MOYENS D ATTAQUE ET DE DÉFENSE DES MICROBES
I" Causes qui favorisent l’activité microbienne.
Pour qu’un microbe vive et se développe dans une cellule, dans un organisme, ilesl indispensable qu’il y trouve les conditions générales nécessaires à 1 existence des êtres, conditions que nous avons déjà mentionnées. 11 lui iaul des aliments, de l’eau, une température convenable, de l’oxygène. /
«Ce sont, dit M. Bouchard, des dissemblances physiques, chimiques, nutritives qui font que les individus sont autant de milieux disparates où les agents pathogènes viennent tantôt s’éteindre, tantôt fructifier. »
S il î encontre trop ou trop peu de ces éléments, il périclitera et disparaîtra. Les limites de température qui lui sont favorables sont souvent peu étendues, tel microbequi tue les animaux à sang chaud est dépourvu d’action vis-à-vis des animaux à sang froid.
Il importe que les microbes se reproduisent facilement; ils envahissent rarement les organismes avec un nombre initial suffisant poui déterminer leur mort; c est souvent leur reproduction rapide, piodigieuse, qui est la cause de leur succès final. Leur multiplication dans le cas de septicémie par exemple devient phénoménale.
Dans ce cas la mobilité des microbes, la facilité avec laquelle ils se déplacent constitue une qualité offensive importante ; mais la mobilité n’est pas une propriété indispensable à tous les germes, car certains il entre eux, comme nous allons avoir l’occasion de le dire, agissent non pas par leur présence mais par leurs sécrétions qui diffusent et déterminent des phénomènes morbides en des points éloignés du siège de l’infection.
Les luttes successives contre des organismes différents exaltent l activité des microbes; le fait est connu dans les épidémies de maladies infectieuses; Pasteur l’a bien mis en évidence au point de vue expérimental parla méthode des passages en série.
Si, après avoir déterminé la mort d’un animal par une quantité quelconque de microbes, on réinocule les mômes germes à un animal de même espèce, celui-ci est tué avec une dose moindre que le premier, et le troisième avec une dose moindre que le deuxième cl ainsi de suite, ce qui prouve l’exaltation progressive des germes infectieux. Ce lait, qui n’est, pas général, peutêtre cependant démontré pour plusieurs microbes, entre autres pour le streptocoque, et Marmorck, par de nombreux passages chez les lapins, est parvenu à déterminer la mort dos animaux avec des (radions infinitésimales de centimètre cube.
L’INFECTION
Il semble que cette loi qui veut que les organismes s'entraînent, deviennent plus vigoureux par le travail et l’effort, se- vérifie jusque chez les infiniment petits. Même in vitro en faisant obstacle d'une façon graduée au développement d’une culture, on peut lui donner plus de vitalité. C’est ainsi qu’on augmente l’activité de la levure de bière en la cultivant sur des milieux contenant des antiseptiques à doses de plus en plus élevées.
2° Causes qui diminuent l’activité microbienne.
Parmi ces causes doivent prendre place celles qui tiennent au milieu et qui dépendent de la résistance opposée par les cellules aux agents envahisseurs, nous étudierons un peu plus loin ces facteurs de résistance.
Nous trouvons également dans ce cadre toutes les causes qui concourent à la diminution des éléments favorables signalés dans le paragraphe précédent, toutes les causes qui modifieront les quantités d'aliments, de chaleur, d’eau, d'oxygène nécessaires aux microbes.
Nous savons que la chaleur exagérée et le froid intense arrêtent les actions vitales aussi bien des microbes que des autres êtres. La dessiccation agit de môme.
L apport au contact des microbes de certaines substances étrangères dites antiseptiques détermine égalementsoit leur mort, soit une diminution de leur activité.
Les germes subissent toutes ces actions soit naturellement, soit artificiellement. En effet, chacune d’elles a été étudiée scientifiquement et cette étude a servi de base aux nombreux procédés quotidiennement employés pour la destruction ou l'atténuation des germes.
3n Moyens de défense des microbes.
Très rarement les microbes déterminent des accidents graves dans un organisme immédiatement après l'avoir envahi. l'n certain temps leurest en règle générale nécessaire pour s’habituer au milieu avec lequel ils entrent pour la première fois en contact. Leurs conditions de vie varient en effet suivant les terrains de culture qui leur sont offerts. Dans certains cas, ils trouveront plus de chaleur, moins d’oxygène qu'il ne leur en faut, il y aura en quelque sorte un moment d’hésitation dans l’essor de la colonie microbienne. Certains individus plus faibles seront victimes du milieu, les autres résisteront, deviendront plus forts, et finiront par se développer; en un mot, ils s’adapteront ; l'adaptation devient pour eux un moyen de se défendre.
Dans d’autres cas, les conditions sont tellement rigoureuses que tous les germes sont voués à la mort, ils changent alors de forme, prennent un état qui leur permet de se défendre, une forme de résistance suivant le terme classique. C’est ainsi que les bactéries deviennent des spores, se protégeant contre la température, la dessiccation, et toutes les actions nocives qui peuvent s’exercer sur elles.
Ces formes de résistance sont également des formes d'attente qui permettent aux microbes de séjourner dans un organismè et de se développer à un moment donné si des modifications favorables sur viennent dans le milieu.
Nous donnons dans les figures 28 à 3i un très bel exemple du polymorphisme des microbes emprunté à Cbarrin.
Certains auteurs ont voulu voir dans l'agglutination des microbes un autre procédé de défense ; sans doute le fait d'ètrc réunis en une masse, compacte a comme résultat pour eux une protection mutuelle; la surface de contact avec la substance nocive se trouve réduite d’une façon très importante par l’agglutination, mais on peut objecter à cette manière de voir que la propriété de s’agglutiner résulte déjà d’une modification préalable, d’une altération probablement de la surface de chaque microbe, et d’autre part, il ne faut pas oublier que 1 agglutination se fait parfaitement bien avec des microbes morts. 11 est difficile dans ce cas d’invoquer une action défensive.
4° Toxines.
Il ne suffit pas pour évaluer l’action offensive d’une culture microbienne de tenir compte des facteurs dont nous venons de parler : mobilité des germes, lacilité de reproduction, etc., car, s ils peuvent agir dans un organisme par leur grand nombre, d’une manière en quelque sorte mécanique, ils agissent aussi, et le plus souvent, dune façon très importante par certains produits qu’ils sont capables de sécréter.
Ces produits sont appelés toxines; les toxines déterminent des phénomènes morbides indépendamment des microbes qui les ont fabriquées, après la mort même de ces derniers. Leur existence est lacilc à mettre en évidence ; on prend une culture virulente, on la tue par la chaleur, et l'on voit qu’elle est encore capable de causer des phénomènes toxiques. C’est là un premier fait, mais on peut objecter que dans cette expérience, un peu grossière, les troubles sont dus aux corps microbiens. Il suffit, pour répondre à l’objection, de filtrer la culture : les germes sont retenus sur le filtre et le
L’INFECTION
Fig. 28. — Forme normale dans du bouillon de bœuf.
Fig. 29. — Culture dans du bouillon additionné de 0,02 p. 100 de naphtol, après quarante-huit heures.
Fig. 30. — Culture dans du bouillon alcoolisé à 4 p. 100, après vingt-quatre heures.
Fig. 31 . — Culture dans du bouillon additionné de bichromate de potasse à 0,015 p. 100, après quinze heures.
Fig. 32. — Culture dans du bouil- Fig. 33. — Culture dans du Fig. 34. — Culture âgée de quellon additionné de 0,C0 p. 100 bouillon additionné de ques semaines dans du bouil-
d acide borique, après qua- 0,70 p. 100 d' acide bo- Ion additionné de 0.10 p. 100
rante-buit heures. rique, après six jours. de créosote
Fig. 28 à 34. — Polymorphisme du bacille pyocyanique (figures empruntées au travail de Charria sur la maladie pyocyanique).
PAÎ HÔLOG I E CELLULAIRE.
liquide filtré sert à expérimenter; il aies mêmes propriétés toxiques que la culture non filtrée.
Les idées émises par Toussaint, par Chauveau, les expériences de Pasteur laites avec les cultures du choléra des poules, les recherches de Chauveau qui injectait du sang charbonneux à des animaux réfractaires au charbon mirent sur là voie de la découverte de ces poisons microbiens. C’est à l’école do M. Bouchard que revient le mérite d’avoir mis ces substances toxiques en évidence. M. Bouchard injecte de l’urine de cholérique à un animal réfractaire au choléra et voit apparaître immédiatement chez cet animal des phénomènes d’ordre toxique qui réalisent dans les grandes lignes le tableau du choléra.
Charrin donne la première preuve indiscutable de l’existence et du rôle, des produits microbiens en injectant à des animaux des cultures filtrées du bacille pyocyanique; il réalise par cette injection les mêmes lésions, les mêmes symptômes, y compris les paralysies, que quand il inocule le bacille lui-même.
AI. Bouchard recueille l'urine d’animaux infectés par le pyocyanique et morts avant que les paralysies n’aient eu le temps de se produire, il injecte les urines à d’autres animaux et provoque chez ces derniers la paralysie pyocyanique, mettant ainsi en évidence non seulement l’existence de la toxine paralysante, mais encore sa formation dans l’organisme vivant et son passage à travers le rein.
Les travaux bien connus de Roux et Yersin sur la toxine diphtérique confirmèrent pleinement les expériences précédentes.
Les actions des toxines sur l’organisme sont multiples; l'une des plus intéressantes réside dans le fait que certaines toxines s’opposent à la lutte de l’organisme contre les microbes. AI. Bouchard a établi que la toxine pyocyanique favorise l’infection par ce germe, car elle s’oppose à l’un des principaux moyens de défense de l'organisme, la diapédèse et la phagocytose, et cela chez des animaux immunisés ou non. Après lui, Charrin et ^G-amaleia ont montré que cette toxine empêche l'issue du plasma et la dilatation vasculaire ; Charrin et Gley prouveront quelle paralyse les centres vaso-dilatateurs. Nous retrouverons ces faits à propos de l'inflammation.
Poisons solubles. Poisons adhérents. — Les produits toxiques d’origine microbienne sont soit solubles, diffusibles et passent facilement dans le milieu de culture, soit plus ou moins adhérents aux corps des bacilles.
Le bacille de la diphtérie, celui du tétanos, par exemple, laissent diffuser leurs toxines dans le milieu ambiant; le bacille delà tubei culose et même celui de la diphtérie [endotoxines j conservent
L’INFECTION
autour d’eux des produits d’une importance considérable qui ont été bien mis en évidence par Auclair, Rist, etc.
Risl a montré qu’on réalise des paralysies ayant les caractères des paralysies tardives de la diphtérie avec des corps de bacille de klebs- Loffler débarrassés de toxine soluble, et cela chez des animaux immunisés contre la toxine soluble.
Boulin, dans sa thèse, a étudié les poisons locaux de la bactéridie charbonneuse et a extrait du corps de ces bactéries des substances grasses, cireuses, avec lesquelles il produit expérimentalement un œdème analogue à celui que donne l’injection des bactéridies tuées.
Certains microbes semblent n’agir que par des poisons diffusibles, d’autres paraissent avoir avant tout une action locale. Chez plusieurs, il importe de considérer des poisons solubles et des poisons locaux. Le plus bel exemple en est fourni par le bacille tuberculeux : sa culture privée de corps bacillaires contient une substance, la tuberculine, capable de déterminer des actions toxiques considérables ; mais alors que la tuberculine ne reproduit pas les lésions caractéristiques de la tuberculose, les corps des bacilles tués au préalable donnent lieu à la formation de tubercules typiques. Le microbe mort a donc conservé autour de lui une ou plusieurs substances actives, et Auclair, en épuisant les bacilles tuberculeux par de l’éther et par du chloroforme, a pu mettre en évidence le rôle de ces matières adhérentes. Jean Camus et Pagniez ont montré, depuis, l’importance des acides gras parmi ces poisons locaux.
Fabrication «les toxines. — Nous pourrions croire que la production de toxine est intimement liée aux manifestations qui dénotent une vie plus intense des microbes, en particulier à leur grande mobilité, à leur reproduction rapide ; ce rapport entre la richesse en toxine des cultures et le développement exagéré des germes peut exister, mais il n’est pas constant.
Il est fréquent d’observer une culture très riche en corps microbiens et pauvre au contraire en produits toxiques. C’est que les conditions qui favorisent la reproduction et celles qui déterminent la fabrication de toxine ne sont pas identiquement les mêmes. Par des études patientes, les bactériologistes sont arrivés à connaître la composition la plus favorable des milieux de culture pour telle ou telle espèce microbienne, ils ont appris quelle est la quantité de sels, de sucre qu’il convient d’introduire, lis savent que certains germes sont producteurs de toxine en milieu alcalin et d’autres en milieu légèrement acide. La température, l’aération contribuent aussi pour une part importante aux résultats cherchés. Chantemesse, Balthazard fabriquent une toxine typhique active en lapréser- H. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. 4
PATHOLOGIE CELLULAIRE
vant do l’air; Houx au contraire obtient la toxine diphtérique la plus active en cultivant le bacille de Klebs-Lofflor dans une série de ballons de Fernbach i“eliés entre eux et parcourus par un courant d’air.
La production de toxine ne se fait pas non plus en même temps que le développement des microbes; le milieu peut être rempli de corps microbiens au bout de vingt-quatre ou trente-six heures, alors qu’il n’existe qu’une petite quantité de toxine formée. Au contraire celle-ci apparaît plus active au bout de quelques jours. La fabrication de toxine n’est pas longtemps progressive, et même si la culture est abandonnée d’une façon prolongée, son pouvoir toxique s’affaiblira ; il y a donc intérêt à connaître l’époque optima où il convient d’extraire la toxine du milieu, celte époque varie d'ailleurs avec chaque espèce microbienne.
Séparation des toxines. — 11 est facile de comprendre, sachant ce que nous avons dit des variétés de toxines, que les procédés de préparation doivent forcément être nombreux.
Les toxines adhérentes sont les plus difficiles à obtenir. La plupart des auteurs conseillent avant tout, de tuer le microbe par la chaleur; il laisse ensuite plus facilement diffuser sa toxine; une macération prolongée suffit souvent alors pour faire passer les produits toxiques en solution. Mais le procédé est insuffisant pour beaucoup de microbes.
Tous les produits microbiens ne sont pas solubles dans l’eau, les uns se dissolvent dans l’alcool, d’autres dans la glycérine, le chloroforme, l’éther, le xylol. Le même microbe peut laisser échapper suivant les liquides solvants des corps différents. Auclair, en faisant
macérer le bacille de Koch dans de l’éther, a obtenu un poison à action caséifiante; en opérant la macération dans le chloroforme, le bacille de Koch abandonne un poison auquel Auclair a reconnu une
action sclérosante.
Certaines toxines ne se solubilisent dans aucun liquide par macération, elles sont intimement unies aux. corps bacillaires et des procédés plus violents doivent être employés pour les obtenir. Le broyage avec des instruments puissants est un de ces procédés; il a été employé par Huchner, par Koch; les microbes, triturés au point qu’ils ne sont plus reconnus au microscope, laissent alors échapper des toxines qu'on ne peut obtenir autrement.
Le froid est encore appliqué à la préparation des toxines (Buchner, Balthazard); des microbes congelés à de très basses températures éclatent quand on les réchauffe brusquement ; il importe de répéter plusieurs fois l’opération, afin de solubiliser plus complètement les poisons microbiens.
Ions ces arlilices ne donnent pas avec chaque variété de microbes
L'INFECTION
bi
des résultats parfaits, et l’on se rend compte en les employant, combien certaines toxines sont intimement liées aux germes qui les ont produites.
La préparation des toxines est incomparablement plus facile; une simple filtration sur la bougie Chamberland permet d’obtenir un liquide exempt de microbes, et contenant une toxine active. C’est le procédé qui est employé pour la toxine diphtérique et la toxine tétanique. Sa commodité a facilité singulièrement l’étude de ces produits; des applications thérapeutiques de premier ordre ont été la conséquence de la fabrication, de l’obtention si simple des toxines. On ne peut s’empêcher de remarquer que l’isolement des toxines à l’état de pureté commande d’ordinaire les recherchés de thérapeutique, et cette notion explique la différence des résultats obtenus dans les maladies causées par des produits solubles, et celles causées surtout par des poisons locaux ou difficilement séparables des microbes.
Causes d'affaiblissement des toxines. — Beaucoup de toxines se rapprochent dans leur mode d’action et dans leurs propriétés des diastases; comme les diastases, elles sont détruites par les températures élevées et atténuées par des températures qui dépassent peu le degré où leur action est optima.
Les toxines sont en général altérées rapidement par la lumière, surtout par la lumière solaire et aussi par l’oxygène.
Des produits chimiques tels que le chlore, l’iode, les acides sont capables d’atténuer des toxines. La liqueur iodo-iodurée en particulier a servi pour diminuer l’action de quelques poisons microbiens.
Variétés des toxines. — Toutes les toxines n’ont pas les mêmes affinités, quelques-unes se fixent avec intensité sur les matières colorantes, d’autres sur des sels, d’autres sur des matières grasses, des extraits organiques.
Les toxines, comparées entre elles, se présentent avec les différences les [dus accentuées ; si un grand nombre ont des caractères communs avec les diastases, d'autres ne leur ressemblent en rien et ne sont pas par exemple détruites par la chaleur.
Ces constatations amènent à penser que sous le même nom de toxine, on range des substances très disparates ; il ne saurait en être autrement, étant donnés les procédés en somme grossiers de préparation des toxines. Il s’en faut que dans la plupart des cas on obtienne un produit microbien pur, la substance dénommée toxine n’est d'ordinaire qu’un ensemble de poisons microbiens et de substances extraites du bouillon «le culture, les uns ayant plus ou moins retenti sur Jes'aulres.
PATHOLOGIE CELLULAIRE
Dans quelle mesure la toxine fabriquée dans un tube de bouillon ressemble-t-elle à celle qui est fabriquée dans un organisme vivant ? C’est là une question qu’on peut se poser, sachant combien le milieu a d'influence sur le développement des germes et sur la production de leurs poisons.
De plus, le liquide qui compose le bouillon peut modifier l’élaboration des toxines par les microbes dont l’activité biochimique doit être influencée par telle ou telle substance contenue dans le milieu.
Il est possible que dans l’organisme les germes trouvent précisément des matériaux que nous ne pouvons leur donner in vitro. Aussi a-t-on été conduit à faire produire artificiellement des toxines par les microbes en mettant ceux-ci dans le corps même de l'animal mais en les isolant : tel est le mode de préparation de certaines toxines qu’on obtient en mettant la culture dans des sacs de collodion qu’on laisse dans la cavité péritonéale.
Malgré toutes ces précautions on ne peut se dissimuler que les toxines que nous étudions doivent être quelque peu différentes de celles qu’élaborent les microbes dans l’économie. Et cependant, il faut reconnaître que les toxines obtenues dans du bouillon par la culture du bacille du tétanos et par celle du bacille de la diphtérie, reproduisent assez exactement la plupart des symptômes des infections diphtérique et tétanique, entre les mains des expérimentateurs.
Dans la lutte des microbes et de l’organisme interviennent certainement de nombreuses substances, quelques-unes ont pu être plus ou moins séparées et étudiées, d’autres sont hypothétiques et parfois, au lieu d’isoler des produits nouveaux, on s’est contenté de créer des mots.
Les aggressines, substances qui renforcent l’action des microbes et affaiblissent les résistances de l’organisme, ont fait l’objet de plusieurs discussions, en particulier entre Bail et Weill d’une part et Wassermann et Citron d’autre part. Sont-elles dues à l’activité des microbes ou à leur destruction? Naissent-elles de la lutte contre l organisme? Ces questions ont reçu des réponses différentes suivant les auteurs. D'après Bail qui, le premier, a attiré l’attention sur elles, les aggressines apparaissent dans les exsudais pathologiques;
1 injection de ces exsudats aggressiniques confère aux animaux une immunité spéciale (fait confirmé par Nicolas Bettencourt).
5° Associations microbiennes.
Nous n avons envisagé jusqu’à présent que le cas d’une espèce microbienne se développant seule, sans adjonction d’autres germes. En réalité, dans les infections, les choses se passent le plus souvent
l’infection.
différemment et l’exposé des associations microbiennes constitue un chapitre des plus importants dans l’étude de l’infection.
Des microbes d’espèces différentes se rencontrant soit dans un même milieu de culture, soit dans un même organisme, peuvent: 1° n’exercer aucune action les uns sur les autres, 2° se nuire dans leur développement, 3° se prêter appui et se développer plus rapidement quand ils sont associés que quand ils sont isolés.
Association défavorable au développement microbien. — Un exemple va montrer jusqu’à l’évidence à quel point un germe peut entraver le développement d’un autre germe.
Les recherches du professeur Bouchard, celles de Frendenreich, de Woodhead, de Carlwright Wood, de Blagovestchenski ont prouvé que le bacille pyocyanique a une action défavorable sur la culture de la bactéridie charbonneuse. Guignard et Charrin ont étudié cette action aussi complètement que possible, c’est à l’exposé de leurs travaux que nous empruntons cet exemple.
Leurs recherches ont été faites en ensemençant à côté l’un de l'autre la bactéridie charbonneuse et le bacille pyocyanique, et en étudiant les variations de la virulence aux différentes époques des cultures. Pendant les premiers jours du développement du bacille du pus bleu au contact des bacilles du charbon, la virulence de ces derniers est peu modifiée. A partir du huitième jour, celte virulence décroît peu à peu, et, au bout d’un mois, elle est devenue très faible. La bactéridie cependant n’est pas morte car elle est encore capable de se développer et de reprendre sa virulence quand elle est ensemencée dans un milieu exempt de bacilles pyocyaniques.
Non seulement la virulence de la bactéridie diminue au contact du microbe pyocyanique, mais encore sa forme est modifiée. Quarante-huit heures après ensemencement de bacilles pyocyaniques dans une culture de charbon, on voit les bâtonnets de la bactéridie perdre leur aspect régulier ; leur contenu se rassemble en granulations; des filaments irréguliers apparaissent, renflés par places, réduits ailleurs à leur enveloppe. L’aspect granuleux domine dans la culture du charbon, les granulations se séparent, ressemblent a des microcoques et se colorent facilement. Si altérée quelle soit dans sa morphologie, la bactéridie n’est pas encore tuée et elle peut reprendre sa forme normale si elle est repiquée dans un milieu convenable.
Les toxines du bacille pyocyanique ont la même action qu’une culture du bacille Iui-mème. En effet, si l’on ensemence du charbon dans un milieu contenant les toxines pyocyaniques, la bactéridie
PATHOLOGIE CELLULAIRE
s'y développe mal, et elle prend des formes analogues à celles quê nous venons d'indiquer tout à l'heure.
MM. Bouchard, Blagovestchenski, Charrin et Guignard ont fourni des explications de cette action nocive du bacille pyocyanique sur le germe du charbon. Ces explications sont multiples : le microbe du pus bleu fabrique des matières albuminoïdes toxiques, précipitables par la chaleur qui limitent son propre développement, et celui des autres agents infectieux; quand, dans un milieu devenu impropre au développement du microbe, on précipite ces matières albuminoïdes, Ja culture peut continuer à se faire dans une certaine mesure. De plus, le bacille pyocyanique épuise les milieux nutritifs et prive les autres germes de substances qui leur sont nécessaires. Enfin, il sécrète des substances volatiles qui exercent une certaine action antiseptique.
Nous avons tenu à insister sur cet exemple qui montre bien l'importance et le mécanisme de certaines associations microbiennes. Gomme association défavorable au développement des germes nous pouvons encore citer l’influence de la levure de bière sur les microbes de 1 intestin ; on sait que la levure a été préconisée comme une variété d’antiseptique intestinale.
Associations favorables au développement microbien. — Les variétés de microbes dont l’association est nuisible pour l’organisme qu’ils envahissent, sont plus nombreuses. M. Bouchard a pensé et démontré que les germes qui pullulent dans l’intestin de 1 homme, exercent une action favorable sur le développement des furoncles, des suppurations cutanées. Il a vu en effet qu’en nuisant aux germes de 1 intestin par 1 antisepsie intestinale on guérit la furonculose.
Deux microbes dont 1 association est le plus nuisible pour les cellules attaquées sont le bacille de la diphtérie et celui de l’érysipèle. En effet, si l’on prend d’une part un échantillon de bacilles de Klebs-Loffler et, d’autre part, un échantillon de microbes de Eelileisen, ces deux échantillons provenant de cultures l une et l’autre peu virulentes donnent par leur réunion une association des plus actives.
Dans cet ordre d idées, Boger a vu que les poisons solubles du bac il lu s prodigiosus favorisent l’inoculation du charbon symptomatique. Les exemples d’associations favorables aux microbes et par conséquent défavorables à l’organisme abondent; les germes se pietent souvent main-forte entre eux par leur multiplication rapide, Par 'action surtout de leurs poisons solubles (histoire des épidémies de choléra, etc.).
L'INFECTION
oo
Moyens de défense des cellules
1° Causes qui diminuent la résistance des cellules et des
organismes.
Bien des causes peuvent affaiblir les organismes, et les prédisposer à subir les actions microbiennes, et, parmi elles, beaucoup sont communes aux êtres inférieurs et aux êtres les plus perfectionnés. Les cellules peuvent être héréditairement en état d'infériorité vis-à-vis d’un groupe d’infections ou de telle infection en particulier. Elles peuvent l’être encore par une nutrition insufiisante, le milieu ne leur fournissant pas les aliments nécessaires à une existence normale. La fatigue, les chocs, les écarts de température sont aussi des causes fréquentes de débilitation des cellules. L’intoxication favorise également, comme l'ont montré expérimentalement Charrin et Claude, l’infection, par exemple l’infection biliaire. Une maladie antérieure ou une perturbation nerveuse prédisposent encore les éléments cellulaires à subir l’atteinte d’autres germes, si ceux-ci interviennent alors qu'elles ne sont pas complètement réparées. La grenouille perd son immunité à l'égard du tétanos, quand on élève sa température (J. Gourmont, Doyon, Paviot). Connais sant les conditions de vie des organismes, touchant l’aération, l'humidité, la température, etc., nous pouvons deviner l'influence des saisons et des autres causes de perturbation sur la résistance cellulaire.
2° Causes qui augmentent la résistance des cellules
et des organismes.
Inversement, d'après ce que nous venons d'exposer, toutes les conditions qui tendent à rendre parfaite la vie cellulaire sont autant de facteurs qui lui permettront de résister aux agents inlectieux. Les cellules trouvent donc cette résistance dans leur hérédité, dans un milieu nutritif suflisanl, dans des conditions favorables d humidité, de chaleur, d’oxygénation, qui leur permettent d’exécuter les mouvements, de sécréter les ferments, nécessaires à leur défense.
La défense la plus facile à mettre en évidence, qu’oppose un organisme aux agents infectieux consiste dans la phagocytose. Ce phénomène est un des plus généraux dans la série animale, il appartient tout entier à la pathologie cellulaire.
Phagocytose (1). — L’exemple le plus simple de phagocytose
(l) On ne saurait étudier celte question ainsi que celle «le l’infection chez les êtres inférieurs «lune façon complète sans se reporter aux travaux de Metchnikoff. X ou s ferons des emprunts en particulier à ses ouvrages sur l’Inflammation et sur l’Immunité.
PATHOLOGIE CELLULAIRE
est celui que nous avons déjà donné en parlant des moyens de défense de I amibe. Cet être unicellulaire est capable d’atteindre avec ses pseudopodes de petits corps inorganiques ou organisés qui
Pig. 35. — Phagocytose de la bactéridie charbonneuse.
L Polynucléaire ayant englobé de nombreuses bactéridies ; 2, Cellule endothéliale du foie ayant englobé de nombreuses bactéridies; celles-ci, très virulentes, reprennent leur liberté et sortent de la cellule endothéliale (d'après Wérigo).
Fig. 36. — Phagocytose du bacille de Koch.
1, Dans les macrophages (grands mononucléaires) ; 2, Dans les microphages (polynucléaires) ; 3, Dans une cellule géante.
sont à son voisinage, de les entourer de son protoplasma, de sécréter autour d’eux des sucs digestifs et de les assimiler ensuite ou de les rejeter au dehors. Toute la phagocytose est contenue dans ces
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big. 37 . Phagocytose inefficace du bacille de la peste
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operations de l'amibe. En s’élevant dans la série animale, on retrouve dans des etres plus complexes des cellules qui ressemblent sineuîeiemenl aux amibes et qui se comportent comme elles vis-à-vis « e*s germes infectieux, au plus grand avantage de l’organisme dont elles (ont partie; ces cellules sont les phagocytes.
L'INFECTION
Les éponges possèdent des phagocytes, et si dans l’eau où vivent les éponges on introduit des matières colorantes, du carmin par exemple, on ne tarde pas à reconnaître que les phagocytes amiboïdes se sont chargés des grains colorés. Le fait d’être capable d’englober les corps étrangers constitue pour les phagocytes une première propriété importante, mais ils possèdent encore celle de digérer certaines substances, certaines cellules. Ainsi Lieberkuhn a vu les phagocytes des éponges englober des infusoires, les entourer de leur masse protoplasmique, et les digérer.
Quand le corps étranger est trop volumineux, les phagocytes se groupent autour de lui, et essaient de le digérer si sa substance est attaquable par leurs sucs. Ainsi chez l’unedeces grandes méduses appelées Rhisostomum Cuvieri l’introduction d’un corps étranger coloré dans la couche gélatineuse détermine un afflux de cellules amiboïdes qui se teintent elles-mêmes au voisinage de la matière colorante. Chez la larve d’une variété d’étoile de mer, MetchnikotT a vu apparaître les cellules amiboïdes pendant le développement; très rapidement après leur formation, ces cellules jouissent déjà de la propriété phagocytaire, elles sont capables d’entourer les corps étrangers qui viennent blesser la larve.
Cette constatation a un grand intérêt car la larve ne possède aucune trace de système nerveux, ni de système vasculaire ou musculaire, on ne peut donc invoquer l’influence de ces organes dans cet exemple de phagocytose. Ce phénomène ne peut alors s'expliquer que par une activité spéciale des cellules amiboïdes.
Une disposition fréquemment observée consiste dans la fusion en une seule de plusieurs des cellules amiboïdes qui sont groupées autour d’un corps étranger. 11 en résulte la formation de plasmodes
Fig. 38. — Globules blancs.
A, lymphocyte ; B, gros leucocyte hyalin ; C, D, leucocyte à noyau contourné (Gr. = 1000 d.)
(d'après Jolly).
ou cellules plus grandes, cellules géantes avec une seule masse de protoplasma et plusieurs noyaux.
En nous élevant dans la hiérarchie des organismes, chez les vers, les arthropodes, les mollusques, les tuniciers, nous retrouvons des phénomènes identiques de phagocytose.
Variétés de leucocytes. — Phagocytes. — Les globules blancs
PATHOLOGIE CELLULAIRE
présentent plusieurs variétés, non seulement chez les différentes espèces animales, mais aussi riiez le même individu. Toutes ces espèces, il s’en faut, rte sont pas également aptes à la phagocytose. On trouve chez les vertébrés, chez l’homme en particulier, quatre grandes variétés de globules blancs, les lymphocytes, les leucocytes mononucléaires, les leucocytes éosinophiles, les leucocytes polynucléaires.
Les lymphocytes sont les plus petits globules blancs, ils sont formés d’un gros noyau rond avec une mince couche de protoplasma autour de lui. Parfois cette couche de protoplasma est à peine visible. Le noyau se colore aisément par plusieurs colorants, Surtout par les couleurs d’aniline; le protoplasma se teinte avec moins d'intensité que lui.
Le leucocyte mononucléaire est peu volumineux, le protoplasma est plus abondant que dans la forme précédente, le noyau ne remplit qu’une partie limitée de la .<oco «.v* cellule, au lieu de l’occuper presque tout entière, comme chez les lymphocytes. Le noyau peut être rond ou ovale, il prend parfois l'aspect d'un haricot. Le protoplasma se colore assez facilement, tandis que le noyau se laisse moins teinter par la matière colorante que celui des lymphocytes.
Entre le petit lymphocyte et le leucocyte mononucléaire que nous venons de décrire, il existe d’ailleurs des formes intermédiaires.
Le leucocyte éosinophile est pourvu d'un noyau de forme variable, en général lobé; cette variété est facilement reconnaissable par ses affinités pour certaines matières colorantes. Ce leucocyte, en cflet, renferme de nombreuses granulations assez volumineuses qui ne se cotèrent pas par les couleurs basiques d’aniline, mais par les couleurs d aniline acides, en particulier par l’éosine, d'où leur nom. Cette méthode de coloration élective est un précieux moyen de différenciation, elle a été donnée par Ehrlieh, à qui nous devons d’ailleurs une grande part de nos connaissances sur les globules blancs.
La variété la plus nombreuse des leucocytes est celle des leucocytes polynucléaires. Cette désignation est, nous devons le remarquer, souvent inexacte. Le leucocyte polynucléaire habituellement ne possède en réalité qu'un seul noyau, mais ce noyau est renflé et les différentes parties ne sont reliées entre elles que par des filaments nucléaires, disposition qui fait penser au premier abord à l'existence h- plusieurs noyaux. Ce noyau ou ces noyaux, car ils peuvent ètie
Fig. 39. — Leucocytes granuleux.
A, neutrophile; B, éosinophile (d'après Joli v).
L'INFECTION
Ho
réellement multiples, sc colorent fortement par les couleurs d'aniline ; le protoplasma au contraire reste incolore. Ce dernier contient de nombreuses granulations qui ne se colorent ni par les couleurs basiques, ni par les couleurs acides, mais par leur mélange; ces granulations sont donc neutrophiles, d’où le nom de leucocytes neutrophiles, donné encore aux polynucléaires.
Sans nous arrêter longuement sur l’origine de ces globules blancs, disons cependant qu’on a voulu tout d’abord les diviser en lymphocytes et myélocytes, indiquant par là que les premiers prenaient naissance dans les ganglions lymphatiques et les seconds dans la moelle osseuse. La question est beaucoup plus complexe, les lymphocytes viennent aussi de la rate et accessoirement les myélocytes peuvent provenir d’autres organes que la moelle osseuse, comme l’ont démontré Ehrlich et Dominici. De plus, ces différentes variétés de globules blancs se retrouvent chez des animaux inférieurs qui n’ont pas ces organes à l’état différencié et qui particulièrement ne possèdent pas d’os, ni trace de moelle osseuse.
Tous les leucocytes dont nous venons de parler ont des caractères communs avec les amibes chez lesquelles nous avons tout d’abord étudié la phagocytose; ils peuvent tous se déplacer et émettre plus ou moins de prolongements protoplasmiques ou pseudopodes. Il existe cependant des degrés dans ces aptitudes; les lymphocytes sont ceux des globules blancs qui les possèdent le moins. Us sont incapables d’englober des corps étrangers, des microbes; ils n’ont donc pas d’action phagocytaire.
Jusqu’à ces dernières années, on refusait également un rôle dans la phagocytose aux leucocytes éosinophiles; Mesnil a montré que ces globules blancs sont capables eux aussi d’englober des microbes et des corps étrangers et de les dévorer. Leur présence dans le sang, dans les tissus, dans les exsudats parait être 1 indice d une lutte victorieuse des éléments cellulaires contre les microorganismes ou les produits d’intoxication. Elle est contemporaine des processus de cicatrisation.
Les leucocytes mononucléaires et les polynucléaires ou neutrophiles possèdent à un haut degré la propriété phagocytaire. Ils se comportent soit dans l’organisme auquel ils appartiennent, soit en dehors de lui, comme de véritables amibes, el le nom de cellules amiboïdes ne saurait mieux s’appliquer qu à eux.
On les voit sous l’objectif du microscope saisir et attirer dans leur masse protoplasmique une série de corps étrangers et leur activité ne se limite pas aux substances inertes, mais aussi à des corps vivants. Les globules blancs de la grenouille saisissent très bien des
PATHOLOGIE CELLULAIRE
bacilles virulents pource batracien et l’on voit les microbes s'agiter, se débattre, en quelque sorte, au sein des leucocytes.
Les germes peuvent d’ailleurs, après englobement, être ensemencés et se développer, ce qui prouve qu’ils ont été saisis vivants par les phagocytes.
Un germe vivant n’est pas forcément un germe virulent et l’on a prétendu que les leucocytes n’étaient capables d’englober que les microbes dépourvus de virulence. Cette conception est inexacte, et il a été démontré que des bactéries emprisonnées dans des leucocytes conservent encore leur virulence après inoculation et après ensemencement en milieu de culture.
Les leucocytes ont une certaine spécialisation vis-à-vis des agents infectieux, les mononucléaires n'englobent pas tous les germes que saisissent les polynucléaires, et réciproquement. Les polynucléaires de l’homme englobent aisément les streptocoques, tandis que ces microbes ne sont pas englobés par les leucocytes mononucléaires. Par contre, les bacilles de la lèpre sont facilement dévorés par les globules blancs mononucléaires, et ne peuvent être englobés par les leucocytes neutrophiles.
Ces propriétés différentes des globules blancs ne peuvent s’expliquer que par des actions analogues à celles dont nous avons parlé plus haut à propos des amibes, et qui sont connues sous le nom de chimiotaxie ou chimiotropisme. Ainsi les streptocoques exercent une action de chimiotaxie positive sur les polynucléaires, et une action de chimiotaxie négative sur les mononucléaires. Inversement des bacilles de la lèpre déterminent des phénomènes de chimiotaxie positive sur les leucocytes mononucléaires et des phénomènes de chimiotaxie négative sur les neutrophiles. La chimiotaxie est exercée sur les leucocytes à des degrés différents par de nombreux microbes, vivants ou morts, par des produits microbiens, par des substances organiques, des corps chimiques. De nombreuses discussions ont été engagées au sujet de 1 intensité des phénomènes chimiotactiques par rapport a l’état des microbes, par rapport à leur degré de virulence ou de vitalité ; les travaux de Buchner et de ses collaborateurs se sont attachés en particulier à ces questions délicates; nous nous contenterons d’avoir constaté ces actions, sans vouloir les mesurer.
Le leucocyte possède encore ce caractère commun avec l’amibe de pouvoir digérer les substances qu’il a englobées. Nous nous sommes déjà arretés suffisamment sur cette digestion intracellulaire pour n avoir plus besoin d’y insister. Les leucocytes contiennent, produisent des ferments digestifs, chez lesquels on retrouve les propriétés
L'INFECTION
des diastases; leur courbe d’action, leur température optima, leur destruction par la chaleur ne laissent pas de doute sur ce point. De nombreux exemples ont été donnés de digestion de globules rouges, de fibres musculaires, de microbes dans l’intérieur des phagocytes. La digestion des microbes nous intéresse particulièrement. 11 est possible d’en suivre les phases comme nous l’avons fait pour l’amibe. Le globule blanc envoie ses pseudopodes sur la bactérie, il l'attire, l’englobe dans son protoplasma, puis la digestion commence. La bactérie qui, à l’état normal, ne se colore pas, commence par devenir apte à subir l’action des colorants ; à un stade plus avancé, elle prend avec moins d’intensité la matière colorante, mais on peut voir à ce moment qu’elle a perdu une grande partie de sa substance constituante, et ne conserve plus guère que sa membrane. Cette dernière finit aussi par disparaître.
Cet exemple est relatif à une digestion complète avec disparition totale du microbe ; le leucocyte parfois n’exerce qu’une action beaucoup plus limitée, il modifie seulement le microbe, il atténue sa virulence, ou bien s’il a englobé des spores, celles-ci perdent la propriété de se développer tant qu’elles sont dans les leucocytes. Néanmoins ces spores ne sont pas mortes, car elles sont encore capables de germer quand elles sont remises dans un milieu favorable ; et même si la résistance des leucocytes diminue, si l’organisme est modifié par une augmentation (animaux à sang froid) ou une diminution de température (animaux à sang chaud) les spores se développent alors dans l’intérieur même des leucocytes.
Le sérum et la phagocytose. Les opsonines. — Les globules blancs débarrassés de toute trace de sérum par des lavages successifs et laissés dans un milieu salin isotonique sont-ils capables d’exercer le rôle de phagocytes? Si l'on s’en rapporte aux recherches de Metclmikoiï et de Lœhlein, ou doit répondre à cette question par l’alfirmative. Mais il est incontestable par ailleurs que la phagocytose qui se produit dans le cas précédent est infiniment plus faible que celle qui est réalisée en présence du sérum. Si d’autre part nous débarrassons par des lavages les globules blancs de toute trace de sérum, et si nous mettons ces leucocytes lavés en présence de microbes imbibés d’abord de sérum, puis lavés plusieurs fois à l’eau salée, nous voyons que la phagocytose se fait avec intensité. Nous devons en conclure qu'il existe dans le sérum une ou plusieurs substances qui favorisent la phagocytose et se fixent non pas sur les leucocytes mais sur les microbes et ne sont plus ensuite enlevées par les lavages. Ces substances ont été appelées par Wright et Douglas des opsonines. Ce mot, paraît-il, indique un assaisonnement euli-
PATHOLOGIE CELLULAIRE
naire (du grec cr-J/omo», du lalin obsono, je prépare des aliments); en se fixant sur les microbes, elles les prépareraient à être absorbés par les leucocytes. Cette fixation est tellement réelle qu’on peut priver un sérum de ses opsonines en y mettant des bacilles pendant un certain temps. Il existe des opsonines dans le sérum normal, pour certains microbes, il eu existe surtout en grande abondance dans les sérums d’hommes ou d’animaux immunisés. Et il apparaît aux cours des infections des opsonines spécifiques, vis-à-vis des germes qui causent ces infections. Les opsonines ainsi produites traduisent un moyen de défense de l’organisme contre tel ou lel microbe. Il est dès lors possible d évaluer la puissance défensive de l’organisme si nous pouvons mesurer la formation des opsonines. Wright et Douglas ont donné précisément une technique pour l’évaluation des opsonines.
Cette méthode est, dans ses grandes lignes, la suivante : on mélange : 1° du sérum d’un malade; 2° des globules blancs de sang préalablement débarrassés du plasma par des lavages répétés; 3° une émulsion des microbes sur lesquels on veut juger de l’action des opsonines. Après un contact de vingt minutes à l’étuve à 37°, on prélève une partie du mélange et l’on fait des préparations colorées des globules blancs; les microbes contenus dans cinquante ou cent leucocytes pris au hasard sont comptés, et l’on sait ainsi ce qu'un globule blanc contient en moyenne de microbes. C’est le coefficient phagocytaire. La même opération, faite en se servant non plus d on sérum de malade mais d’individu normal, donne le coefficient normal.
Le rapport de ces deux coefficients constitue l'index opsonique.
Supposons que 30 polynucléaires de malade aient phagocyté juo microbes et que 30 polynucléaires de sujet normal phagocytent 130 microbes, on aura :
Coefficient phagocytaire du malade
Coefficient phagocytaire du sujet normal
Index opsonique
On comprendra plus loin les rapports, sinon l’identité, qui existent entre les opsonines et les sensibilisatrices, mais sans insister sur la conception qu on peut se faire des opsonines et de leurs variétés dans le sérum normal et dans les sérums pathologiques (vraisemblablement identiques dans le premier cas à l'alexine et dans le
L’INFECTION
second aux sensibilisatrices), ce qui nous entraînerait trop loin, disons que l’étude des opsonines ne présente pas seulement un intérêt théorique, mais encore une application thérapeutique. C’est ainsi que Wright pense que, dans le traitement de la tuberculose par la tuberculine, il ne convient d’injecter cette dernière substance qu’ alors que l’index opsonique des malades est positif. Getle ques-
Fig. 40. — Cellules endothéliales qui, éparses dans un liquide d'hydrocèle, phagocytent des spermatozoïdes (d’après F. Widal).
lion des opsonines encore à l’étude a fait l’objet «le plusieurs travaux à l’étranger et en France, en particulier de Levadili et Immann, de Jousset, travaux auxquels nous renvoyons le lecteur.
Les cellules amiboïdes dont nous venons de parler sont toutes des cellules mobiles, circulant dans les différentes parties «I un organisme et exerçant leur action la où il en est besoin. 11 existe d autres variétés de cellules amiboïdes lixées dans les tissus, mais capables
PATHOLOGIE CELLULAIRE
cependant de saisir, à l’aide de prolongements, des corps étrangers. Ce rôle a été attribué à certaines cellules de la rate, des ganglions lymphatiques ainsi qu'à des cellules endothéliales el à des cellules nerveuses.
Macrophages et microphages. Macrocytase et microcytase.
— Les leucocytes n’ont pas pourseule action d’englober et de détruire des éléments microbiens, ils sont encore capables de saisir et de digérer des cellules appartenant à des organismes différents ou, dans certaines conditions, faisant partie du même organisme qu’eux. Ainsi ils peuvent dévorer des globules rouges, des spermatozoïdes (fig. 40), des fibres musculaires, exerçant sur ces éléments histologiques des actions digestives analogues à celles qu’ils peuvent exercer sur les microbes.
Mais tous les leucocytes ne sont pas aptes aux mêmes fonctions, il existe parmi eux une sorte de spécialisation. Metchnikoff a bien insisté sur ces aptitudes différentes : les grands mononucléaires possèdent à un haut degré le pouvoir d'englober et de détruire des cellules volumineuses, les leucocytes polynucléaires ou neutrophiles jouissent par contre d’une action plus grande sur les microbes. Metchnikoff appelle les premiers macrophages, et les seconds microphages. Les macrophages n’exercent pas exclusivement la phagocytose sur les cellules, ils sont également capables de saisir et de digérer des microbes, mais à un degré moindre que les polynucléaires.
Dans l’infection tuberculeuse, les macrophages semblent même résister davantage aux bacilles de Koch, que les microphages. La lutte commence, comme le fait remarquer Metchnikoff, entre les microphages et les bacilles de la tuberculose. Ces derniers sont facilement englobés par les polynucléaires, mais ils ne peuvent être dévorés par eux, et ce sont les microphages qui succombent. Les macrophages interviennent alors, et ils entourent à la fois les microphages morts, et les bacilles tuberculeux, ils parviennent parfois à digérer les bacilles en même temps que les débris de polynucléaires. Les macrophages en se fusionnant forment de grandes cellules à plusieurs noyaux dites cellules géantes. Suivant ces différentes aptitudes et conformément à la désignation des cellules, Metchnikoff appelle macrocytase les sucs digestifs des grands mononucléaires et microcytase les sucs digestifs des leucocytes polynucléaires.
Action bactéricide. — Les leucocytes sécrètent donc des substances capables de tuer et de digérer les microbes. Cette action bactéricide appartient encore aux liquides dans lesquels vivent les leucocytes, mais ce pouvoir leur appartient-il en propre? ou leur est-il commu-
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niqué par les globules blancs? Buchner et Metchnikoff admettent 1 origine leucocytaire de ces substances connues encore sous le nom d alexine s de cijtase, s, mais ils ne sont pas d accord suc le mécanisme de leur mise en liberté. Pour Buchner, l’alexine est sécrétée d’une façon constante dans les humeurs par les globules blancs. Pour Metchnikoff, il n’y a là rien qui ressemble aune sécrétion; le passage de l'alexine dans le milieu ambiant traduit au contraire l’altération ou la mort des leucocytes.
Gengou, dans une série de recherches effectuées dans le laboratoire de Metchnikoff, a étudié l’origine des macrocytases et des microcytases ainsi que leur passage dans les humeurs.
Par l’injection de gluten-caséine dans la plèvre d’un chien, il obtient un exsudât renfermant de nombreux leucocytes et presque exclusivement des microphages. De même, par l’injection de globules rouges lavés de cobayes, dans la plèvre d’un autre chien, il obtient un exsudât renfermant presque exclusivement des macrophages. Les microphages d'une part, les macrophages d’autre part sont lavés avec la solution physiologique, centrifugés, puis congelés et réchautïés, afin de les taire éclater, et de mettre leurs ferments en liberté. Dans ces conditions, le liquide obtenu avec les microphages se montre doué d’une action bactéricide énergique, bien supérieure à celle du sérum sanguin correspondant. Le liquide obtenu avec les macrophages est dépourvu de pouvoir bactéricide. L’action bactéricide de la microcytase [tarait bien démontrée par cette expérience, mais il n est point prouvé que le passage de cette microcytase dans le sang ne soit pas dû, comme le veut Buchner, à une sécrétion des globules blancs.
Dans une deuxième série d'expériences, Gengou a essayé de prouver que l'action bactéricide des humeurs ne leur est pas fournie par une sécrétion, mais par une altération ou une destruction des globules blancs, suivant l’opinion de Metchnikoff. Il recueille du sang dans des tubes paraffinés, ce sang est centrifugé avant coagulation. Le plasma obtenu après centrifugation se coagule lentement, le sérum qu’il fournit est comparé avec le sérum du sang non centrifugé. Le premier sérum est supposé exempt des produits d’altération des globules blancs, le second sérum au contraire contient les ferments des leucocytes, mis normalement en liberté pendant la coagulation ordinaire. — Dans ces conditions, le premier sérum, celui qui se rapproche le plus du plasma circulant, est à peu près dépourvu d’action bactéricide, le second sérum au contraire, posside une action bactéricide.
Les leucocytes jouent donc, d’une part, un rôle capital dans la II. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. 6
production des substances bactéricides, et, d’autre part, il est très probable ([ue ces substances sont retenues normalement et pour la plus grande partie dans les globules blancs.
L’agglutination, condition favorable pour la phagocytose. En même temps que la propriété bactéricide, il est iréquent d observer dans les humeurs une action spéciale, le pouvoir agglutinatif.
L’agglutination, qui, depuis les constatations de Pfeiffer et 1 ingénieuse application de F. Widal, est devenue un excellent moyen de diagnostic, nous intéresse secondairement au point de vue de la phagocytose. U est certain cependant que les microbes réunis en amas, immobilisés, sont plus facilement la proie des phagocytes. Mais l’agglutination n’est pas un phénomène indispensable, loin de là, à la phagocytose. Les microbes sont atteints par les globules blancs, alors qu’ils sont complètement isolés les uns des autres et doués de mouvements énergiques.
Dans la lutte que nous venons de décrire entre le microbe et la cellule, bien des facteurs interviennent de part et d’autre, et la terminaison se fait par le triomphe de l’un ou de l'autre. Le microbe peut être digéré, détruit, expulsé au dehors ou simplement privé de son action nocive. Parfois il peut simplement changer de forme, prendre une « forme de résistance » et attendre dans l'organisme une occasion plus favorable pour agir.
Si les risques sont grands du côté du microbe, ils ne sont pas moins importants pour la cellule qui peut être altérée et détruite.
Lésiojis des cellules : Phagolyse. — Fréquemment au cours des infections, on voit le nombre des leucocytes augmenter, la leucocytose est même la règle dans beaucoup d’infections. Mais le phénomène inverse, la diminution des leucocytes par destruction de ces derniers, par phagolyse, s’observe également, sinon pendant toute la durée d’une maladie, du moins à certains stades.
La phagolyse peut être suivie pas à pas chez les vertébrés au cours d'infections. Des signes d'affaiblissement, de diminution de la motilité sont d’abord reconnus chez les phagocytes. D’autres leucocytes sont encore plus altérés, déformés, difticiles à reconnaître. A côté d’eux, on trouve fréquemment des amas de fibrine. Cette constatation de la fibrine a une grande importance, elle est la signature de la lésion des leucocytes, elle indique qu’ils ont laissé échapper le fibrinferment nécessaire à la coagulation.
En même temps, ils laissent échapper leur mieroeylase. La mise en liberté de celle-ci a été démontrée dans le phénomène de Pfeiffer par l’action nocive qu’elle exerce après la phagolyse sur les vibrions
L’INFECTION
cholériques. La contre-expérience peut d’ailleurs être faite. Les phagocytes peuvent être en quelque sorte renforcés par des injections préalables de plusieurs liquides. Dans ces conditions, ils résistent, la phagolyse ne se tait pas ou se fait mal, et ses conséquences ne se produisent pas : ainsi le fibrinferment n'est plus mis en liberté qu’en très petite quantité, et la fibrine est très diminuée; la microcylasc ne s’échappe plus des leucocytes et le phénomène de Pfeiffer ne se produit plus.
Les réactions caractéristiques, fournies par la constatation de la mise en liberté des substances contenues normalement dans le globule blanc ne sont pas Jes seules preuves que l’on puisse donner de ses altérations. Histologiquement, il est permis d’aflirmer parles caractères morphologiques et les affinités tinctoriales que les leucocytes sont dégénérés ou morts.
Voici, d’après J ol I y, quelques-uns de ces caractères. Ces phénomènes ont pu être étudiés et suivis lentement au microscope au fur et à mesure de leur formation dans la lymphe des batraciens. La structure du noyau est bouleversée, son réseau chromatique disparaît, le noyau paraît devenir plus homogène plus fluide, la chromatine semble se dissoudre dans le suc nucléaire, il y a chromatolyse.
Le noyau peut encore se transformer en une seule masse homogène, si bien qu'un leucocyte polynucléaire peut être pris pour un leucocyte mononucléaire; inversement, le noyau se fragmente, parfois en un certain nombre de grains sphériques inégaux prenant les matières colorantes d'une façon intense et homogène; ce dernier phénomène est connu sous le nom d epycnose.
Ln même temps que le noyau s'altère et se détruit, le protoplasma subit des modifications parallèles. Le protoplasma du globule blanc se gonfle, devient sphérique et transparent, il se liquéfie et le leucocyte apparaît comme une petite vésicule contenant du liquide, et limitée par une mince membrane.
L'état vacuolaire s’observe assez fréquemment chez les phagocytes au cours des infections, il peut indiquer le début d’une véritable dégénérescence, mais il n’est souvent qu’un phénomène transitoire et non une altération. La formation de vacuole est un moyen de digestion chez l'amibe et doit être regardée dans la généralité des cas chez les leucocytes comme un procédé analogue. Par la vacuole, le leucocyte isole le microbe de son protoplasma comme il le fait pour un simple corps étranger et là sont sécrétés les ferments digestifs ou protecteurs. Après destruction ou expulsion du microbe, la vacuole, qui n'a [dus de raison d’être, disparaît.
Des opinions différentes ont été émises au sujet des modifications
PATHOLOGIE CELLULAÎRË.
(les leucocytes au cours des infections. Il est parfois difficile de dire où commence l’altération de la cellule; ainsi, les leucocytes d animaux infectés apparaissent souvent chargés de glycogène, celui-ci siégeant à son intérieur, ou se trouvant accolé au globule blanc sous forme d’une petite masse semi-lunaire. Sa présence est facilement décelée à l'aide de la teinture d’iode qui colore le glycogène en brun acajou. S’agit-il dans ces cas d’une dégénérescence glycogénique, comme cela a été dit, ou bien est-on en présence d une simple surcharge nutritive? C’est vraisemblablement cette dernière manière
de voir qui est exacte.
Dans le paludisme, en particulier, les globules blancs sont souvent bourrés de fines particules pigmentaires, arrondies ou irrégulières, d’une couleur noire intense. Ces granulations sont de dimensions variables, les unes extrêmement petites, les autres pouvant atteindre un volume relativement considérable (8 à 9 g de diamètre). L apparence très anormale que prennent les leucocytes a été considérée tout d’abord comme pathologique. En réalité, il n’y a sans doute la qu’un phénomène assez banal qui se reproduit normalement dans une foule de circonstances.
Le mécanisme en serait le suivant : l'agent du paludisme, 1 hématozoaire de Laveran, envahit les globules rouges, il attaque l'hémoglobine, la transforme en granulations pigmentaires très foncées. Les globules rouges sont détruits et les granulations mises en liberté parles hématozoaires se répandent dans l’organisme et sont reprises par les leucocytes. Dans le cas présent les globules blancs se comportent vis-à-vis des granulations pigmentaires identiquement comme ils le feraient en présence de tines particules colorantes injectées dans l’organisme. Le terme de dégénérescence pigmentaire semble donc avoir été employé à tort, et il est préférable de dire qu’il y a surcharge pigmentaire.
Telles sont quelques-unes des conséquences de lalutte du microbe et des cellules; toutes les altérations, toutes les modifications de ces dernières ne sauraient être envisagées ici.
L’IMMUNITÉ
Quand les cellules nesonl ni altérées ni détruites, elles acquièrent, avons-nous dit (souvent après la destruction de plusieurs d'entre elles), des (pial i tés nouvelles; ces qualités, d ailleurs, elles peuvent les posséder naturellement avant toute tentative de lutte. L'ensemble de ces propriétés qui permettent aux cellules de mieux lutter contre
L'IMMUNITÉ
l’infection s’appelle l’immunité et les quelques mots qui précèdent font comprendre déjà qu’il y a deux modes d’immunité : l’immunité naturelle et l’immunité acquise.
Le mécanisme de celle-ci, depuis les recherches de Toussaint, les découvertes de Pasteur, fut l’objet de travaux très importants parmi lesquels ceux de Chauveau (théorie de l’addition), de Bouchard, de Charrin et Roger (rôle des toxines, réactions de l’organisme, théorie humorale), ceux plus récents de Bordet (cytolysines) sont en France les plus célèbres.
A l’étranger, citons les recherches connues de Fodor, de Nul lui, de Behring et Nissen, de Büchner, de Koch, de Pfeiffer, d’Ehrlich, etc.