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II. — VÉRIFICATION DU POUVOIR DÉFINISSANT

Nous savons que le pouvoir définissant, ou faculté de fournir des images parfaitement nettes, dépend en très grande partie de rdijectif, parce qu'il r.jsulte de la coïncidence plus ou moins exacte des rayons lumineux qui ont traversé ce dernier. La définilion est donc sous la dépendance étroite de la correction des aberrations sphérique et chromatique. Aussi, la vérification du microscope à ce point de vue se ramène à la vérification des objectifs.

En pratique on se sert, pour cette vérification, soit du test (PAbbe, soit de préparations repérées et bien connues de l'observateur»

l-^ Emploi du test d'Abbe. — Le test d'Abbe est un porte-objet sur lequel sont collées une ou plusieurs lamelles argentées à leur face inférieure; dans la couche d'argent on a gravé des groupes de lignes parallèles très fines. Comme la couche d'argent est extrêmement mince, les bords des traits constituent un test très délicat, même pour les objectifs les plus puissants. En effet la couche d'argent est complètement opaque, aussi les stries paraissent-elles excessivement nettes, avec des bords finement dentelés qui permettent une mise au point très exacte.

Dans les tests à plusieurs lamelles (fig. 100), celles-ci sont au nombre de six et d'épaisseur dilTérente, mesurant respectivement 90, J20, loO, 180, 210 et 240 [x-

Dans les tests à une seule lamelle (fig. 101), celle-ci est longue et étroite; elle est taillée de telle sorte ({ue son épaisseur augmente légèrement et progressivement d'une extrémité à l'autre. Les deux faces ne sont donc pas parallèles, mais forment entre elles un angle très aigu. La valeur de l'épaisseur est indiciuée, en centièmes de millimètre, par une échelle tracée sur la lame porte-objet. Cette échelle, qui varie nécessairement un peu pour chaque test, commence aux environs de 90 a et se termine au delà de 200 (j,. Dans les deux sortes de tests, on trouve donc toutes les épaisseurs correspondant aux lamelles du commerce et aux corrections des objectifs.

Examinons d'abord un objectif de y rande ouverture, muni d'un oculaire fort, au point de vue de la correction sphérique. Il suflit de le mettre au

FifT. 100. — Test d'Abbe à six lamelles.

point sur les dilîérentes parties du test et d'examiner, dans la partie centrale du champ, la qualité des images, en se servant alternativement de l'éclairage central et de l'éclairage oblique. Nous avons vu, en étudiant l'appareil d'éclairage (p. 29), qu'on produit l'éclairage oblique en décentrant le porte-diaphragme au moyen d'un pignon particulier : ce déplacement doit être fait perpendiculairement aux lignes du test. On s'assure de la direction des rayons lumineux et de l'ouverture du cône éclairant, en enlevant l'oculaire et en examinant dans le tube la répartition de la lumière. Toute l'ouverture de robjectii' doit d'abord être éclairée; on diaphragme un peu ensuite, si c'est nécessaire.

Si l'aberration sphéricjue est parfaitement corrigée, pour une épaisseur de lamelle correspondant à un endroit donné du test, les stries doivent rester parfaitement nettes, dans la partie centrale du champ, sans bords

Abk's Test-Platte

Cari Zeiss Jena

Fig. 101. — Test d'Abbe à uno lamelle.

flous ni franges laiteuses ou nébuleuses, quelle que soit la direction de l'éclairage. Quand on passe de la lumière centrale à la lumière oblique, on ne doit pas être obligé de modifier la mise au point. Si ces conditions ne peuvent être réalisées pour aucun point du test, c'est que la correction des aberrations de sphéricité est défectueuse. Elle pèche par excès dans la zone mju'ginale quand, en lumière oblique, les contours sont bordés de franges laiteuses ou nébuleuses; elle pèche par défaut lorsque les franges laiteuses sont absentes et la netteté impossible à obtenir. La nécessité de changer la mise au point, lorsqu'on passe d'un éclairage à un autre, prouve qu'il y a une différence de niveau entre les images formées par les rayons centraux et obliques. Cette différence provient d'un manque d'équilibre entre les diverses zones de l'objectif.

L'examen de la correction chromatique se fait en lumière oblique et repose sur l'aspect des franges colorées. Pour les objectifs achromatiques, on ne doit voir, au milieu du champ, que des franges colorées étroites, dont les couleurs sont complémentaires de celles du spectre secondaire : d'un côté vert jaunâtre à vert pomme, de l'autre violet à rose. Ces franges sont d'autant plus pures que l'aberration sphérique sera mieux corrigée. En cas de correction chromatique insuffisante, on verra apparaître du bleu et du rouge. Pour les objectifs apochromatiques, les couleurs dues au spectre secondaire doivent disparaître dans la partie centrale du champ.

Ce que nous venons de dire a trait aux objectifs à grande ouverture. Pour les autres, les dilférences d'épaisseur du couvre-objet sont peu sensibles, sauf pour les grandes variations.

Nous avons eu soin de n'observer que la partie centrale du champ. En effet, pour les points situés en dehors de l'axe, la qualité des images

ne dépend plus uniquement de la correction des aberrations. Elle est alors influencée par les différences de grossissement entre les difîérentes zones de l'objectif. C'est ce qu'on a désigné, bien à tort, sous le nom de défauts de courbure. Nous avons vu plus haut (p. 57) que les meilleurs objectifs ne peuvent être exempts de ces défauts lorsque leur ouverture numérique est grande.

Ces expériences démontrent de la façon la plus nette que la qualité de la définition est proportionnelle à la valeur des corrections.

A défaut des tests dWbbe, on pourra se servir, pour apprécier la définition des objectifs, de préparations présentant des détails très fins. Chacun les choisira suivant les études particulières auxquelles il se livre. Citons par exemple : les poils de Souris, les ponctuations des vaisseaux des Conifères, les trachées des Insectes, les fibres musculaires striées des Insectes ou des Vertébrés, les écailles des ailes des Moustiques, les écailles des ailes de Papillons ou les carapaces de Diatomées à ornements bien définis, les granulations des leucocytes, les Trypanosomes ou les parasites du paludisme colorés au Romanovsky, les Infusoires conservés dans le formol, etc. Personnellement, pour éprouver la définition des objectifs, j'examine successivement les écailles des ailes du Ciilex pipiens, les trachées du siphon des larves de Culex^le tout monté au baume, puis un 7'n/panosoma Lewisi ou Brucei et un Plasmocliumvivax colorés au Romanovsky, et enfin un Infusoire,de préférence le Balanlidium coli, conservé dans le formol.

On doit distinguer avec la plus grande netteté : les stries des écailles des ailes de Culex; les tours de spires des trachées du siphon de la larve ; le blépharoplaste, le noyau et le flagelle du Trypanosome, les granulations de Schûffner du Plasmodium vivax, les stries longitudinales hérissées de cils du Balantidium.

m. — VÉRIFICATION DU POUVOIR RÉSOLVANT

Nous savons (p. 58) que le pouvoir résolvant est la propriété que possèdent les objectifs de montrer les détaifs des fines structures, par exemple de permettre de distinguer nettement les unes des autres des stries très délicates. Nous avons vu que ce pouvoir était directement proportionnel à l'ouverture numérique; mais, bien entendu, il dépend aussi de la perfection des corrections, aussi faut-il savoir le vérifier pratiquement, sans s'en rapporter exclusivement à la valeur de l'ouverture.

On se sert pourcela, soil truii tesl artificiel, en res})èce les plaques (le Nobert, soit d'un test naturel, généralement une Dialomée de structure très délicate et présentant des stries d'une grande finesse.

Les plaques de Nobert sont des porte-objets sur lesquels le constructeur traçait 19 systèmes de raies, distantes, pour le premier système, de un millième de ligne (2 [x 23) et, pour le dernier, un dix-millième de ligne (0 [X 22). Dans les derniers systèmes, les raies sont donc si rapprochées qu'on n'arrive pas à les distinguer nettement, même avec les plus

forts objectifs. Nous n'insisterons pas sur ce genre de test dont l'emploi ne saurait être courant.

Les tests naturels les plus faciles à se procurer et les plus fréquemment employés sont les écailles des ailes de V Epinephele janira et surtout, parmi les Diatomées, Pleurosigma angidatum et Surirelln gemma. Il est rare que les constructeurs ne livrent pas avec le microscope une préparation de Pleurosigma ou de Surirella^ suivant la puissance des objectifs.

1" Epinephele janira. — On choisit de préférence des écailles de la femelle, qui conviennent pour éprouver à peu près tous les grossissements. A 50 diamètres, on doit percevoir des stries longitudinales (fig. 102, i) dont l'écartement est d'environ 2 a; à 300 diamètres, ces stries sont devenues de larges lignes, entre lesquelles on voit apparaître (fig. 102, 2) de très fines stries transversales distantes de 1 \). environ; à 800 ou lOJO diamètres, les stries longitudinales forment de larges bandes obscures, sur lesciuelles se détachent des corpuscules arrondis; les stries transversales apparaissent comme des lignes doubles, séparées par des rangées de corpuscules arrondis aux angles et contigus (fig. 102, 3). En lumière oblique, ces derniers corpuscules donnent l'impression d'autres stries longitudinales. Les stries longitudinales correspondent au premier groupe de Nobert et les stries transversales au quatrième.

2" Pleurosigma angulatum. — Ce test, qui correspond au huitième groupe de Nobert, convient pour les grossissements de 200 diamètres et au-dessus. On doit voir trois systèmes de stries (fig. 103).

Le premier système est perpendiculaire à la nervure médiane ; les deux autres sont obliques par rapport à cette nervure, inverses TuR par rapport à Tautre et se croisent sous un angle

Fig. 10-2. — ticaille de l'aile de V Epinephele jftnira. 1, x^O; 2, X 300 ; 3, X 1000.

d'environ 08°. Ces stries sont distantes d'environ 0 ;j., 3. Avec un objectif à sec donnant 500 diamètres, on ne voit bien ces trois systèmes qu'en employant l'éclairage oblique. Avec un bon objectif à immersion, on doit arriver à les résoudre avec l'éclairage central.

En réalité, la carapace de ces Diatomées paraît, à un très fort grossissement, couverte de perles rondes et brillantes, qui correspondent probablement à des cavités. C'est l'ordonnance régulière de ces perles qui donne aux espaces qui les séparent l'apparence de stries. Les perles paraissent brillantes ou obscures suivant qu'on relève ou qu'on abaisse rol)jectif.

3° Surirella gemma. — Cette Diatomée, dont la structure est extrêmement délicate, ne convient que pour l'examen des objectifs à immersion. A un faible grossissement (fig. 104), on aperçoit une nervure médiane, de chaque côté de laquelle partent des nervures transversales irrégulièrement disposées.

Entre ces nervures et parallèlement à elles se

trouvent de très fines lignes transversales, distantes d'environ 0 a 44. Avec les plus forts objectifs, ces stries se résolvent en rangées de perles ovales, mesurant 0 [x 44 sur 0 a 38. En lumière oblique, dirigée perpendiculairement à la nervure médiane, on voit apparaître, en outre, de très fines stries longi-

M. Langeron. — Précis de Microscopie. 12

Fig. 103. — Pleurosigma angiclatum.

— Original.

Fig. 104. — Surirella gemma.

liulinales assez irrégulièrcs. Cette apparence est due à ce que les perles sont ordonnées suivant le sens transversal, mais non suivant le sens longitudinal. Le Surlrella gemma correspond, comme difficulté de résolution, au dixième groupe des plaques de Nobert. Remarquons, pour terminer, (jue les objectifs forts ne doivent pas être appréciés au même point de vue que les objectifs faibles. Pour les premiers, il faut surtout s'attacber au pouvoir résolvant, par conséquent cboisir parmi les objectifs à grande ouverture numérique. On peut dire en quebjue sorte Tinverse des objectifs faibles : si leur ouverture numérique est trop considérable, lesdéfauts que nous avons signalés p. 57 pour la zone marginale deviennent très apparents. D'ailleurs, pour ces objectifs de faible puissance, le pouvoir résolvant a beaucoup moins d'importance. Certains constructeurs, par exemple Zeiss, fabriquent deux séries d'objectifs à sec possédant des ouvertures numériques différentes (A et AA, D et DD); il y a quelquefois avantage, pour le travail courant, à choisir ceux dont l'ouverture numérique est plus faible.

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