‹ Précis de paléontologie humaineChapitre 33 sur 40 · DESCRIPTION DU PREMIER CRANE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU PREMIER CRANE

loyenne; la suture sagittale est en partie tout aussi simn partie formée de grosses dentelures. Une rigole proît large existe vers le tiers postérieur de cette suture trous nourriciers des os, bien que petits, sont visibles IX côtés et très-rapprochés de la suture.

1 décote, ce crâne fournit dans la région temporale des larités tout aussi caractéristiques que celles de la face. te ici un antagonisme évident entre le développement partie antérieure qui est faible et le développement de tie moyenne et postérieure. La fosse temporale est Lvement profonde dans sa partie post-orbitaire, particuqui s'accorde avec le grand développement de Tapoorbitaire externe.

a grande aile du sphénoïde, inclinée dans ses bords it en arrière, présente une forme triangulaire dont la j est tournée en haut et en arrière. Du côté droit, cette ) est séparée par une grande suture de la grande partie île du sphénoïde- Le coronal a un léger bourrelet en le cette aile. La tempe est très-bombée dans sa partie paî au-dessus de Técaille temporale qui, de son côté, est élevée, aplatie et triangulaire. Tout cet ensemble donne ^gion temporale un aspect légèrement cunéiforme. L'os re est incliné de haut en bas et de dedans en dehors . gnes demi-circulaires se limitent au frontal et aux parié- EUes remontent vers le sommet du crâne où .les supé- 3s sont très-peu prononcées, si ce n'est quand elles se mX en contact avec le coronal ; les inférieures ont d'autre me légère saillie.

L'arcade zygomatique est en courbe très-saillante, et les hyses mastoïdes, médiocrement développées, sont dirien avant et ont une large fosse à contours arrondis pour che du muscle digastrique.

L'ouverture des conduits auditifs est elliptique, assez large rigée plutôt de dehors en dedans que d'arrière en avant. Le crâne se rétrécit faiblement vers l'occiput. Il est bon lire remarquer que la faible hauteur de ce crâne s'obî principalement en le regardant latéralement.

3o0 DESCRIPTION DU PREMIER CRANE. [Ghap. Xi.

» L'occiput est un peu carré, incliné de haut en bas, et d'avant en arrière avec une légère saillie de Técaille occipitale en haut de l'épine. La partie de l'écaillé en haut de l'épine est légèrement bombée et jointe à angle droit à la partie inférieure où s'attachent les muscles. Les bords de ces attaches forment un grand arc de cercle. Il existe entre les lignes demicirculaires supérieure et inférieure, une petite dépression à côté de la crête occipitale. La partie comprise entre la ligne demi-circulaire inférieure et le trou occipital est bombée. La grande courbure de l'écaillé occipitale d'arrière en avant dans sa partie inférieure entraine une distance assez notable du trou & la tubérosité occipitale qui se trouve à peu de distance de l'angle lambdoïde. Néanmoins, dans ses contours Tocciput est carré, mais terminé en pointe à l'angle lambdoïde. La suture lambdoïde, simple à son angle, offre un grand nombre de petits osselets intercalés des deux côtés. Du côté droit entre le pariétal et l'occipital, il existe un os wormien. Les impressions laissées par les muscles du cou, bien que visibles, ne sont pas très-profondes.

» Vu par sa base, le crâne montre un trou occipital trèslarge en forme de losange à angles émoussés, des condyles occipitaux en forme d'ellipse relevée en avant et très-saillants. Le bord antérieur du trou occipital est placé un peu plus bas que le bord postérieur et la voûte palatine.

» L'occipital est très-large en arrière et assez incliné de bas en haut. La direction des parties rocheuses du temporal est presque droite de dehors en dedans.

> Les cavités glénoïdes sont peu larges, mais profondes dans leur centre. La partie basilaire du sphénoïde est trèslarge. On remarque en outre la grande largeur des arcs zygomatiques, tandis que les ailes ptérygoïdes du sphénoïde sont évidemment petites.

j> Le palais osseux est d'une profondeur médiocre. L'arc dentaire est parabolique. Il n'y a pas de trace de suture incisive. Les alvéoles sont courtes et presque verticales. Les dents qui sont restées attachées au crâne sont la première molaire à droite et les trois molaires à gauche. Les couronnes de ces

:i.] DESCRIPTION DU SEOOND CRANE. 351

sont un peu usées. L'usure est plus prononcée sur les ;ules internes que sur les tubercules externes. Les deux ères molaires ont quatre tubercules seulement. La dent ;esse est très-petite. La première molaire est visiblement rande que la seconde.

a mâchoire inférieure qui nous a paru se rapporter à ce , ne possède que la moitié de la branche horizontale e. Elle est petite, légère, mince, à menton arrondi, mais tement pointu et saillant en bas. La hauteur du menirpasse un peu celle de la branche horizontale, qui est ) et dont le bord inférieur monte un peu dans sa partie îeure.

a branche montante a une forte inclinaison ; elle est î, relativement large, et porte à sa face externe une forte ission musculaire. Son angle est plutôt tourné en de- L' apophyse coronoïde est plus courte que la branche du 4e. Celui-ci est peu large, mais épais et pourvu à sa face le d'une fosse assez déprimée par les muscles ptérygoï- •

L la face interne de la mâchoire, on remarque une longue ssion et les apophyses géni divisées sans crêtes interméïs horizontales.

.e peu de longueur de la branche horizontale s'explique Ttie par l'absence de la dent de sagesse. Il n'y existe que remières molaires ; elles sont plus usées que dans la mae supérieure. »

crâne n° 2 (fig. 92, 93 et 94) est généralement à peine lycéphale (d. a. p. 172, d. tr. 140, ind. céph. 81,39); il est acrocéphale (diam. vertical 149). La face est reuablement aplatie et pyramidale (1). « Il diffère dans son nble du crâne n® 1, sous deux rapports principaux : )rd, le crâne cérébral est loin d'être comprimé dans le vertical, il est, au contraire, fort haut; par suite de cette

M. Prûaer-Bey appelle pyramidale toute face « dont le triangle, rdiant les lités de la région malaire da front, a une large base. » Les faces de Cro- »n sont ainsi dites fyram%daU$, comme celles de Fnrfooz, et c'est un des de conta«u que cet anthropologiste croit avoir trouvés entre ces deux races, it quelques-uns paraissent acceptables.

31» DESCRIPTION DD SECOND CflANE. [Cup. XI.

conformation, ta face est relativement moins élargie et ud peu plus allongée ; d'autre part, le prognathisme alvéolaire est, du moins en apparence, plus prononcé, et les alvéoles sont plus allongées.

FIg. Oî, — Demième trine du Tfou-du-Froniai, v Fig. 93. — L« niiiiif, »a pir dorriÈrt, FIg. Si. — Le même, id d'en hanl.

» Ilest bon de faire remarquer, en outre, que les bosses pariétales sont bien saillantes ; l'occiput est presque aplati dans le sens vertical ; son écaille est triangulaire ; la partie située

^I.] MAXILLAIRES INFËRIEURS» ETC. 3S8

^ssous de l'épine est très-courte, et le trou occipital est nement reculé.

^'un autre côté, le front est mieux développé que dans le le sommet est ovale, un peu plus voûté; les tempes sont s proémineutes ; le bourrelet du coronal, derrière l'apo- ) orbitaire externe, est plus prononcé ; le nez est compaîment moins relevé et plus étroit en haut, mais plus i en bas. Pour le reste, les deux crânes s'accordent. Ce crâne n® â du Trou-du-Frontal ne possède que trois ires du côté droit dans la mâchoire supérieure. Ces >, de grosseur normale, sont usées presque circulaire- ;. Il ne reste de la mâchoire inférieure que le rameau iontal droit avec le menton. Les trois dents molaires sont [ue de volume égal; le menton, à peu près vertical, est large que dans la mâchoire n^ 1, les caractères sont leurs les mêmes pour la face interne.

Le crâne n° 1 doit avoir appartenu à un jeune individu ; )S les sutures sont encore ouvertes, les attaches muscus sont peu prononcées sur les os, et les dents ne sont pas usées qu'on ne le remarque chez les individus d'un âge avancé des anciennes peuplades sauvages. Il nous paraît c'est un crâne mâle, à cause des traits de la face qui sont ment accusés. Le crâne n° 2 doit avoir appartenu à une ne d'une trentaine d'années. Toutes les sutures sont ou- )s, mais les dents sont plus usées que chez l'homme (!).]> ^ec ces deux têtes, M. Dupont a trouvé au Trou-du-Frontal ;ertain nombre de fragments de crânes et de faces parmi uels quatorze maxillaires inférieurs plus ou moins incom- 3, dont quelques-uns sont fort intéressants, car ils se mt directement les uns aux autres par leurs caractères tomiques, et permettent de rattacher, par voie de transi- , la mâchoire de la Naulette et la mâchoire d'Arcy précédent décrites à ce groupe dont la variabilité atteint ainsi certaine étendue, e n^ 6 de cette collection, décrit et figuré dans le premier

Pruner-Bey, op. Dnpont» mèm. cit, p. 7-12.

HAUT. — PALIRONT. HUM. 23

35Jr OSSEMENTS HUMAINS DU TROU-ROSETTE. [Chap. XI.

volume des Notides préliminaires de M. Ed. Dupont, est particulièrement intéressant à ce point de vue spécial (1).

Les os du bassin n'ont rien offert de particulier. La cavité èlécrânienne des humérus est perforée dans une proportion considérable que M. Ed. Dupont évalue à 30 pour 0/0. Les fémurs ont la ligne âpre forte, mais aplatie, les tibias sont prismatiques et triangulaii^s.

Cette race, différente à bien des égards de celles que nous avons décrites dans les précédents chapitres, vivait au Trou- Rosette, dans les mêmes conditions et à la même époque que dans le Trou-du- Frontal. M. Ed. Dupont a recueilli dans cette cavité, avec dés maxillaires inférieurs et des os longs semblables à ceux dont il vient d'être parlé, une voûte de crâne que M. Prûner-Bey décrit de la manière suivante. « Ce crâne est volumineux et assez massif. L'épaisseur du frontal et celle du pariétal sont notables. Les sututes sont grossières. Il est arrondi dans tous les sens, même au sommet, et les attaches des muscles sont peu prononcées. Les bosses pariétales sont très-larges, aplaties, placées en haut et en arrière des tempes. L'écaillé occipitale remonte fort en haut pour former l'angle lambdoïde (2). » La circonférence horizontale est de 560"°*, la plus grande longueur mesure 180*°*, la largeur maximum est de 155, et l'indice céphalique atteint 861.

Théories de M. Prttner-Bey.

Nous avons cru devoir reproduire dans presque tous leurs détails les descriptions crâniennes de M. Prûner-Bey, car c'est dans rétude des pièces que M. Dupont a soumises à son examen, que cet anthropologiste a puisé les arguments principaux de la thèse ethnologique qu'il soutient.

Autour de ces pièces, M. Prùner a fort habilement groupé un certain nombre de fragments osseux quaternaires dont la détermination anatomique ou chronologique restait pleine

(1) Ed. Dupont, Étude sur les fouilles scientifiques exécutées pendant Chiver del86M866, p. 23.

(2) Ed. Dupont, Ethnogr.cit.y p. 2i.

Chap. XI.] THÉORIES DE H. PRÛNER-BEY. 355

d'incertitudesl^l), et il s*est efforcé de prouver que cette race brachycéphale a, la première, peuplé l'Europe. On a vu par ce qui précède, que des hommes d'un tout autre type ont précédé dans nos contrées la petite race, dotot la découverte de Clichy nous a permis de fixer approximativement la date d'apparition.

Tandis qu'il prenait à Retzius sa théorie sur les aborigènes de l'Europe occidentale, H. Prûner empruntait à Serres son parallèle des prétendus aborigènes de Précy-sur-Oise et des Kalmouks de 1814 (2).

Des troglodytes de la Lesse comme de ceux du Midi de la France, H. Prûner a fait des Touraniens. Dans les petites séries qui ont passé sous ses yeux, ce savant a cru reconnaître des Lapons, des Finnois, des Esthoniens, des Kalmouks, etc.; il a créé, pour caractériser ces divers fossiles humains, les mots Mongoloïde, Esquimoïde, etc. Dans ce qu*eUes ont de général, les théories de M. Pruner-Bey ont un assez grand degré de vraisemblance. Il nous paraît, comme k MH. de Quatrefages, Carter-Blake, Le Hon, etc., que les caractères anatomiques des races de Furfooz et de Cro-Hagnon doivent leur faire prendre place dans le groupe hyperboréen.

Dans l'état actuel de nos connaissances, aller au delà ne serait-il pas téméraire ? Les Lapons, les Esquimaux, les Esthoniens, les Tchoutchis, etc., ne nous sont connus que par un très-petit nombre de pièces, et les recherches de Hueck, de Retzius, de Van der Hoven, de MM. Guérault^ Welcker, de Baër, de Quatrefages, Broca, Bertillon, etc., appellent, de Taveu même de ces savants, des travaux plus complets.

Ethnographie eomparée.

L'hypothèse de Serres, développée par MM. Prûner-Bey, de Quatrefages, Paul Gervais, etc., ne s'appuie pas sur les seules considérations anatomiques : elle repose sur des données

(1) Voyez plus haut, p. 33o, 340. — Cf. Congr, Intem,, 2« sess., p. 348 et suir.

(2) Serres, Note sur la paléontologie humaine. (Compt. îïend, Acad, Se, t. XXXVII, p. 520, 1863.

356 ETBHOGRAPHIE COHPARtiB [Chu. XI.

ethnograplùqnes fort ÎDtéresEatites, à peu près inconnues II y- a une TÏngtaine d'années.

H. S. .Nil&son, âès 1834, avait appliqué la méthode comparative à l'archéologie; mais ses premiers écrits sur la matière, rédigés dans une langue difficilement accessible (1), n'avaient pas eu le succès qu'ils méritent. Cette branche de l'ethnogra-

Flg. 9H. Fig. 86.

phie s'est enrichie depuis lors des recherches de Boucher de Pertbes, de Uorlot, de HM. Tylor, Schoolcraft, Lartet et Christy, Lûbbock, etc. Et des écrits spéciaux, auxquels ont donné lieu ces comparaisons ethniques, il est ressorti cette conclusion que c'est au sein des peuplades qui habitent au-

Chap. XI.] APPLIQUÉE A L'AGE DU RENNE. 357

jourd'hui les régions polaires, avec un renne qui paraît identique à celui des stations de France, de Suisse, etc. , que c'est, disons-nous, au milieu de ces peuplades qu'il faut aller chercher la demi-civilisation qui, dans l'évolution des races humaines, représente l'état moyen de développement qu'ont atteint les troglodytes dont nous avons fait l'histoire.

L'enquête ethnologique que nous avons précédemment instituée, à propos des habitants de nos contrées pendant Vdge du mammouth, nous a conduit à les rapprocher d'un certain nombre de tribus océaniennes. Si nous comparions, au même point de vue, la civilisation de l'âge du bronze à quelque autre civilisation, c'est aux Européens d'aujourd'hui que nous serions forcés de nous adresser, dans la plupart des cas, pour trouver des phénomènes identiques.

Le troglodyte des derniers âges quaternaires occupe une situation intermédiaire dans l'échelle des races humaines, comme il se place dans le temps entre l'un et l'autre de ces deux grands groupes de peuples préhistoriques. C'est au rameau hyperboréen qui, dans les classifications ethniques, occupe généralement un rang moyen, que l'étude des manifestations industrielles et artistiques des derniers indigènes de l'Europe quaternaire nous conduit à les rattacher.

Sans doute, quelques-unes des précieuses reliques qu'ils nous ont laissées présentent des analogies intimes avec des objets d'un usage commun dans presque toutes les contrées habitées. L'utilisation de la pierre est générale, et presque partout elle produit des formes semblables. Si nous examinions l'arsenal des sauvages actuels non métalliquesy comme les appelle sir J. Lubbock (1), chez presque tous nous trouverions un percuteur, des couteaux, des perçoirs, des flèches en silex, plus ou moins retaillés. Certains instruments d'os de nos dépôts quaternaires ont été en usage dans presque tous les pays sauvages. L'os appointi a partout fait une arme trèsappréciée dont la forme a peu varié. Le poinçon des Eyzies se retrouve à peine modifié en Océanie. L'os fusiforme de la même station, emmanché obliquement au bout d'une hampe

(1) J. Lubbock, op, cit., p. 337.

agg ANALOGIES NATDRfiLLES DES INDUSTRIES SAUVAGES. [Cstr. XI.

de bois dur, fooriiit a|i Polynésien une flèche à bubillon. Presque tous les pei^Ies pêcheurs ont connu le harpon Fi|.s7. Fig. 98. à dents récurrentes, taillées

d'un seul cdté ou suises deux bords. L'instrument représentéci-contre(fi6. 98) aeiisté avec des variations de forme jnsigniûantes en Océanie, dans l'Amérique du Nord, à h Terre -de -Feu, etc. Les pièces d'enfilage, os, dents, coquilles , sont de tous les temps et de tous les pays.

Ces analogies s'expliqueraient, suivant MU. Nilsson et Hortot, par cela même que les sauvages, quelque séparés qu'ils soient par le temps, par l'espace et par la race, se trouvent sous le poids des mêmes nécessités naturelles.

Placés dans des circonstances analogues, et guidés par un instinct commun, ils agissent d'une manière semblable, et façonnent des objets de for< mes à peuprës identiques (1).

Cette prpposition, exacte dans ce qu'elle a' de plus général, ne se vérîûe plus quand on entre dans le détail des observations ethnographiques. Et en ce qui touche aux

(l)NilESOD, op. <if.,p, 136 et

Ghap. XI.] INSTRUMENTS DE PIERRE DES HYPERBORÉENS. 359

dernières populations quaternaires 4oBt nous (^e^hf^^ti^ la place dans réchelle des races humaines, nous sp];nmes obligés, ainsi que nous Favons dit plus haut, de limiter qos comparaisons au groupe hyperboréen.

Dans Textrême Nord seulement, en effet, nous trouverons actuellement reproduits, dans tous leurs détails, les instruments de pierre et d'os que nous avons décrits dans les chapitres qui précèdent. Et c^est seulement chez ces peuplades arctiques que nous constaterons l'existence actuelle d'usages qui rappellent ceux que l'étude des stations humaines de Ydge du renne nous a appris à connaître. ^

Transportons-nous chez les Lapons, les Esquimaux, ou les Tchoutchis, nous trouverons entre leurs mains les armes et les outils des grottes et des abris de la Yézère, de la Lesse, etc. Le couteau à soie plus ou moins finement travaillée, se fabrique en Laponie et au Groenland, comme il se fabriquait à Laugerie-Haute ou à Saint-Hartin-d'Excideuil (1). Le grattoir des Esquimaux (fig. 96), plus ou moins habilement monté, est presque identique à ceux des Eyzies, de la Madelaine, etc. (2).

Ces rapprochements sont plus frappants encore quand ils s'appliquent aux instruments en os. Tout ce matériel si particulier que Ton a exhumé des stations de France, de Belgique, de Suisse, de Wurtemberg, est encore usité aujourd'hui chez les hyperboréens, avec des différences peu sensibles, qui sont d'ailleurs presque toujours en faveur des anciens habitants de notre sol.

Une pointe en os sublozangique, à peine mieux travaillée que celle du type d'Aurignac, arme le bident du Groënlandais (3).

Le poinçon et le lissoir du même type ressemblent à ceux des Esquimaux actuels. De même le harpon du type des Eyzies a ses analogues dans l'industrie hyperboréenne (4) qui,

(1) Mus, de Saint-Germain, salle I. — Cf. Lubbock, op. cU., fig. 153, 154.

(2) Voyez plus haut, fig. 68^ p. 287.

(3) JIftM. Roy, Ethnogr, de Copenhague. — Nous avons pu, grâce à l'obligeance de M. Schmidt, étudier une belle série de pièces détachées de cette collection en faveur de TExposition Internationale de pèche de Boulogne-sur-Mer (1866).

(4) Cf. Ed. Lartet et H. Christy, Reliq. Aquitan. Descript. of tfie pi., p. 50 et fig. — Nilsson, op. cit.y pi. III, IV.— Lubbock, op. cit., p. 411. — Jfw. Ethn. de Copenhague. — Mus. de Saint-Germain, salle I. — Etc.

3(K) INSTRUMENTS, ETC., EN OS DES HTPERBORÉENS. [Ghap. XI.

en substituant le fer à Tos, a maintenu leur forme primitive à ces ustensiles de pêche. Il en est encore ainsi des pointes en os, des spatules, des aiguilles, etc.

Fig. 09.

Fig, 100.

Fig. 90 et iOO. — Pogamigin des Indiens des bords da ileave MaeiLenfie. (Al. Andersen.)

Au bâton de commandement de la Madelaine, correspond

Chap. XI.] GRAVURES DES TCHOUTGHIS. 86i

le pogamagan du fleuve Hackensie (1), à la pointe de dard, de Furfooz, celle des Eamschadales (2).

Ces divers instruments sont généralement dépourvus d'ornements. Le pogamagan est cependant décoré d'un filet et MM. Andersen et Gruner ont figuré pour les Reliquiœ d'autres pièces à peu pràs semblables, de Sitka et de Laponie (3). Le sentiment décoratif, rare chez la plupart des sauvages de l'Extrème-Nord, a pris cependant un certain développement dans quelques tribus de la Sibérie Orientale et de rAmérique- Russe. Et Choris, qui les visitait il y a une cinquantaine d'années, ChoriSi un artiste que ces manifestations plus ou moins artistiques intéressaient tout particulièrement, a rapporté du golfe de Kotzebûe d'intéressants croquis qui nous mettent en présence d'objets gravés et sculptés, que des liens intimes rattachent à ceux qu'ont fournis les grottes du Midi de la France (4).

Sur un bâton d'ivoire de morse, par exemple, un Tchoutchi a dessiné tout un troupeau de rennes (fig. 101) dans des attitudes variées, puis un bateau à voile monté par quatre pécheurs. L'un d'eux, hissé à la corde, menace de son harpon un cétacé dont l'évent lance un jet (S). La chasse au morse, la chasse au phoque sont représentées plus loin.

Un autre bftton de la même matière montre trois canots sans voiles, assaillant trois baleines. Le harponneur est à l'avant, prêt à lancer son trait (fig. 102). Plus loin, trois hommes poursuivent trois renards, un naturel chasse un phoque, un autre harponne un morse, etc., etc. Puis ce sont des peaux d'animaux suspendues par la tête, des ossements formés d'un cercle et d'un point, etc.

La sculpture est représentée dans les planches de Choris par quelques statuettes qui, comme à Bruniquel et à Laugerie- Basse, sont des reproductions animales. Ces statuettes sont destinées pour la plupart à orner et à protéger tout à la fois

(1) Rdiq. Aquitan,, fig. 15, p. 37.

(2) Reliq, Aquitan. Ducript. ofthepl., fig. 17^ p. 68.

(3) Ibid., fig. 32, 34, 36 et 36, p. 51, 54.

(4) Voyez pins haut, ch. X.

(5) Ghoris, Voy. pUU autour du monde, Paris, 1820, in-folio, pi. IV.

BU CRAVURB8 DES TCOOUTCBig l^"- XI-

Fig. 101. — Baion d'IvoLre de morse, des Tchanlcbls du golfe de Kolzebûc. av«c gravures reyrcscnlaDl

Ghaï. XI.] SCULPTVIIGS DES TCHOUTGHIS. M3

la personne des che^. Ce sont presque loujoun de véritables

amulettes qu'ils portent sur leur chapeau de bois, à la façon

Fig. 103.

Fis-

u ta\1t de KoUebât, repièsenL

du roi Louis XI. Elles représentent le renne [fig. 103), le renard, le phoque, le morse, l'ours maritime (fig. 104), une baleine, des oiseaux, etc. (1).

Fig. 104.

Le renne est si mauvais qu'on a peine à reconnaître dans (1) Cbaris, Qp. tit., pi. V, Sg. 1, 1, 3, 4, etc.

3Si SCULPTURES DBS TCHOUTCHIS. [Cup. XI.

cette figure l'animal qu'ont si bien rendu les sculpteurs de la Dordogne et dii Tam-et-Garonne. L'ours blanc, quoique trèsgrossier encore, est moins éloigné de la vérité. Quelques-uns des traits caractéristiques de cet ursidé sont même rendus arec une exactitude relative : la léte longue, le front plat, l'occiput presque sans saillie ; le museau en pointe, les oreilles à peine indiquées; tout cela est bien d'un ours maritime. L'ensemble est cependant moins que médiocre. Et quelque soignés que soient, à cdté de ces statuettes, les petits phoques couchés sur le porte-hameçon de chef que nous figurons d'après la curieuse pièce que possède le musée de Boulogne, ils sont encore loin d'égaler les sculptures quaternaires dont nous avons précédemment donné la description.

Fig. lOS.

Cet art de l'extrême Nord est donc un art en décadence, mais ses produits sont de même ordre que ceux des trc^lo- dytes dont nous cherchons S établir les affinités. Il y a là une caractéristique dont l'importance ne saurait échapper aux ethnographes.

Si nous passons à l'étude des mœurs et des usages des populations du Nord, nous constaterons encore les mêmes analogies. Les principales traces qu'aient laissées de leur séjour dans nos contrées les troglodytes, depuis Aurignac

Ghap. XL] MOEURS ET USA6BS DES HTPERBORÉENS. 305

jusqu'à Chaleux, sont les os qu'ils incisaient en si grande quantité pour en extraire la moelle. Or Morlot rappelle à ce sujet que c chez les Lapons et les Groënlandais la moelle, encore chaude de la chaleur naturelle de l'animal, est une des plus grandes friandises et un morceau d'honneur que l'on présente à l'étranger et aux employés du gou- Yernement (1). »

Commô nos habitants des grottes, les Samoïèdes brisent les crânes pour manger la cervelle crue et encore fumante. Dé cette matière cérébrale, les Indiens de l'Amérique du Nord font une lessive pour préparer les peaux (2) . . Certains Esquimaux font bouillir leurs liquides avec des pierres chauffées. Tout porte à croire, ainsi que nous Tavons dit, que tel était l'emploi d'un grand nombre de cailloux apportés de loin dans leurs grottes par les indigènes de l'Europe occidentale (3).

Suivant Kane, Parry et Ross, ces mêmes Esquimaux font le feu taùtôt par friction, comme aux Eyzies, tantôt par percussion sur la pyrite de fer, comme à Chaleux (4).

Aux grottes quaternaires, où s'accumulaient progressivement tant de restes organiques en décomposition plus ou moins avancée, correspondent les habitations d'hiver décrites par Hans Egedes, véritables charniers où se trouvent entassés les chairs crues et les graisses des mammifères et des poissons, et des résidus de toute sorte répandant une odeur insupportable. Dans le Nord, comme autrefois en France, les sauvages placent près du défunt ses ustensiles et parfois des parties d'animaux. Mais . quand les renards et les chiens ont déterré le cadavre, les naturels regardent cette profanation avec la plus profonde indifférence. On trouve fréquemment dans les stations du Périgord des os humains dispersés. Les Esquimaux laissent de même, au milieu des débris du renne, du cheval, etc., les ossements de leurs morts gi-

(i) Morlot, Études géologieo-arehéologigues, etc. (BuU. Soc, Vaud, Se, Kat., t. YI, n« 46, 1860. — Lartet, op. eit, p. i87. » Lubbock, op. cit,)

(2) Pallas, op. eit,, t. Y, p. 168. —Voyez pins haut, p. 36i, etc.

(3) Hearae, op, cit., ch. yii, p. 243.

(4) i, Lnbbock, op. ci<., p. 407. — Voyez pins hattt, p. 301 et 345.

3M POPULATIONS INTERMÉDIAIRES. [Ghap. XI.

éant près d^ leurs hû^s pêle-mêle avec ceux des animaux qui leur ont servi de nourriture (1).

Par leurs mœurs et par leurs usages, aussi bien que par leur matériel industriel et artistique, les Hyperboréens actuels paraissent donc voisins des troglodytes quaternaires de notre pays. Nous avons déjà dit qu*ils ne s'éloignent pas beaucoup de ces derniers par leur anatomie.

Ils continuent de nos jours, dans les régions circumpolaires, Vâge du renne de France, de Belgique et de Suisse, avec ses caractéristiques zoologiques, ethnographiques, etc.

Dans le temps comme dans l'espace, ces deux groupes de peuples sont rattachés Tun à l'autre par d'autres populations qui ont laissé des traces de leur passage dans la formation géologique qui a suivi le dépôt du quaternaire supérieur, sous des latitudes intermédiaires à celles de l'Europe centrale et des terres hyperboréennes.

Nous voulons parler des dépôts tourbeux du nord de l'Europe et de leur archéologie. Avec la fin des temps quaternaires, le renne, qui vivait encore au pied des Pyrénées, à Saint-Pierred'Irube, par exemple, disparaît coinplétement de notre pays. On le trouve encore dans les hauts niveaux de la Seine, à Levalfois; il n'y en a déjà plus le moindre vestige dans les dépôts tourbeux de Picardie, qui n'ont d'ailleurs jamais donné de débris d'industrie humaine antérieurs à la période néolithique.

Mais à cette époque le renne vit encore dans le Mecklembourg, où M. Lisch a rencontré ses débris (2), en Danemark, où M. Steenstrup a découvert ses restes (3)» en Scandinavie enfin, où M. Nilsson signale sa présence dans les tourbières scaniennes (4).

Et dans ces dernières, ou dans d'autres couches post-^a-*

fi) Hans, Egedes, A description of Groenland, citée par Ed. Lartet et H. Gbristy. {Ancienneté, Appendice, p. 116.) — J. LnbiMck, op. Ht., p. 417-418. — dîoris, op. cU.^yoyez plas haat, p. 314 et 330. — Cf. Lyell, Ancienneté, 2« édit., p. 208.

• {%) G. Lisch, Sur la période poet-diluviale eteur k renne dans le MecUembûurg. (Bull. Acad, Roy. de Belgique, %• sér., t. XXI, p. 136, 1866.)

(3) Cf. y. Schmidt, Le Danemark à VExposition universelle de 1867, Paris, 1868, in-8% p. 16.

(4) NilssoD, Us habitante primitift de la Scandinavie, édit. fr., 1868, p. 303.

Chap. XL] AGE DU RENNE SCANDINAVE. 367

ternaires, on trouTe le percuteur, les couteaux avec ou sans soie des Eyzies et de Saint-Martin, la pointe de lance de Laugerie -Haute, des harpons en os barbelés d'un seul côté, presque semblables à ceux du Périgord, un poinçon, un stylet, un sifflet de chasse, un bois d'élan enfin, percé d'un trou (1) et décoré de la figure d un animal qui rappelle les bâtons à gravures du type de la Madelaine.

Tout ce que l'on vient de dire tend à démontrer que certaines peuplades de l'Age du renne ont accompagné cet animal dans sa migration vers le Nord, et que quelques-unes des tribus actuelles des régions polaires descendent directement des derniers habitants quaternaires de l'Europe moyenne.

D'autres tribus ont continué à vivre dans les conditions défavorables que leur créaient les milieux modifiés de nos provinces.

Des hordes armées de la hache polie, surgissant au milieu de ces malheureuses peuplades, les soumettront très-aisément. Cette période d'envahissement brutal et de décadence matérielle représentera pour l'Occident préhistorique une phase comparable à celles qui ont suivi les invasions des Hycsos en Egypte, et celles des Germains au v« siècle de notre ère. Comme les barbares, les nouveaux venus qui sont peut-être les descendants des premiers dolichocéphales que nous avons étudiés, se modifieront peu à peu au contact des populations moins sauvages qu'ils ont mises sous le joug, et avec lesquelles ils se mêleront de plus en plus (Borreby (fig. 106 et 107), Chauvaux, Lombrive, Béthenas, Vauréal, etc.). Et sous l'influence de celles-ci, la pierre finement taillée (fig. 108) dont les dernières stations de Y âge du renne fournissaient parfois de si remarquables échantillons (2) s'unira à la pierre polie, que les envahisseurs ont apportée avec eux (fig. 109). Tandis que le travail de l'os se relèvera de sa chute, sans atteindre néanmoins le degré de perfection qu'il possédait auparavant.

La grotte funéraire des anciens jours et le monument en pierres brutes de la race nouvelle seront simultanément em-

(1) NiUson, ibid., pi. I, Il HF, IV, X!, XV.

(2) Voyez plus haut, p. 343.

868 . COHUENCEHBNT Iffl LA pAaiODB NfOUTHlQUE. \(^r. XI. p\ojés. Ce dernier qui est la manifestation la plus remarquable de la période néolithique se perfectionnera peu à peu. Àux-monuments formés d'énormes pierres irrégulières, sup-

Fig. toe

Fig. lofi et 107. — CrlM de Bombj, n de ctti ei

portant, comme de gigantesques piliers, une grande table horizontale (6g. 110), en succéderont d'autres, composés de pierres équairies, alignées avec un certain art (8g. Ul

Cbif, XI.] AGE DE U PISRSE POUE.

Fig. 109. -Hache polie 4eFraiiee,(CoUK!i.Chrl»iï.) '

370 HOHDHENTS HÉGALITHIQDBS. [Cur. XU

et 112). Ces azebitectes préhîstoriqnes, dont les traTaoz ont

sa résister à tant de causes de destruction, entrent ainsi à leur tour dans la voie du progrès un iastant abandonnée (!]•

(I) A. Hifan, Monnmenti Celti^ua de* meiroiu â« Lutarelia (Sâne-tt-Oiti), ht. in-S*, eilr. ÛMBuH.Soe.Parititnai ^ATdi.tl d'Hi*t.,l»6i, fig.*.

CBAt. XI.J ALLÉES COUVERTES A SCULPTURES. 371

Plus tard, ils couvriront de Sgures sculptées certaiaes allées couvertes (6g. 113] et ils élèveront à Stone-Henge le majestueux édi6ce(fig. 114) qui offre tant de points de ressemblance avec cet autre nionument préhistorique découvert par H. Mariette,

Fig. lli.

Fig, lit. — FoTtiqns de 1i Piem-TnrquiM. (Lnurdicj,)

à Gyzeh, et connu des égyptologues sous le nom de Temple rf«

sphinx (1] ; préludant ainsi à cette renaissance préhistorique

Fig. 113.

Fig. tl3.— Cuupe d« l'«llèe conterle de Gntflnii (HarblluM.)

dont Vdge du bronze et le premier dge du fer représenteront l'apogée.

Ainsi le développement de l'humanité, momentaDémeat ralenti dans sa marche, après cette évoluUon partiellement rétrograde, prendra une nouvelle activité. Du degré de X fittt d'inougunUio^ i» Canal dt Suez, Le Caire,

37S HONUHQIT DE STONE-HENGE. [CaiP. X

cmlisatîoQ que aous'aous sommes efforcé de ùân coonattre, l'homme s'élèvera lentement h une civilisation supérieure.

Fi(. lU.

. it StODA-Henge, retUart d'iprèi d'Ui

Le polissage de la pierre, rinvention du bronze, celle du fer marquent ses principales étapes sur la longue route qui se déroule jusqu'au seuil de l'histoire.

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