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CHAPITRE XI ET DERNIER

ÉPOQUB POST-PLIOCÈNE (SUITE ET FIN)

Derniers phénomôDes quaternaires. — Modifications climatiques et derniers animaux éteints. — Seconde partie de Tàge du renne. — Type de Ghaleux. — Ossements humains de l'âge du renne dans la yallée de la Lesse. — • Considérations empruntées à l'ethnographie comparée, — Aurore de la période néolithique. — Conclusion.

Derniers phénomènes quaternaires. — Nodllleailans ellmatlqnes et extinetlons Boologlqnes,

Une série de phénomènes, sur la véritable nature desquels les géologues ne sont pas d'accord, a clos les temps quaternaires. Un dépôt argileux, rougeâtre, mêlé de cailloux anguleux, a couvert une grande partie de TEurope, pendant que les dernières alluvions anciennes se superposaient dans les vallées aux strates des bas et des moyens niveaux. Puis, audessus de ce diluvium rouge, ainsi que l'ont nommé les géologues parisiens, un limon fin, loess supérieur ou terre à briques, s'est étendu à son tour comme un vaste manteau.

Des modifications profondes avaient lieu en même temps dans les milieux européens ; les conditions qui avaient favorisé l'existence de certains vertébrés dans nos contrées, prenaient fin d'une manière lente et graduelle et les animaux s'accommodaient ou succombaient, les uns après les autres, dans la lutte qu'ils devaient soutenir contre les éléments. Nous avons vu, dans les deux précédents chapitres, les espèces perdues diminuer de plus en plus en nombre, et la quantité d'individus de ces espèces devenir de plus en plus petite dans les stations où leurs débris sont mêlés à ceux que l'homme y a

342 DERNIERS PHÉNOMÈNES QUATERNAIRES. [Ghap. XI.

laissés lui-même. Un seul de ces animaux disparus subsistait encore dans notre pays au moment où se déposait ce loess, dont nous parlions plus haut. Une fois encore, on constatera sa présence dans une couche de cavernes qui paraît correspondre au quaternaire supérieur, et son rôle dans la faune européenne sera complètement terminé. Cet animal, c'est le mammouth qu'on a trouvé à Odre dans le loess (1), et dont M. Dupont a découvert un fragment dans sa curieuse grotte de Chaleux, le mammouth, que la sélection naturelle avait favorisé contre ses voisins au commencement de la période quaternaire, et qui, désarmé contre les milieux transformés, succombe à son tour.

Le renne, plus fécond que l'éléphant et par suite bien plus répandu, beaucoup moins volumineux, et trouvant par là même bien plus aisément la nourriture qui lui convient, etc., se trouve plus apte que le mammouth à subir des variations de température avec lesquelles ses habitudes de migrations annuelles l'ont familiarisé jusqu'à un certain point (2). Le renne survivra un certain temps à l'éléphant; nous allons le trouver, avec les autres mammifères dits émigrés, dans un certain nombre de cavités où ses restes auront été apportés par l'homme : c'est à ce dernier groupe de cavernes que plusieurs naturalistes ont réservé le nom d'âge du renne qui s'applique ainsi qu'on l'a vu, dans notre nomenclature, à l'ensemble des types qui se sont succédé ou ont coexisté dans l'Europe occidentale vers la fin de l'époque quaternaire, et qui sont caractérisés paléontologiquement par la prédominance de cet animal, prédominance qui se manifeste dès la fin du type d*Aurignac.

Seeonde partie de l'Age da renne. — Type de Chaleiix.

La seconde partie de l'âge du renne qu'il nous reste à faire connaître, n'a rien de nouveau à nous apprendre. Et l'on

(1) Voyez plus haut p. 144 et 294.

(2) Pallas, Voy. cit.

Ghap. XI.] SECONDE PARTIE DE L'AGE DU RENNE. 343

peut dire que les résultats que fournit l'étude des temps auxquels elle correspond sont presque toujours d'ordre négatif. Nous n'avons plus, comme dans les derniers types que nous avons étudiés, à signaler presque à chaque pas un nouveau progrès intellectuel.

Presque toutes les pièces qui vont nous passer sous les yeux nous seront parfaitement connues; mais il manquera toujours quelque chose au matériel industriel et surtout artistique des indigènes de ce temps, qui représentent par rapport aux types précédents une sorte de décadence. Eux aussi ils luttent contre les milieux qui changent et s'efforcent de s'accommoder aux conditions nouvelles d'existence que leur créent les modifications climatiques. Et au milieu de ces combats incessants pour l'existence, ils perdent en partie la demicivilisation qu'ils avaient si péniblement conquise. Les manifestations artistiques, devenues déjà si rares dans le type de Laugerie-Haute, feront absolument défaut, les outils en os et en bois de renne seront peu nombreux et médiocres.

La taille de la pierre seule se maintiendra et accomplira même quelques nouveaux progrès. L'abri de Saint-Martin d'Excideuil, par exemple, tout récemment fouillé par MM. Parrot(l), donnera des formes intermédiaires à celles de Laugerie-Haute et aux ustensiles de pierre si délicatement ouvrés du Danemark (période néolithique). A la Balme et à Béthenas (Isère) qui sont de la même époque, M. E. Chantre ramassera des couteaux et des grattoirs, quelques-uns d'un joli travail, mais les outils en os, aiguilles et dards, y seront rares et grossiers (2). M. Combes, dans le Lot-et-Garonne, M. Lalande,

(1) M. le docteur Jvies Parrot, professeur agrégé de la Faculté de médecine, et son frère, M. Philippe Parrot, peintre distingué, ont fouillé tout récemment à Excideuil (Dordogne), un abri dans le<Tuel ils ont décourert en très-grand nombre les deux formes caractéristiques de Laugerie-Haute, la pointe de lance en feuille de laurier, et le couteau à manche, travaillés avec une perfection dont les gisements précédemment indiqués ne peuvent donner qu'une idée imparfaite. Ces iJ^récieux restes d'une industrie très-avancée sont associés à des instruments plus grossiers, et à quelques pièces en os d'un travail médiocre. La faune ne comprend aucun animal éteint. {Comm, inèd.)

(2) E. Chantre, Études paléoethnologiques ou recherches géologico-archéologiques sur Vindustrie et les mceurs de Vhomme des temps antéhistoriques dans le Nord du Dauphiné et les environs de Lyon, Lyon. 1867, in-4<*, p. 26, 30, et pi. I.

3il SAINT-MARTIN, BÉTHENAS, LOURDES, ETC. [CEAr. XI.

dans la Corrèze et la Dordogoe, H. Détroyat, dans les Bassefh Pyrénées, recueilleront des observations de même nature (1). M. Alphonse Milne-Edwards, dans la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées), trouvera la même faune et la môme industrie en décadence. Les silex taillés seront abondants, quelques-uns parfailement afillés, mais les instruments en bois de cerf ou de renne et en os seront généralement d'ua mauvais travail (2).

Fig. 87,

Fig. 88.

M. Dupont, enfin, exhumera des grottes de la. vallée de la Lesse des milliers d'outils en pierre, couteaux, grattoirs,

(I) Mal. pour fhùl.. Il, SSO; III, 1S6, 469; IV, 110.

(1) A, Mi lae- Edwards, De l'exùleate de rhomme pMdaHl la pèrioiê q%atêr' tuâr* dont la groltt à» Lourde! (Bavttt-Pyréniei) . (Ann. Se. JVol., 4< série, L XVII, el Lyell, Âne., Âppendiu, 156.) — Nous n'avoiu pu m les pièces trouvées à Ganges dans les m£mes conditions, par U. Bonlin {App. cil., p. 978), les seuls os travaillés sont des poinçons. Dans ta grotte de Peîia-la-Hiel, en Espagne, que U. Louis Lartet laltactie à cette époque, quoique le reaae, ainsi qn'oD l'a tu plus baut (p. 150), lasse complélement defani dans le quaternaire de celte pëninsnte, l'industrie du silex est bien reprâsenlde (fig. 80, 87 el S8j, CL'Ile de l'os est nnlle. (L. Lartel, Poterie* primiliiwf, itutnutenU «m ot «f tiltx laUlèi de* eavemee dt la FieitU-CaeUlU, Paris, 1866, io-S*. (EUtr. de la Btt. .^nllfol.)

Chap. XI .1 TYPE DE CUALEUX. 345

pointes, scies, etc., parmi lesquels lien est un certain nombre <c qui ont dû exiger une adresse et un soin très-grands (1). » Ces derniers représentants du groupe humain quaternaire sont encore forJt inférieurs à leurs devanciers, au point de vue du travail de Vos. Et en effet, à Chaleux, qui donne son nom à notre type ultime, au Trou-du-Frontal, au Trou des- Nutons, ils ne savent fabriquer que des dards (2) en bois de renne et des aiguilles en os ; leurs ornements de suspension sont d'ailleurs des coquilles percées, par friction ou par préparation, presque toutes éocènes et provenant de Courtagnon, en Champagne, province qui fournissait sans doute également à nos troglodytes le silex crétacé qui fait défaut dans la vallée de la Lesse. Ce sont encore des plaques de jayet^ des lames d'ivoire, de la fluorine, du spath calcaire lamellaire, etc. La pyrite est représentée par deux boules, sur Tune desquelles on voit une entaille (3) . Cette pièce a une importance exceptionnelle, elle ne serait rien moins, suivant M. Morlot, qu'un engin à faire feu. ^Weddel, Kane, Parry, etc. (4), rapportent que les Feuegiens et les Esquimaux se procurent le feu en choquant un silex contre une pyrite, et l'entaille que porte la sperkise de Chaleux proviendrait de percussions répétées dans ce but.

Une autre relique d'un haut intérêt, c'est le vase de la grotte funéraire dite Trou-du-Frontal, à Furfooz{5). «Le fond est arrondi, très-épais ; vers le milieu de la panse se trouvent six cabochons percés d'un trou vertical sur lesquels on voit manifestement les traces de l'usure produite par une corde qui y a été passée. Le col est beaucoup moins épais que le bas et

(1) Ed. Dupont, Étude iur VethnograpMe de V homme de Vâge du renne, etc., br. in-8>. (Extr. des Mém. Acad, Roy, de Belgique, t. XIX, 1867, p. 3d et pi. VI et VII.)

(2) Id., ibid., pi. VIII.

(3) Id., ibid., pi. IX, fig. 2. — M. Dapont fait remarquer que les deux rognons de sulfure de fer appartiennent à la.variété dite sperkise, qui se décompose trèsfacilement, et que des conditions exceptionnelles ont seules pu conserver à Chaleux. (Op. cit., p. 40.)

(4) Weddel, A Voyage towards the South Pôle in iS24-24, — citd par Morlot, Antiquités géologieo'arehéologiques. (Bull, Soc, Vaudoise des Se. Nat., t. VI, p. 265. -r- Cf. Lubbock, op, cit., p. 407.

(5) Dupont, op, cit., pi. IX, 6g. i et coupe.

340 ORNEMENTS, PYRITE, POTERIES. [Ghap. XL

il s'élargit en rebord non courbé. La pâte est noirâtre, trèsgrossière, fort mal cuite, contenant des grains de diverses substances parmi lesquels on distingue de petits rhomboïdes de calcaire. » La surface est noire et lisse ; elle porte des stries parallèles, produit du lissage de la p&te molle soit au moyen d'une planchette, soit à l'aide d'un bouchon d'herbe (1). C'est la même poterie qu'à Aurignac, à Bize, etc. Les pièces sont mieux conservées, mais elles ne témoignent d'aucun progrès sérieux dans la céramique. La comparaison que nous avons établie entre quelques fragments belges de cette date et ceux de Bize qui font partie de la collection de U. le docteur JuUien^ parait démontrer qu'à ce point de vue, comme à presque tous les autres, la seconde partie de l'Âge du renne est une époque de décadence. Les poteries de la vallée de la Lesse sont cuites irrégulièrement et généralement mal cuites, c ce qui prouve qu'elles n'ont pas passé au four. » Deux fragments portent des traces d'ongles, et MM. de Mortillet et Dupont, d'après Texamen de ces empreintes, croient que les potiers de la fin des temps quaternaires avaient la main très-petite.

Cette dernière observation nous conduit à détailler les caractères anatomiques de cette race, dont M. Dupont a retrouvé les restes abondants dans les fouilles qu'il a si habilement dirigées dans les grottes de la Belgique orientale.

OflseaieBts hvmalns des emwent^m de Foifcoa.

Les cavernes de Furfooz, en particulier, contenaient un assez grand nombre d'os humains : plusieurs pièces importantes y étaient parfaitement intactes. Elles ont fourni les éléments de reconstitution les plus importants de la race troglodyte qui prédomine alors. Deux crânes, au Trou-da- Frontal, un autre au Trou-Rosette, puis des fragments de crâne et de face, des os du bassin et des membres, etc., sont les principales richesses de ce trésor paléontologique, dont nous allons reproduire la description telle qu'elle a été donnée

(1) WtddeL op. sU., p. 4847.

1] OSSEMENTS HUMAINS DU TROU.Dn-FRONTAL. 34T

PrUner-Bejr dans le curieux mémoire sur VEthnograi l'homme de Tftge du renne, présentée par H. Dupont idémie royale de Belgique (i).

Fig. S9. — Premier tiite dn Tioa-dD-FronUI, tua de pioll. Fig- SO. -~ Le m(me, vu pir derrlbre.

Slf. Bi, — Le même, vu d'en naul.

(DnpoDl, Efhnogr,. pi. 1, Bg. t, 3, S.]

Bs deux crânes du Trou-du-Frontal, le premier de moyen me (cire, horiz. SIS"") (fig. 89), est pla^céphale et failent brachjcéphale, son diamètre antéro-postérieur égale

jtfcm. Aeai. Roy. de Btlgiqvt, I. XIX, 1807.

348 DESCRIPTION DU PREMIER CRÂNE. [Cbap. Xi.

175°^, son diamètre bi-pariétal atteint 142°", et Findice céphalique est de 81,14°™.

f Regardé de face, il offre un front bas, fuyant surtout vers le haut et même vers les tempes (1). Il est très-légèrement voûté en haut. La glabelle est saillante. Les deux arcs sourciliers se rencontrent^ limitant un espace triangulaire qui les sépare ; ils sont très-courts et leur extrémité externe est dirigée en haut. Les orbites sont carrées, émoussées aux angles, largement ouvertes et dirigées un peu en dehors. Leur bord supérieur est mince; l'apophyse orbitaire externe est trèslarge, saillante en dehors et courbée en bas. Le bord inférieur est légèrement épaissi surtout vers sa partie malaire. Des échancrures remplacent les trous sus-orbitaires. Les parois externes des orbites sont très-convergentes.

> La racine du nez est épaisse en haut, déprimée en avant^ les os nasaux sont insérés fortement en haut dans la racine et réunis en courbe légère. Le nez osseux est court, le dos un peu courbé, l'ouverture pyramidale très-haute et triangulaire, l'épine nasale est bien prononcée et bifide.

» La région malaire a des traits caractéristiques. La portion malaire du maxillaire supérieur est à la fois large, haute, lisse et légèrement bombée. On voit à peine des traces d'une fosse canine sur les bords alvéolaires.

• En regardant le sommet (fig. 91), ce crâne présente un ovale raccourci et légèrement arrondi, quoiqu'il soit légèrement asymétrique. Ce sommet est peu voûté, très-incliné vers le front. Le bord supérieur du coronal est parabolique.

> Les pariétaux sont raccourcis dans leur diamètre antéropostérieur. Leurs bords antérieurs sont très-incisés ; les bords postérieurs le sont fortement aussi vers la suture sagittale. Les bosses pariétales, tout en étant un peu effacées, sont visibles au sommet à l'endroit où commence le tiers postérieur du crâne. La pente des pariétaux vers les tempes et vers l'occiput est assez rapide.

» La suture coronale est d'une simplicité extrême dans sa

(i) Ed. Dupont, Mém, cit., p. 7.

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