CHAPITRE XI CHOIX D'UN MICROSCOPE
Nous ne pouvons donner ici que des indications très générales en ce qui concerne le choix d'un microscope. 11 serait beaucoup trop long d'énumérer tous les modèles des maisons sérieuses françaises et étrangères. Les exemples que nous avons choisis dans la partie descriptive, traitant du microscope, pourront donner une bonne idée des modèles les plus appropriés aux divers genres de travaux micrographiques.
Pour le travail de haute ])récision et pour les recherches sur des groupes difficiles, tels que les Protozoaires, ou sur des questions de cytologie fine, il est hors de doute qu'il faut choisir une monture munie des perfectionnements les plus complets et pourvue d'objectifs, dont un au moins, à immersion, doit être apochromatique. En effet, pour ces observations très délicates, de petites différences dans la correction des objectifs, dans leur pouvoir définissant et résolvant, peuvent épargner beaucoup de temps et de fatigue et permettre de voir nettement des détails qu'on ne saurait préciser avec des instruments moins parfaits. Ces petites différences, dont l'avantage est insensible pour le travail courant, peuvent favoriser considérablement le chercheur et lui permettre "des découvertes et des interprétations impossibles avec des objectifs médiocres. De même, pour la microphotographie, la perfection de la partie mécanique et de la partie optique est une condition indispensable de réussite.
Nous avons dit que, pour le travail courant, les objectifs achromatiques sont parfaitement suffisants. Nous allons donc indiquer quels sont les grossissements qui, à notre avis, sont les plus favorables et décrire le modèle qui nous paraît le plus pratique pour tous les travaux.
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Choix d'un modèle. — Il faut d'abord se procurer une monture qui permette l'emploi de tous les objectifs et de tous les appareils accessoires. Même si on dispose de fonds limités et si on n'a besoin d'abord que de combinaisons optiques très simples, il faut acheter un modèle grand ou moyen, permettant d'effectuer tous les travaux. On pourra toujours, dans l'avenir, compléter la partie opti(|ue, au fur et à mesure des besoins, tandis que si on achète un petit microscope, on se trouve, au bout de quelques années, possesseur d'un instrument insuffisant et quelquefois inutilisable. De là double dépense et perte d'une somme qu'on aurait mieux employée à compléter les combinaisons optiques. On choisira donc un grand modèle ou un moyen modèle, qui devra satisfaire aux conditions que nous allons énumérer.
Il faut choisir, autant que possible, un microscope inclinant. Bien qu'on soit obligé, la plupart du temps, de travailler avec le microscope vertical, il est bon de disposer du mouvement d'inclinaison pour effectuer sans fatigue des examens prolongés.
La platine devra être fixe; sa forme ronde ou carrée a peu d'importance, pourvu qu'elle soit de grandes dimensions et munie d'un chariot. Je ne sais vraiment pas pourquoi les constructeurs s'obstinent à fabriquer des platines tournantes, à mécanisme de centrage mû par deux vis de rappel. La platine tournante a sa raison d'être dans les statifs destinés à la microphotographie et plus encore dans les statifs minéralogiques. Pour le travail courant elle est très insuffisante. En effet, on ne se sert pour ainsi dire jamais du mouvement tournant ; quant au mécanisme de centrage, il est évidemment très commode pour pratiquer des mensurations ou pour amener au centre du champ un détail particulier. Mais si on tente de l'utiliser pour explorer une surface, même très restreinte, de la préparation, on est tout de suite arrêté par le peu d'amplitude du mouvement. On ne peut en effet déplacer la platine que dans deux directions obliques, et ce déplacement est limité par la très faible longueur des vis. En réalité, on fait décrire à la préparation des arcs de cercle qui se coupent au hasard, sans qu'il soit possible de parcourir méthodiquement . une région, si peu étendue qu'elle soit, ni de pouvoir retrouver un point déjà vu. Je considère donc la platine tournante comme une complication tout à fait superflue, dont un des multiples inconvénients est d'augmenter inutilement le prix du microscope. La vraie platine microscopique est la platine à chariot, à deux
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mouvements rectangulaires, permettant d'explorer complètement et méthodiquement toute la surface d'une lame porte-objet.
Quelques constructeurs en ont enfin compris la nécessité et se sont décidés à créer des modèles grands ou moyens avec platine à chariot, fixe ou amovible. Sans parler de la grande platine à chariot de Zeiss, décrite et figurée plus haut (p. 13), je citerai le grand modèle à platine exploratrice de Stiassnie (fig. 8), puis, du même constructeur, le microscope n° IV (modèle Calmelte), à platine exploratrice et le microscope moyen (modèle Malassez), à }>laline carrée à chariot.
A défaut d'un de ces modèles, on devra choisir un statif à platine carrée et fixe, sur laquelle on fera adapter un chariot amovible. Tous les bons constructeurs ont un ou deux modèles de ces chariots, qu'on peut même adapter après coup au microscope à platine carrée, si on n'a pu faire de suite la dépense d'un chariot. L'économie qu'on réalise en supprimant la platine tournante représente une partie du prix du chariot; le supplément de dépense occasionné par ce dernier est amplement compensé par les services rendus. On trouve d'ailleurs des chariots d'un prix très abordable, par exemple le petit modèle de Leitz (fig. 13), dont le prix est de 63 francs.
Vappare'd d'éclairage est d'une inq>ortance capitale. Il est absolument indispensable de posséder un condensateur Abbe grand modèle, avec diaphragme-iris. Par contre, les dispositifs comi)liqués des constructeurs allemands, comprenant la crémaillère pour l'éclairage oblique, le condensateur à charnière et le diaphragme-iris à coupole, sont à peu près inutiles. Les seuls mouvements indispensables sont le déplacement vertical pour la mise au point du condensateur et le déplacement latéral pour écarter rapidement le condensateur hors de l'axe optique, au moment de l'emploi des objectifs très faibles. Ces mouvements peuvent être exécutés au moyen d'une crémaillère, d'une vis d'Archimède ou même d'un levier à bascule (Stiassnie). Le diaphragme-iris à coupole, destiné à régler Téclairage par le miroir seul, est un organe coûteux et superflu. D'après les règles que nous avons posées pour l'éclairage du microscope, le miroir n'est employé seul qu'avec les objectifs très faibles, pour lesquels l'emploi d'un diaphragme à iris ou à cylindre est complètement inutile.
Quel que soit le dispositif du condensateur, il doit permettre
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d'installer facilement un condensateur à fond noir ou un ai)pareil de polarisation. C'est là une condition indispensable.
La mise au point devra, de toute nfîcessité, posséder le mouvement rapide par crémaillère et le mouvement lent par vis micrométrique. Un des avantages les plus sérieux de la nouvelle mise au point avec axe horizontal, mouvement démultiplié et vis sans fin, est de permettre de saisir le microscope par la potence, sans exposer la vis micrométrique à une usure rapide comme dans les anciens modèles. En effet lorsqu'on saisit par la potence un ancien microscope, tout le poids de la portion inférieure de 1 instrument porte sur la vis micrométrique, par l'intermédiaire de la colonne prismatique creuse. C'est principalement cette considération (|ui fera préférer le nouveau mouvement micrométrique.
Le tube devra être à tirage et ])orter une graduation millimétrique; nous avons ai)pris à en connaître la nécessité pour corriger l'épaisseur des lamelles.
Le revolver porte-objectifs est de la plus absolue nécessité. Nous conseillons vivement de prendre un revolver pour quatre objectifs. Une longue expérience nous a appris que le revolver à trois, qui a mallieureusement la préférence des constructeurs, est })ratiquement insuffisant. Même si on n'achète au début que deux objectifs, il faut prendre un revolver à (juatre places : c'est là une précaution que nous ne saurions assez recommander. On a toujours à se repentir de faire adapter a}»rès coup un autre revolver sur un ancien stalif.
La composition optique noimale d'un microscope doit comprendre, à notre avis, quatre objectifs et au moins deux oculaires.
Les objectifs. — Un microscope complet doit posséder quatre objectifs, dont trois à sec et un à immersion. Ce dernier sera choisi suffisamment })uissant, il faut éviter les immersions 1/10 ou 1/12, qui peuvent suflire pour la bactériologie, mais qui ne permettent pas les recherches de protozoologie et nécessitent presque toujours l'emploi de très forts oculaires. La puissance de ces objectifs varie du reste, suivant les constructeurs, pour une même distance focale. C'est ainsi que le 1/12 achromatique de Zeiss correspond à peu près au 1/15 de Stiassnie et au 1/16 deLeitz (p. 91) : ces trois types sont de bons exemples d'objectifs à immersion propres à tous les travaux.
Les objectifs à sec devront comprendre un numéro faible, un moyen et un fort. Les grossissements qui, à notre avis, sont les plus avantageux, corres[)ondent à 40, 125, 300 diamètres (pour
un oculaire faible) ; voici trois exemples de combinaisons optiques susceptibles de les fournir : objectifs 2, 4, 6, de Stiassnie, 2, 4, 7, de Leitz, A, G, E de Zeiss. Avec un oculaire moyen, le plus fort objectif à sec de ces trois combinaisons donne un grossissement supérieur à 500 diamètres, parfaitement suffisant pour toutes les observations qui n'exigent pas l'emploi des objectifs à immersion.
Je ne conseille pas l'emploi courant d'objectifs à sec plus forts, surtout pour les débutants. En effet les systèmes à sec très puissants sont généralement peu lumineux, ce qui nécessite un emploi ti'ès habile de l'appareil d'éclairage. De plus le choix de ces objectifs doit être très sévère, car ils sont souvent médiocres, même dans les meilleures maisons.
Les oculaires. — Deux oculaires suffisent pour le travail ordinaire. Dans les oculaires d'Huyghens, on choisira un n*^ 0 ou 1 et un no 3. Certaines maisons, par exemple Stiassnie, fabriquent pour leurs objectifs achromatiques des oculaires d'une construction plus soignée, dont la lentille oculaire, au lieu d'être simple, est formée d'un système de lentilles destiné à corriger la différence chromatique du grossissement (p. 57). Ces oculaires sont dénommés un peu improprement oculaires compensateurs, car les véritables oculaires compensateurs sont construits exclusivement pour les objectifs apochromatiques (p. 95). Quoi qu'il en soit, les meilleurs numéros des oculaires compensateurs sont le 6 et le 9.
Les oculaires très forts tels que le type Huyghens n° 5 ou le type compensateur n° 18 peuvent être utiles dans certains cas, pour faire des numérations et grossir un délail, mais ne sauraient convenir pour le travail courant, à cause de leur faible luminosité et de la fatigue oculaire produite par le peu de netteté de l'image.
Appareils accessoires. — L'oculaire micrométrique, du type représenté figure 108, ou au moins un micromètre oculaire amovible (fig. 109), est indispensable pour les mensurations. Il devra être complété par un micromètre objectif gravé sur verre, nécessaire pour étalonner l'oculaire micrometrique et pour établir le grossissement des dessins.
La chambre claire devra être prise chez le même constructeur que le microscope. Tous les modèles de chambre claire que j'ai décrits sont bons : je les ai tous expérimentés longuement et je suis certain qu'un opérateur, bien exercé au maniement d'un de ces appareils, obtiendra toujours des dessins très exacts. Le point le plus important est d'avoir une chambre claire bien adaptée au
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microscope, c'est pourquoi je conseille vivement de la prendre chez le même constructeur.
Pour préciser ces indications, je vais donner la composition de quelques types de microscopes, appropriés à divers ordres de recherches microg-raphiques. Chacun de ces types est simplifié autant que possible et représente le minimum indispensable pour chaque genre de travail.
1° Microscope permettant tous les travaux, même les plus délicats.
Monture grand modèle ou moyen modèle inclinante à platine fixe.
Platine à chariot adhérente au microscope ou amovible;
Appareil d'éclairage d'Abbe grand modèle;
Revolver à 4 objectifs ;
Objectifs : trois numéros à sec et un à immersion homogène;
Oculaires : trois numéros dont un très fort;
Oculaire micromélrique;
Micromètre objectif;
Chambre claire.
2° Microscope plus simple, mais permettant encore d'aborder tous les travaux.
Monture moyen modèle, inclinante, à platine fixe;
Appareil d'éclairage d'Abbe grand modèle;
Revolver à 3 objectifs;
Objectifs : deux numéros à sec et un à immersion homogène;
Oculaires : deux numéros;
Oculaire micrométrique;
Micromètre objectif;
Chambre claire.
3" Microscope pour travaux de systématique, ne permettant pas la bactériologie, et à peine la protozoologie et la mycologie.
Monture moyen modèle, à platine fixe;
Appareil d'éclairage d'Abbe;
Revolver à 2 (ou 3) objectifs;
Objectifs : deux (ou trois) numéros à sec;
Oculaires : deux numéros;
Accessoires comme plus haut. •
4° Microscope de voyage pour naturalistes et médecins.
Monture aussi peu compliquée que possible;
Platine à chariot amovible;
Appareil d'éclairage d'Abbe grand modèle;
Revolver à 4 objectifs;
Objectifs : trois numéros à sec et un à immersion homogène;
Oculaires : deux numéros ;
Oculaire micrométrique;
Micromètre objectif;
Chambre claire.
Je crois que ces devis d'appareils, combinés avec les descriptions que j'ai données de chacun des organes du microscope, suffiront pour guider le choix du débutant. Il existe trop de bonnes maisons de microscopes pour qu'il me soit possible de citer tous les modèles qu'on peut conseiller ; je préfère donc n'en indiquer aucun. Toutes ces maisons envoient leurs catalogues sur demande : en rapprochant les données du catalogue des indications que je viens de fournir, il sera facile de rédiger la commande.