V. — CAUSES D'ERREUR DANS LA MISE AU POINT
Il arrive quelquefois que, malgré toutes les précautions, on n'arrive pas à mettre l'image au point; cet accident se produit surtout avec les objectifs forts et peut être dû à deux causes (voir plus haut, p. 157, les autres causes d'insuccès).
1° Le revolver est mal centré. — Dans ce cas on ne peut retrouver, au fort grossissement, un objet (jui avait été mis au milieu du champ avec un grossissement faible. Cet accident se produit surtout lorsqu'on examine de très petits organismes épars dans une préparation. Dans ce cas, pour obvier au défaut de centrage, inhérent aux revolvers les mieux construits, il faut repérer l'objet par des centrages successifs, d'abord avec un objectif très faible, puis avec un moyen; on a bien des chances alors pour le retrouver avec un objectif puissant. Ces centrages successifs permettent aussi de voir de quelle quantité il faut déplacer la préparation pour la centrer définitivement, après le })assage d'un objectif faible à un numéro fort. Les changeurs d'objectifs à coulisse (p. 24) ont })our but d'obvier à cet inconvénient.
2° La préparation est retournée. — Ce petit accident arrive
beaucoup plus souvent qu'on ne croit et même à des micrograplies exercés; il se produit surtout avec les lames de sang et les préparations au baume bien sèches. Au faible grossissement on ne s'aperçoit pas de Terreur et on est tout étonné de ne pouvoir mettre au point avec robjectif à immersion ou même avec un fort objectif à sec. En etïel, à partir d'un grossissement de 300 diamètres environ, la distance fi'onlale des objectifs est trop courte pour qu'on puisse mettre au point un objet placé sous une lame porte-objet. Dans ce cas, il ne faut jamais insister, mais on doit relever de suite le tube et s'assurer que la préparation est bien face en-dessus. Généralement, on constate alors qu'elle est retournée. Pour éviter ce désagrément, il faut prendre l'habitude de vérifier avec le doigt la saillie de la lamelle avant de poser la préparation sur la platine. Pour les lames de sang, on s'assure, en regardant la préparation par réflexion, que le côté mat est dirigé en haut.
3° La lamelle est trop épaisse. — Il se produit alors le même phénomène que lorsque la préparation est retournée. La lentille frontale vient buter contre la lamelle et l'image n'apparaît pas ou reste confuse.
Cet accident est beaucoup moins fréquent qu'autrefois, car les objectifs, même puissants, ont une dislance frontale suffisante pour empêcher cet inconvénient. Les lamelles qu'on trouve actuellement dans le commerce ont aussi une épaisseur plus régulière. Toutefois, lorsque la préparation est très épaisse, il peut arriver qu'on ne puisse mettre au point les plans profonds, même avec les objectifs actuels. Il faut bien se garder d'insister et de continuer à abaisser le tube, car on serait certain de faire éclater la lamelle, d'écraser l'objet et peut-être de détériorer irrémédiablement la lentille frontale. x\joulons qu'avec les nouveaux mouvements micrométriques le bris de la lamelle est beaucoup moins à craindre, car la vis cesse généralement d'agir sur le tube dès que l'objectif entre en contact avec la lamelle.
VI.— MANŒ'UVRE DE LA VIS M I C R O M ET R I QU E ET OBSERVATION MICROSCOPIQUE
Pendant l'observation au microscope, un œil est appliqué à l'oculaire, une main manœuvre continuellement la vis inicromé-
trique et l'autre déplace lentement la préparation au moyen des pignons de commande du chariot.
Examinons successivement le rôle de l'œil et le rôle des mains.
1° De quel œil doit-on regarder au microscope? — Les avis sont très partagés à ce sujet : la majorité des théoriciens pose en principe qu'on doit observerde Tœil gauche. On donne, comme raison de cette préférence, que l'œil droit doit rester libre pour dessiner avec ou sans chambre claire.
En pratique celte règle est rarement observée. D'abord beaucoup de personnes éprouvent une grande difficulté à regarder au microscope de l'œil gauche : plutôt que de s'imposer la gêne d'une rééducation, pénible surtout au début des études microscopiques, on préfère naturellement observer avec l'œil droit. Personnellement je suis dans ce cas et j'ai toujours travaillé de l'œil droit : j'estime donc qu'on peut observer indifféremment avec l'un ou l'autre œil, suivant la convenance personnelle. Ceux qui peuvent travailler allernativement avec les deux yeux possèdent un grand avantage qui leur permet d'éviter la fatigue de l'observation monoculaire.
2° Doit-on fermer un œil ? — Je suis d'accord avec la plupart des auteurs pour recommander d'observer au microscope avec les deux yeux ouverts. Il est très fatigant, pour une observation un peu prolongée, de tenir un œil fermé : la contraction des muscles d'une part, la pression exercée sur le globe de l'œil d'autre part, produisent promptement de la fatigue et même de la douleur oculaire et de la céphalalgie. On peut très bien s'habituer à observer avec les deux yeux ouverts; au bout de peu de temps on arrive à ne percevoir que les images fournies par l'œil appliqué au microscope. Il est pourtant une condition essentielle, c'est que la table sur laquelle repose l'instrument ne soit pas plus éclairée que le champ optique; si donc cette table est blanche (lave émaillée) ou de couleur claire, il faudra la recouvrir d'un papier foncé ou noir. De cette manière, Fœilquine sert pas à l'observation ne reçoit qu'une faible quantité de rayons lumineux et fournit des images trop peu éclairées pour pouvoir troubler la perception de l'autre œil.
Ecrans oculaires. — Lorsqu'on doil faire des observations prolongées, à de forts grossissements, il est très avantageux de protéger les deux yeux contre les rayons lumineux étrangers, c'est-à-dire autres que ceux qui proviennent du microscope. C'est dans ce but qu'ont été inventés
Fig, 95. — oculaire.
ginal.
Écran - Ori-
Fig. 96. — Ecran oculaire anglais.
les écrans oculaires S destinés à la fois à empêcher des images de se former dans l'œil qui n'observe pas et à protéger i'u»il (jui observe contre les rayons réfléchis par la monture du microscope, ou provenant directement de la source lumineuse.
Le plus simple de ces écrans peut être exécuté avec une mince feuille de carton noirci découpée suivant la forme indiquée par la figure 95. On passe le tube du microscope dans l'orifice circulaire.
L'échancrure sert à introduire le nez. Avec celte forme d'écran très simple on peut dessiner à la chambre claire, puisque tout un côté du microscope reste libre "-.
On trouve dans le commerce des écrans oculaires simples ou doubles. La figure 96 représente un écran oculaire simple fabriqué par divers constructeurs anglais (Baker, Flatters and Garnett, etc.); il est formé
de deux pièces métalliques noircies : un anneau qui embrasse le tube du microscope et une paletle dont on règle la position suivant l'écartement des yeux.
Stiassnie fabrique un écran Fig. 97. double (fig. 97) recouvert de peluche verte. Cet appareil
est très commode et permet de regarder avec l'un ou l'autre œil; son seul défaut est d'empêcher le dessin à la chambre claire, car il occupe à la fois les deux côtés du microscope. On le fixe au moyen de la bague sur le tube du microscope.
Ces écrans oculaires, pour protéger suffisamment de la lumière étrangère, ont besoin d'être complétés par un grand écran en carton noirci monté sur un pied. Un moyen très simple de fabriquer ces écrans consiste à prendre un petit support à entonnoirs en fer. Sur un des anneaux, qu'on a soin de tourner verticalement, on fixe au moyen de fil de laiton une grande feuille de carton noirci ou recouvert de papier noir 3. En déplaçant l'anneau le long de la tige verticale du support on règle à volonté la hauteur de l'écran. Je recommande vivement l'emploi d'un écran de ce genre, surtout lorsqu'on travaille avec une lumière artificielle intense. 11 permet aussi, lorsqu'on dessine à la chambre claire, de régler plus facilement l'éclairage du papier. Des écrans de ce genre, à surface plus ou moins courbée, existent dans le commerce.
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Écran oculaire Original.
de Stiassnie.
Fig. 98. — Grand écran monté sur support en fer. — Original.
1. Peisor, Ein Mikroskopierschirm. Ztschr. f. wiss. Mikr., XXI, p. 467, 1901.
2. Voici les dimensions de l'écran que j'emploie : 16 cm. de longueur sur 9 cm. 5 de largeur. L'échancrure nasale a 2 cm. de largeur dans sa portion profonde, elle s'évase ensuite progressivement. L'orifice circulaire est à 5 mm. du bord droit, de façon à ne pas gêner la chambre claire.