DIPTÈRES
Pupipares.
Il faut une certaine habitude pour saisir ces animaux dans le pelage des Mammifères. Ils sont très agiles et s'échappent facilement entre les doigts.
Les formes non ailées peuvent être piquées à sec ou montées à la térébenthine de Venise. Les formes ailées seront piquées en collection. La dissection des pièces buccales exige un ramollissement préalable dans la potasse ou dans le chloralphénol.
Les Mélophages peuvent être élevés facilement en captivité, en prenant les mêmes précautions que pour les Argas (p. 585).
Puces.
La récolte des Puces se fait différemment, suivant qu'on veut les avoir vivantes ou mortes. Pour avoir les Puces vivantes, il faut immobiliser l'animal, et soulever le poil méthodiquement et avec précaution. Les Puces abondent surtout dans les endroits où les animaux ne peuvent se gratter. Pour les capturer, on peut les prendre avec un petit tube dans lequel on les fait sauter ^ avec un pinceau mouillé, ou avec une pince autour des mors de laquelle on a enroulé un peu de coton (Tiraboschi-). On les dépose au fur
1. Certaines espèces qui ne sautent pas {Ctenopsyîla musculi, Ceratophyllus fasciatus et divers Ceratopsylla) sont plus faciles à capturer que les espèces sauteuses.
2. Tiraboschi, Les Rats, les Souris et leurs parasites cutanés. Ai^cli. de paras!tologie, VIIT, p. 238, 1904^
ARTHROPODES
et à mesure dans des tubes bien secs (tubes à essai ou mieux petits tubes bouchés au liège, dans lesquels elles vivent très bien si on les aère tous les jours).
Les Puces mortes sont beaucoup plus faciles à récolter. Il suffit d'exposer les animaux, pendant quelques instants, aux vapeurs de chloroforme. Les Puces meurent bien avant leur hôte et même, si l'action du chloroforme n'a pas été trop prolongée, elles sont seulement étourdies.
Montage des préparations. — Beaucoup de méthodes ont été proposées, mais jteu sont satisfaisantes. La condition essentielle, pour avoir de belles préparations, est de monter des Puces à jeun. Celles qui sont capturées vivantes et gorgées, seront donc conservées jusqu'à ce qu'elles aient achevé de digérer; les Puces gorgées et mortes devront être traitées par la potasse, ce qui est toujours un pis aller ^.
La térébenthine de Venise, qui, à ma connaissance, n'est signalée par aucun auteur, est un excellent moyen de monter les Puces, préalablement traitées par l'alcool à 90" -. On peut aussi employer le chloralphénol et monter au baume : le chloralphénol ramollit assez les Insectes pour permettre la dissection des pièces buccales sous le binoculaire.
Elevage des Puces. — Opération très facile à réussir. Brumpt met les adultes sur des Souris en bocaux (fig. 209). On tamise les grains qui sont au fond du bocal pour recueillir les larves qu'on élève ensuite à part, en les nourrissant avec du sang desséché. Les cocons sont déposés contre les parois ou sur des corps étrangers. J'ai souvent employé un autre procédé. J'isole dans un tube bouché au liège une ou plusieurs femelles pleines (reconnaissablés à leur abdomen gonflé et blanchâtre] ; elles ne tardent pas à
1. Non seulement on risque de détacher des poils caractéristiques, mais les animaux sont trop ramollis et s'aplatissent sous le poids de la lamelle au point de donner une idée très fausse de leur morphologie.
2. Tiraboschi conseille l'huile de cèdre. C'est un excellent milieu, mais d'emploi peu commode, car il oblige à luter les préparations.
Fig.'209. — Élevage des Puces sur une Souris. D'après Brumpt.
pondre chacune environ 10 à 12 œufs. On peut alors Uier ces femelles. On ajoute dans le tube quelques débris de son et un peu de sang séché pour nourrir les larves. Le développement se iioiii-suil très bien et on peut prélever larves et nymphes (en cocons) au stade désiré. On les lue dans Talcool à 70*^ chaud et on monte à la térébenthine de Venise.
Dissection des Puces ^ — On peut très bien opérer à Tœil nu, soit en procédant comme pour les Moustiques (p. 607), soit, comme le conseille Nijller (voir p. 491, note 2), en séparant le thorax de Tabdomen et en extrayant les viscères par la partie supérieure de ce dernier. Avoir soin de sectionner le rectum en avant de Tanus; pour cela couper le G*" et le 10^ segments, juste en avant de la plaque sensorielle.
Expérimentation. — On peut faire piquer les Puces en les maintenant simplement dans un petit tube, isolément ou par groupes. On peut employer aussi Fingénieux appareil proposé par Noller ^ : prendre du fil d'argent de 0,15 à 0,2 mm. de diamètre, couper un fragment de 10 cm., le plier en deux sur une aiguille et le tordre de manière à avoir une petite anse, dans laquelle on fait pénétrer la Puce. L'anse doit la serrer entre la 2'^ et la 3^ paire de pattes. Deux bouts hbres de 1 cm. permettent de plier ra})pareil en forme de chevalet, maintenant Tanimal en position de piquer. On peut le garder des semaines ainsi attaché. Ce procédé n'est ap})licable qu'aux individus volumineux.
Brachycères.
La capture des Brachycères se fait soit avec le filet de tulle ou de mousseline, soit avec des tubes de chasse.
Capture au filet. — Avec le filet, on peut saisir les animaux au vol ou les capturer lorsqu'ils sont posés. La poche de ce filet (fig. 210) doit être en étoffe très souple (tulle de moustiquaire) et deux fois plus longue que le diamètre du cercle métallique. Elle doit aussi être plus allongée d'un côté et l'angle du coté le plus long doit être arrondi (lig. 210). Le tulle sera cousu à un fort ruban de toile, formant coulisse autour de l'anneau. Le manche du filet sera plus ou moins long : le modèle que j'ai fait construire
1. Noller, Démonstration einer neuen Arbeitsmethode zum Studium der Krankheitsiibertragung durch Flôhe. Centralhl. f. Bakt., Beferate, Beilage 2, LIV, p. 251, 191-2. — Archtv f. Protistenkunde, XXV, p. 386, 1912.
ARTHROPODES
- Filet à main en tullo de moustiquaire pour la capture des Insectes.
— Orii/inal.
et qui est représenté figure 210 tient facilement en poclie. Le diamètre du cercle est de 14 à 15 cm. ' ; ja longueur ^^^^^^^^^^,,,,^^ du manche est de 15 cm.
Dès que Tlnsecte a pénétré dans le filet, il faut replier la poche sur le cercle par un mouvement du poignet, de façon à enfermer ranimai. On le pousse ensuite peu à peu vers la pointe, qui doit être arrondie, de façon à le cerner et à le faire pénétrer dans un tube ordinaire ou à* cyanure, sans le saisir avec les doigts. La couleur du filet n'est pas indifférente; le blanc effraie certains insectes (OEstricles), d'autres (Tabanides) ont une prédilection pour les étoffes noires. La meilleure couleur sera donc le vert ou le noir : on obtiendra ces couleurs par teinture du tulle j^jcr. oio avec une teinture commerciale.
Capture au tube. — Quelquefois un large tube de verre, au fond duquel se trouve un tampon de colon légèrement imbibé de chloroforme, rend de grands .services. L'Insecte est immédiatement étourdi et on le fait ])asser dans l'alcool ou dans la bouteille à cyanure. Ce procédé est commode pour prendre les animaux posés ou en train de piquer. Avec un peu d'habitude on peut même se servir d'un petit tube bouché ordinaire, de 20 mm. de diamètre, sans chloroforme : on l'applique sur rinsecte, celui-ci s'envole vers le fond et on bouche prestement. On peut conserver ainsi les Insectes vivants pendant toute la durée de la chasse (fig. 211) et ne les tuer qu'au retour, soit dans la bouteille à cyanure, soit en introduisant dans le tube une languette de buvard imbibée de chloroforme. Fig. 211. — Capture
Pour capturer un Insecte avec le tube, sur f* conservation des
-,-,.. - ■ 'IV' V ■ 1 Insectes vivants. -
une vitre, il tant, après avoir coiile t animal, Original.
1. Il est préférable de lui donner une forme ovale, par exemple M sur 10 cm. On prend du fil de fer galvanisé do 2 mm. do diamètre.
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iiitrodairc un morceau de carton entre la vitre et l'orifice du tul)e. Autrement Tlnsecte, vo3^ant la lumière, ne s'envolera jamais vers le fond du tube.
Il faut connaître les lieux où on trouvera les divers groupes de Diptères : les Asilides se posent au soleil sur le sol et sur les arbres, les Tabanides fréquentent les lisières des bois et se posent volontiers sur les vêlements noirs, les Muscides affectionnent les murs ensoleillés, les tas d'ordures ou de fumier, les Stomoxes pullulent dans les étables et les habitations, etc.
Conservation. — Pour l'étude systématique, les Brachycères doivent être piqués, soit directement au moyen d'une forte épingle, soit, s'ils sont de petite taille (à partir de la Mouche domestique), par le procédé des deux épingles (p. 614). Les matériaux jiour les dissections et manipulations seront conservés dans l'alcool. Pour examiner au microscope ou au binoculaire de très petites formes, Delcourt ^ conseille de les aspirer dans un tube étranglé où elles se coincent. C'est une simplification de la méthode du rotateur capillaire.
Méthode de Newstead - pour préparer l'appareil mâle des Glossines. — Celte métliode est applicable à tous les Insectes, car la systématique a de plus en plus tendance à utiliser la structure microscopique des organes génitaux du mâle.
1. Couper l'abdomen de l'Insecte desséché et le mettre dans un tube à essai, avec de la potasse à 10 p. 100. Bouillir 15 minutes au bain-marie.
2. Laver à l'eau cinq minutes. Appuyer sur l'abdomen avec" un pinceau de martre n° 1, en le roulant vers rhypopygium, de manière à distendre ce dernier. Chasser complètement tout le contenu de l'abdomen.
3. Passer par les alcools, l'essence de girolle et monter au baume : de profil pour le groupe de la Glossina fiisca; en position dorso-ventrale, le ventre en haut, pour les groupes palpalis et morsitans. L'aplatissement de l'abdomen doit être pratiqué en conséquence, dès le traitement au pinceau, car il est difficile d'y revenir ensuite. Veiller à ce que l'appareil génital soit toujours bien étalé.
Remarques. — Je crois qu'on peut modifier avantageusement cette méthode suivant les principes énoncés, p. 573. L'ébullition est nécessaire pour le matériel desséché; pour le matériel frais, on la remplace par un séjour dans le chloralphénol. Le terpinéol donnera de meilleurs résultats que l'essence de girofie et, surtout, il sera plus simple de monter à la térébenthine de Venise au sortir de l'alcool à 95°.
Élevage. — Certains Diptères pondent assez facilement en captivité : il sulTil d'isoler les femelles gravides dans un tube
L C. R. Soc. de biologie, LXX, p. 97-98, 191 L
2. Newstead, A revision of the Tsetse-Flies. Bull, of entomol. research, II, p. 13, 1911.
ARTHROPODES
(fig. 211). Les jeunes larves ne lardent pas à éclorc el on leur donne une nourriture appropriée : les espèces carnassières sont nourries avec de la viande, celles qui vivent dans le fumier seront élevées dans du son humide. Ce t»rocédé, que je crois avoir été le premier à indiquer ^ permet d'élever très facilement les Slomoxijs, Musca^ etc. On dispose le son mouillé ou la viande dans un petit lube (tig. 212) ou dans un grand bocal, suivant le nombre de larves. On met au besoin à Tétuve à 25°. Dès que la pupalion est produite, il est bon de transporter les pupes dans un lube bien sec. Les récipients d'élevage et d'éclosion doivent être fermés avec une forte toile, solidement ficelée, car les larves ont une grande tendance à s'évader et déjouent souvent les précautions les mieux prises. Les adultes pourvus d'une vésicule céphalique traversent, après leur éclosion, des bouchons de coton même très serrés : faute d'être averti, on peut perdre tout le produit d'un élevage.
On peul élever ainsi non seulement des œufs, mais des larves recueillies dans diverses conditions et dont on ne connaît pas les adultes.
Il est prudent de mettre ces tubes d'élevage dans un gardemanger ou dans une cage dans le genre de celle qui est représentée fig. 226. Brumjit a remarqué en effet que d'autres Mouches (par exemple des Lucilia) peuvent venir pondre sur la toile qui renferme les tubes et introduire leurs œufs à l'intérieur de ceux-ci.
Larves. — Le meilleur moyen de tuer les larves est de les plonger dans de l'alcool à 70° bouillant-, ou, plus simplement, de les mettre dans de l'eau froide qu'on porte à l'ébullition (p. 590, note 1).
Elles meurent en extension parfaite et on les transporte ensuite dans l'alcool à 90'\ On peut les vider, par ébiillition dans la potasse, et obtenir de belles préparations de la cuticule et de ses orne-
Fig. 212. — Dispositif pour l'élevage des larves de Muscides dans le son mouille. — Onginal.
1. M. Langeron, Remarques sur la ponte du Stomoxys calcitrans et l'élevage des larves de Muscides. C. R. Soc. de biolorjie, LXIX, p. 230, 1910.
2. Pour la fixation histologique des iarves on peut employer le liquide de van Leeuwen [Zool. Anzeiger, XXXII, p. 316, 1907) : alcool absolu 6, chloroforme 1, formol 1, acide acétique crist. 0,5 et ajouter 1 d'acide picrique pour 100 parties du mélange.
meiils. Pour étudier la forme des stigmates antérieurs et postérieurs, ou enlève ces organes avec un rasoir et on les monte dans la térébenthine de Venise.
Nématocères.
Fig. 213. — Dis- ^os procédés techniques diffèrent notablement, positif pour suivant qu'il s'agit des CuHcides ou des petits Némavantsîes^Mous" l^cèrcs piqucurs. L'énorme importance des Moustiques adultes, liques en pathologie humaine a conduit à créer phenset Chris- P^^^'' ^^^^^' étudc uuc lechuiquc très perfectionnée,
tophers
dont nous allons donner les indications essentielles.
Moustiques ou Culicides
Capture des adultes. — Surtout dans les habitations (maisons, huttes, tentes), dans les endroits obscurs. On les prend avec un tube de chasse. Eu posant doucement le tube sur le Moustique endormi, celui-ci s'euvole immédiatement au fond et on bouche rapidement avec du coton ou avec le doigt.
Pour tuer, le chloroforme est le moyen le plus rapide, mais le cyanure donne de plus jolis échantillons (p. 588). Pour conserver les animaux vivants, on les capture dans un tube ordinaire et on les fait passer soit dans un grand hocal où on les réunit, soit dans des tubes à essai où on les garde isolément {ïig. 214). On peut aussi les garder vivants pendant quelques heures, dans de longs tubes à essai, en isolant chaque individu par un petit tampon de coton. Adie- a récemment fait connaître un très bon moyen de capture rapide. vants d'ans un Un tubc à cssai ouvcrt aux deux bouts et fermé -%ui„Tr^' ^1'"" C'jté par du tulle (fig. 215) sert à la capture. On soufile les animaux (par le côté garni de tulle) dans un bocal ou un verre de lampe (fîg. 215), fermé par une
1. R. Blanchard, Les Moustiques, Histoire naturelle et médicale, Paris, in-8 de 673 p.. 1905.
2. Adie, A handy méthode of collecting adult Anophèles. Paliidism, 3, p. 55, 1911.
Fig. 214. — Conservation des Moustiques vi
ARTHROPODES
laine de caoutchouc (morceau de cliaml)re à air) pcrcje d'une fente qui fait fermeture automatique.
Dans les pays à paludisme, il est indispensable de capturer des Anophèles vivants, pour établir le pourcentage de ceux qui sont infestés de sporozoïtes.
Conservation des adultes vivants. — 11 faut [iroscrire absolument les cages en tulle, dans lesquelles la mortalité est énorme. Ces cages ne doivent servir que ])Our Téclosion des nymphes (p. 605). Pour assurer aux adultes l'état hygrométrique qui leur est indispensable, il faut les garder dans un bocal. On peut, par exemple, mettre au fond une couche de sable, dans laquelle on enfonce un verre de montre rempli d'eau. On fait pénétrer dans le bocal une bande de carton inclinée, indispensable pour que les animaux puissent s'accrocher, car, sur le verre, ils se fatiguent rapidement, tombent et meurent. On ferme le bocal avec du tulle, à travers lequel les animaux piquent très bien, sans qu'il soit nécessaire de les sortir. Il faut les nourrir toutes les quarante-huit heures en leur faisant j)iquer son bras ou le flanc déplumé d'un Oiseau (Poulet, Pigeon).
On peut aussi, comme le montre la fig. 213, renverser un bocal garni d'un carton, sur un petit cristallisoir plein d'eau,
Adie ^ conserve les Anophèles pendant trois semaines, sans les faire piquer, en mettant dans le bocal une datte sèche, enveloppée de mousseline, et un petit morceau d'épongé mouillée, dans laquelle on pique un rameau vert. Conserver toujours les adultes à V obscurité.
Transvasement des Moustiques. — Il se fait très facilement en couvrant le vase inférieur d'une étoffe noire, les Moustiques s'envolent alors dans le vase supérieur. Tous les autres procédés sont longs et exposent à des évasions. La fermeture Adie en caoutchouc facilite beaucoup cette opération. On peut aussi fermer avec du tulle, dans lequel on découpe un orilice, obturé par un tampon d'ouate.
Fig. '2\h. — Appcircil d'Adie pour la capture des Moustiques.
D'après Adie.