CHAPITRE IV
TECHNIQUE H É M ATO LO G I Q U E
La technique hémalologique comprend la prise du sang, Y examen à Véiat frais, les colorations vitales, la méthode des frottis desséchés, la méthode des frottis humides et enfin la numération des divers éléments du sang.
Prise du sang. — Chez V Homme, piqûre du lobule de Toreille ou du doigt : pour l'oreille, prendre le lobule entre le pouce et Tindex et piquer le bord, car, en piquant le plat appuyé sur un doigl, on risque de traverser et de s'infecter. Pour le doigt, piquer de préférence la face dorsale, en arrière de la racine de Tongle. La piqûre doit être assez profonde pour que le sang sorte sans compression du doigt; si cette dernière est nécessaire, comprimer légèrement en remontant les côtés du doigt (artères latérales). Ne pas presser trop fortement, car on obtient alors un mélange de lymphe et de sang. Rejeter les aiguilles rondes qui donnent un trou rond, petit, douloureux, saignant mal. Les aiguilles lancéolées bien tranchantes sont excellentes; on peut prendre aussi des vaccinostyles ^ ou même simplement de fines plumes d'acier, dont on casse une pointe. Ce dernier procédé est excellent quand on a beaucoup de malades à examiner; chaque plume ne sert que pour un malade. Emmancher dans un porte-plume ou mieux dans une pince hémostatique et flamber rapidement la pointe. Les lancettes à curseur et à ressort sont excellentes, surtout en clientèle et pour les sujets timorés. Lavera Talcool avant et après la prise de sang.
1. Ne jamais chautfer directement dans la flamme et encore moins faire rougir un instrument d'acier. Cette erreur est malheureusement trop répandue. Désinfecter par l'alcool et l'éther ou lébullition dans l'eau saturée de borate de sodium.
Les peùls Rongeurs (Rat, Souris) seront saisis par la peau du cou avec une pince hémostatique ou une pince à kyste (fig. 230). On accroche l'anneau à un clou, un boulon de tiroir, etc. On saisit la queue de l'animal, en tirant assez fortement et on sectionne l'extrémité. Pour l'hémostase, brûler la plaie avec une veilleuse de gaz, une allumette, un fer rouge, etc. Pour les virus dangereux, voir p. 494 le procédé du sabot et de la plaque de carton. Chez le Cobaye et le Lapin on fend légèrement l'oreille. Cautériser au fer rouge.
Chez le Singe, on prend de préférence à l'oreille (p. 494 et 519).
Pour saisir ces animaux, revêtir la main droite d'un gant d'escrime et plonger résolument le poing fermé dans la cage : acculer l'animal dans un coin, s'il mord lui présenter le poing fermé, c'est-à-dire le côté rembourré du gant; s'efforcer de saisir la queue pour le tirer hors de la cage. Ceci fait, on ramène de la main droite les deux bras derrière le dos, pendant que la main gauche tient la queue. L'animal est alors rendu inoffensif et on peut ôter le gant.
Chez les Chauves-Souris i, on pique la veine qui réunit le membre postérieur à la queue et qu'on voit par transparence à travers la membrane.
Chez les petits Oiseaux, piquer une veine du genou ou du coude (p. 519) : la crête des Poulets saigne très facilement; chez le Pigeon on peut piquer la plante des doigts.
Les Amphibiens saignent quelquefois difficilement : couper les doigts. Chez les Tortues, on ne peut avoir de sang que par la section de la queue qui est souvent très courte et difficile à prendre, surtout chez les Tortues terrestres. Pour les Poissons, voir p. 480.
Moyens d'obtenir de grandes quantités de sang. — Ces procédés sont un peu en dehors de la techni(iue microscopique proprement dite. J'ai indiqué ailleurs (p. 498) la technique de la ponction du cœur chez le Lapin.
Ponction du cœur chez le Cobaye, d'après Raybaud et Havvthorn 2. On cherche le bord gauche du sternum, à 8-10 mm. au-dessus du sommet de l'angle formé par la base de l'appendice xyphoïde et le dernier cartilage costal articulé avec le sternum. Enfoncer l'aiguille à 15-17 mm. au-dessus de la pénultième ou antépénultième articulation chondro-sternale, en inclinant vers la ligne médiane. On pénètre ainsi dans le ventricule gauche. Plus haut on rencontre l'oreillette et on
Fig. 239. — Pince pour saisir les petits Rongeurs.
1. Nicolle et Comte {Â7in. Inst. Pasteur. XX, p. 319, 1906) conservent les Chauves-Souris au chaud {2z>°) et en les gavant de Mouches pour les adultes, de lait pour les jeunes, ce qui est plus facile. D'après Kollinat et Trouessart, certaines espèces vivent bien en captivité, nourries avec des Blattes,
2, C. Ji. Soc, biol., LV, p. 815, 1903,
risque de la déchirer. Plus bas on tombe dans le diaphragme et plus en dehors dans le poumon.
Ponction veineuse. — Chez le Cobaye, la jugulaire externe suit une ligne partant de Tangle de la mâchoire, pour aboutir au milieu de l'espace séparant l'épaule du sternum. Découvrir la veine, aspirer le sang à la seringue ou à la pipette; au besoin, lier du cùlé du cœur, pour augmenter l'afllux du sang.
Chez le Lapin, choisir la veine marginale externe de Toreille. Frotter l'oreille avec du xylol pour produire un afilux du sang. Bien tendre l'oreille; comprimer la veine avec le doigt ou avec une pince, pour la rendre turgescente; piquer bien dans l'axe. Pour la veine jugulaire externe, les repères anatomiques sont les mêmes que pour le Cobaye.
Chez le Chien, prendre la petite saphène ou veine externe du membre postérieur; elle est facile à trouver, à la partie supérieure du tendon d'Achille. Ne pas inciser la peau.
Chez les Oiseaux, prendre la veine axillaire ou celle de la patte (p. 519)
au genou.
Chez l'Homme, la ponction veineuse est très facile à faire, sans danger et non douloureuse. Choisir le pli du coude, ligaturer le bras, faire une application de teinture d'iode, ponctionner la médiane céphalique avec une aiguille d'acier neuve, de calibre un peu fort et bien perméable. Enfoncer progressivement (le débutant enfonce toujours trop et dépasse la veine) et s'arrêter quand on voit sourdre le sang. L'aiguille doit être dans l'axe de la veine et presque parallèle à la peau, la pointe dirigée vers le haut du bras. Adapter la seringue et aspirer ou laisser simplement le sang couler par l'aiguille, si elle est assez grosse. Quand on a fini, desserrer d'abord le lien, puis retirer l'aiguille et masser pour détruire le parallélisme des orifices. Il est inutile de faire un pansement.
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Fig. 210. — Examen du sang à l'état frais. 1 et 2, manière d'appliquer la lamelle ; 3, diverses zones de la préparation.
D'après Daniels.
Examen à Tétat frais.
— Touclier la gouttelette de sang avec une lamelle (fig. 240, 1). Lorsque ranimai saigne mal, on peut, dans certains cas, puiser le sang avec une effilure de pipette et le transporter ainsi sur les lamelles. Laisser tomber la lamelle sur une lame. La goutte de sang doit s'étaler à^ elle-même (fig. 240, 2) et présenter à Fexamen trois zones (fig. 240, 3), une centrale avec des globules rares \b)^ une moyenne avec des globules bien étalés («), une périphérique avec des globules tassés et eu piles de monnaie {c). Les zones a et b sont les uieilleures pour Fexamen et pour la recherche des
parasites. Border à la paraffine ou à la vaseline, pour empêcher la dessiccation.
Ce i)rocédé réussit très bien, à condition : 1" que lame et lamelle soient parfaitement propres et dégraissées; 2° que la goutte ne soit pas trop grosse, car, si la lamelle Hotte, tous les globules s'accolent en rouleaux au lieu de s'étaler.
On recherche ainsi les formes pigmentées des Plasmodies (p. 520), les Trypanosomes, les organismes spirales et lesFilaires.
Emploi du fond noir. — - 11 peut rendre des services pour étudier les déformations globulaires mais, à part les hémoconies', ne montre généralement rien de plus que Texamen en lumière ordinaire bien fait, sauf en ce qui concerne les parasites très peu réfringents. L'interprétation des images du fond noir exige la connaissance préalable des objets en lumière ordinaire. Un observateur exercé préférera souvent l'examen en lumière ordinaire, plus simple et surtout plus souple, par suite de la manœuvre du diaphragme.
Les hémoconies sont particulièrement abondantes après ingestion de matières grasses et chez les jeunes Mammifères au sein.
Coloration vitale. — Très utile pour démontrer certaines modifications des hématies et mettre les parasites en évidence. Ce n'est pas une véritable coloration vitale, car les éléments sont généralement tués par le réactif. Il faut pourtant conserver cette dénomination, car les résultats sont très différents de ceux qui sont fournis parles autres méthodes de coloration.
a. Méthode de Pappenheim. — Faire une solution alcoolique concentrée avec le colorant, en étaler une goutte (comme pour un frottis de sang), sur une lame bien propre et flambée, puis sécher. On peut préparer les lames d'avance et les conserver à Fabri de la poussière.
Déposer une goutte de sang sur la lame ainsi préparée, recouvrir d'une lamelle assez large pour que le sang n'en atteigne pas les bords.
Les meilleurs colorants sont le bleu de crésyl brillant, Tazur II, le sudan III (pour les granulations graisseuses). On peut employer aussi les bleus de méthylène et de toluidine, le violet de méthyle, le bleu de Nil, la pyroniue, le rouge neutre. Le vert de méthyle, le vert malachite, la fuchsine, la safranine ne donnent pas de colorations vitales.
b. Méthode de Schilliiig-Torgau '. — Procéder comme en a, mais, après coloration vitale, étaler le sang, sécher, fixer cinq minutes à l'alcool méthylique et colorer au Giemsa ordinaire (p. 411, note 1 et p. 503,
1. F. Cottin, Etude sur les hémoconies ou granulations libres du sani/ observées à V ultra-microscope. Thèse de Paris (médecine), 1911. — Arcli. ynaladies cœur, déc. 19IL
2. Folia hasmatologica, IX, p. 33-2, 1909 et XI, Archiv., p. 343, 1911. Voir aussi Archiv. f. Schiffs iind Tropenhygiene. XV, p. 126, 1911.
procédé lent). Il est préférable de préparer comme ci-dessus une lame avec le bleu de crésyl brillant, étaler le sang- sur celte lame, laisser sécher lentement dans une boîte de Pétri fermée, puis fixer 3 minutes à l'alcool méthylique et colorer au Giemsa ordinaire.
c. Méthode de Sabra:ès '. — Excellente et très simple. Faire un frottis, le sécher et le recouvrir d'une lamelle chargée d'une goutte de bleu de méthylène à I p. 500. Luler au besoin. Colore très bien les Bactéries (sauf les Bacilles acido-résistants), les Protozoaires (sauf le Tréponème), les granulations et le réliculum de certaines hématies (paludisme, animaux intoxiqués par le plomb), les leucocytes, etc. Excellent procédé pour la coloration vitale des hématies granuleuses, au cours des ictères hémolytiques.
Préparer la solution avec du bleu do méthylène chimiquement pur dans un grand flacon; ne jamais remuer; puiser avec une effilure de pipette.
d. Recherche des granulations graisseuses {Cesari Demel -). Préparer les deux solutions :
C Sudan 111 0,04 gr.
( Alcool absolu 10 —
l Brillankresylblau 0.02 —
l Alcool absolu 10 —
Mélanger parties égales de ces deux solutions et étaler comme pour la méthode a. Après dessiccation, déposer une goutte de sang, puis une lamelle. Micheli ■" s'est servi de cette méthode pour le diagnostic différentiel entre la méningite purulente (50 à 80 p. 100 de leucocytes sudanophiles) et la méningite tuberculeuse (pas de leucocytes sudanophiles).
e. Méthode au rouge neutre d'Achard et Ranwnd '* pour rechercher la vitalité des leucocytes (dans les leucocytes morts, le noyau se colore en rouge brun). — Verser dans un tube à centrifuger 10 gouttes de rouge neutre à 1 p. 1000 dans la solution physiologique et 15 gouttes d'eau salée cilratée à 6 p. 1000. Dans ce mélange on laisse tomber, soit une
1. Gaz. hebd. sci. méd. de Bordeaux, 29 nov. 1908 et passim, 1909 et 1910. — Arch. maladies cœur, vaisseaux, sang, III, 1910. — Folia hspniatolorjica, Archiv, X, 1910. — C. lî. Soc. de bioloffie. LXX, p. 247, 1911.