SOURCES LUMINEUSES
Avant d'expliquer l'emploi de l'appareil d'éclairage, il est nécessaire d'étudier sommairement les sources lumineuses les plus employées en microscopie. Nous laisserons de côté celles qui servent en microphotographie, car leur étude compliquerait trop notre exposé.
Lumière du jour. — ■ C'est naturellement l'éclairage le plus employé. La manière la plus favorable de l'utiliser est de recevoir sur le miroir la lumière réfléchie par les nuages blancs : un ciel bleu et limpide est moins favorable à l'observation. La lumière directe du soleil ne peut être utilisée que pour la microphotographie, en aucun cas elle ne peut servir à l'observation directe; cependant on pourrait à la rigueur la diffuser au moyen d'une étoffe blanche et utiliser la lumière fournie par cet écran.
La condition essentielle, pour avoir un bon éclairage, est que la source lumineuse, quelle qu'elle soit, ait une étendue suffisante pour couvrir toute la surface du miroir et pour remplir tout l'angle d'ouverture du condensateur. Il sera donc nécessaire de placer la table de travail contre la fenêtre, surtout si celle-ci n'est pas très grande. Quand on a le choix, la meilleure exposition est cerlainement celle du nord, car on n'y est jamais gêné par le soleil.
Lumière artificielle. — • La lumière artificielle présente des avantages considérables au point de vue de la constance et de l'intensité. Aussi est-elle particulièrement favorable pour les forts grossissements, avec lesquels elle est souvent préférable à la lumière du jour. Certains observateurs l'emploient uniquement, de manière à avoir toujours un éclairage uniforme. Boites Lee^
1. Bollûs Lee, L'éclairage et l'emploi du condensateur dans la micrographie histologique. La Cellule, XIX, p. 103- J33, 1 pi., 1902.
a publié à ce sujet une étude fort intéressante, où on trouvera de nombreux documents sur les divers condensateurs et sur les principales sources lumineuses. Les détails de cette étude dépassent malheureusement de beaucoup la portée de la pratique courante. En effet, la plupart du temps, on achète de confiance un microscope, tel que le fournit la maison à laquelle on s'adresse, sans commander spécialement le condensateur. On a d'ailleurs raison, car les microscopes des grandes maisons spéciales sont généralement bien compris ; il vaut mieux les prendre tels quels si on est incompétent dans la matière. En outre on utilise au hasard la source lumineuse dont dispose le laboratoire où on travaille. Aussi les très intéressantes indications de Bolles Lee seront- elles rarement mises en pratique. Nous en résumerons plus loin (p. 44) les points essentiels.
Les sources lumineuses artificielles sont très variables, suivant les conditions où se trouve l'observateur : lampes à huile végétale ou animale, à pétrole, lampes électriques à incandescence ou à arc, becs de gaz variés, mais de préférence à incandescence. Les principes généraux que nous allons donner permettront à l'observateur d'utiliser pour le mieux la source de lumière artificielle dont il disposera.
La condition essentielle est toujours d'envoyer sur le miroir un cône lumineux bien homogène et possédant un angle d'ouverture suffisant. Lorsque la source lumineuse a une faible étendue \ il faut qu'elle soit suffisamment rapprochée du microscope. Dans le cas contraire, il est bon d'interposer entre elle et le miroir soit une grande lentille collectrice, soit un ballon de verre rempli d'eau et faisant l'office de lentille. On règle la position de ce ballon (p. 43 et 45) de manière à ce que toute la surface du miroir soit bien uniformément éclairée. Un très bon moyen de s'en assurer est de placer sur le miroir un morceau de papier blanc.
Pour les faibles grossissements, lorsqu'on veut obtenir un large cône lumineux avec une source de faible étendue, on peut interposer un papier de soie ou un verre finement dépoli entre la lampe et le miroir. On peut encore placer dans le porte-diaphragme un
1. Giltaj*, Zeitschr, f. wiss. Mikr., XXV, p. 163, 1908, fait remarquer que les sources lumineuses trop restreintes donnent lieu à des figures d'interférence qui troublent la vision. On les reconnaît à Taide de grains d'amidon de pomme de terre, en suspension dans l'eau, qui so montrent entourés de bandes lumineuses colorées.
disque de verre dépoli. Mais, par ce moyen, on perd beaucoup de lumière et on nuit à la définition, car les images sont plates, sans relief et sans détails. En outre on ne peut user de cet artifice avec les forts objectifs.
La couleur de la lumière artificielle est quelquefois très gênante, surtout pour étudier des préparations colorées : le pétrole et le gaz, en particulier, donnent des flammes très jaunes ou rougeàtres. On les améliore en introduisant un disque de verre bleu dans le portediaphragme. Quand on se sert d'un ballon comme lentille collectrice, on peut teinter l'eau qu'il renferme avec un peu d'eau céleste (obtenue en versant quelques gouttes d'ammoniaque dans une solution de sulfate de cuivre). Jannsens ' conseille l'emploi d'une solution de carbonate de cuivre préparée d'après la formule de Ost^ et diluée de moitié, ou plus simplement une solution de bleu de méthylène. Ces liquides interceptent une partie des radiations rouges et laissent passer tous les rayons utiles, notamment les radiations violettes. Ces écrans peuvent aussi être disposés dans une cuve verticale à faces planes.
Lampes pour micrographie. — Nous ne dirons qu'un mot des lampes construites spécialement pour l'éclairage du microscope. La lampe de Ranvier n'est pas autre chose qu'une lampe à gaz ou à huile munie d'une lentille condensatrice. Les lampes albo-carbon, dans lesquelles le gaz se sature de naphtaline et donne une flamme très blanche, n'ont plus guère de raison d'être depuis que les brûleurs à manchon genre Auer sont répandus partout. Néanmoins elles donnaient une (lamme très éclairante et très propice aux observations microscopiques, à cause de sa fixité et de sa puissance sous une faible étendue.
Les lampes électriques à incandescence se prêtent d'autant mieux à l'observation microscopique que le filament est plus court ou, tout au moins, enroulé dans un étroit espace, de façon à fournir une source lumineuse aussi puissante que possible sous un petit volume. La lampe de Nernst (p. 217), dont le filament est remplacé par une spire à tours très rapprochés, formée d'oxydes métalliques (zireonium et thorium), est excellente à ce point de vue. Il faut se méfier des miroirs concaves ou des ampoules argentées sur une de leurs faces. Ces appareils donnent des rayons lumineux non orientés, avec lesquels il est très difficile d'établir un éclairage microscopique correct.
Des micrographes de grande valeur et d'une incontestable autorité, comme Bulles Lee (voir p. 44), considèrent que le meilleur éclairage possible pour les travaux cytologiques est celui qui est fourni par les lampes à pétrole à mèche plate. Une lampe quelconque de ce modèle fournit un éclairage suffisant, pourvu que la mèche ait environ 12 millimètres de largeur et qu'elle soit taillée en pointe obtuse, de manière à fourq.ir une flamme pointue. Pourtant les lampes à verres arrondis et renflés déforment un peu l'image de la flamme. Il est donc préférable d'employer, lorsque cela est possible, une lampe à cheminée métallique, munie en face de la flamme d'une fenêtre rectangulaire garnie d'une lame de verre plane. On doit pouvoir employer à volonté