‹ Précis de microscopieChapitre 222 sur 381 · Maladie du sommeil · texte numérisé non relu

Maladie du sommeil

Lorsque l'ensemble des symptômes cliniques et des commémoralifs permet de soupçonner la maladie du sommeil, le diagnostic doit être précisé par la découverte du parasite; mais sa recherche est souvent fort difficile, car il est généralement très rare dans le sang. Voici les divers procédés qu'on devra employer pour le mettre en évidence.

1. Examen du sang périphérique, d'abord à Vétat frais. On prélève le sang au doigt ou à Toreille; s'il y a des érythèmes circinés, on prélèvera de préférence à ce niveau. Examiner entre lame et lamelle, enlutant au besoin à la vaseline ou à la paraffine pour éviter la dessiccation. Parcourir la préparation méthodiquement au moyen delà platine k chariot. Multiplier les préparations.

\. Voir à ce sujet : Roubaud, Recherches sur la biologie et les adaptations de la Glossina palpalis; les Trypanosomes pathogènes et la Glossina palpalis. Rapport de ta mission d'études de la maladie du sommeil au Congo français, 1906-} 908, in-8» de 121 p., 8 pi., Paris. Masson, 1909; cf. p. 383-643. — Chatton. Microsporidies considérées comme causes d'erreurs dans Tétude du cycle évolutif des Trypanosomides chez les Insectes. Bull. Soc. patliol. exot., IV, p. 66-2, 1911.

2. NôUer, Die Uebertragungsweise der Rattentrypanosomen durch Flohe. krchiv f. Protistenkunde. XXV, p. 3SG-4-2-1. l'.U-?.

Si ce moyen éclioue, faire iiii bon nombre de frottis^ une douzaine au moins. Fixer et colorer au Romanovsky (Giemsa rapide ou panchrome). Quelquefois on n'aperçoit un Trypanosome qu'après avoir parcouru méthodiquement 15 ou 20 lames.

Lorsque l'examen à l'état frais a démontré la présence de Trypanosomes, il faut colorer aussi quelques frottis, pour faire l'étude ^ morphologique du parasite.

On peut employer la méthode des frottis épais de Ross. Etaler grossièrement de grosses gouttes de sang (fig. 244). Sécher à l'air. Dissoudre l'hémoglobine dans :

Acide acétique à 1 p. 100 ) -- Formol à 2 p. 100 )

Fixera l'alcool et colorer ou. plus simplement, opérer comme il est dit p. 628.

On a signalé Vaiito-oggluLinaiion des hématies comme étant un signe de probabilité. Elles se rassemblent alors en amas bien diflerents des piles de monnaie.

2. Centrifugation. — Méthode de Martin et Lebœuf. — 1. Prélever 10 cm^ de sang dans une veine du pli du coude (p. 623) et mélanger immédiatement à un égal volume de solution de citrate de sodium à 1 p. 100.

2. Centrifuger trois fois, en tournant à la vitesse de 65 tours de manivelle à la minute, ce qui correspond environ à 1 500 tours d'arbre pour le cenlrifugeur de Krauss (p. 647).

a. Tourner pendant sept à dix minutes, jusqu'à ce que le sang soit nettement séparé en deux couches.

b. Décanter le ])lasma et le centrifuger à nouveau pendant dix minutes. On trouve, dans le culot, des hématies, des embryons de Filaires, lorsque le malade en est porteur, et quelques Trypanosomes.

c. Décanter encore une fois le liquide clair et le centrifuger de nouveau pendant vingt minutes. Le culot ne renferme plus que très peu de leucocytes et d'hématies; on y trouve des hémaloblastes, généralement méconnaissables, quelques Microfilaires et les Trypanosomes.

3. Ponction ganglionnaire. — Ponctionner avec une petite seringue les ganglions cervicaux hypertrophiés. L'examen, à l'état frais ou en frottis, de la goutte de liquide ainsi obtenue, permet quelquefois de reconnaître des Trypanosomes très nets. A défaut des ganglions cervicaux, ponctionner les sous-maxillaires ou les inguinaux.

Voici, d'après Wiirtz, comment on doit procéder à cette opération, au moyen de sa seringue spéciale (fig. 184) :

1 " bien fixer le gaDglion avec les doigts et enfoncer Taiguille.

2*^ faire le vide en tirant le piston, puis fermer la conimiinicatioo du réservoir avec le corps de la seringue ; dilacérer légèrement le ganglion en déplaçant l'aiguille en tous sens : on doit voir pénétrer dans le réservoir un peu de suc ganglionnaire.

'S'^ retirer Faiguille, ouvrir la communication entre les deux

Fig. 184. — Serinffue de Wiirtz pour ponction ganglionnaire

parties de la seringue et chasser le suc ganglionnaire sur des lames propres, pour l'examiner à Fétat frais et en frottis.

4, Ponction lombaire. — On retire 10 cm-^ de liquide céphalorachidien, suivant la technique habituelle (p. 644). On centrifuge une seule fois pendant 10 minutes, puis on examine le culot à Fétat frais et en frottis colorés.

5. Inoculation expérimentale. — Lorsque tous ces moyens ont échoué, il faut encore tenter d'inoculer des animaux sensibles. Le réactif de choix est le Singe, pourvu qu'on s'adresse à une espèce réceptive. La plus sensible de toutes est le Singe Pata(Cprcopitheciis ruher), chez lequel l'évolution de la maladie est particulièrement rapide, car il meurt généralement en trois semaines (Brumptet Wûrtz, Thiroux). Ce Singe est très abondant en Afrique : on peut donc l'employer sur place, pour le diagnostic ou pour les expériences d'infestalion par les Glossines. Il est facile de se procurer cette espèce en Europe, soit chez les marchands d'animaux, soit dans les jardins zoologiques d'Anvers et de Hambourg. Ces Singes sont généralement très doux et faciles à manipuler. A leur défaut, on pourra prendre des Macaques, de préférence le Macacus cynomolgus ou le 3Iacacus siniciis (Bonnet chinois), qui sont assez doux; le Macacus rhésus convient aussi, mais il est plus sauvage, plus difficile à manier et impossible à apprivoiser. Il faut bien se garder d'acheter des Cynocéphales ou des Cercopithecus fuUginosus, car ces Singes ne sont pas sensibles au Irypanosoma gambiense.

Lorsque le sang a été prélevé aseptiquement, ou peut faire une inoculation intrapérilonale ; dans le cas contraire, on se contentera d'inoculer le sang sous la peau. Il faut injecter au moins 10 cm^

de sang cilralé, de faoon à assurer la réussite; aussi esl-il difficile d'employer de petits animaux, tels que la Souris blanche et le Rai blanc, qui sont pourtant très sensibles et présentent de nombreux parasites dans le sang. Il faut éliminer complètement le Lapin et le Cobaye qui, bien que contractant une maladie mortelle, ne présentent que peu ou point de Trypanosomes dans le sang périphérique.

La manipulation des animaux porteurs du Trypanosoma gambicnse est des plus dangereuses. 11 faut se préserver d'une part du contact du sang, d'autre part des morsures. Tliéoriquement, un seul Trypanosome suffit pour donner la maladie et il pourrait bien se faire que ce soit vrai aussi en pratique. Il faut donc qu'aucune goutte de sang ne soit projetée et ne vienne en contact avec la peau, car une excoriation invisible suffirait pour oll'rir une porte d'entrée au virus. On devra obturer, avec du coUodion, toutes les petites plaies visibles; si on vient à être atteint par une goutte de sang, laver immédiatement avec de Talcool ou mieux du formol à 5 p. 100, qui tue instantanément les Trypanosomes. Si le liquide atteint l'œil, instiller une ou deux gouttes de nitrate d'argent à 1 p. 100.

Les morsures sont aussi fort dangereuses, car l'animal qui mord s'est débattu auparavant, a pu se faire de petites plaies aux gencives ou aux lèvres et inoculer ainsi du sang virulent au moment où il mord. Avec les petits Rongeurs (Souris et liât) on évite facilement les morsures en plaçant l'animal, sur lequel on puise le sang, dans une boîte en bois, fermée d'un côté par un grillage, dans le genre des petites cages dites « sabot». Avec une pince, on saisit la queue, qu'on fait passer à travers le grillage, puis à travers un trou percé dans un morceau de carton. On peut alors prélever une certaine quantité de sang, par section de la queue, sans que l'animal puisse mordre et sans que ses mouvements gênent l'opération. Se méfier des mouvements de circumduction qui peuvent amener la plaie de la queue en contact avec la peau de l'opérateur. Dés que la prise de sang est terminée, cautériser avec le fer rouge ou simplement avec la llamme d'une allumette. H est très dangereux de prendre avec une pince et de transporter un animal dont la queue n'est pas cautérisée et qui, en se débattant, projette partout du sang virulent.

Cbez le Singe, il faut prélever autant que possible le sang au niveau de l'oreille, car les plaies de la queue amènent presque toujours de la gangrène et peuvent faire perdre un animal intéressant. Le mieux est d'immobiliser l'animal, ou au moins la tête, avec le mors d'un appareil à contention. Cautériser avec soin après chaque prélèvement de sang.

Tous les instruments (ciseaux, bistouris, scalpels, etc.) doivent être stérilisés par rébullilion, immédiatement après Topération. Les Trypanosomes sont tués instantanément par Feau bouillante.

Page 1