchsine acide. — Ce corps est encore désigné sous le nom de : FuchsinS, Rubin S, rubine acide, Sàurefuchsin, Sàurerubin, Magenta S. 11 ne faut pas le confondre avec ses homonymes basiques (p. 396) qui ont des propriétés toutes différentes. Nous savons que la rubine acide proprement dite est un dérivé sulfoné de la pararosaniline, tandis que la fuchsine acide dérive de la rosaniline. Pratiquement, les fuchsines ac[des du commerce sont des mélanges de sels monacides de sodium et d'ammonium, de pararosaniline et de rosaniline trisulfouées.

Ce colorant présente une particularité très importante : lorsqu'on le neutralise, il se transforme en un sel neutre incolore; aussi est-il extrêmement sensible aux alcalis, même très faibles. Par conséquent, le lavage à l'eau ordinaire décolore très rapidement les coupes; pour conserver les préparations colorées à la fuchsine acide, il faut les laver à Teau acidulée par Tacide acétique ou les traiter par le xylol acétique (p. 422).

La fuchsine acide s'emploie en solution à 1 p. 500 ou 1 p. 1000. après les teintures à l'hématoxyline.

Je passe intenlionnellement sous silence les célèbres mélanges dits triacide d'Elirlich et mélange d'Ehrlich-Biondi-Heidenhain, dans lesquels la rubine acide joue un rôle important.

Ces colorants, excellents pour l'époque à laquelle ils ont été imaginés, doivent, à mon avis, céder le pas aux méthodes panoptiques, à base d'azur de méthylène et de violet de méthylène (p. 404). En tous cas, ils ne sauraient plus convenir pour le travail courant et ne doivent donc pas trouver place dans cet ouvrage.

Éosines. — Les éosines sont des dérivés de la fluorescéine. 11 y a beaucou[) d'éosines et on les emploie quelquefois à tort et à travers. Je vais donc m'efforcer de mettre un peu d'ordre dans cette question et de donner des indications pratiques.

1. Les éosines proprement dites, ou bromées, sont des sels de sodium ou de potassium de la fluorescéine bromée. C'est dans cette catégorie que se rangent l'éosine soluble à l'eau, l'éosine jaunâtre (éosine w. g. de Grùbler), l'éosine bleuâtre (éosine blâulich de Griibler), Téosine extra BA de Hochst, l'éosine pure française. La

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couleur de ces diverses éosines dépend surtout du nombre d'atomes de brome fixés au noyau de la tluorescéine. Les dérivés mono et dibromés sont jaunâtres, tandis que les dérivés tétrabromés sont bleuâtres.

Les éosines donnent en général des colorations difluses; mais, quand on les emploie à bon escient, on peut en obtenir une gamme de tons variant du rose très léger au rose vif et mettre en évidence divers éléments acido[)liiles. La première condition, pour obtenir ce résultat, est d'employer les éosines en coloration régressive. On surcolore dans une solution aqueuse à 1 p. 100 et on régresse, d'abord par l'eau, puis par l'alcool à 70 (p. 419). On peut obtenir ainsi une élection très nette pour les granulations éosinophiles des leucocytes et pour les éléments musculaires.

Toutes les éosines ne se prêtent pas aussi bien à cette différenciation. D'après un récent travail de Martinotti (p. 655). on peut les ranger comme il suit : l'éosine bleuâtre à l'eau de Griibler donne une coloration élective des granulations éosinopbiles sur fond incolore; l'éosine extra BA de Hôchst et l'éosine pure française de Griibler permettent d'obtenir en outre une coloration du fond; enfin, l'éosine jaunâtre à l'eau de Griibler (\v. g.) est la moins élective. Je dois dire pourtant que j'ai employé longtemps cette dernière marque par la méthode régressive et que j'en ai obtenu d'excellents résultats.

Ces diverses éosines sont solubles dans l'eau et dans l'alcool : ces solutions sont douées d'une fluorescence particulière, surtout accentuée dans les solutions alcooliques. Les solutions a(iueuses s'altèrent assez facilement, par suite du développement de Moisissures : aussi ne faut-il pas en préparer de grandes quantités à la fois.

2. Eosines solubles à Valcool. Ce sont des éosines-éthers méthylés ou éthylés, solubles surtout dans l'alcool à 50 p. 100. 11 n'y a aucun avantage à les employer.

3. Erylhrosines ou éosines iodées. Ce sont des sels de sodium ou de potassium de la tluorescéine tétraiodée. Ces couleurs n'ont pas d'emploi en microscopie. mais le radical acide libre, connu sous le nom d'iodéosine, est un réactif microchimique important, pour la détermination de l'alcalinilé par la réaction de Mylius (p. 669).

4. Je mentionne seulement, pour être complet, la safrosine ou éosine écarlate, qui est un dérivé bromonitré de la lluorescéine et la phloxine, qui est un sel de sodium de la tluorescéine chlorée. Leur emploi ne présente pas d'avantag;es.

Chromotropes de Hôchst. — Aux éosines, nous rattacherons les chromotropes, en tant que colorants plasmaliques rouges. Ces corps sont des dérivés azoïques de l'acide chomotro}»ique. On les emploie, soit en solution aqueuse acidulée, soit de préférence en solution alcoolique concentrée.

400 mi:thodes geniîrales

Le chroinoUopo 2R donne une coloration ronge cerise, tandis que le 6B et le 7B sont plus carminés. Ces colorants présentent, sur les éosines, Favantage de se fixer facilement sur les coupes colorées à Ihématéine et alcalinisées et de colorer d'une façon plus élective'. Leur mode d'einploie sera décrit p. 421.

Vert lumière (Lichtgrùn). — Ce colorant plasmali(|ue joue un grand rôle dans certaines colorations combinées : méthode de Prenant (p. 123), safranine-lichtgriin (p. 425). On remploie en général avec les colorants nucléaires rouges (safranine, magenta, carmin).

Bleus d'aniline. — On comprend sous ce nom toute une famille de colorants bleus acides qu'il faut bien distinguer des colorants bleus basiques-. Malheureusement, l'opinion s'est accréditée que tous les colorants bleus sont basiques et beaucoup ne font encore aucune distinction entre les bleus basiques et les bleus acides.

Tous les bleus acides dérivent de la triphénylrosaniline ou bleu d'aniline proprement dit : ce sont des sels de sodium d'acides sulfonés.

Commercialement, on désigne sous le nom de bleu de mélhi/le tous les dérivés sulfonés du bleu d'aniline. Ce colorant joue un grand rôle dans la méthode de Mann (p. 430) et dans les méthodes de coloration du tissu conjonctif (p. 052). A ce groupe appartiennent aussi le bleu à Veau (Wasserblau et Methylwasserblau) et les bleus pour micrographie n° / et 2 de Saint-Denis (voir trichromique de Massou, p. 424, et picrobleu de Dubreuil, p. 653).

Le bleu coton (BaumwoUblau) est plus spécialement un bleu tri ou tétrasulfoné. 11 présente des avantages particuliers pour la coloration de la callose (p. 726) et des Champignons (p. 712). C'est à ce corps que parait correspondre le sel de calcium de la triphénylrosaniline trisulfonée employé dans la méthode de Blochmann (p. 529) et le sel de sodium que Schuberg emploie de la même façon (p. 529).

Carmin d'indigo ou sulfo-indigotale de sodium. — C'est encore un colorant acide qui n'a aucune parenté avec le carmin. On l'associe à l'acide picrique sous le nom de picro-indigo carmin

1. M. Ileidcnhain, Ueber die An\veii<lung des Azokarmins und der Chromotrope. Zischr. f. wiss. Mikr., XXII, p. 337-313, 1905.

2. Il y a des bleus d'aniline basiques (bleu de Lyon, de Paris, bleu lumière, bleu de nuit), mais ils sont insolubles dans l'eau et nous n'avons pas à nous en occuper, car je considère leur emploi comme superflu.

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OU carmin d'indigo-picrique : c'est un bon colorant de fond après riiématéine, la salVanine et surtout après le magenta (trichromique de Gajal, p. 426). On l'emploie aussi en injections vitales, pour l'étude de l'appareil excréteur (|). 681).

Orcéine. — L'orcéine ne peut rentrer dans aucune des catégories que nous venons d'étndier. Je la place à la suite des colorants plasmatiques acides, car je ne peux pas lui consacrer un chapitre spécial. Elle serait mieux au voisinage de l'hématoxyline, puisque c'est aussi une couleur d'origine végétale. C'est à la fois un colorant basique et un colorant acide. On l'extrait des Lichens à orseille [Lecanora, Roccella); elle forme la plus grande partie de l'orseille du commerce (voir p. 729, note 1).

C'est un colorant spécifique des fibres élastiques et c'est à ce seul titre qu'elle est employée en technique microscopique (p. 654).

Safran. — Pierre Masson a découvert la propriété que possède l'infusion de safran de teindre le coUagène en jaune d'or. Voir à ce sujet p. 423.

m. — COLORANTS NEUTRES

C'est encore à Ehrlich que nous devons l'introduction des colorants neutres dans la technique microscopique. Son mélange triacide, dans lequel les trois groupements basiques du vert de méthyle sont saturés par l'orange et la fuchsine acide, a été le premier colorant neutre rationnel. Ce mélange célèbre a été longtemps le meilleur réactif pour l'analyse chromatique, surtout dans les recherches d'hématologie, tandis que le mélange neutre de Ehrlich-Biondi-Heidenhain a rendu les mêmes services pour les coupes. Les travaux de Rosine puis de Laurent^, ont beaucoup contribué à nous faire connaître les colorants neutres et leurs propriétés et à établir les règles de la préparation de l'éosinate de bleu de méthylène.

Les colorants neutres peuvent être très nombreux, car il suffit, pour les préparer, de mélanger en proportions convenables une couleur basique et une couleur acide en solution aqueuse. On peut obtenir

1. H. Rosin, Ueber eine neue Gruppe von AnilinfarbstolTen, ihre Bedeutung fur die Biochemie der ZoUe und ihre Vcrwendbarkeit fur die Gewebsfarbung. Berl. klin. Woch., p. 251, 1898. — Ceixtralbl. f. PhysioL. XIII. p. nôl-ôCa. 1900.

2. Laurent, Ueber eine neue Farberaethode mit neutralcr Eosinmcthylenblaumischung, anwendbar auch auf andere ncutrale Farbgemische. Centi^abl. f. allg. PathoL, XI, p. 86-97, 1900.

M. Langeron. — Précis de Microscopie. 26

ainsi un colorant neutre susceptible de cristalliser, qui peut donc être purifié. Ces colorants neutres se précipitent au moment du mélange, parce qu'ils sont insolubles dans l'eau. Mais, pour ol)tenir une précipitation complète, il faut opérer avec beaucoup de soin, car le précipité est soluble dans un excès de colorant basique et surtout do colorant acide. Gomme ces colorants sont insolubles dans l'eau, il faut tourner la difficulté pour arriver à obtenir des colorations. Plusieurs méthodes ont été proposées :

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