Paludisin, n° 3. p
Élevage des Moustiques. — On peut partir de l'œuf ou de la larve. Les œufs de Culex sont faciles à voir, mais ceux de Stegomyia et d'Anophèles écbappent très fréquemment aux recherches, parce qu'ils sont pondus isolément. Pourtant, en examinant avec soin le produit de pêches au filet fin, effectuées méthodiquement dans les gîtes appropriés, on finit par en trouver.
Pêches au filet fin. — Ces pêches sont indispensables pour connaître la faune des
Fig. -JIG. — Filet à main, en soie à bluter, pour la poche des larves de Moustiques et du plankton d'eau douce.
— Original.
Moustiques d'une contrée et pour se procurer, par élevage, les animaux neufs nécessaires pour les expériences.
Le matériel se compose d'un filet lin, d'une tasse, d'une pipette, d'une pince, d'un bocal et d'une provision de petits tubes bouchés.
Le filet fin doit être en soie à bluter ^ triple force, d'un numéro plus gros (n° 48 ou 50) que pour le plankton (p. 615), à moins qu'on ne veuille pécher à la fois larves de Moustiques et plankton. On peut avoir un petit filet du modèle représenté fig. 216, tenant dans la poche et facile à adapter au bout d'une canne ou d'un bâton quelconque. On 1q confectionne très facilement avec du lit de fer de 2 mm. de diamètre qu'on tord en forme d'anneau de 13 à 15 cm. de diamètre et dont on réunit les deux extrémités par une bonne ligature
Fig. 217. — Armature de filet pour la pêche dans les eaux douces. — c, canne en bambou de 1 mètre de longueur, sur laquelle se visse le cercle e. A cette canne on peut ajouter, à frottement dur, la rallonge d de même longueur. — Ori- (jinal.
1. La soie à bluter est le seul tissu qui soit assez résistant et dont les mailles gardent un ôcartement assez constant.. Le canevas ne convient pas du tout.
ARTHROPODES
Fig. 218. — Détail du cercle e
en fil de laiton. La soie à bluter doit être cousue à un fort ruban de fil qui forme coulisse autour de l'anneau; la poche aura 18 à 20 cent, de profondeur.
Un filet beaucoup plus solide est représenté flg-. 217 : c ei d sont deux fortes cannes en bambou de 1 m.
de long-ueur qui peuvent s'emmancher l'une dans l'autre; e est un cercle en fort ressort d'acier qu'on doit peindre soigneusement. La (\g. 218 représente le détail de ce cercle et montre comment il est fixé, par quatre vis, sur une pièce en cuivre qui se visse dans une douille à une des extrémités de la canne c. Le diamètre du cercle est de 15 cm. On fait coudre tout autour un fort ruban de fil auquel sera fixée la poche en soie à bluter.
La tasse (flg. 219) sera de préférence émaillée et blanche à l'intérieur. Les tasses en aluminium sont très légères et moins fragiles, mais on y voit moins bien les animaux.
La pipette (flg'. 220) est un simple tube de verre de 10 à 15 cm. de longueur, armé d'une tétine en caoutchouc.
Pour pécher, on promène le iilet dans les eaux oii se trouvent les larves : la soie fait liltre et retient tous les organismes plus gros que les mailles. Pour examiner le produit de la pêche, on remplit la tasse avec de l'eau, on retourne avec la main la poche du fllet, après avoir enlevé les gros corps étrangers, et
on délaie dans cette eau tout ce qui est resté sur le fllet. 11 ne reste plus qu'à faire le triage avec la pince et la pipette: la pince sert à enlever les débris végétaux, les gros Insectes, etc. ; la pipette sert à
de la fig. 217.
Fig. 219. — Tasse pour le triage des pêches.
Fig. 220. — Pipette pour le Iriage des pêches. — Original.
capturer les larves de Moustiques et à les transporter dans le bocal où on a mis un peu d'eau. Pour saisir les animaux avec la pipette on utilise l'aspiration produite en desserrant la tétine en caoutchouc; les larves supportent très bien ce traitement sans dommage. Lorsque la collection d'eau est trop petite pour qu'on y promène le fllet, on puise avec la tasse et on flltre dans le filet l'eau ainsi puisée, de façon à ne conserver que des larves, qu'on transverse dans le bocal.
Fig. '2-21. — Marécages à Anophélines.
Végétation fixée, n, niveau normal de l'eau; A, hautes eaux; b, basses eaux. D'après Daniols.
Fig. '2-2i?. — Marécage à Anophélines.
Végétation flottante, n, niveau de l'eau. D'après Daniels.
Stations des larves i. — Les (lulicinés sont généralement peu difficiles et se développent parlout oii il y a une collection d'eau, si petite
qu'elle soit. Ces faits sont bien connus et nous n'avons pas à y insister. La découverte des larves d'Anophélines est plus délicate :
elles exigent une eau propre, limpide, stagnante, entourée d'herbes.
Partout où ces conditions sont réalisées, on peut s'attendre à en rencontrer. En France, dans tous les endroits où je me suis donné la peine de les chercher systématiquement, j'en ai toujours trouvé :
mon expérience personnelle porte sur la Bretagne, les environs de Paris, le Jura et la région des Bombes : dans les étangs de cette dernière contrée on trouve en quantité prodigieuse les larves de y Anophèles maculipennis . Partout cette espèce est associée à 1'^. bifurcatus, en plus ou moins grande abondance.
Daniels a bien montré les deux manières dont peut se comporter la
vég:étation : ou bien elle garnit toute la berge (fig-. 221) et alors l'eau la baigne plus ou moins, suivant les variations de son niveau {h, n, b); ou bien elle est fiottante (fig. 222) et suit le niveau de l'eau dans ses fluctuations. C'est surtout ce dernier cas qui est favorable à la puUuIation des larves d'Anophèles, principalement sous les tropiques.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des stations, qui demanderait de long;s développements. En principe, et surtout dans les
Fig.
2-23. — Cage pour l'élevage des Moustiques. Bâti monté. — Original.
pays chauds, il faut explorer toutes les collections
d'eau, permanentes ou temporaires, herbeuses ou non, si petites qu'elles
soient.
Transport des larves. — Elles supportent très bien un court transport
(trente minutes), même avec de fortes secousses (automobile, bicyclette),
1. 11 est bien évident que tout ce qui est dit des larves s'applique aussi aux nymphes.
ARTHROPODES
dans un large bocal à demi rempli d'eau. Si la durée du transport au'''mente, la mortalité devient énorme, surtout si les secousses sont telles que les larves et les nymphes ne puissent rester un instant en contact avec la surface de Peau pour respirer. Le Cheval ou le Mulet sont particulièrement défavorables; le chemin de fer est nu contraire sans action nuisible, ainsi que la marche à pied, coupée de fréquents arrêts. 11 est indispensable que le bocal soit assez largo pour que toutes
Fig. ^•2i. — Cage pour l'élevage des Moustiques. Bâti plié sans démontage. —
Original.
les larves puissent se tenir en même temps à la surface. Quelquefois les nymphes s'accommodent du transport à la surface du coton mouillé, mais les larves périssent rapidement dans ces conditions.
Élevage des larves. — On peut opérer dans un bocal à demi rempli d'eau et couvert d^iu morceau de tulle, niais, pour la facilité des captures, il est bien préférable d'employer une cage en tulle.
J'ai combiné un modèle de cage démontable, très facile à emporter en voyage. Le bâti (fig. 223) est formé de lattes de bois léger, ayant 2 cm. de largeur. Ces lattes sont
assemblées de manière à former deux cadres rectangulaires, mesurant environ 34 sur 21 cm. Ces deux cadres sont reliés par quatre montants de 32 cm., fixés par des boulons. En desserrant ces derniers, on peut plier la cage comme l'indique la figure 224, sans rien démonter. En dévissant complètement deux des boulons, on peut replier la cage comme Findique la figure 225; elle occupe alors un volume insignifianl. On recouvre ce bâti avec une cage en tulle, renforcée sur les arèles par des rul)ans de fil. Une des petites faces du cube porte une ouverture, pourvue d'une mancbe
Fig. •2-25. — Cage pour Félevage des Moustiques. Bâti plié, après démontage partiel de deux montants verticaux. — Original.
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fermée par un élastique, et par laquelle on peut passer le bras (lig. 226).
Sous cette cage, on installe un ou plusieurs vases (cristallisoir, terrine en terre, etc.), dans lesquels on mei séparément les larves et les nymphes. L'eau doit être limpide; on y ajoute quelques Lentilles d'eau et quelques Algues filamenteuses. Si cela est possible il est bon d'employer l'eau dans laquelle vivaient les larves. Celles-ci sont très voraces et doivent avoir à leur disposition un plankton suffisant. Conserveries élevages de larves en pleine lumière et non au soleil.
Se métier des ennemis des larves, aussi faut-il trier avec soin la récolte à la pipette et enlever tous les autres animaux (Hémiptères, larves de Coléoptères, etc.).
Avoir soin de trier chaque jour les nymphes à la pipette et de les transporter dans un récipient séparé, car les larves les bousculent et peuvent fairent manquer l'éclosion.
Pour capturer les adultes contre les parois de la cage, introduire par l'ouverture la main armée d'un gros tube de chasse, garni ou non de chloroforme ou de cyanure, suivant qu'on veut avoir les Moustiques vivants ou morts. Fermer le tube avec la main libre pour hâter l'asphyxie. Ne jamais tuer un Moustique aussitôt après son éclosion, mais attendre quelques heures pour que les téguments aient le temps de durcir ; autrement les ailes s'enroulent et l'animal se déforme.
Pour conserveries adultes vivants se reporter aux indications données p. 601. Ils peuvent généralement faire leur premier repas vingt-quatre heurs après l'éclosion.
Ponte en captivité. — Les meilleurs Moustiques pour la ponte
Fig. 226. — Cage pour l'élevage des Moustiques, modèle Langeron. — Original.
ARTHROPODES
ce
sont les femelles gravides (iîg. 227) ^ capturées dans les maisons. On les inslalle comme il a été dit p. 601 ; elles pondent dans l'eau du verre de montre. Ou mieux encore, d'après Stephens et Christophers, on prend un bocal à très large ouverture (fig. 213), qu'on renverse sur un petit crislallisoir plein d'eau. A la surface de cette eau, on fait nager un mince morceau de liège sur lequel on pose une petite feuille de papier blanc. Conserver à V obscurité. Les Moustiques pondent, soit dans Teau, soit sur le papier; c'est un bon moyen d'avoir des œufs A' Anophèles. On peut réussir l'élevage complet en partant de ces œufs.
Dissection des Moustiques. — Elle ^xg. 221. — Aspect dune
a pour but l'étude du tube digestif, des femelle gravide de Mous- , , T • ,1 ' •. tique, a, de profil; h, de
glandes salivaires et des organes génitaux, f^ce. D'après stephens et ainsi que la découverte des kystes et christophers. sporozoïtes des Plasmodium. Il ne faut
disséquer que des Moustiques ayant digéré complètement ^ Opérer de préférence sous le binoculaire, ou au moins sous la loupe (fig. 69, p. 111). Rechercher les Anophèles infestés, dans les endroits où on a constaté du paludisme chez les enfants : se munir d'autant de tubes qu'on veut récolter de Moustiques.
Préparer de la solution physiologique ^ deux bonnes aiguilles emmanchées, un fond noir et blanc (fig. 228) préparé en collant des carrés de papier blanc et noir sous une feuille de verre.
A. Estomac. Méthode de Stephens^. — 1. Tuer un Moustique par le ctiloroforme ou simplement en frappant le tube contre le genou.
2. Le poser sur une lame, le prendre par une aile avec une pince et arracher, avec une autre pince, l'autre aile et les pattes.
3. Ajouter une grosse goutte de solution physiologique, mettre le Mous-
1. En noir, l'estomac plein de sang; en blanc, au-dessus le jabot, au-dessous les ovaires.
2. La dissection ne peut être etfectuée que sur des Moustiques frais, venant d'être tués. Les échantillons conservés dans l'alcool sont inutilisables.
3. D'après Perry {Paludism, n° 5, p. 4i, 1912], la bile facilite beaucoup ces manipulations. On en étend une gouttelette sur la lame, avant d'ajouter l'eau; celle-ci s'étale parfaitement sur le verre dégraissé par la bile.
4. Stephens, Methods for detecting sporozoits and zygotes in Mosquitos infected with malaria. Bull, entomol. reseai^ch, II, p. 1-8," 1911.
Fig. 228. — Fond noir et blanc pour les dissections fines.
lique sa/' le dos et traiisfixorle thorax avec l'aiguille gauche (fîg'. 229, A).
Avec l'aiguille droite, faire deux encoches de cha({ue cùlé de l'abdomen,
le plus près possible de l'extrémilé postérieure (au niveau du G* ou du
7« segment) (fig. 229, B).
4. Tirer doucement avec l'aiguille droite sur le dernier segment de
l'abdomen (fig. 229, C). La paroi externe se rompt au niveau des
encoches et on voit apparaître les ovaires, l'intestin et les tubes de Malpighi, puis l'estomac et l'œsophage (11g. 229, D).
5. Couper la partie supérieure de l'œsophage, encore altachée au jabot rempli de bulles gazeuses, et couper aussi l'intestin au-dessous des tubes de Malpighi.
6. Enlever tous les débris, ne garder que l'estomac, porter le thorax sur une autre lame, ajouter une goutte propre pour laver 1 estomac et couvrir d'une lamelle.
Examiner en diaphragmant avec soin 1.
Les kysles (oocystes) jeunes (6-7 [j.) sont transparents, ovales ou arrondis et renferment du pigment très visible et caractéristique -. Les gros kystes ont un double contour très net; ils renferment ou non du pigment et leur diamètre peut atteindre 40-60 ij. On dislingue très bien les sporozoites.
7. Coloration. — Le mieux est de fixer l'estomac au Bouin ou au Duboscq-Brasil, de l'inclure à la paraffine et de colorer les coupes à rtiématoxyline ferrique ou au Romanovsky. On peut encore dessécher l'estomac sur lame et colorer au Romanovsky, comme un frottis de sang-.
Fig-. 2-29. — Dissection du tube digestif des Moustiques. D'après tStephens et Cliristopliers.
Stephens conseille de fixer entre
lame et lamelle, par le formol à
10 p. îOO; l'estomac reste collé à l'une des deux, on lave à l'eau et on
colore au bleu de méthylène '^ Monter au baume. Fûlleborn*, après
fixation entre lame et lamelle, déshydrate, traite par l'alcool-éther,
1. Il faut savoir qu'en disséquant les Moustiques on peut trouver des Trématodcs. des Ncmatodes, des Sporozoaires et des Flagellés.
2. Ne pas confondre avec les cellules périeardiales brunâtres. Ne pas prendre les fibres musculaires de l'œsophage pour des sporozo'ites.
3. Je conseillerai plutôt l'azur II à 1. p. 1000. On peut aussi conserver simplement dans l'eau formolée.