CHAPITRE V INFUSOIRES
Il esl très facile de se procurer des Iiifiisoires : les eaux stagnautes, les iufusious et macérations de débris végétaux (t'oiu, paille, feuilles, fumier de Cheval, etcr) renferment d'innombrables individus d'espèces variées. Il est plus difficile d'obtenir des cultures pures d'une espèce donnée. Le moyen le plus sûr esl évidemment d'ensemencer, avec un seul individu de l'espèce en question, linfusion nutritive stérilisée. On y arrive avec un peu de patience, surtout pour les grosses espèces, en faisant des dilutions successives, dont on puise une goutte avec une effilure de pipette. On examine chaque fois au microscope ces gouttes sur une lame et on s'assure que, finalement, on a bien un seul Infusoire.
V'oici comment, d'après Hertwig, on peut se procurer des Paramécies. On prend une Anodonte, on Iiaclie le pied et les branchies et on met les morceaux à pourrir dans de l'eau. Au bout de quelques jours, on peut récolter à la pipette les Paramécies qui se sont rassemblées à la surface, sur les bords du vase. On les transporte alors dans des cristallisoirs remplis d'eau de mare riche en matières organiques. Dans chaque cristallisoir on suspend, à l'aide d'un fil, un petit nouet de g-aze plein de feuilles de laitue hachées : ces feuilles, qu'on renouvelle souvent, favorisent le développement des Bactéries dont se nourrissent les Paramécies.
Les Infusoires parasites se trouvent dans l'intestin d'un grand nombre d'animaux. L'estomac des Ruminants et le Ccecum du ChevaP fournissent des formes très intéressantes, pourvues de curieux appendices. Le jeune Porc héberge normalement le Balantidium coll. mais on n'en trouve pas sûrement chez tous les
l.'Voir à ce sujet : Schuberg, Die Protozoen des Wiederkâuermagens. Zool. Jahrb. Sijst., III, p. 36i, 1888 et Eberlein, Ztschr. f. wiss. ZooL, LIX, p. -^o-i, 1895.
individus examinés. Les Batraciens sont plus commodes à se procurer; chez presque toutes les Grenouilles de France on trouve abondamment Opalina ranarum^ Balantidium entozoon et Nyctotherus cordiformis ; c'est un très bon matériel pour s'exercer à l'étude des Inl'usoires. Chez d'autres Batraciens on trouvera encore diverses espèces intéressantes. Metcalf^ signale en particulier Opalina inteslinalis et 0. caudata, qui se trouvent dans le rectum de Bombinator igneus et de B. pachypus, et qui ne possèdent que deux masses nucléaires. Ces mêmes espèces, ou des variétés, se rencontrent en abondance chez Bufo calamita et Biscoglossus piclus (Brumpt).
Les animaux parasités par une seule espèce peuvent servir à en infester d'autres par inoculation rectale. Les expériences de Brumpt ont montré que l'infestation buccale, bonne surtout chez les Têtards, est moins efficace que l'infestation rectale. En pratiquant l'élevage systématique des Batraciens, ce qui ne présente pas de grandes difficultés, on peut se procurer en quajitité des animaux neufs, qu'on infeste dès le stade Têtard, en les nourrissant avec des déjections renfermant des kystes d'une espèce donnée d'Infusoires. J'ai été témoin des belles expériences encore inédites de Brumpt et j'ai pu me convaincre que les Batraciens constituent un matériel de premier ordre.
Les Têtards se nourrissent très bien avec des cadavres d'adultes; il y a pourtant de grandes variations dans leur voracité suivant les espèces. Quant aux adultes auxquels on tient, il faut, pour les conserver longt:3mps, se résigner à les gaver avec des petits morceaux de viande crue. En captivité, certains Batraciens adultes ne mangent jamais seuls, aussi ne subsistent-ils que quelques mois si on ne les gave pas régulièrement. Brumpt se sert quelquefois avec avantage d'Escargots pour cette opération. Biscoglossus pictus^ Bombinator igneus, Bufo viridis, B. calamita, Rana esculenla se nourrissent bien avec des Mouches, des 'Asticots, de jeunes Escargots, etc.
Examen à l'état frais. — On puise avec une effilure de pipette dans les milieux naturels et dans les cultures. On trouve les Infusoires parasites des Mammifères en examinant les déjections. Pour les Batraciens il faut, si on ne veut pas sacrifier l'animal et ouvrir l'intestin, introduire dans le rectum une pipette
1. Metcalf, Opalina, Its anatomy and reproduction, Arch. f. Protistenkunde, XIII, p. 198-^206, 1909.
mousse, de calibre voulu. S'il n'y a pas de liquide, donner un lavement de quelques gouUes d'eau physiologique, de manière à diluer le contenu rectal et à délayer les Infusoires, qui vivent en amas à la surface de la muqueuse.
Les Infusoires restent très longtemps vivants en goutte pendante ou entre lame et lamelle, lorsque la préparation est bien lutée. Mais la rapidité de leurs mouvements est un grand obstacle à l'observation prolongée. Aussi a-t-on jiroposé de nombreux movens pour ralentir ces mouvements. Tous reposent sur l'emploi de substances mucilagineuses qu'on ajoute aux liquides • de culture ou d'examen. Brumpt emploie simplement de la salive dépourvue de bulles d'air.
Stalkewitsch * a fait une étude très complète des mucilages qui conviennent le mieux pour l'étude des Infusoires. Il faut que le mouvement des cils ne soit pas modifié dans sa nature, mais seulement ralenti, par la résistance que lui oppose la consislance, du milieu. Le principe de la méthode de Statke^vilsch consiste à augmenter lentement et progressivement cette consistance, par la dissolution d'une substance colloïdale. L'auteur partage ces substances en deux groupes : 1" muco-colloïdales (Caragahen, graines de Plantago j^sullium, de Cognassier, gonsme iVAstragalus tragacanthus, agar-agar) ; 2° protéo-colloïdales (gélatine, albumine, amidon, dextrinej. Ce sont celles du premier groupe qui se prêtent le mieux à fournir des liquides de consistance variée, pourvu que leur mucilage se dissolve facilement dans l'eau froide et qu'elles ne renferment pas de substances toxiques. On peut distinguer 3 degrés dans cette consistance : hquide, sirupeuse et colloïde.
Ce sont les graines de Plantago psyllium qui fournissent les mucilages les plus délicats et les plus transparents. On met une couche de 1 à 2 cent, de ces g-raines au fond d'une large éprouvette et on verse pardessus 5 à 10 cm3 de culture riche en Infusoires.
Le Caragahen (Fucus crispus) donne à volonté les trois consistances; aussi cette Algue se prète-t-elle à toutes les variétés de recherches, mais il faut avoir soin, avant de s'en servir, de la laver dans une solution de carbonate de soude à 0,5 ou 1 p. 100. On peut s'en servir pour épaissir toute la culture: pour cela on en met quelques brins dans le liquide et on les retire au bout de quatre à cinq jours, suivant la consistance qu'on veut atteindre : d'ailleurs, au bout de ce temps, le mucilage commence à se décomposer en donnant au milieu une réaction acide. On peut y obvier avecjjuelques cm^ de carbonate de soude à 1 p. 100. On
1. P. ïStatkewitsch, Zur .Methodik der biologischeu Untersucliungen ûber die Protisten. Arch. f. Protistenkunde, V, p. 17-39, 1905.
peut aussi suspendre l'Algue clans de petits sachets (4 à 6 gv. pour lUO cm-^ de culture). En trois jours le li(iuide est devenu assez consistant. Mais on peut le rendre plus épais en en faisant évaporer une petite portion dans un verre de montre ou sur lame.
Certaines espèces, notamment les Paramécies, finissent par dégénérer dans ce milieu, qui est alors envahi par ColpidUun colpoda et Colpoda ciicallus, qui peuvent vivre fort longtemps dans des milieux très consistants. On peut empocher la disparition des Paramécies en lavant la culture à l'eau fraîche, après trois ou quatre semaines, mais en ayant soin de maintenir le niveau exact du liquide par le procédé que nous indiquons plus loin. Au bout de trois jours, on remet quelques branches de Fucus, et, en renouvelant régulièrement ces opérations, on peut conserver les Paramécies pendant des mois.
Si on craint de perdre une culture précieuse, on n'en épaissit qu'une faible portion, dans un petit récipient.
Les graines de Cognassier donnent énormément de mucilage : il faut les employer dans la proportion de 1 pour 50 parties d'eau. Elles permettent de préparer rapidement un milieu très cousislant. La gomme d'Astragale (gomme adraganle) s'emploie encore en moindre proportion: on en met de 2 à 5 décigrammes au fond du vase de culture. Le milieu peut être rendu ainsi très épais en peu de temps. La gomme de Cerisier et la gomme arabique se dissolvent très lentement et donnent de moins bons résultats.
L'agar se dissout bien à chaud, mais très lentement à froid. Aussi convient-il particulièrement pour les cultures pures, en vases hauts et étroits. On y met 100 à 200 cm^ d'eau, 3 à7 gr. d'agar en morceaux de 8 à 10 cm. de long, et des traces de carbonate de sodium et de phosphate de calcium. Deux ou trois jours après, on y ensemence les Infusoires qui s'y développent très lentement. Le liquide ne devient consistant qu'au bout de trois ou quatre mois. Ces cultures sont très propices à l'étude du chimisme de ces animaux.
La gélatine, préconisée par Ludloiï, est fortement déconseillée par Statkewitsch. Il faut, en effet, liquéfier à chaque fois la gelée de gélatine et on n'arrive jamais à la mélanger parfaitement avec le liquide de la culture. En outre, les Infusoires s'y déforment et leurs mouvemenis ne sont plus normaux. Quant aux gelées d'albumine, d'amidon ou de dextrine, les Infusoires ne peuvent y vivre, à cause de la décomposition rapide de ces substances
Dans certains cas, il peut être intéressant d'étudier les mouvements des cils dans des suspensions colorées (carmin d'indigo, charbon porphyrisé, poudre de Lycopode, etc.). Le volume des grains devra être proportionné à la taille des Infusoires. Le procédé à l'encre de Chine de Burri (p. 099), appliqué sans dessiccation, pourra rendre de très grands services. Mais tous ces moyens ne montrent que le sens du mouvement des cils et non les cils eux-mêmes.
Les colorations vitales sont à\\\\Q importance capitale pour l'élude des Infusoires. Le réactif le plus sur est le rouge neutre (p. 251), qui colore quelquefois le noyau i el qui démontre beau-
1. Chez les Opalines, d'après Metcalf, le noyau et le nucléole ne se colorent jamais ; on ne i)eut mettre en évidence (jue les sphérulcs de Tendosarc et do l'ectosarc.
COU}) mieux que le bleu de méthylène certaines granulations cytoplasmiques : le rouge neutre permet en outre de suivre les progrès de la digestion, car il vire au rouge cerise en présence des acides et au ronge jaunâtre en présence des substances alcalines. La poudre de tournesol et le rouge congo (p. 252) donnent aussi des réactions digestives intéressantes. Certes ^ a employé le violet dahlia n'' 170, le violet de méthyle oB, le vert acide JEE de Poirrier en solution à 1 p. 10000 ou 1 p. 100 000, pour colorer le noyau. Les bleus 2BSE et C3B, ainsi que le bleu de diphénylamine, ne colorent que les vacuoles, mais tuent les Bactéries en les colorant intensément.
L'acide acétique ou le carmin acétique de Schneider (p. 372)^ appliqués au matériel frais, mettent souvent très bien en évidence la structure du cytoplasme et du noyau. La coloration ainsi obtenue n'est pas durable.
Culture des Infusoires. — Nous avons déjà dit quelques mots de ces cultures -. On les pratique habituellement dans des infusions de foin ou de paille ou dans de Teau de mare. Pour avoir des cultures pures, il laut employer des liquides stérilisés par l'ébullition. Les cultures sont indispensables pour faire une étude méthodique et suivie, mais il est assez difllcile de les entretenir longtemps car, d'une part, la faculté de multiplication s'épuise et, d'autre part, le milieu s'appauvrit et se charge de produits de déchet.
Pour remédier à ces inconvénients, Statkewitsch a proposé divers moyens.
1. Lavages successifs. On enlevée l'ancien liquide, au moyen d'un siphon formé d'un tube de caoutchouc, terminé par un tube de verre plongeant jusqu'au fond du vase. Un autre tube, dont l'orifice est à 5 cm. environ au-dessous de la surface, sert à l'arrivée de l'eau fraîche. L'essentiel est que le niveau de Veau ne varie pas pendant toute la durée de l' opération, qui doit être très lente (1 à 2 heures). La fréquence de ces lavages doit dépendre de la sensibilité des espèces : les Paranïëcies sont très exigeantes à ce point de vue. Il va sans dire que ces lavages doivent être