‹ Précis de microscopieChapitre 276 sur 381 · III. — INSECTES · texte numérisé non relu

III. — INSECTES

Pour étudier les Insectes, il faut d'abord savoir les récolter; la plupart des indications seront données au fur et à mesure, à propos de chaque groupe, mais il y a quelques points communs qui vont être exposés de suite pour éviter des redites.

Instruments nécessaires. — Bouteille à cyanure, chloroforme, petits tubes bouchés, épingles n''* 3, 4 et micro, pince à piquer, plaque de tourbe ou d'agave, boîtes à Insectes à fond liégé, disques ou rectangles de carton blanc.

Bouteille à cyanure. — Sert à tuer la plupart des Arthropodes non microscopiques, par les vapeurs qu'émet le cyanure de potassium au contact de l'eau i. Ces bouteilles se trouvent dans le commerce mais il est plus avantageux de les préparer soi-même.

Prendre un flacon à large ouverture, bien bouché au liège, et pouvant tenir dans la poche. Couler au fond du plâtre gâché avec une solution saturée de cyanure de potassium : ce plâtre doit avoir la consistance d'une crème épaisse. Laisser sécher. On peut aussi mettre au fond du flacon un lit de cyanure concassé et recouvrir d'une couche de plâtre gâché. Laisser sécher. Ce mélange peut rester actif pendant plusieurs mois. 11 faut garnir en outre le flacon de copeaux de papier Joseph et veiller à ce qu'il soit toujours parfaitement sec. Dès que les Insectes sont morts, on les met provisoirement dans des tubes bien secs, garnis d'un peu de papier Joseph chiffonné.

Plus simplement, envelopper un morceau de cyanure dans du papier Joseph humide, le placer au fond d'un flacon à large goulot ou d'un gros tube et recouvrir de papier Joseph chiffonné et sec. Changer ce dernier papier s'il devient mouillé. 11 est préférable de mettre le cyanure dans un petit tube étroit, à l'intérieur duquel on le maintient par un petit tampon de papier Joseph humide. Fixer ce tube dans le bouchon, l'ouverture en bas, de manière à ce que les vapeurs se dégagent dans la bouteille.

Les Insectes doivent séjourner dans ces appareils jusqu'à mort véritable, c'est-à-dire environ une demi-heure, mais pas plus, car le cyanure altère certaines couleurs.

Chloroforme et benzine. — Ces deux moyens ne doivent pas être rejetés, car ils tuent rapidement les Insectes et rendent de grands services dans les pays très humides, lorsque le cyanure devient par trop déliquescent. Leurs seuls inconvénients sont leur grande volatilité et

1. Au contact de l'air, la solution aqueuse de cyanure de potassium se décompose spontanément en carbonate de potassium et acide cyanhydrique.

ARTHROPODES

le léger durcissement qu'ils produisent (surtout le chloroforme; . 11 ne faut pas qu'ils entrent en contact avec les Insectes; ils ne doivent agir que par leurs vapeurs. On en imbibe un petit tampon, qu'on sépare des Insectes par une rondelle perforée de liège ou de carton, llowlett ^ a construit un appareil très ingénieux qui peut servir à la fois pour le cyanure ou le chlorororme (fig. 203). C'est un tube ouvert aux deux extrémités : la substance toxique est séparée des Insectes par un bouchon perforé au centre et recouvert de gaze sur ses deux faces : grâce au bouchon inférieur on peut changer le poison sans que les Insectes s'échappent. Le plâtre cyanure peut y être introduit sous forme de pastilles.

Feuilles de Laurier-cerise. — Notons enfin que des feuilles de Laurier-cerise coupées en morceaux et placées dans un flacon ou dans un tube, suffisent pour asphyxier les Insectes et les maintiennent en état de parfaite fraîcheur pendant quelques jours.

Modes de conservation des Insectes. — Pour les travaux de systématique, il est indispensable d'avoir des Insectes préparés à sec -. C'est le seul moyen de conserver convenablement les couleurs, poils, écailles, etc., qui servent de base aux descriptions.

Les échantillons conservés dans l'alcool ne sont bons que pour les études anatomiques. On a bien la ressource de les sortir de l'alcool et de les sécher, mais les couleurs sont toujours altérées et les écailles détachées; on dit que les échantillons sont lavés.

Manière de piquer les Insectes. — Pour conserver les Insectes à sec, il faut les piquer avec des épingles entomologiques. Les meilleures sont les épingles noires dites autrichiennes, dont on choisit le numéro, suivant la taille de l'Insecte. Pour les travaux parasitologiques, j'estime que deux sortes d'épingles suffisent; les unes très petites, à deux pointes, dites épingles micro (c'est-à-dire pour Microlépidoptères); les autres suffisamment résistantes pour pouvoir être piquées dans le liège ou l'agave sans le secours d'une pince (n" 3 ou 4). Éviter avec soin les longues épingles fines qui sont difficiles à piquer et trop élastiques.

Les gros Insectes sont piqués directement avec les fortes épingles : les petits individus sont d'abord piqués sur un disque ou un rectangle de carton (ou un cube de moelle de sureau) avec une épingle très fine et le carton est supporté à son tour par une épingle forte (fig. 234). Cette méthode est décrite p. 611. A chaque épingle doit être annexé un petit carton, portant une indication d'origine ou un numéro d'ordre.

Fig. -203. — Tube de Howlett à poison interchangeable pour tuer les Insectes.

L Howlett, On the collection and préservation of Insects. Parasitology, III,

■2. Bouvier, Récolte et conservation des Diptères. Annales Inst. Pcisleur, XX, p. 547-563, 1906.

Il ne (aut jamais coller les Insectes, si petits qu'il soient : '

Voici les règles pour piquer les divers groupes d'Insectes :

Coléoptères : près de la base de l'élytre droite et bien au milieu de cette élytre, de sorte que l'épingle ressorte derrière la deuxième paire de pattes.

Orthoptères : au milieu du corps, entre les bases des ailes, lorsque celles-ci sont étendues; au sommet de l'aile droite, lorsque les ailes sont fermées.

Hémiptères : comme les Coléoptères ou au milieu du scutellum.

Homoptères : les grosses espèces au milieu du mésothorax, les autres comme les Hémiptères.

Hyménoptères, Diptères, Névroptères, Lépidoptères i : au milieu du thorax.

Pince à piquer. — Pour manipuler les Insectes piqués et pour enfoncer convenablement les épingles dans les boîtes liég:ées, il faut se servir d'une pince à piquer, dont les extrémités sont recourbées et

^^^^ arrondies (flg-. 204), Il est

' 1T^^lîÏÏli]]]II]I][ll]]ll]SM^!^!^^ commode d'avoir une boîte

a épingles, avec un compartiment pour celte pince Fig. 201. — Pince à piquer les Insectes. et des cases pour les divers

numéros d'épingles.

Boîtes à Insectes. — Les collections d'Insectes piqués doivent être conservées dans des boîtes à fond liégé. Les cartons dits à double gorge ne donnent pas une sécurité absolue, car les petits Coléoptères destructeurs pondent dans le velours qui garnit les gorges. Les cartons à fermeture ordinaire suffisent parfaitement, lorsqu'ils sont bien construits. Les boîtes vitrées sont commodes pour la démonstration. Le meilleur préservatif est la créosote de Hêtre, avec laquelle on badigeonne tous les ans l'intérieur du couvercle ou les côtés de la boîte -.

Pour les pays chauds, Maxwell-Lefroy ^ recommande les boîtes en bois de teck, peintes en blanc à l'intérieur. Le liège est peint aussi en blanc : au-dessus et au-dessous on coule une certaine épaisseur du mélange suivant : paraffine à 60-, 80; naphtaline, 20. Ce liège paraffiné est bien supérieur au liège couvert de papier.

Étiquetage des Insectes. — Il faut y apporter tous ses soins, car un échantillon d'histoire naturelle non étiqueté est sans valeur. L'étiquette doit être fixée à l'épingle et porter : la localité, la date, le nom du collecteur, la station (sur un animal mort, vivant, etc.). Lorsque de nombreux échantillons d'une même espèce ont été récoltés en môme temps, on peut les réunir avec une étiquette collective ou en indiquant seulement pour chacun d'eux un numéro d'ordre. Transport des Insectes desséchés. — Les Insectes piqués voyagent

1. Deegener {Zool. Anzeiger, XL, p. -29, 1912) met les chenilles (chloroformées) dans de l'eau froide qu'il fait bouillir 30 à 60 secondes pour les tuer. Les chenilles ne doivent pas être à jeun, pour éviter les contractions. Laisser refroidir, puis passer dans les alcools à 40, 60, 90, 100, puis dans un mélange à parties égales d'alcool et de xylol et enfin dans le xylol. Sécher à l'étuve sur du buvard, puis piquer avec une épingle et mettre en collection. Ce procédé s'applique à toutes les larves et pupes d'Insectes.

2. C'est ainsi que sont disposées les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. R. du Buisson.

3. Parasitolofiy , lY, p. 174, 1911. A'oir aussi Howlett, Ibidem, III, p. 485, 1911.

ARTHROPODES

difficilement; si on veut les transporter sous cette forme, il faut emballer la boite qui les contient dans une caisse garnie de colon ou de fibre de bois. Bien enfoncer les épingles, car un seul Insecte détaché peut produire un désastre irréparable. On peut encore mettre chaque Insecte dans un large tube de verre (fig. 2-35).

Les voyageurs, explorateurs, missionnaires feront mieux d'emballer les Insectes par lits, entre des feuilles d'ouate ^ taillées à la dimension de la boîte d'emballage et préalablement comprimées. Les Insectes y sont rangés avec soin, de manière à ne pas se toucher; on les dessèche parfaitement dans un courant d'air chaud (au-dessus d'une lampe) et on peut fermer hermétiquement les boites; après dessiccation parfaite, on peut très bien employer des boîtes métalliques. Avoir soin que les boîtes soient bien remplies d'ouate, pour éviter le tassement et le ballottement.

Le procédé des boites d'allumettes remplies de coton et disposées comme l'indiquent les figures 232 et 233, est excellent surtout pour les petits Insectes. Ce procédé a été employé par Brumpt pendant sa traversée de l'Afrique; de mon côté, j'ai reçu de nombreux envois provenant d'Afrique occidentale, préparés suivant cette méthode et parfaitement conservés.

Insectes dans ralcool. — Cette méthode ne convient que pour les petits Insectes. Il faut de l'alcool fort, du coton cardé et des tubes de verre longs (8 à 10 cm.), étroits (14 à 18 mm.) et bouchés au liège. A défaut de tubes spéciaux, on peut prendre des tubes à essai, dans lesquels on place les Insectes par groupes séparés par des tampons de coton.

Enfoncer un tampon de colon bien serré jusqu'audessous du niveau du liquide (fig. 20.^), de manière à immobiliser les Insectes et à empêcher l'introduction de bulles d'air. Cette dernière condition est essentielle car l'agitation du liquide avec de l'air brise infailliblement les appendices. On peut mettre plusieurs Insectes dans un même tube.

Ne pas oublier de placer, à Vintérieur du tube, une éti([uelte écrite au crayon ou à l'encre de Chine et portant un numéro d'ordre ou l'indication du lieu et de la date de la capture.

Ramollissement des Insectes desséchés. — En principe, il est préférable de piquer les Insectes aussitôt après leur mort, mais souvent cela n'est pas possible en voyage. 11 faut donc ramollir les Insectes desséchés, pour les piquer sans les briser. Un des raniollissoirs les plus pratiques est celui de Villeneuve ^ (fig. 206) : un cristallisoir ou un bol est à moitié rempli de sable fin mouillé, on recouvre le sable avec quelques épaisseurs de papier à filtrer, sur lequel on dépose les Insectes

Fig. -205. — Manière de conserver les petits Insectes dans l'alcool. — a. niveau du liquide; b, tampon de coton bien serré, au-dessous duquel il ne doit pas y avoir de bulles d'air. D'après Langeron, in Archives de parasitoloyie.

1. Certains entomologistes proscrivent absolument l'emploi du coton. Avec un peu de soin, on arrive à en débarrasser les pattes des Insectes sans les briser. C'est, malgré cet inconvénient, le procédé de transport le plus pratique.

•2. Feuille des Jeunes naturalistes (L), XXXV, p. 45, 1?05.

à ramollir. Recouvrir avec un entonnoir, dont l'orifice supérieur reste

ouvert, de manière à éviter un excès d'humidité. Surveiller attentivement les Insectes, pour qu'ils ne s'imbibent pas d'eau et ne moisissent pas : ils doivent être dans une atmosphère humide, mais non en contact avec l'eau. Une nuit suffit généralement.

Appareil de Sergent (fig. 207). — Indispensable pour l'étude des Insectes piqués, sous le microscope ou le binoculaire. Se fixe à la platine avec la vis de pression et permet d'orienter l'animal dans toutes les positions possibles, sans crainte de le détériorer. On enfonce dans le bouchon de liège l'épingle qui supporte l'échantillon à étudier.

HÉM IPTÈRES

Fig. 5206. — RamoUissoir de Villeneuve. — Original.

Les Poux, surtout ceux qui sont parasites de l'Homme, sont assez difficiles à conserver parce qu'ik sont très voraces, et meurent très

vite, si on ne les gorge pas au moins toutes les vingt-quatre heures.

Warburton ^et Fantham ^ sont arrivés à obtenir en captivité le cycle complet du Pediculus vestimenti .

Fantham garde les adultes fixés à des fragments de flanelle dans des tubes placés dans ses vêtements : il les nourrit sur lui deux fois par jour. La ponte „. ^„^ . 1 j c. . et rélevage des larves

Fig. -207. — Appareil de Sergent , o

pour l'étude des Insectes. réuSSisSCUt bien.

1. Reports local Governt. Board Publ. Healtli and med. malters, London, New Séries, n° '2, 1909.

Page 1