Scriudnc médicale, 6 mars
M. Langeron. — Précis de Microscoiuc. 33
ments de dimensions très variables. Ce sont des hématies, à contour circulaire très fm; des leucocytes, plus volumineux, irréguliers, remplis de granulations ])rillanles; des cellules épilhéliales sous forme de lambeaux de mosaïque, à gros éléments polygonaux, finement granuleux, avec un gros noyau sombre. Dans les espaces vides circulent des granulations de toute laille, plus ou moins mobiles et, parmi elles, les Tréponèmes, minces filaments brillants, à fines spires très régulières.
Suivant la mise au point, Fincidence de féclairage, félat de couservation, la mobilité, ces organismes se présentent plus ou moins nettement sous leur forme typique. Quelquefois la ^})irale est très nette et les extrémités effilées bien visibles. D'autres fois on ne perçoit qu'une série de ponctuations brillantes ou de petites lignes obliques, régulièrement disposées en ligne droite ou quelque peu sinueuse : ces ponctuations et ces bâtonnets sont scintillants, par suite des mouvements de fanimal.
Parmi ces mouvements, il faut bien distinguer les déplacements propres de ceux qui sont dûs aux courants. Les mouvements j)ropres se manifestent par des ondulations qui parcourent la spire d'un boAit à fautre. L'animal se déplace ainsi, soit dans le pian de la préparation, soit <lans un plan vertical et oblique : dans ce dernier cas, on le voit disparaître plus ou moins complètement et, pour le suivre, il faut changer la mise au point. Mais ces mouvements sont très lents et bien différents de ceux de tous les autres Spirochèles. Ces derniers se déplacent très rapidement, soit par un vif mouvement de rotation, soit par des ondulations semblables à celles d'une Anguille. Le Spirocliœta dentium lui-même a des mouvements plus rapides que ceux du Tréponème. D'ailleurs, la mobilité de ce dernier varie beaucoup, suivant la nature du milieu (eau, sérum artiîlciel, sérum normal, etc.) et suivant la température.
3" Diagnostic différentiel. — Il faut savoir distinguer le Treponema pallidum d'autres espèces morphologiquement voi-
sines V
Dans les lésions génitales., Spirochœta refringens est très souvent associé au Tréponème; il est de forme plus trapue, sa spirale est moins serrée et ses mouvements sont plus brusques.
1. D'après Mucha [Med. KUnik., p. 1498, 1908) les Tréponèmes paraîtraient blancs, tandis que les autres organismes spirales auraient une teinte jaunâtre ou
On peut trouver aussi, à ce niveau, Spirochœta balanitidis, grosse espèce, à larges ondulations aplaties, à extrémités arrondies; Spirochœta gracilis, très semblable au Tréponème, mais à spire moins régulière et sans cils terminaux.
Dans les lésions buccales, on peut rencontrer : Spirochœta buccalis organisme épais, à double contour, ondulé plutôt que spirale, à extrémités effilées et à membrane ondulante.
Spirochœta dentium, très semblable au Tréponème, mais plus court, un peu plus mobile, à tours de spires moins nombreux et plus serrés.
C'est à peine s'il est besoin de signaler le Spirochœta Vincenti^ qui est ondulé, mais non spirale et souvent associé au Bacillus hastilis.
On peut avoir à faire le diagnostic différentiel de la syphilis et du pian. On s'aidera surtout des signes cliniques, car le Treponema pallidulum est si voisin, morphologiquement, du T. pallidum, qu'il est bien difficile de les distinguer.
Le diagnostic devrait le plus souvent être confirmé par une préparation colorée^ qui seule peut donner une certitude absolue.
3. Examen par la méthode à l'encre de Chine. — Cette méthode, séduisante par son extrême simplicité, a fait Tobjet d'une foule de publications, surtout en Allemagne. Comme nous l'expliquons ailleurs (p. 699), le procédé original de Burri a été adapté à cette recherche particulière. Cette méthode a pour but de fournir, par un moyen beaucoup plus simple, des images analogues à celles que donne l'éclairage sur fond noir. Le liquide à examiner est mélangé avec de l'encre de Chine et étalé sur lame. Les éléments figurés apparaissent comme des taches claires, à contours très nets, sur le fond noir ou brunâtre de l'encre séchée.
Voici comment on doit pratiquer la recherche des Tréponèmes :
i. Prélever l'exsudat séreux comme il a été dit plus haut (p. 513).
2. Mélanger sur lame une goutte de ce liquide avec une égale quantité d'encre de Chine, préparée comme il est dit p. 700. Le mélange doit être effectué aussi rapidement et aussi parfaitement que possible.
3. Etaler en couche mince, soit avec une lamelle, comme pour le sang, soit simplement avec une effilure de verre ou un fil de
plaline. Le frottis doit avoir nue coloration brun pâle. Sécher par agitation, sans chauffer.
4. Exannner dans une goutte d'huile de cèdre. Les hématies^ forment de larges taches claires circulaires, les Bactéries et débris cellulaires des taches de forme et de dimensions très variables. Les organismes spirales apparaissent sous forme de spirales claires ; on les détermine d'après leurs caractères morphologiques.
D'après Gins \ ce procédé est appelé à remplacer toutes les colorations, car, habilement employé, il montre môme les flagelles des Tréponèmes. Pourtant, il n'est pas exempt de sources d'erreur : Barach ^ met en garde contre les Spirochèles et formations analogues pouvant provenir de l'encre. Nous indiquons ailleurs (p. 700) les précautions à prendre pour purifier l'encre.
4. Recherche du parasite dans le sang. — Nous éliminons le procédé de Levaditi et Stanesco à la ricine, parce qu'il n'est pas d'un emploi pratique, à cause de la cherté de ce produit.
Nœggcrath et Stachelin extraient au moins un cm^ de sang et l'hémolysent par au moins 10 fois son volume d'acide acétique à 13 p. 100. Centrifuger énergiquement; étaler et colorer le culot.
Nattan-Larrier et Bergeron hémolysent simplement par l'eau distillée : 10 cm3 de sang sont répartis dans deux tubes de 100 cm^ remplis d'eau ; on centrifuge énergiquement après hémolyse et on étale le culot.
Ravaut et Poncelic font tomber le sang goutte à goutte dans 30 cm^ d'eau distillée. On laisse coaguler, on lave le caillot et on l'imprègne par la méthode à la largine (p. 508).
5. Biopsie et recherche du Tréponème dans les tissus, par une des méthodes applicables aux coupes d'organes.
6. Recherche dans des frottis d'organes. — ^ H }' a encore peu de travaux sur ce procédé, mais il est intéressant, car il permet de faire le diagnostic rétrospectif de la s\q)hilis et peut avoir une grande imjtortance médico-légale.
Dès 1907, ZabeP indique qu'on peut fixer au formol des fragments d'organes et les conserver dans ce liquide. Pour déceler les Tréponèmes, on coupe un petit fragment du volume d'un haricot et on l'imbibe d'eau distillée pendant un quart d'heure. On essuie au buvard et on pratique une section fraîche, avec laquelle on
1. Cxins, Zur Technik uud Verwendbarkeit des Burrischen Tusclicverfahrens. Centralhl. f. BakL, Orig., LU, p. 620-625, 1909. Consulter aussi Hecht et AVilenko, Wien. klin. Woch., n" 26, 1909 et Fraser Gurd, Journ. amer. med. assoc. LIV, qo 22, 1910.