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H. — CONSÉQUENCES PRATIQUES

1° Phénomènes de réfraction.

Ces trois expériences nous ont appris à connaître les bulles d'air et les globules graisseux et à ne pas les confondre avec des éléments histologiques, dorigine animale ou végétale. Elles nous montrent aussi la différence qui existe entre les corps plus réfringents ou moins réfringents que le milieu dans lequel ils sont plongés.

Les corps jo/ms réfringents que le milieu (gouttes d'huile dans l'eau) présentent une partie centrale d'autant plus claire et plus étroite, entourée d'un anneau obscur d'autant plus large, qu'on

examine un point plus rapproché de leur surface supérieure. Ils se comportent comme des lentilles biconvexes.

Au contraire, les corps moins réfringents que le milieu (bulles d'air dans l'eau) présentent une partie centrale d'autant plus claire et plus étroite, entourée d'un anneau obscur d'autant plus large, qu'on examine un point plus rapproché de leur surface inférieure. L'effet est d'autant plus accentué que la différence entre les deux indices de réfraction est plus grande (bulle d'air dans l'eau ou dans le baume). Ces corps se comportent comme des lentilles biconcaves

Inversement, les objets conveaxs et plus réfringents que le milieu agissent sur la lumière comme les globules graisseux dans l'eau : les objets concaves et moins réfringents que le milieu se comportent comme les bulles d'air dans Teau. Un bon exemple du second cas nous est fourni par les globules sanguins des Mammifères, examinés à l'état frais, entre lame et lamelle.

Nous savons que ces globules sont des disques biconcaves àleur partie centrale et bordés d'un rebord convexe. Si on met au point la face inférieure de la partie centrale, on apercevra un disque clair, entouré d'un anneau grisâtre. Si on met au point la face supérieure, le centre paraît gris foncé, entouré d'un anneau clair.

Ces phénomènes ont une grande importance pour l'interprétation microscopique des corps cylindriques pleins ou creux et des ornements qui peuvent exister à la surface ou à l'intérieur des objets, pourvu toutefois que la dimension de ces éléments dépasse considérablement la longueur d'onde de la lumière employée.

Nous savons, par l'étude des bulles d'air et des globules graisseux, qu'un corps sphériquc, plongé dans un milieu plus réfringent, agit comme une lentille concave, tandis que, dans un milieu moins réfringent, il agit comme une lentille convexe. Donc, pour apprécier le relief des objets, il suffit de savoir que lorsqu'on perçoit un aspect brillant, en relevant l'objectif, il s'agit d'une surface convexe; si, au contraire, il faut abaisser l'objectif pour percevoir cet aspect brillant, il s'agit d'une surface concave. C'est d'ailleurs ainsi que nous venons d'apprendre à distinguer les gouttelettes graisseuses, qui peuvent être considérées comme des corps sphériques pleins, des bulles d'air qui se comportent comme des corps sphériques creux.

Pour l'étude des propriétés des corps cylindriques (fibres).

Fig. 89

Étude d'un filament plein, en lumière centrale. — a, mise au point sur le plan médian; 6, sur la face supérieure; c, sur la iace inférieure (d'après Dippel).

prenons comme exemple de très fins filaments de verre pleins et creux.

1° Filaments pleins (fig. 89). — Dans un milieu rnoim réfringent (air on eau), ils présentent une large surface brillante

^™p-.. quand on met au point sur la partie médiane, une surface brillante étroite quand on relève Tobjectif et une surface obscure uniforme quand on l'abaisse. Au contraire, dans un milieu plus réfringent (monobromonaphtaline ou biiodure de mercure), les apparences sont inverses et le filament plein paraît comme un corps creux immergé dans le liquide.

Enfin, dans un milieu de même réfringence (baume du Canada),

le filament plein prend Taspect d'une bande aplatie.

Il est donc capital de connaître la différence de réfringence du milieu elde l'objet, pour pouvoir se faire une idée exacte de sa forme réelle. Il faut souvent aussi examiner l'objet dans des milieux de réfringence différente.

2° Filaments creux (fig. 90). — Examinons une fine pipette de verre remplie d'air. Si nous mettons au point sur la partie médiane, nous obtenons le même aspect que pour un tube plein, avec cette différence que nous voyons en plus le double contour des deux parois. Mais en mettant au point successivement les deux surfaces, nous observons des phénomènes inverses du cas

Fig. 90. — Étude d'un filament creux en lumière centrale. — «, mise au point sur le plan médian; 6, sur la surface supérieure; c, sur la surface inférieure (d'après Dippel).

l'observation microscopique 155

précédent : en relevant le tube la raie brillante disparait, puis elle reparaît quand on abaisse le tube pour mettre au point la concavité inférieure. Ces apparences se retrouvent dans les poils creux, les fibres creuses, les canalicules creusés dans une substance solide. Les sillons ou cannelures demi-cylindriques ( fig. 93) agissent comme des lentilles concaves, quel que soit le côté par lequel on les observe. Si la concavité est dirigée du côté de l'observateur, il faut relever le tube pour voir la raie brillante et l'abaisser dans le cas contraire.

Si le filament est rempli de liquide, deux'cas peuvent se présenter. Si le liquide a un indice de réfraction égal ou supérieur à celui du milieu environnant, le (ilament creux se comporte optiquement comme le filament plein; on ne peut le distinguer de ce dernier que par la présence du double contour. Au contraire, si le liquide qui rem])lit le filament est moins réfringent que le milieu environnant, ce filament se comporte à peu près comme s'il était rempli d'air. Mais ici, il faut encore tenir compte de la réfringence des parois du tube capillaire; si celui-ci est muins réfringent que les deu\ liquides, la paroi fait l'effet d'une cavité, creusée dans le milieu le plus ré-, fringent.

En lumière oblique^ les résultats obtenus ne diffèrent pas en principe; les raies lumineuses sont seulement déplacées suivant l'incidence du cône éclairant. Pour les filaments pleins (fig. 91), la ligne brillante est déviée du côté d'où vient la lumière, lorsqu'on relève l'objectif; au contraire, pour les filaments creux et les rainures (fig. 92), il faut abaisser l'objectif, pour obtenir cette apparence

CL o

Fig. 91. — Étude d'un lîla ment plein en lumière oblique, dirigée de droite à gauche. — «, taise au point sur la surface supérieure; b, sur le plan médian (d'après Dippel).

eu b

Fig. 92. — Étude d'un nia ment creux en lumière oblique, dirigée de droite à gauche. — «, mise au point sur la surface supérieure ; 6, sur le. plan médian (d'après Dippel).

du côté opposé à celui d'où vieut la lumière. En relevant ou en abaissant un peu plus Tobjectif, l'objet présente une moitié sombre et une moitié éclairée, placées inversement suivant que le filament est plein ou creux.

3° Ornements en creux ou en relief. — Les rainures demicylindriques creusées dans une membrane (fig. 93) se comportent comme des lentilles concaves et paraissent brillantes quand on abaisse l'objectif. Des épaississemeuts de même forme produisent

Teffet inverse -et paraissent brillants quand on relève l'objectif. Enfin, lorsque des épaississemeuts alternent avec des

Fig. 93. — Épaississements ou dépressions demicylindriques (d'après Dippel).

Fig. 94. — Épaississements et dépressions demi - cylindriques alternants (d'après Dippel).

i llili' dépressions,en formant une

surface ondulée (fig. 94), il est facile de distinguer les parties concaves des parties convexes d'après les mêmes règles : les unes sont obscures pendant que les autres sont brillantes ou inversement, suivant les variations de la mise au point.

Dans le cas où une mince membrane, d'épaisseur uniforme, présente une surface ondulée, il est plus difficile de distinguer les parties concaves des parties convexes, puisque toutes agissent sur la lumière comme des lentilles concaves. Pourtant, on distinguera les dernières à l'abaissement plus considérable de l'objectif, nécessaire pour les faire apparaître brillantes.

4° Épaisseur des objets. — Les parties plus ou moins épaisses des parois des olqets se comportent comme les ornements que nous venons d'étudier. Pour bien apprécier ces différences d'épaisseur et les distinguer sûrement des structures produites par des ornements, il faut se servir de liquides très réfringents. Dans le premier cas, on aperçoit les mêmes apparences qu'en examinant dans l'eau; dans le second cas, l'image est très différente. Si l'image paraît plus brillante quand on abaisse l'objectif, il y a un épaississement ; dans le cas contraire, il y a une dépression.

2° Phénomènes de diffraction.

Les stines de diffraction peiivenl être la source d'une illusion d'optique et être prises par Tobservateur pour une structure véritable. Il y a plusieurs moyens de reconnaître leur véritable nature : tous se ramènent à voir si ces stries peuvent être exagérées et si on peut modifier leur écartement. En cas de résultat positif, ce sont bien des stries de ditïraction. Pour cela on réduit, au moyen d'un diaphragme, la section du cône éclairant, ou bien on observe la prépaiation en lumière monochromatique jaune. Dans le premier cas, les stries sont d'autant plus distinctes que le diaphragme est plus petit ; dans le second, réalisé au moyen d'une lampe à sodium ou, plus simplement, en intercalant un écran de verre jaune dans le porte-diaphragme, les stries de diffraction sont exagérées et. écartées.

Nous avons établi, au début de ce chapitre, une distinction fondamentale entre les images des objets colorés, produites par des phénomènes d'absorption, et les images des objets non colorés, dues à des phénomènes de réflexion et de réfraction. Ces dernières sont, comme on vient de le voir, très compliquées et leur interprétation peut être excessivement difficile; les zones claires et foncées et les franges de diffraction peuvent en imposer pour des membranes ou des stries véritables. Il faut donc être mis en garde contre ces illusions d'optique. Au contraire, les images par absorption sont beaucoup plus fidèles et représentent exactement les contours des objets. Leur interprétation est donc beau- , coup moins sujette à des erreurs, car on n'est pas obligé de tenir compte des phénomènes de réfraction ou de diffraction.

3° Causes d'insuccès.

1° Obscurité du champ. — Elle provient d'un mauvais centrage de l'éclairage. Vérifier la position du miroir, la hauteur du condensateur, la position du diaphragme-iris qui peut être trop fermé ou décentré, surtout dans les montures qui permettent l'éclairage oblique. Se reporter (p. 34) aux règles concernant l'éclairage du microscope.

Une obscurité partielle du champ peut être due au revolver, qu'on n'a pas tourné jusqu'au cran d'arrêt ou qui a été poussé

au delà. L'objectif n'est centré que lorsqu'on a senti la résistance de ce cran d'arrêt.

2° Manque de netteté de Vimage. — Si ce manque de netteté persiste, après le réglage soigneux de l'éclairage et une mise au point attentive, il faut en rechercher méthodiquement la cause.

a) La préparation. Elle peut être salie sur une de ses deux faces; on le reconnaît à ce que les stries et les ombres se déplacent en même temps que la préparation. Nettoyer avec un linge fin, imbibé d'alcool ou de xylol. Enlever notamment avec soin les traces d'huile de cèdre, de baume ou de lut. Ce nettoyage doit être fait avec précaution, de manière à ne pas comprimer l'objet placé sous la lamelle. Éviter de poser les doigts sur la lamelle, car il reste toujours des traces graisseuses qui Iroublenl l'observation. Ne pas oublier que la préparation peut être retournée par mégarde et que la lamelle peut être trop épaisse. Dans ces deux cas, on ne peut mettre au point les objectifs forts (voir plus loin, p. 165).

h) L'oculaire est sali : on s'en assure en le faisant tourner, on doit voir les corps étrangers tourner en même temps. Nettoyer comme il a été dit plus haut (p. 111).

c) Objectif : lorsque l'éclairage, la préparation et l'oculaire sont corrects, la cause d'insuccès vient généralement de l'objectif. La lentille frontale peut être souillée de baume, d'huile de cèdre ou d'un autre liquide; la lentille postérieure peut être couverte de poussière. Voir plus haut (p. 142) la manière d'y remédier.

Lorsqu'on se sert des objectifs à immersion, l'huile peut être sale ou trop épaisse. Dans le premier cas, les corps étrangers font ombre; dans le second, la lamelle peut adhérer fortement à la lentille frontale. Elle se soulève lorsqu'on relève l'objectif, ce qui rend la mise au point impossible et peut détériorer la préparation. Il faut se servir d'huile suffisamment fluide et ne jamais la laisser sécher sur l'objectif ou sur les préparations.

d) Appareil d'éclairage. Le trouble peut provenir de l'appareil lui-même : défaut de centrage, poussières ou taches sur le miroir et les lentilles du condensateur. Il peut provenir d'objets extérieurs : barreaux de fenêtres, objets interposés accidentellement sur le trajet des rayons lumineux.

Dans les deux cas, on s'assure de la nature du trouble en déplaçant légèrement le condensateur, au moyen de la crémaillère : on voit immédiatement l'éclairage s'améliorer et on reconnaît d'où vient le mal.

L'OBSERVATION MICKOSGOPIQUE lo9

3" Troubles subjectifs. — Ils sont dus à ce qiroii nomme les « mouches volantes ». Ce sont des images de corpuscules incolores, arrondis, en chapelet ou en forme de filaments, qui paraissent se déplacer dans le champ du microscope. Avec un peu d'habitude, en déplaçant légèrement la préparation ou en modifiant la mise au point, on voit que ces formations sont indépendantes de l'objet examiné et du microscope. Ce sont généralement des débris cellulaires qui flottent dans le corps vitré et projettent leur ombre sur la rétine. Les images auxquelles ils donnent lieu ont donc leur origine dans Tœil de l'observateur. Ces mouches volantes sont quehjuefois très gênantes : on n'arrive à s'en débarrasser, au moins momentanément, que par le repos.

4'^ Courants et mouvement broivnien. — Les courants se }»roduisent surtout dans les préparations non montées : ils sont dus soit à la position inclinée du microscope, soit à la dessiccation progressive, soit à Taddition de liquides sur les bords de la lamelle. Ils sont particulièrement gênants dans les examens de sang à l'état frais, entre lame et lamelle. On y obvie en lutant les préparations et en ayant soin de les faire aussi minces que possible; en effet, moins il y a de liquide, moins les courants sont sensibles.

Le mouvement brownien ou mouvemement moléculaire est une sorte de trépidation qui agite sans cesse les corps de très petites dimensions. Il faut éviter de le confondre, notamment lorsqu'il s'agit de Bactéries, avec des mouvements actifs. Cette distinction n'est pas toujours facile et réclame une attention minutieuse.

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