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THÉORIES SUR L’IMMUNITÉ

Les faits qui viennent d’être exposés ont été maintes fois vérifiés, ils sont délini fi veinent admis et ont été la source de nombreuses applications utiles; leur mécanisme est par contre très complexe, et a donné naissance à bien des controverses.

Pasteur avait d’abord pensé que l’immunité se produit quand les microbes ne trouvent plus dans l’organisme les substances «pii leur sont utiles ( théorie de la soustraction, de V épuisement). Il se rattacha d’ailleurs un peu plus tard à la théorie de l'addition de Chauveau qui soutenait que l’immunité était due à l’apparition de substances nouvelles qui n’existaient pas dans l'organisme avant la maladie.

Si l'existence des antitoxines est certaine, leur origine est difficile à démontrer. On a pensé que dans l'organisme les toxines pouvaient se transformer en antitoxines.

L’origine des antitoxines a été dévolue, suivant les auteurs, aux cellules de la rate, de la moelle osseuse, du système nerveux etc.

Le mode d’action des antitoxines sur les toxines prête également à des discussions. Ehrlich a établi une théorie très connue del’immu-

(I) Les mots immunité et vaccination, employés souvent comme le sont pas, 1 immunité pouvant être naturelle ou acquise, alors toujours acquise.

synonymes, en réalité ne que la vaccination est

L'IMMUNITÉ

n i té qui doit être considérée comme une théorie chimique et qui est intimement liée à l’étude de la nutrition cellulaire (Yoy. plus loin); il divise les éléments qui interviennent dans l’immunité en groupements atomiques et explique schématiquement leurs combinaisons. Pour Arrheu ius, la combinaison entre la toxine et l’antitoxine est moins stable que pour Ehrlich; elle est peu intime et dissociable; sa théorie peut être appelée physico-chimique.

llordet n’admet plus de combinaison même faible entre la toxine et l’antitoxine; ces deux substances s'unissent non plus par un phénomène chimique en déterminant un nouveau corps, mais elles adhèrent simplement physiquement l’une à l’autre en conservant leur individualité (1).

En résumant les différentes opinions et surtout en considérant les faits bien établis, l’immunité apparaît comme une résultante de la lutte des cellules contre les microbes et contre leurs toxines. L'immunité peut être antimicrobienne et antitoxique; elle est parfaite quand elle réunit ces deux qualités.

Pour expliquer ces deux formes d’immunité, celle qui s'exerce contre les corps microbiens et celle qui agit sur leurs produits toxiques, deux grandes influences ont été invoquées : l’influence des cellules et l’influence des humeurs de l’organisme.

Les faits qui ont été exposés à propos de l’immunité naturelle contre les microbes plaident en faveur du rôle exclusif des leucocytes et des cellules qui se comportent comme eux. L'immunité naturelle antimicrobienne est presque exclusivement contenue dans la phagocytose, comme le veulent Metchnikolf et ses élèves. Le rôle des phagocytes est moins facile à mettre en évidence dans les autres formes d’immunité, surtout dans celle qui s’exerce contre les toxines. Malgré tout, les partisans des théories humorales ne peuvent oublier que les humeurs proviennent des cellules, et ce sont celles-ci qui doivent jouer le grand rôle dans les phénomènes complexes d’immunité. Nous terminerons ce chapitre fondamental en donnant l’opinion de M. Bouchard, reproduite par Charrin et par Bourcy, car elle est la conception la plus large que l'on puisse se faire de l'immunité : « Quelle que soit la théorie que 1 on adopte, l'immunité paraît se réduire à une propriété que les cellules ont, dans un cas, reçue de leurs ascendants, dans un second, acquise par voie d’éducation. Les plasmas sont en partie ce que ces cellules les font; il en résulte que le pouvoir bactéricide, aussi bien

(1) Consulter sur ce sujet, en outre des travaux de Metchnikoff, d'Ehrlich, l’article de Paul Carkot : Maladies microbiennes, fasc. 1 du Xou veau Traité de Médecine de Brouardkl, Gilbert et Thoinot, 3e tirage, 1907.

PATîiOLOGiË CELLULÀIHË.

que le phagocytisme, se trouve être une dépendance de la vie des organites. Dès lors, les diverses conditions visant l’état réfractaire se ramènent à un seul point : l’activité cellulaire modifiée par la vaccination chimique ou figurée, modifiée par une infection. »

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

Nous avons admis que l’instabilité est le caractère dominant de la matière vivante. 11 existe un perpétuel mouvement dans le protoplasma des cellules; ce mouvement a pour effet de permettre à la cellule de puiser les éléments nécessaires dans le milieu ambiant, de les modifier, de les assimiler, de les transformer en sa propre substance, en même temps qu’elle rejette dans le milieu extérieur des substances de désassimilation qui sont devenues inutiles ou nuisibles à sa vie.

Ces phénomènes d’assimilation et de désassimilation constituent la nutrition; elle est, suivant l'expression de M. Bouchard : la vie avec son double mouvement d’assimilation et de désassimilation, de création et de destruction. Ce double mouvement vital peut se décomposer en quatre actes : 1° translation de pénétration (acte physique), suivi de 2° transmutation vivifiante (acte chimique), puis de 3° transmutation rétrograde (acte chimique), enfin 4U de translation d'expulsion (acte physique) (1).

L’assimilation et la désassimilation ne sont pas toujours les mêmes, ni chez tous les individus d’une même espèce, ni chez le même individu à tous les stades de son évolution, il y a des limites de variations normales, physiologiques, dans ces phénomènes ; au delà de ces limites commencent les processus pathologiques. Quand l’assimilation augmente, il peut s'agir de simple croissance physiologique, mais il peut s’agir aussi d'une hypertrophie dangereuse. Quand la désassimilation l’emporte sur l’assimilation, cette prédominance peut être simplement passagère, mais il est possible qu’elle se prolonge et aboutisse à une régression sénile, à une atrophie pathologique.

Ehrlich (2) a voulu donner une explication claire des phénomènes de nutrition cellulaire. Sa théorie est basée en partie sur des faits relatifs à l’immunité, les actes d’immunité n’étant pour lui que des actes de nutrition.

(1) Bouchard, Maladies par ralentissement, de la nutrition, 2* édit., 1885. Consulter Lk Gendre, in Traité de Médecine de Bouchard et Buissaud, l. I. 1899.

(2) Ehri.ich, Das Sa uers toit- Bed ürftiiss des Organisions. Eine farbanalytisclie Studio. Berlin, 1885 (Voir LkvadUi, La nutrition dans ses rapports avec l'immunité) .

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

Suivant Ehrlich, la molécule de matière vivante possède :

1° Un nojau central , siège des propriétés spécifiques de celte matière ;

2° Des chaînes latérales ou récepteurs. Ces chaînes jouent un rôle dans les actions vitales, dans les oxydations, et en particulier dans l'assimilation. Elles ont des affinités chimiques spéciales, elles attirent et fixent sur la molécule de protoplasma, les principes utiles qui servent à sa reconstitution. Ces chaînes interviennent encore dans la fixation de l’oxvgène, dans les phénomènes d'oxydation, dans la destruction intramoléculaire, source de l’énergie dégagée par la matière vivante.

« On voit, dit Levaditi, que cette hypothèse explique aisément la raison d’ètre de cette relation de spécificité qui existe entre la matière vivante et les principes inertes que cette matière s’incorpore au cours de l'assimilation; on constate également qu’elle tient compte des processus régénérateurs qui s’opèrent dans la cellule. Elle nous permet, de plus, de comprendre le fonctionnement spécilique des divers éléments anatomiques. En effet, ce fonctionnement étant sous la dépendance de la structure particulière du noyau central de la molécule protoplasmique, doit forcément varier avec cette structure. Un est ainsi conduit à attribuer à chaque espèce de cellules différenciées, des molécules de matière organisée possédant un noyau construit d’une façon spéciale. »

Sans les chaînes latérales qui peuvent être considérées comme des groupes fonctionnels spécifiques, les échanges avec le milieu extérieur sont impossibles, l’assimilation et la désassimilation s’arrêtent tôt ou tard.

Étudier la nutrition revient alors à rechercher :

lu Si ces groupes fixent la matière assimilable ;

2Ü S’ils élaborent cette matière;

3° S’ils se détruisent pendant l’acte vital, pour mettre en liberté une énergie équivalente à l’accomplissement de cet acte;

4° S’ils sont capables de se régénérer pour compenser les pertes réalisées au cours de cette destruction (Levaditi).

Ehrlich a tenté avec cette conception, et en s’appuyant sur des faits établis d’immunité, de pénétrer le mécanisme intime de la nutrition, d'étudier la synthèse en quelque sorte de la molécule protoplasmique.

En réalité, la plupart des recherches sur la nutrition consiste à étudier la matière à son entrée dans un organisme et à sa sortie, et à calculer la quantité d’énergie qui a été développée sous ses différentes modalités. Ces analyses chimiques sans doute ne rendent H. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. G

PATHOLOGIE CELLULAIRE

pas compte du mécanisme intime de la nutrition cellulaire, mais leurs données cependant permettent de comparer entre eux les organismes, au point de vue de leur activité nutritive. Elles autorisent à dire : tel organisme a une nutrition normale, tel autre a une nutrition ralentie.

L étude de la nutrition pourrait être poursuivie ici chez les êtres unieellulaires, en suivant dans un milieu nutritif connu les transloi mations de la matière, parallèlement avec le développement des cellules. Nous préférons réserver l’exposé des faits relatifs à la nutrition pour le moment où nous parlerons des maladies de la nutrition chez l’homme. Les travaux si documentés de M. Bouchard nous serviront à ce moment à éclairer ces questions si complexes.

11 nous reste seulement dans ce chapitre à indiquer les principales lésions qui sont liées aux troubles de la nutrition cellulaire.

ATROPHIES CELLULAIRES

L atiophie dune cellule est constituée par sa simple diminution de volume. Cette diminution peut être causée par une assimilation insuffisante ou par une désassimilation exagérée. L’atrophie peut ne porter que sur une diminution dans la substance constituante de la cellule, elle est alors purement quantitative. Elle peut être causée par une modification, une altération du protoplasma cellulaire, elle est alors qualitative et mérite le nom de dégénérescence (1).

1° Atrophies simples.

line cellule peut s’atrophier par inanition, c’est là le mode le plus simple; les matériaux nutritifs qui sont apportés à la cellule sont insuffisants en quantité ou en qualité, les pertes ne sont pas compensées par les gains, et le volume diminue. En réalité, le mécanisme de l’inanition n’est pas aussi simple qu’on peut le supposer, les cellules sont capables de résister dans une certaine mesure à l'inanition, par un mécanisme régulateur qui intervient, et qui tend à limiter les pertes de la cellule, quand les matériaux nutritifs font défaut. L’atrophie est ainsi retardée, ralentie, mais non supprimée Les modifications portent sur le noyau, et sur le cytoplasme de la cellule. Le cytoplasme diminue, le noyau souvent aussi, mais les altérations qui surviennent dans ces deux éléments ne sont pas rigoureusement parallèles.

(1) Consulter Chantkmesse et Podvvyssotsky, Les Processus généraux (nous aurons locca. sion c|e faire de nombreux emprunts A cet important ouvrage).

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

Dans les organismes complexes, le degré d’atrophie varie suivant l'importance vitale des cellules. Ghossat a montré que les cellules

Fig. 42. — Atrophie surrénale (Grossissement = 3,7 d.).

adipeuses sont les premières touchées. Les cellules dont le fonctionnement est indispensable à la vie, telles que les cellules nerveuses,

Fig. 43. — Atrophie testiculaire.

A, tubes séminifèrcs avec disparition des cellules de la lignée séminale et persistance de cellules du type sertolien très dégénérées ; II, conservation et reviviscence de cellules de la glande interstitielle (Grossissement = 230 d.).

ne sont atteintes qu’à la période tout à fait ultime de 1 inanition.

L’atrophie peut encore survenir par defaut de fonctionnement. Des cellules qui n ont pas d’activité, qui ne reçoivent pas de stimulation

PATHOLOGIE CELLULAIRE

du milieu extérieur ont le plus souvent tendance à s’atrophier. Des périodes de mouvements et de repos sont nécessaires aux cellules pour que leurs échanges s’accomplissent convenablement. Un élément. qui ne fonctionne pas, tend à s’atrophier. Les éléments glandulaires, musculaires qui cessent de fonctionner, pendant un laps de temps important, s’atrophient et perdent parfois définitivement leurs propriétés et leur structure.

L'activité cellulaire exagérée peut être cause d’atrophie ; mais dans

R coçueL i rj .

Fig. 44. — Atrophie surrénale.

A, zone glomérulaire, cellules petites, homogènes ; B, couche fasciculée, cellules petites n'ayant pas l'aspect spongiocytaire ; C, couche réticulée avec cellules nombreuses pigmentées '(Grossissement =: 97 d.).

cocas, le mécanisme sc rapproche de celui de l’inanition. L’atrophie est due à une assimilation restreinte par rapport à la désassimilation. Les pertes dépassent les gains par le fait du travail excessif. L’action exercée par le travail exagéré est très complexe, car il faut tenir compte des produits toxiques qu’il engendre et qui gênent la nutrition cellulaire s’ils ne sont pas éliminés assez vite. Malgré tout, d’une façon générale, quand les matériaux nutritifs sont suffisants, le travail occasionne plutôt une augmentation de volume des éléments histologiques. Au contraire, l’inertie peut engendrer l’atro-

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

phie même en présence de substances alimentaires abondantes.

(liiez les organismes supérieurs, la vie des cellules étant sous la dépendance du système circulatoire et du système nerveux, etles éprouvent les contre-coups des lésions qui atteignent ces systèmes.

L'atrophie par défunt (l'irrigation se rapproche en quelque sorte de l’atrophie par inanition car le premier effet de la suppression de la circulation, est d’enlever aux cellules les matériaux nécessaires à leur nutrition ; mais il y a quelque chose de plus, la circulation en retour ne se faisant plus, les produits toxiques d’origine cellulaire ne sont plus éliminés au dehors et ils peuvent devenir les agents de lésions de dégénérescence.

L 'atrophie par lésion nerveuse ne peut s’expliquer d’une façon simple ; les facteurs qui interviennent pour la déterminer sont multiples. La lésion nerveuse agit sur les cellules en modifiant l’apport sanguin par action sur les vaisseaux, elle agit aussi par action trophique. La cellule des organismes supérieurs séparée du système nerveux ne reçoit plus d’incitation et s’atrophie. L’atrophie dans ce cas peut être simple ; souvent aussi il s’agit d'une dégénérescence.

L atrophie simple s’observe encore à la suite de compressions , les cellules étant gênées dans leur développement, dans leur nutrition par un obstacle mécanique.

L’atrophie des cellules qui s’observe chez les individus âgés est souvent considérée comme une atrophie physiologique, l 'atrophie sénile. 11 est incontestable que souvent les moditications cellulaires observées dans la vieillesse sont sous la dépendance directe ou indirecte de causes pathologiques : telles que infections, intoxications, auto-intoxications antérieures, alimentation insuffisante, troubles nerveux, et surtout troubles circulatoires. Le mot atrophie physiologique est pour le moins discutable car nous connaissons de nombreuses causes pathologiques qui la déterminent, et nous voyons mal la loi physiologique qui régit l’atrophie sénile.

Les lésions que nous allons exposer maintenant sont des alterations véritablement pathologiques dont les unes se produisent très lentement et les autres avec une rapidité surprenante : M. Petlit a monti e par exemple que la dégénérescence granuleuse pouvait se constituer en quelques minutes sous l inlluence de certaines toxalbumines.

2" Atrophie par dégénérescence des cellules.

Dans le cas de dégénérescence, il s agit, non pas d une simple diminution dans les matériaux qui constituent la cellule, mais d’une modification dans les caractères chimiques et physiques de ces maté-

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riaux. Chantemesse et Podwyssotsky admettent Ja classification suivante, basée d’une part sur Jes caractères physiques du protoplasma cellulaire, d’autre part sur les caractères chimiques des substances constitutives de la cellule.

Le protoplasma qui, à l’état normal, est semi-liquide, peut devenir plus ferme, p.erdre sa fluidité, ou bien cette fluidité peut augmenter : le protoplasma devient plus liquide. Le premier type est celui d’une dégénérescence coagulante, le second répond à Ja dégénérescence liquéfiante ou colliquative.

Ces divisions aboutissent au tableau suivant :

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