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II. Claude et .1. Camus. — Pathologie générale

jg PATHOLOGIE cellulaire.

La production do pseudopodes après la section de l'amibe est exceptionnelle dans le segment privé de noyau ou mérozoïte anucléé.

Dans ces conditions, ce dernier segment est fatalement voué à la mort. I lofer, dans ses expériences, connues sous le nom d’expériences de mérotomie, a de plus recherché ce que devient la sécrétion dans le segment anucléé. Il a vu que dans le cas où ce dernier contient avant la section de très fines particules alimentaires, et en petit nombre, celles-ci subissent une digestion à peu près complète. Au contraire, si les aliments ingérés avant l'opération sont volumineux et abondants, ils sont rejetés sans être digérés. Hofer est en droit de considérer que les actions commencées avec les sucs digestifs existant avant la section se continuent et peuvent môme s’achever dans le mérozoïte anucléé, mais qu’il n’est pas sécrété après section de nouveaux sucs digestifs. De même si le fragment anucléé contient une vésicule pulsatile, les mouvements de celte vésicule persistent d’abord, puis peu à peu se ralentissent et disparaissent.

Ainsi après section d’un organisme unicellulaire, nous voyons que les phénomènes de vie persistent dans le segment qui contient le noyau, et disparaissent plus ou moins rapidement dans celui qui en est privé.

2° Piqûre. Corps étrangers.

Les expériences relatives aux piqûres se font facilement sur le plasmode qui n’est qu’une variété géante detai amiboïde.

La piqûre détermine un petit écoulement de liquide, et sa trace disparait bientôt, mais si le corps étranger reste dans le plasmode, si l’on brise dans sa substance l’extrémité effilée d'un tube de verre comme le montre Metchnikotf, la masse protoplasmique, après écoulement d'une petite quantité de liquide, se referme, englobe le corps étranger. Le plasmode garde le tube de verre comme il le ferait pour une substance alimentaire, mais au bout d'un certain temps il rejette ce corps étranger inutile, de même qu'il expulse les débris d’aliments dont il a extrait la partie nutritive.

3° Pression.

La pression du milieu ambiant a une influence certaine sur la vie des cellules. Les modifications de pression semblent surtout agir en altérant les échanges gazeux entre les cellules cl l’extérieur.

Ces phénomènes sont liés pour une grande part à la fonction respiratoire. Il est connu, par exemple, que l'oxygène, gaz indispensable a la vie cellulaire, devient un poison ou agit comme tel dans certaines conditions de pression. IL Dort a déterminé la mort d’ani-

ACTION DES AGENTS PHYSIQUES. jy

lii ailx, en les enfermant dans une cloche remplie d’oxygène pur à une pression de (rois atmosphères.

L action de la pression, par contre, sur les infiniment petits semble peu marquée. Roger a poursuivi cette étude chez les microbes : il a montré que de très fortes pressions exercées sur des milieux de eultute, modifient peu la vie des germes et c’est seulement en atteignant les pressions énormes de 2 000 à A 000 kilogrammes par centimètre carré qu il a pu obtenir des atténuations, et encore celles-ci furent-elles minimes.

Si l’on considère des organismes d’un ordre plus élevé, on voitque les variations de pression d’un gaz modifient certaines fonctions.

L accroissement de pression d’oxygène pur provoque une accélération des mouvements dans les cellules à cils vibratiles; avec de très lortes pressions, au contraire, les mouvements cessent, pour reparaître après décompression.

Les organismes s’adaptent à des conditions de pression très différentes de celles qu'ils ont l'habitude de supporter, mais il est nécessaire, pour que l'adaptation soit réalisée sans accidents, que ies variations se produisent très lentement. Certains poissons vivent au tond de la mer à une pression de plusieurs centaines d’atmosphères, mais lorsqu’on les retire brusquement par sondage et qu’on les ramené cà l’air libre, ils sont victimes d'un véritable éclatement. Celuici paraît provoqué par le dégagement brusque des gaz qui étaient dissous dans le sang et qui font irruption hors des vaisseaux quand la décompression est très intense. On observe seulement des embolies gazeuses amenant ensuite des foyers nécrotiques dans les centres nerveux, quand la compression est de faible intensité comme chez les plongeurs.

4" Chaleur.

Les êtres vivants ont besoin d'une certaine température, variable d ailleurs avec chaque espèce, pour que leurs fonctions s’accomplissent convenablement. Les limites optima des actions vitales varient <1 un très petit nombre de degrés pour chaque individu. Si elles ne sont pas atteintes, la vie se ralentit; si elles sont dépassées, la vie s’arrête et souvent d'une façon définitive, pour une élévation de quelques degrés. Quand l'élévation dépasse peu la température optima, la mort ne survient pas, mais cependant la vie peut être singulièrement troublée, certaines propriétés sont perdues, atténuées; c’est ainsi qu’on atténue les germes morbides par la chaleur.

Nous avons vu que la matière essentielle de tout organisme est albumine. Les hautes températures ont pour action de coaguler les

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matières albuminoïdes. Celles-ci sont assez nombreuses; leurs proportions respectives varient dans la constitution des êtres; leur température de coagulation n’est pas identique, mais passé certaines limites, toute matière albuminoïde est coagulée et impropre aux manifestations de la vie.

Poursuivons nos expériences sur le plasmode, cautérisons une petite surface de son protoplasma avec une pointe chauffée : la partie brûlée prend un aspect différent de celui des parties voisines, elle se mortifie, mais reste en place pendant plusieurs heures. Ce n’est qu’après ce temps qu’elle se détache, et que le plasmode s’en sépare définitivement comme il le ferait pour un corps étranger. Les tissus de l’homme se comportent d’une manière analogue en éliminant les escarres causées par les brûlures profondes.

Les amibes qui vivent parfaitement à une température de + 15°, meurent après avoir séjourné cinq heures à l’étuve à 45° ou une heure à l’étuve à 50°. A 313° déjà on les voit se fixer en état sphérique. La même expérience faite sur des cellules à cils vibraliles détermine l’arrêt des cils en contraction. Ces derniers prennent une forme incurvée et le protoplasma tombe en rigidité de chaleur. Les cellules à cils vibratiles sont particulièrement propres à l’étude des actions thermiques ; elles sont d’une part très répandues dans la série des êtres, et d’autre part l’examen de leurs mouvements est d’une observation facile. Leur mobilité est parfaite, un peu au-dessous de 0°chez certains organismes des mers polaires, et au voisinage de 40° chez les mammifères.

Au delà de 50° en général, des précipités intraprotoplasmiques se forment, le corps de la cellule devient trouble, des vacuoles apparaissent et la mort est bientôt certaine.

Ces conditions de chaleur sont indispensables à connaître pour le médecin, en ce qui concerne la vie des microbes, leur développement plus ou moins lacile, leur atténuation, et leur destruction par la chaleur, comme méthode de stérilisation. Le bacille typhique se développe déjà au-dessous de -f- 10°, le bacille de la tuberculose exige une température supérieure à 30°, et s’il s’agit du bacille tuberculeux humain il ne se développe bien qu’à 38° ou 39°. Les microbes cryophiles poussent au voisinage de 0°; les microbes thermophiles vivent entre 50° et 70°. Le stade de développement des microbes au moment où ils sont soumis aux actions thermiques constitue un iacteui impoi tant touchant leur résistance. A l’état de spores les microbes sont infiniment plus résistants, et telle bactérie, qui est détruite à 35°, résiste à l'état de spore à une température de 100°.

I) une la<on generale, la vie des êtres est influencée moins pro-

ACTION DES AGENTS PHYSIQUES

fondement par les abaissements de température, que par les élévations. Alors que les cautérisations un peu énergiques entraînent toujours une mortification, avec élimination de la partie nécrosée, la congélation au contraire, si elle n’est pas trop prolongée, ne donne chez la plupart des êtres, y compris les animaux à sang chaud, que des modifications peu importantes. Chez l’homme même, la réfrigération énergique des parties superficielles est un bon moyen d’anesthésie qu’emploient fréquemment les chirurgiens pour des opé-

tig. 5. — Action de la chaleur sur les Paramécies (Mendelssohn).

A, à une température uniforme de 19°, les Paramécies sont réparties sur toute la lame; B, ces êtres s’é oignent de la température de 38 (thermotropisme négatif) et vont vers la température de 26° (thermotropisme positif) ; C, ils fuient la température de 10° et vont vers celle de 25°.

rations de peu de durée. Cependant, au delà de certaines limites de temps et d’intensité, la vie s’arrête définitivement dans les cellules. Le froid, s’il ne détermine pas directement la mort de la cellule, peutencore, lorsque son action a été moins intense, l’altérer dans sa structure, dans sa vitalité, et diminuer la résistance aux causes morbides, en particulier aux agents infectieux. Chez les animaux à sang chaud, le froid a une action néfaste reconnue de touL temps par les pathologistes, en prédisposant les cellules à subir les atteintes des microbes.

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( '.liez les animaux à sang froid, les cellules résistent très longtemps à la congélation, ils peuvent être saisis dans les blocs de glace et reprendre toutes leurs fonctions après réchauffement progressif. Le froid possède, en effet, la propriété d’immobiliser les cellules sans presque les modifier, arrêtant toute action fermentescive venue de l’intérieur ou de l’extérieur. Les cellules sont fixées, saisies en quelque sorte sur le vif parla congélation, et ce procédé permet en histologie d’étudier les cellules sans autre manipulation préalable.

Des tissus, des organes même entiers placés pendant vingt-quatre heures et plus à la glacière conservent leur vie d'une façon latente et en reprennent les manifestations après réchauffement. Souvent nous avons vu des cœurs de chiens gardés à la glacière pendant plus d’une journée, reprendre leurs contractions rythmiques quand ils sont remis dans des conditions favorables de température et de circulation. 11 y a plus, si les nerfs ont été enlevés avec le cœur, ceux-ci conservent leur excitabilité et l’irritation du pneumogastrique est encore capable de ralentir et d’arrêter le cœur.

Les microbes résistent particulièrement bien au froid. Ravenel, Macfadyen, Meyer ont montré à l’aide de l’air liquide que la vie des microbes est assez peu modifiée par une température de — 220°. Pictet et Yung ont vu que les spores du charbon sont capables de résister pendant près d’une journée à une température de — 220°, mais les spores seules ont cette propriété, car les bacilles sont tués.

Les effets des grands abaissements thermiques sont donc très différents de ceux des grandes élévations de température.

Dans toutes les actions thermiques, il faut faire une certaine place a I accoutumance qui se produit lorsque les cellules ne subissent que lentement et progressivement les influences de la chaleur ou du froid. Inversement les effets sont très intenses quand les influences thermiques s’exercent rapidement. Ainsi un moyen fréquemment employé pour faire éclater des cellules et mettre en liberté les substances qui les constituent, consiste à les congeler et a les réchauffer brusquement. Cette méthode donne de bons résultats loisquon désire par exemple faire éclater les globules rouges de sang et mettre leur hémoglobine en liberté.

5" Lumière.

L’influence de l’excitant lumineux est assez difficile à dissocier de l'action de l’excitant thermique, beaucoup de cellules paraissent insensibles a 1 excitant lumineux employé seul; peut-être manquons-nous des moyens nécessaires à l’observation des effets pro-

ACTION DES AGENTS PHYSIQUES

duits ; peut-être aussi dans beaucoup d’expériences antérieures les sources lumineuses étaient-elles insuffisantes pour produire des effets importants. L’emploi de très puissantes sources de lumière, et l’élude des actions des rayons chimiques en dehors de toute influence thermique, sont venus dans ces dernières années apporter des arguments décisifs au sujet du rôle de la lumière sur les cellules vivantes. Depuis longtemps cependant, quelques faits étaient acquis. On savait que l'amibe se contracte sous l’influence d’une lumière vive, et que de même, elle se contracte quand on la plonge en quelques instants dans l’obscurité; elle réagit ainsi de la façon la plus rudimentaire à la trop grande lumière et à la privation de lumière, mais cette réaction si élémentaire qu’elle soit, n’en a pas moins une grande valeur.

Les plantes, c’est là un phénomène très anciennement connu, subissent avec intensité l’action de la lumière qui intervient puissamment dans leur croissance, dans leur pigmentation, etc. Des effets importants sur le caractère, l'énergie, la nutrition des êtres supérieurs paraissent également indéniables.

L’étude de l’influence des différents rayons du spectre, les découvertes du radium et des rayons de Rœntgen sont venues ajouter un chapitre important à nos connaissances, assez restreintes jusque-là, sur les actions des rayons lumineux sur les cellules. Il ne s’agit pas là de phénomènes d’ordre purement spéculatif : toute une thérapeutique a été basée sur ces découvertes. Elle s’est précisée dans ses indications et dans ses effets utiles et les résultats acquis sont déjà des plus encourageants.

11 est admis et démontré que la lumière a une action néfaste sur beaucoup de germes morbides et que cette action peut être analysée et renforcée.

Elfwing a montré que la lumière dans certaines conditions peut diminuer de moitié le rendement d'une culture de Pénicillium.

Buchner, en faisant une culture uniforme sur une grande surface, a vu les germes se développer uniquement dans les régions qu’il avait eu soin de protéger de la lumière. De même que pour les actions thermiques, il semble qu’il faille tenir compte, pour juger des effets de la lumière, du stade de développement du microbe, les résultats pouvant être modifiés suivant qu'il s’agit de spores ou de bactéries.

Messier, Tappeiner, Dreyer, lluber ont montré que l’effet bactéricide de la lumière est très augmenté par addition aux cultures microbiennes des substances dites photodynamiques telles que l’éosine, l’érythrosine. En effet analogue est produit sur les toxines et sur le lab-ferment.

Les résultats si remarquables obtenus parEinsen avec la méthode

photothérapique ne peuvent s’expliquer que par une action intense de certains rayons lumineux sur les microbes renfermés dans les éléments lupiques.

L’action du radium, des rayons de Rœntgen dans la cure de quelques variétés de cancer, est due à des actions analogues soit sur l’agent supposé du cancer, soit sur les cellules cancéreuses. Quelle qu’en soit l’interprétation, ses actions prouvent au moins l’intervention puissante de la lumière dans des problèmes de pathologie du plus haut intérêt.

6° Électricité.

L’étude isolée des altérations déterminées dans les cellules par 1 électricité est assez difficile à faire à cause de la production des phénomènes chimiques et calorifiques qui accompagne le passage des courants.

hngelmann a montré que le passage d’un courant galvanique excite les mouvements des amibes. Si le courant est faible, et si les excitations sont séparées, l’amibe ne réagit pas ; si les mêmes excitations se rapprochent, après une période de « temps perdu » une réaction se produit.

Les courants faradiques faibles, après une phase d’excitation latente, déterminent chez 1 amibe l’arrêt des mouvements des granulations protoplasmiques et la suspension des mouvements amiboïdes.

Un courant très tort supprime presque la période d’excitation latente et 1 amibe prend très rapidement la forme sphérique.

Les mêmes phénomènes s observent à peu près exactement chez les leucocytes. Un seul choc d’induction chez le -leucocyte est suivi dune période d excitation latente, puis les pseudopodes se rétractent. Avec une excitation plus forte, le leucocyte prend en quelques instants la forme sphérique et la garde pendant un temps assez long. vSi 1 excitation est encore plus violente, non seulement le globule blanc prend la forme sphérique, mais de plus des vacuoles apparaissent et disparaissent au sein de sa masse protoplasmique. Le

protoplasma est donc fortement impressionné par l’excitant électrique.

Kistratowsky opérant sur des cellules à cils vibratiles est parvenu a accélérer les mouvements des cils soit à l’aide de courants constants, soit à l’aide de courants d’induction. Les phénomènes obtenus ( «pendent de 1 intensité et de la durée de l’excitation. Engelmann et Kraft ont provoqué par le courant galvanique de véritables paralysies dans les cellules à cils vibratiles.

ACTION DES AGENTS PHYSIQUES

Colin et Mendelsohn ont vu sur des cultures de bactéries qu'un courant galvanique longtemps prolongé détermine un arrêt de développement des germes, le milieu devenant acide en ce point.

La fréquence des courants a une importance considérable sur les résultats obtenus par l’électricité sur les cellules. Ces faits ont été étudiés par d’Arsonval et Charrin. Suivant eux, des modifications importantes surviennent dans une culture de bacilles pyocyaniques traversée par des courants de haute fréquence. Us ont vu, dans ces conditions, que la vitalité du microbe est supprimée et qu’en particulier, il perd sa fonction chromogène.

11 est à l’heure actuelle bien connu que les courants de haute fréquence n’apportent dans les cellules de l’homme aucun trouble grave. L'expérience de d’Arsonval est assez typique sur ce point. Deux hommes saisissent chacun l’un des pôles de l’appareil, entre eux on intercale un circuit de plusieurs lampes à incandescence qui les réunit l’un à l’autre ; le passage des courants allume les lampes et ne détermine rien d’appréciable chez les individus qui se sont prêtés à l’expérience. La diminution brusque de la fréquence déterminerait la mort dans ces conditions.

On sait que l’exécution capitale par l'électrocution est un procédé qui a été employé plusieurs fois en Amérique; peut-être n’a-t-il pas donné tous les résultats qu’on en attendait au point de vue de la rapidité d’action, mais du moins il est prouvé qu’il peut causer la mort.

7° Humidité. Dessiccation.

L’eau est un facteur indispensable à la vie. Sans doute, il est possible de citer certaines cellules végétales et animales qui conservent une activité vitale dans les lieux les plus arides, les plus brûlés par le soleH ; mais l’étude approfondie de leurs conditions de vie amène précisément à comprendre de merveilleux moyens d’adaptation qui ont tous pour but de retenir la quantité d’eau nécessaire à la vie. Certains êtres se recouvrent d’une couche de cire, d’autres maçonnent leurs orifices, comme les escargots, dans le but d’éviter toute évaporation ; d’autres enfin, et c’est là pour le médecin un fait très important, prennent sous l’influence de la dessiccation progressive des formes nouvelles dites formes de résistance. Les bactéries en particulier adoptent la forme de spores qui leur permet de conserver la vie pendant fort longtemps et de récupérer la forme de bâtonnets sous l’influence de l’humidité.

Les résultats fournis par la chaleur humide et par la chaleur sèche sont très différents au point de vue de la stérilisât ion ; le pre-

PATHOLOGIE CELLULAIRE

niiei- procédé, quand il est possilde de l’employer, demandant louiours un temps et une température moindres.

La dessiccation chez les Cires unicellulaires amène la disparition des phénomènes vitaux; on ne peut saisir aucune manifestation de vie chez les rôti le res desséchés, pas plus que chez les graines sèches. Mais cette privation d’eau qui arrête la vie, ne la détruit souvent pas complètement, et elle constitue une condition de résistance et de conservation. Ceci n’est vrai que pour les êtres inférieurs, chez les individus plus organisés la dessiccation amène la disparition de la circulation intra et extracellulaire et conduit rapidement à la cessation définitive de la vie.

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES

Les agents chimiques peuvent déterminer des altérations cellulaires de deux manières :

1° Les agents chimiques nécessaires à la vie de la cellule manquent ou sont insuffisants ou bien, phénomène inverse, existent en excès.

2° Des agents chimiques nuisibles à la cellule entrent en contact avec elle et l’altèrent, en déterminant des phénomènes d’intoxication, de destruction; ces agents constituent la classe des poisons cellulaires.

Nous auions donc dans ce chapitre à envisager deux points différents : les altérations cellulaires par modifications quantitatives de principes utiles et les altérations par substances nuisibles.

I Altérations par modifications quantitatives des substances chimiques utiles (isotonie).

Nous avons ui que loule une liste de corps chimiques entrent normalement dans la constitution des cellules et interviennent dans leurs différentes opérations vitales. Il est permis de croire à priori que la diminution ou l’augmentation de ces principes dans les cellules doivent être accompagnées de troubles plus ou moins importants ; nous ne pouvons pas envisager ces éventualités pour tous les corps que nous avons cités : pour plusieurs d’entre eux d’ailleurs, cet e étude n est pas complètement faite. Nous en retiendrons surtout un, c’est le chlorure de sodium. L’influence de ce sel sur la

physiologie et la pathologie cellulaires est l’une des mieux connues à 1 heure actuelle,

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES

Le chlorure de sodium est le plus répandu dans le règne animal; son rôle est capital dans la viedes êtres. Les cellules ont besoin d'une quantité assez strictement limitée de chlorure de sodium, et elles possèdent les moyens de se défendre contre l’excès et l’insuffisance de ce sel. Elles ont un véritable mécanisme régulateur qui maintient presque constante la proportion de chlorure de sodium dans leur milieu intérieur. Ce phénomène régulateur a été fort bien étudié chez les animaux et chez l’homme par Langlois et Richet, par Achard et Lœper, Castaigne et Rathery, etc. La petitesse des molécules de chlorure de sodium rend ce corps très diffusible et lui permet de traverser facilement les membranes vivantes ; c’est par conséquent un agent Se transportant facilement là où il est nécessaire et rétablissant l’équilibre quand il en est besoin ; grâce à lui, les cellules peuvent lutter contre les substances, aliments, eau, etc., qui tendent à modifier en plus ou en moins la pression osmotique.

Il est le sel régulateur de la pression osmotique, c'est ce que démontrent les travaux de Winter, de flallion et Carrion.

Les modifications qui apparaissent dans les cellules quand le milieu qui les contient varie dans sa concentration ont été étudiées par de Yries, Hamburger, et après eux par un très grand nombre d'auteurs.

Si nous plaçons une cellule végétale ou animale dans une solution quelconque de chlorure de sodium, trois cas pourront se produire : ou bien la cellule diminuera de volume, se rétractera, ou bien elle se gonflera et éclatera même, ou, dernière hypothèse, elle ne semblera pas modifiée. Il n’existe pas déplacé pour une autre éventualité. Dans le dernier cas, celui dans lequel la cellule reste la même, nous dirons que le liquide est isotonique, ce qui veut dire que la tension osmotique de la cellule est égale à celle du liquide ambiant.

Dans le premier cas, le liquide est hypertonique, la concentration du liquide extérieur est trop forte pour la cellule, et celle-ci lui abandonne de son liquide constituant, ce qui produit chez elle une diminution de volume.

Dans le deuxième exemple, la cellule se gonfle, parce que le liquide est hypotonique ; sa concentration moléculaire est trop faible vis-à-vis de la cellule, cl celle-ci absorbe de l’eau, augmente de volume et au delà de certaines limites, elle peut même éclater, laissant se dissoudre ses principes constituants.

L’action de la concentration moléculaire du milieu sur les cellules peut être mise en évidence d’une façon plus élégante, en opérant sur les cellules à cils vibratiles. En diminuant la concentration saline, on

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observe que les cils vibratiles ont d’abord une activité plus grande, mais celle activité disparaît complètement si la solution qui renferme les cellules subit une dilution plus importante. En augmentant encore la dilution, l’aspect des cils se modifie, ils deviennent plus épais, plus mous, se raccourcissent; les corps des cellules e t des noyaux se gonflent et deviennent transparents. Kolliker a montré que si 1 hydratation a été trop lorte, trop prolongée, les mouvements des cils ne reparaissent plus par élévation de la concentration moléculaire (par addition de sel). Dans le cas contraire, le relèvement de la concentration saline fait reparaître l’activité des cils.

Telles sont les notions indispensables à connaître sur l'isotonie , Y hypertonie et l'hypotonie. L’évaluation des qualités isotonique, hypotonique ou hypertonique d'un liquide, ou, ce qui est identique, l’évaluation de sa tension osmotique est facile à faire, car ces états sont liés à la concentration moléculaire de ce liquide. La cryoscopie, d’après la loi de Raoult, nous permet de connaître la concentration moléculaire d’une solution; en effet, suivant cette loi, l’abaissement du point de congélation d’un liquide est proportionnel au nombre des molécules dissoutes dans l’unité de ce liquide quelle que soit leur nature ou leur volume.

Le point de congélation est ce qu’on nomme A; il nous est donc toujours possible de prendre le A d’une solution de chlorure de sodium en la taisant congeler, et d’évaluer ainsi sa tension osmotique. Le calcul nous permet d’ailleurs d’arriver au même but lorsque le poids de chlorure de sodium dissous est connu, puisque nous savons d’autre part le poids moléculaire de ce sel.

En étudiant les modifications qui surviennent dans des cellules placées dans des solutions saturées de concentration différente, on peut connaître leur résistance aux actions qui s’exercent sur elles. Suivant leur état, suivant qu’elles sont normales ou pathologiques les cellules résistent plus ou moins à ces actions osmonocives, et nous verrons que la résistance cellulaire a une certaine importance dans 1 examen des globules rouges de l’homme.

Dérivant de celle-ci, une technique très simple permet d'étudier la insistance des cellules à toute espèce de substances; il suffit de placer les cellules dans des solutions isotoniques et d’ajouter des quantités plus ou moins grandes du corps dont on veut étudier action. Les degrés d’altération des cellules donnent une idée de action exercée par le corps étranger, et en quelque sorte de son Pouvoir toxique sur la cellule.

D’après les recherches de Lesné et Richet fils, le chlorure de soi mm, en plus de son rôle dans le maintien de l’équilibre osmo-

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES

tique, possède une action protectrice pour la cellule en la détendant contre les substances toxiques. D’une façon générale, il la protège contre les poisons, et de là découle qu’il diminue également l’action des agents thérapeutiques, ceux-ci se comportant le plus souvent à la manière de poisons.

La fixité de l’équilibre osmotique des humeurs dans les diverses espèces animales est un principe des mieux établis par les constatations biologiques modernes. Cet équilibre peut être modifié par toutes sortes d’influences d’ordre physiologique ou pathologique, mais il tend toujours à se rétablir, grâce aux variations de deux facteurs : les substances solubles dialysables, les sels surtout et notamment le chlorure de sodium, d’une part, l’eau d’autre part. On conçoit donc, que les causes qui, tendant à modifier la vie cellulaire, auront pour résultat une rétention de chlorure de sodium, entraîneront parallèlement une rétention d’eau, et que celles qui déterminent une rétention d’eau produiront aussi une rétention de sel. Cette conception que nous exposons en ce moment, uniquement d’une façon théorique, se vérifie souvent avec évidence dans la vie normale et pathologique des cellules; mais il se peut que le pouvoir régulateur soit troublé par la maladie, ou qu’il fonctionne dans des organismes complexes avec des modalités différentes de celles que nous prévoyons. On admet par exemple que le chlorure de sodium peut subir l’ionisation suivant les besoins des cellules, c’est-à-dire se dissocier en ions, sa molécule se décomposant en chlore et en sodium, afin de rétablir l’équilibre osmotique. Les rétentions d’eau et de chlorure, tout à fait indéniables dans beaucoup d’infections, d’intoxications ou d’auto-intoxications, sont encore quelque peu obscures dans leurs causes et dans leur mécanisme. Nous renvoyons pour l’étude de ces intéressantes questions toutes d’actualité aux remarquables travaux d’Achard, de Widal et de leurs élèves. Leurs recherches ont conduit à des résultats pratiques touchant le diagnostic, le pronostic et le traitement dans plusieurs affections et ne doivent plus être ignorées du médecin; nous aurons d’ailleurs l'occasion de reparler de ces faits au cours de cet ouvrage.

Nous avons tenu à insister tout d’abord sur le rôle si important du chlorure de sodium dans les modifications cellulaires ; des actions analogues s’observent pour d’autres sels mais à un degré moindre. Certains corps chimiques à l’état de traces ont des actions considérables sur la vie, les propriétés des cellules, et ces actions peuvent être très différentes de celles que nous venons d’envisager pour le chlorure de sodium. Voici un exemple des plus curieux qui a été signalé par Lœb. Le chcetopterus, variété d’échinoderme, a des œufs

pathologie cellulaire.

qui se développent dans l’eau de mer, grâce à l’action de spermatozoaires. Si l’on place ces œufs dans de l’eau de mer privée de spermatozoaires, ils ne se développent pas, mais si, au lieu de spermatozoaires, on ajoute au milieu un peu de chlorure de potassium, les larves apparaissent en quelques heures. Il est vrai que dans ces conditions, la vie des œufs est éphémère et que la mort survient après une série de divisions, si l’on n'ajoute pas de spermatozoaires. Le fait en lui-même est tout au moins très impressionnant; il nous montre qu une substance chimique est capable de remplacer un élément organisé et il permet de supposer que les spermatozoaires provoquent ta division de la cellule œuf par des substances chimiques analogues au chlorure de potassium. Plusieurs exemples pourraient encore être donnés, de corps chimiques utiles modifiant profondément la vie de la cellule, et capables d’augmenter ses fonctions et ses moyens de défense.

Dans cet ordre d’idées nous rappellerons que la toxicité chimique d un corps croît avec le défaut d’isotonie, mais ces variations sont infiniment moins grandes que celle de l’osmonocivité (Claude et Dalthazard).

Privation d’oxygène. Asphyxie cellulaire. — Les exemples que nous venons de donner ont trait à des sels; nous avons vu les désordres occasionnés par leur absence ou leur insuffisance. La

privation d un gaz nécessaire, l’oxygène, conduit également aux troubles les plus graves; nous avons déjà mentionné plus haut son importance pour la vie des cellules.

L'ensemble des phénomènes qui apparaissent dans les organismes privés d’oxygène est connu sous le nom d’asphyxie.

Le terme asphyxie a été détourné de son sens primitif; il signifie, de par son étymologie grecque, absence de pouls, ce qui pourrait taire croire qu’il s agit d'un arrêt de circulation. En réalité, on entend par asphyxie l’arrêt de la respiration ; mais comme la respiration n est autre que l’opération qui met en contact l’oxygène avec les cellules, il en résulte que l’asphyxie n'est au fond que la privation d oxygène. Les expériences qui permettent d’étudier l’asphyxie cellulaire sont assez nombreuses et faciles à reproduire. En voici une tout à lait élémentaire. Une goutte de lymphe est placée en tre une lame et une lamelle et l'introduction de toute bulle d’air est évitée, la préparation est lutée à la paraffine et ainsi isolée complètement de 1 air extérieur. Les mouvements amiboïdes de leucocytes persistent d abord très énergiques, puis peu à peu diminuent et disparaissent; les globules blancs reprennent alors la forme ronde ou restent légèrement anguleux. Si après cessation des mouvements la

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES. 3i

lamelle est soulevée pour apporter aux leucocytes une nouvelle provision d air ou d oxygène, les mouvements amiboïdes reparaissent. La cellule isolée se comporte dans les différents temps de cette expérience identiquement comme le ferait un animal parfaitement organisé dans un milieu clos privé d’air.

11 est encore facile de réaliser avec les cellules des expériences elatives à 1 ai r confiné qui détermine les phénomènes d’asphyxie lente. Line goutte de lymphe est placée dans la chambre humide et aérée. Après vingt-quatre heures les globules blancs qui sont restés au centre de la préparation, c’est-à-dire dans l’endroit le plus éloigné de 1 air extérieur, ont perdu leurs mouvements amiboïdes et pris la forme sphérique. Au contraire, ceux qui sont à la périphérie de la piéparation, en contact avec l’air ont conservé leurs mouvements amiboïdes. Lanvier, qui a réalisé cette expérience, insiste encore sur < e lait, que le plus grand nombre des leucocytes s'est porté vers la périphérie, attiré par l’oxygène.

Des expériences analogues ont été réalisées avec un dispositif plus complexe par Kiihne, par Engelmann. La chambre à gaz close, imaginée par Engelmann, permet d’étudier sur la platine du microscope toutes les modifications cellulaires consécutives à la privation d oxygène. Les cellules sont placées en goutte suspendue dans cette chambre close et la réserve d’oxygène est chassée par un courant d hvdiogène, gaz inerte dont 1 action est nulle sur les cellules. Kilhne a vu dans ces conditions que très rapidement, après la disparition de 1 air, les mouvements amiboïdes cessent, pour reparaître si une petite quantité d air est introduite dans la chambre close. Les mouvements amiboïdes disparaissent définitivement, si I on ne fournit pas aux cellules une nouvelle quantité d’air.

Engelmann et Kiihne ont lait des constatations semblables sur les cellules à cils vibratiles. Les cils cessent leurs mouvements après disparition d oxygène et les reprennent au contact de l’air. Cependant la disparition des mouvements ne suit pas immédiatement la suppression de l’air et Engelmann a vu les cils continuer à se mouvoir encore pendant plusieurs heures en l'absence d’oxygène. Sharpey, Claude Bernard ont remarquéque les mouvements sont peu influencés par des pressions d’oxygène très inférieures aux pressions normales de l’atmosphère. Engelmann conclut de ces faits que les cellules forment à l’aide de l’oxygène une combinaison chimique génératrice de mouvement.

L'asphyxie nous apparaît comme un phénomène pathologique général : sans oxygène la vie ne peut se prolonger d’une façon durable, et le fait que nous avons déjà signalé de ces cellules anaé-

PATHOLOGIE CELLULAIRE

robies mourant au contact de l'air n'est probablement qu’une exception seulement apparente à la règle.

2° Altérations par substances chimiques nuisibles.

Des cellules libres, des organismes unicellulaires mis en présence de corps chimiques se comportent de façons différentes suivant la nature, suivant la quantité de ces corps. Trois cas sont possibles : 1° la substance chimique ne semble occasionner aucune modification de la cellule, elle paraît indifférente; 2° la cellule se dirige vers le corps chimique, elle semble attirée vers lui, elle essaye de l’englober s’il est de faible dimension; 3° la cellule se rétracte, s’éloigne, fuit le corps chimique. Dans le deuxième cas, il se produit un phénomène connu sous le nom de chimiotropisme ou mieux de chimiotaxie positive. Dans le dernier cas, le phénomène s’appelle chimiotaxie négative.

Ces faits ont été vus d’abord chez les bactéries par Engelmann, puis étudiés par Stahl, par Pfetfer; Massart, Leber, Melchnikoff les ont mis en lumière d’une façon parfaite chez les leucocytes. C’est un phénomène de la plus haute importance au point de vue de la pathologie générale, car il est intimement lié cà l’élude des maladies toxiques et infectieuses, aussi nous en occuperons-nous plus complètement quand nous parlerons de la pathologie du globule blanc et de la phagocytose.

Ces phénomènes ne s’observent que dans des conditions déterminées avec des corps dont l’action ne s’exerce pas brutalement sur les cellules; leur existence dépend de la nature, de la quantité de l’exeilant chimique; passé certaines limites, les agents chimiques n’ont plus qu’une action destructive grossière.

Caustiques. (, estainsi que se comportentpar exemple lescaustiques; ils détruisent, ils mortifient le protoplasma au contact duquel ils se trouvent, ilsagissent d’une façon analogue à la baguette chauffée appliquée sur le plasmode (Voy. p. 20). Après l'action du caustique, la pai lie mortifiée, si elle est limitée, se sépare peu à peu des parties restées saines, et est éliminée.

line expérience très simple consiste à toucher le bord du plasmode avec une parcelle de nitrate d’argent, puis à laver l’endroit touché avec la solution de chlorure de sodium qui fait disparaître complètement la trace du nitrate d’argent. La région qui a été en contact avec le nitrate, se mortifie et se détache. De plus, le caustique détermine en même temps des modifications dans les mouvements protoplasmiques : si les granulations du protoplasma se

ACTION DES AGENTS CiltMIQÜES. 33

dirigeaient avant l’excitation du centre à la périphérie elles se dirigent aussitôt après de la périphérie vers le centre.

Les caustiques ont été divisés depuis Mialhe en caustiques coagulants et caustiques liquéfiants. Les premiers comprennent les sels métalliques, les acides et de plus des essences. L'action de certains sels et de quelques acides est intéressante; ces substances ont la propriété de tuer les cellules sans modifier leur constitution d’une façon importante et l'histologie emploie ces corps chimiques comme fixateurs pour saisir et immobiliser en quelque sorte les réactions vitales sur le fait. Tels sont le bichlorure de mercure, l’acide cliromique, etc. Par contre, les acides forts, tels que les acides sulfurique, chlorhydrique, azotique, surtout en solution concentrée, font disparaître toute organisation cellulaire.

Les caustiques liquéfiants sont représentés par les bases, la potasse, l’ammoniaque, la soude, la chaux auxquelles on ajoute l’acide arsénieux. Les bases déterminent des altérations profondes dans les cellules masquant toute trace de structure, elles ont surtout un effet déshydratant.

Poisons. — A côté des corps chimiques agissant d'une façon grossière comme les caustiques, il en existe un grand nombre qui ont sur les cellules un effet moins violent, moins rapide peut-être, mais également nuisible, ce sont les poisons. Kobcrt les définit ainsi : « Les poisons sont des substances non organisées, inorganiques ou organiques, existant dans l’organisme ou introduits de l'extérieur, formés artificiellement, ou se trouvant dans la nature, qui grâce à leur constitution chimique peuvent dans des conditions déterminées porter préjudice aux êtres vivants de façon à détruire ou à troubler leur santé ou leur bien-être relatif. » Loger fait remarquer que la plupart des définitions des poisons ont le tort de vouloir caractériser ces corps par leur mode d'action sur l'ensemble de l'économie et non sur les éléments cellulaires. 11 appelle toxique « tout corps capable de troubler ou d’arrêter la vie non de l'être mais des organites ou, si l’on veut, des éléments anatomiques qui le constituent ». Celte définition nous semble la plus générale qu’il soit possible de donner, elle s’applique particulièrement bien aux faits d’intoxications cellulaires qui nous intéressent en ce moment.

Les corps capables de troubler la vie cellulaire ont deux origines : ils sont apportés du dehors vers la cellule, ou ils naissent de celleci ; ils sont exogènes ou endogènes. Dans le premier cas, il s'agit d une intoxication simple, dans le second il s'agit d'une auto intoxication.

Poisons exogènes. — Les poisons exogènes arrivent en contact H. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. !j

avec la cellule suit- accidentellement, soit d’une façon habituelle, en particulier par l’alimentation.

Ces poisons peuvent être à l’état liquide, à l’état solide, ou à l'état gazeux.

La chimiotaxie positive ou négative ne régit pas entièrement, comme on pourrait le croire, l’histoire des intoxications cellulaires. Sans doute, les cellules ont des affinités pour certains corps chimiques utiles, et de la répulsion, des mouvements de fuite pour d’autres corps nuisibles. Mais cependant, les cellules se dirigent aussi vers des corps qui leur sont contraires, elles sont capables de les englober, d’essayer de les digérer, de les neutraliser, mais il se peut que, dans celte lutte de la cellule contre le poison, ce soit la cellule qui succombe.

La réaction du poison est un facteur très important; nous avons vu que les acides forts et les bases très concentrées agissent comme caustiques, leur action est très différente à l’état de grande dilution. Les cellules des organismes inférieurs, de même que celles de l’homme demandent presque toutes comme condition favorable de vie, un milieu neutre ou légèrement alcalin. Les mouvements amiboïdes se font parfaitement bien dans un semblable milieu, au contraire ils disparaissent rapidement dans un milieu faiblement acide.

Les cellules a cils vibratiles commencent par exagérer leurs mouvements dans une solution très peu acide, puis bientôt la cellule s’arrête, se trouble ; cependant, si l’on ajoute assez tôt une quantité sutlisante d’alcali pour neutraliser l’acide, les mouvements reparaissent.

De très faibles solutions d’alcalis augmentent les oscillations des cils, puis ralentissent leurs mouvements et les arrêtent ; si l’on intervient à temps en changeant le milieu par addition d’acide, la mort est évitée et les cils reprennent leurs mouvements.

Chloroforme , alcool , cther. — Ces substances dont les propriétés sur les cils vibratiles ont été bien étudiées par Engelmann, ont sur les organismes unicellulaires une action en tous points analogue à celle qu’elles exercent sur les êtres les plus élevés, sur l’homme pai exemple. 11 est connu, qu’à petite dose ou au début de l intoxication, elles ont un effet excitant et que si l’empoisonnament continue, unepériode de paralysie fait suite à la période d’excitation. C’est ainsi qu’agit l’alcool sur l’homme, donnant d’abord de l’agita • ti°n, puis une sorte d’anéantissement, de coma. C’est ainsi qu agissent l’éther, le chloroforme, qui, employés comme anesthésiques, occasionnent des phénomènes d’agitation très marqués avan

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES. 35

de déterminer l'anesthésie et la résolution. C’est d’ailleurs une loi commune qui se vérifie pour beaucoup de poisons et pour la plupart des organismes, que les toxiques à faible dose ou donnés lentement occasionnent d’abord de l’excitation, puis plus tard de la paralysie si 1 action se prolonge. Les doses massives ont la propriété de réduire ou même de supprimer la première phase, la période de paralysie apparaît alors d’emblée.

Engelmann a vu que l’alcool, l’éther, le chloroforme excitent d'abord les mouvements des cellules ciliées, puis, si l’ell'et se prolonge, les mouvements disparaissent et la cellule se trouble. Si avant que le corps cellulaire ne soit définitivement atteint les vapeurs nocives sont entraînées, les mouvements reparaissent.

Alcaloïdes. — D après Küline, les solutions étendues de vératrine légèrement alcalines ou même neutres tuent assez rapidement les amibes. Le protoplasma sous l’action de l’alcaloïde se trouble, paraît se coaguler, et se dissout.

L action des alcaloïdes sur les cellules ciliées peut être discutée il ne semble pas que des poisons violents tels que la strychnine,’ l’atropine, la morphine aient une action spéciale sur ces éléments. Leurs solutions n’agissent guère dans ce cas qu’à la manière d’autres liquides ayant même concentration moléculaire et même réaction.

Il s en faut en ellet que les substances toxiques spécifiques aient une action analogue dans toute la série des êtres. Chez les animauxsupérieurs, les cellules nerveuses sont différenciées, ont des affinités spéciales et sont aptes à subir des impressions exogènes, inconnues chez les êtres dépourvus de système nerveux.

Nous ne devrons pas dès lors nous étonner que des poisons aient des actions foudroyantes pour certains êtres etsoient sans effet chez d’autres; c'est que chez les premiers il existe des cellules vulnérables qu'on ne retrouve pas chez les seconds.

Gaz nocifs.— Les gaz peuvent agir sur les cellules soit en les privant simplement de l’oxygène, gaz qui leur est indispensable, soit en exerçant sur elles directement une action toxique.

Le premier exemple nous a été fourni par l’expérience déjà relatée qui consiste à placer des cellules dans la chambre d’Engehnan et à chasser l'air qui les fait vivre par un courant d’hydrogène.

Ce gaz inerte est sans effet propre sur les cellules et leur mort est déterminée uniquement par l’absence d’oxygène.

Un deuxième exemple d’action directement nocive des gaz nous est offert par l’ozone, par le chlore, etc. Ces gaz, même en présence de l'oxygène de l’air, attaquent les cellules et désorganisent le pr0|<>

36 Pathologie cëlLuLaîrë.

plasma, la démonstration en est facile à faire sur les amibes.

Le contact prolongé de l'acide carbonique sur les plasmodes et les amibes est également mortel si toutefois l'aération n'est pas rétablie à temps..

Métaux. — Plusieurs métaux sont des poisons cellulaires. Ils peuvent entrer en contact avec les cellules et les altérer sous trois états : à l’état de métal pur, à l’état de sels, et à l’état colloïdal. Les métaux par simple contact paraissent capables de troubler la vie des microbes en particulier, le contact avec un lil d'argent peut entraver le développement de germes.

Le plomb est cause de nombreux désordres dans les cellules animales. Son affinité pour les éléments nerveux est connue et il détermine chez l’homme des accidents redoutables.

L’état colloïdal des métaux, surtout étudié dans ces dernières années, présente un intérêt pour le médecin. Sous cette forme, l’argent, en particulier, possède des propriétés nouvelles, qui ont été utilisées dans les infections, l'argent colloïdal aidant les organismes supérieurs à lutter contre les cellules microbiennes.

L’étude des poisons, d'après les exemples que nous venons de don ner, peut être poussée assez loin dans les cellules isolées comme chez les êtres unicellulaires. Il suffit de placer ces éléments dans la chambre à air sous l’objectif du microscope en ayant soin de les mettre dans les conditions les plus voisines de leur milieu naturel, conditions de chaleur, d’humidité, d’isotonie. Ces différents points étant bien réglés, les corps toxiques à étudier sont mis en contact avec les cellules, les modifications cellulaires sont suivies d’instant en instant ; en faisant varier la concentration des solutions et la quantité des poisons.

Ce que nous avons dit des actions spécifiques des poisons solides ou liquides sur les cellules animales, nous pouvonsle répéter en parlant des gaz. Il s’en faut que tous les gaz soient également toxiques pour toutes les cellules vivantes, et si certains êtres résistent aux effets de l’oxyde de carbone alors que d’autres y succombent, c'est que les éléments atteints parce gaz ne se retrouvent pas partout dans la série animale. En effet, l'oxyde de carbone se fixe avec intensité sur l’hémoglobine, substance constituante des globules rouges et la rend inapte à fixer de l’oxygène. Or, chez les mammifères, ce sont les globules rouges qui vont oxygéner les tissus; la suppression de cette fonction entraîne la mort. Les animaux pourvus de globules rouges subiront donc les atteintes de l’oxydé de carbone et ceux qui n’en possèdent pas résisteront.

Parmi les intoxications exogènes, nous devrions encore ranger celles qui sont déterminées par les poisons microbiens, mais cette

ACTION DES AGENTS CHIMIQUES

question est intimement liée à celle de l’infection et nous la réservons pour ce chapitre.

Poisons endogènes, auto-intoxication. — Un des caractères dominants de la vie, nous l’avons vu, c’est l’instabilité. La cellule ne peut vivre que si elle assimile etdésassimile ; elle ne cesse d’accomplir des échanges avec les milieux ambiants, et la matière nutritive subit un mouvement incessant : du milieu vers la cellule, et de la cellule vers le milieu. Ce que rejette la cellule est devenu impropre à sa vie, elle sait extraire des aliments ce qui lui est utile et elle rend ce qui lui est inutile. Mais les fonctions d'excrétion n’ont pas uniquement pour but d’éliminer des résidus d’aliments des particules inertes et inutiles. Pendant le travail cellulaire, se sont formés des corps nouveaux, provenant de la cellule elle-même ou de combinaisons entre ses sucs propres et les substances nutritives modiliées. Ces corps nouveaux sont souvent toxiques et la cellule doit les éliminer non pas seulement en tant que substances inutiles, mais en tant que véritables poisons.

Si ces composés toxiques ne sont pas éliminés, si la cellule ne parvient pas à les neutraliser, la vie n’est plus possible et elle cesse par un véritable empoisonnement d’origine endogène, par une autointoxication.

L’auto-intoxication n’est pas autre chose que l’empoisonnement d’une cellule ou d’un organisme par ses propres produits.

Des exemples d’auto-intoxication sont facilement trouvés soit dans la \ie végétale, soit dans la vie animale. Le développement des microbes dans un milieu nutritif n’est pas illimité, il n’est même pas en rapport avec l’abondance des matériaux nutritifs ; les substances alimentaires sont encore le plus souvent en excès alors que la culture ne se développe plus. C’est que précisément pendant le travail cellulaire occasionné par le développement des germes, sont nés des produits toxiques qui ont arrêté la culture.

La levure de bière, on le sait, donne naissance à des quantités importantes d’alcool, mais bientôt la production s’arrête et la culture ne croit plus si l’on n’a soin de retirer du milieu l’alcool formé.

L 'asperyillus nirjer, c'est là un fait bien démontré par Raulin, fabrique un corps analogue à l'acide sulfocyanique qui limite la culture.

Ces phénomènes d’auto-intoxication sont intimement liés aux actions vitales et en découlent directement ; leur mécanisme, leurs causes si bien étudiés chez l'homme par M. Bouchard et son école, se retrouvent d'une façon presque identique chez les êtres unjcrllulaires.

PATHOLOGIE CELLULAIRE

L’INFECTION

Avanl d’exposer les notions générales indispensables à connaître sur cette question fondamentale de pathologie, nous croyons utile de donner quelques exemples d’infection cellulaire. Nous les prendrons comme tous ceux que nous avons cités jusqu’à présent, chez les êtres unicellulaires. Ces phénomènes peuvent être étudiés chez eux d’une façon parfaite.

Certains infusoires vivent aux dépens d’infusoires d’espèces voisines, les premiers attaquent les seconds à l’aide de leurs prolongements qu’ils allongent en forme de trompes. Grâce à elles, ils sucent leurs victimes et s’incorporent leur contenu.

La lutte peut se faire de deux manières, suivant les espèces d'infusoires : dans le premier cas, celui de la sphœrophrya magna, ce paiasite reste fixé sur un objet quelconque et attaque les proies avec ses prolongements.

Dans le deuxième cas, un individu très voisin, mais plus petit que le précédent : la sphœrophrya parameciorum, se fixe non plus sur un point d’appui inerte, mais directement sur l’infusoire qu'elle attaque et à un stade de plus elle perce la cuticule de l’infusoire et entre dans sa propre substance.

Les amibes sont souvent victimes d’un agent infectieux que JMeichiiikoff appelle Micvosphovra.

Quand on examine une amibe malade, on voit le plus souvent deux variétés d’éléments dans son protoplasma : on y remarque

d une part des diatomées ingérées par l’amibe, d'autre part des Microsphœra.

Les diatomées subissent l’action des sucs digestifs, leurs parties nutritives sont assimilées après digestion par l’amibe et leurs parties inassimilables sont rejetées.

L amibe se comporte très différemment vis-à-vis des Microsphœra qui apparaissent dans son protoplasma sous l’aspect de petites cellules rondes. Ces derniers éléments ne sont ni digérés, ni rejetés par amibe, ils se multiplient au contraire dans son protoplasma et amibe dépérit, ses mouvements diminuent et elle meurt.

Pourquoi les diatomées sont-elles digérées par l’amibe ? Pourquoi

( s nuuosphères ne le sont-elles pas ? Ces dernières sécrètent-elles

une substance qui les protège ou qui attaque l’amibe ? C’est le problème de 1 infection qui se pose avec la plus grande netteté il est ici identiquement le même que chez les êtres les mieux organisés

L’INFECTION

La lutte que nous venons de décrire s’est terminée par la mort de la cellule attaquée heureusement il n’en est pas toujours ainsi : les amibes sont en effet capables d’ingérer des microbes et de les isoler de leur protoplasma dans des vacuoles. Les microbes seront ensuite rejetés au dehors, plus ou moins modifiés dans leur constitution. Les sucs de la vacuole peuvent en effet attaquer les corps microbiens, les digérer, et la preuve en est fournie par ce fait que les microbes ainsi ingérés prennent certaines matières colorantes, alors que des microbes non digérés, de même espèce, ne sont pas colorés.

La cellule possède donc plusieurs moyens de défense : elle peut fuir les germes infectieux par ses propriétés de chimiotaxie négative; elle peut, quand elle s’est, laissé pénétrer par ses ennemis, les expulser au dehors ou les conserver dans son protoplasma en les digérant plus ou moins.

Les agents infectieux de leur côté sont capables de percer, de pénétrer la cellule, et de sécréter des substances qui agissent de deux manières, soit en altérant directement le protoplasma cellulaire, soit en anihilant ses moyens de défense.

Nous en avons dit assez pour faire comprendre que l’infection n’est au fond qu’une lutte entre deux organismes. Cette lutte pourra se terminer par la mort ou l’éloignement des combattants, mais chacun d’eux le plus souvent aura éprouvé au contact de l’autre des modifications se traduisant par une augmentation ou une diminution dans les moyens de défense.

Notre plan est dès lors tout tracé :

1° Étudier les moyens d’attaque et de défense des microbes;

2° Étudier les moyens de défense des cellules.

Nous poursuivrons par un chapitre sur l'immunité, suite naturelle d’une étude sur l’infection.

Quant aux différentes variétés de microbes, il nous est impossible d’entrer ici dans leur description morphologique ni dans 1 étude des propriétés biologiques spéciales à chacune d’elles (1); nous nous contentons deplonner une série de ligures (fig. 6 à 34) reproduisant les principaux germes que le médecin doit connaître.

(1) Voy. dans la même Bibliothèque : Macaigne, Précis de Bactériologie. Vov. aussi Besson, Technique microbiologique, 4 • édition , 1908.

PATHOLOGIE CELLULAIRE

— Gros microcoque en chaîne. Fig. 7. — Petit microcoque irrégulier.

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