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IMMUNITÉ ACQUISE

P* immunité acquise vis â-vis des microbes et des cellules.

L’organisme qui entre en lutte avec une espèce de microbes ou, ce qui revient au même, une espèce de cellules, qui lui est étrangère, acquiert pendant cette' lutte de nouvelles propriétés.

La preuve en a été donnée depuis longtemps par les propriétés nouvelles de résistance conférées aux organismes par les maladies infectieuses.

Les découvertes mémorables de Pasteur sur l’immunité par les virus atténués (choléra des poules, charbon) ont été 1 origine de con-

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naissances nombreuses et fécondes sur celte question d’un si grand intérêt pratique.

La démonstration du mécanisme de l'immunité acquise peut être laite, soit avec des microbes, soit avec des cellules organiques.

Normalement, le sérum de cobaye est incapable de dissoudre in vitro les globules rouges d’oie. Bordel injecte dans le péritoine d un cobaye du sang d’oie, et répète deux ou trois fois cette in jection à quelques jours d intervalle. Au bout de ce temps, le sérum sanguin du cobaye mis in vitro en contact avec des globules rouges d’oie, les réunit d’abord en amas < les agglutine), puis les dissout. L’organisme du cobaye a donc fabriqué, en essayant de se débarrasser des globules d oie introduits en lui, de nouveaux produits capables de les détiuire; son sérum dans cette lutte a acquis des propriétés nouvelles. Bordet a refait la même expérience avec le sang d'autres animaux, et il a vu que l’injection répétée du sang d’un animal à un animal d’une autre espèce amène la production d’une substance hémolysante dans le sérum de l’animal injecté (1). L’action hémolysante de celte substance est presque spécifique pour les globules rouges qui ont été injectés, toutau moins, elle est prédominante pour eux. Ainsi lorsqu’un cobaye a reçu des injections de globules rouges d oie, son seium acquiertun maximum d action pour les hématies des oies, cependant il a acquis en même temps une certaine propriété hémolysante vis-à-vis des globules rouges d'autres oiseaux.

Quelle est la substance nouvelle qui est apparue dans le sang du cobaye ? Bordet l’a mise ainsi en évidence : il chauffe le sérum hémolysant de cobaye, et voit qu’il perd par le chauffage à 55° la Propriété de dissoudre les globules rouges d’oie. Mais si l’on ajoute à ce sérum chauffé un peu de sérum de cobaye normal (n’ayant jamais reçu d’injections de globules d’oie) les globules d'oie sont immédiatement détruits dans ce mélange. Les deux sérums, celui qui est chauffé, et celui qui ne l’est pas, sont, il importe de le faire remarquer, l’un et l’autre inactifs quand on les utilise isolément. D’autre part, bien entendu, le mélange de sérum normal chauffé et de sérum normal non chauffé n’est pas hémolysant, il est donc évident que le sérum chauffé de cobaye injecté avec des globules d’oie possède une propriété nouvelle. La substance qu'il renferme a été appelée sensibilisatrice par Bordet, philocytase par Melchnikoff, corps immunisant (. Immunkôrper ) par Ehrlich ou encore ambocepteur. Seule

(1) Ces actions agglutinantes et hémolysantes des sérums vis-à-vis des globules routes peuvent apparaître chez l'homme au cours de différents étals morbides, le sérum et les humeurs d un malade devenant capables d’agglutiner et de détruire les hématies d’un nomme normal. Ces phénomènes curieux ont été étudiés par MM. Jean Camus et Payiez dans plusieurs publications, entre autres dans les Archives de pharmacodynamie, 190L>

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elle est dépourvue d’action sur les globules rouges, mais elle prépare l’action d’une substance banale qui est contenue dans tous les sérums, et qui, elle, est détruite par le chauffage à 53°. Celle-ci est appelée alexine par Buchner et Bordet et complément par Ehrlieh. L’alexine varie peu dans le sérum des animaux injectés à plusieurs reprises avec du sang d’un animal d'espèce étrangère, Bordet l’a démontré; c’est au contraire la sensibilisatrice qui dans ce cas se développe.

Ehrlieh et Morgenroth ont approfondi davantage le mécanisme d’action de la sensibilisatrice. Ils ont montré que cette substance qu’Ehrlich appelle corps immunisant se fixe sur les globules rouges. En effet si des hématies d’oie sont mises dans un sérum hémolysant

et chauffé de cobaye puis centrifugées, on voit que le liquide obtenu après centrifugation ne contient plus de sensibilisatrice. Il reste dépourvu d’action si on lui ajoute du sérum normal non chauffé; au contraire, si l’on met ces hématies séparées par centrifugation dans ce sérum normal, elles sont immédiatement dissoutes; c’est donc que la sensibilisatrice s’est fixée sur eux. Cette propriété de s'attacher aux globules dont elle prépare la destruction par l’alexine a valu encore à la sensibilisatrice le nom de substance fixatrice ou de fixateur.

L’alexine, au contraire, en l’absence du fixateur ne s’attache pas aux globules rouges. Ces derniers sont laissés par exemple pendant assez longtemps dans un sérum normal contenant de l’alexine et pas de sensibilisatrice; après centrifugation et séparation des globules, l'expérience démontre que le pouvoir alevinant est resté le même et (pie, par conséquent, il ne s’est pas fixé d’alexine sur les globules.

Immunité acquise vis-à-vis (les microbes. — L’exposé des faits relatifs à la résorption des cellules étrangères introduites dans un organisme peut être répété presque identiquement au sujet des microbes. Les microbes éprouvent de la part de l’organisme des modifications analogues et celui-ci tend à acquérir des propriétés semblables, qu’il lutte soit contre des cellules microbiennes, soit contre des cellules d’un autre organisme (1).

Ainsi les recherches de Bordet sur 1 action hémolysanle du sérum

d’animaux injectés avec des hématies d’espèces étrangères éclairent d’une façon très nette les phénomènes de destruction des microbes par le sérum d’animaux immunisés. Bordet a d ailleurs exécuté les mêmes expériences avec les microbes. Il a vu que 1 introduction de microbes dans un organisme amène 1 apparition dans le sérum d une sensibilisatrice spécifique vis-à-vis de celte espèce microbienne.

(1) On appelle antigènes les substances étrangères (microbes, toxines...) introduites dans l’organisme et anticorps les substances dont elle provoque l’apparition ( antitoxines . anticorps microbiens).

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Le sérum d’animaux immunisés est capable de modifier profondément les microbes contre lesquels il s’est défendu, il les agglutine, et surtout les altère, les rend granuleux et peut même les dissoudre; l’ensemble de ces actions est connu sous le nom de phénomène de Pfeiffer. Bordel a montré que le phénomène de Pfeiffer produit par le sérum d’animaux immunisés est dû aux deux mêmes substances qu’il a mises en évidence dans les sérums hémolysants; à une sensibilisatrice d’une part, à l’alexine d’autre part. Les sensibilisatrices sont multiples, elles sont spécifiques pour chaque microbe, comme elles le sont pour chaque cellule ou tout au moins pour des cellules voisines. L’alexine au contraire est une substance banale, non spécifique, qui existe normalement dans le sérum et n’augmente pas quand l’organisme s’immunise. Au contraire la sensibilisatrice se développe dans des proportions considérables pendant l’immunisation. C’est elle la véritable substance immunisante, elle ne détruit pas les microbes par elle-même, mais elle les sensibilise à tel point qu’ils sont facilement détruits ensuite par l’alexine. La sensibilisatrice mérite encore ici son nom de substance fixatrice ou de fixateur, en déterminant l’action de l’alexine sur les microbes.

De même que pour les sérums hémolysants, les sensibilisatrices ne sont pas détruites par le chauffage à 56°, tandis que l’action alexinante disparait en dix minutes à cette température.

Immunité acquise contre les toxines. — L’injection à un animal de cellules d’un animal d’une autre espèce détermine, avonsnous dit, l’apparition de propriétés nouvelles dans le sérum de l’individu injecté. De même les injections de toxines microbiennes à un animal sont capables de lui conférer l’immunité.

L’efficacité de cette méthode d’immunité par injection de produits solubles microbiens, niée puis affirmée par Pasteur, fut recherchée par Toussaint, par Chauveau, par Salomon et Smith et définitivement établie par les remarquables expériences de Charrin. Nous retrouvons en effet ici les noms des auteurs de la découverte des poisons solubles microbiens. Charrin montre qu’il est possible de vacciner un animal contre les effets de l’inoculation du bacille pyocyanique, en lui injectant au préalable les produits solubles de ce microbe. Deux mois plus lard, Roux et Chamberland, dans de très belles expériences, confèrent l'immunité contre la septicémie gangreneuse à l’aide des poisons solubles du vibrion septique, agent de celte manifestation morbide connue encore sous le nom d’œdème malin, de gangrène gazeuse. M. Bouchard poursuivant ses recherches sur les urfnes d’animaux atteints d’infection pyocyanique provoque 1 immunité par injection de ces urines filtrées sur porcelaine.

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Hcr. 41. — Propriétés bactéricides du sérum antityphique (t).

On injecte dans le péritoine de deux cobayes 2 centimètres cubes d une culture de bacille d'Eberlh vieille de quarante-huit heures, après avoir injecté à l’un d’eux vingt-quatre heures avant, 1 centimètre cube de sérum antityphique, on prélève ensuite il heure en heure une •routte de sérosité péritonéale et l'on compare l'intensité de la phagocytose chez les deux cobayes.

I, On voit l'exsudât péritonéal du cobaye témoin deux heures après 1 injection des bacilles; Il au bout de quatre heures, la phagocytose est nulle ou peu marquée; 111, I\, l'exsudât péritonéal du cobave qui a reçu du sérum examiné au même moment .pie chez le témoin ; en 111 (après deux heures) la phagocytose est déjà très marquée; en IV (après quatre heures) elle est parfaite.

(1) Ces figures sont empruntées à la thèse de M. Balthazard, Toxine et antitoxine typhiques. Paris, 1903.

De nombreuses recherches ont été laites à la suite de celles que nous venons de mentionner; on sait combien elles ont été fécondes, à ne eiler que celles de Behring et de Kitasato (sérums antidiphtérique et antitétanique).

L injection a un animal de certains liquides contenant des matières albuminoïdes fait apparaître dans son sérum des substances nouvelles.

Le sérum d anguille est toxique pour les globules de lapin ; il les détiuit in vivo et in vitro. En iaisant des injections répétées de petites quantités de sérum d’anguille à un lapin, Lucien Camus et Gley ont vu que le sérum du lapin acquiert le pouvoir de protéger les globules de cet animal contre 1 action globulicide du sérum d’anguille.

Dans le sang du lapin injecté est apparue une substance nouvelle, c’est la mise en évidence de la première anticytotoxine. De plus, les globules rouges de 1 animal injecté, débarrassés soigneusement de séium, résistent à 1 action toxique du sérum d’anguille. Ils o-nt acquis eux-mêmes une résistance plus grande vis-à-vis de la substance hémolysante, c’est là un bel exemple d’immunité cellulaire.

Les recherches de Kossel exécutées indépendamment ont donné les mêmes résultats que celles de Lucien Camus et Gley.

lchistovitch a montré que les injections répétées à un lapin de sérum d’anguille provoquent la naissance dans son sang de substances capables de donner des précipités avec le sérum d’anguille. Le sérum d un laPm qui a reçu plusieurs injections de sérum de cheval acquiert le pouvoir de précipiter m vitro le sérum de cheval. Le sérum normal de lapin n'exerce pas d’action précipitante sur le sérum de cheval, ni sur le sérum d’anguille, ce sont donc bien les injections de ces sérums qui déterminent la production de substances précipitantes par 1 organisme du lapin. Ces substances s’appellent précipitines.

Le lait, le blanc d’œuf, différents sérums injectés à plusieurs reprises et en petites quantités à des animaux, donnent naissance dans leur organisme à la formation de précipitines. Ces précipitines sont spécifiques pour le lait, le blanc d’œuf, les sérums.

Les injections répétées de ferments à des animaux donnent naissance à des antiferments dont l’existence est facile à mettre en évidence dans leur sérum, ilildebrandt, en injectant de l’émulsine au lapin, a obtenu la formation d'anti-émulsine. Fermi et Pernossi, Morgenroth, Briot ont déterminé dans des conditions analogues la naissance d'antitrypsine, d’antiprésure, etc. Le sérum de poule exerce une action destructive vis-à-vis des globules rouges du lapin ; Bordel, en injectant du sérum de poule à un lapin, a vu le sérum de ce dernier devenir antihémotoxique contre le sérum de poule. La question des antihémolysincs est complexe ; nous

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Sâvons, en effet, que l’action hémolysanle nécessite (dans le cas au moins d’hémolysines artificielles) l’intervention de deux substances : une alexine et un fixateur. Lorsqu’on produit arfilieiellcment une antihémolysine, il est permis de se demander si l’on a. donné naissance à une antialexine ou à un antifixateur, ou encore si ces deux substances sont apparues en même temps.

Les recherches de Bordet l’on conduit à conclure que le sérum antihémolysant renferme les deux antitoxines : un antifixateur de quantité faillie et une anlicytase beaucoup plus abondante. La première de ces substances est parfois très difficile à mettre en évidence et son existence même a donné lieu à quelques discussions. Les intoxications, les infections déterminent dans le sang des animaux qui les subissent l’apparition de propriétés antitoxiques, le fait a été observé en 1888 par Richet et llérieourt. Ces auteurs créaient ainsi Yhcmatothérapie. Bouchard montra ensuite que le sérum possède les mêmes propriétés que le sang en totalité et depuis lors dans les recherches ultérieures, le sérum seul fut presque toujours utilisé.

Lhrlich a pu vacciner aies animaux avec des procédés semblables contre îles poisons végétaux tels que l’abrine, la ricine. 11 a montré que dans ces conditions le sang des animaux vaccinés devient antitoxique. Dans le même ordre d’idées, Phisalix et Bertrand, Cal met te ont opéré des vaccinations contre le venin de serpents, et prouvé que le sérum des animaux vaccinés contient une substance antitoxique. Les antitoxines n’exercent pas indifféremment leur action sur toutes les toxines, elles sont spécifiques pour cette toxine de même que nous avons vu les sensibilisatrices, les précipitines être spécifiques pour telles cellules, pour tels liquides albuminoïdes.

2° Propriétés des antitoxines.

A part leur caractère de spécificité, les antitoxines ont encore des propriétés communes avec les sensibilisatrices. Les unes et les autres résistent assez bien à la chaleur; leur résistance est toujours plus grande que celle des cytases qui sont détruites à 56°; elles ne s’altèrent qu’au delà de 60°. Encore faut-il tenir compte dans celte altération, de l’état dans lequel se trouvent les antitoxines : si elles sont desséchées au préalable, elles peuvent, sans être sensiblement modifiées, supporter des températures supérieures a 100°.

Les antitoxines ne cristallisent pas; elles sont mal connues dans leur composition chimique; <>n tend a les rapprocher des substances albuminoïdes; cependant Behring et Knorr, en traitant le sérum

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antitétanique par la dialyse n’ont pu retrouver de substance albuminoïde dans ce liquide dialysé, bien que celui-ci ait présenté un pouvoir antitoxique.

L antitoxine est précipitée avec les globulines du sérum sanguin, hile se conserve longtemps sans s’atténuer, contrairement aux toxines qui s’altèrent assez rapidement.

Les antitoxines se trouvent non seulement dans le sérum après coagulation du sang, mais encore dans le plasma du sang circulant, dans le pus, dans le lait, dans les différentes humeurs de l’organisme.

Les actions des antitoxines peuvent être démontrées in vitro et in vivo vis-à-vis des microbes et de leurs toxines. Elles peuvent avoirun effet préventif, c’est-à-dire, empêcher, quand elles sont injectées au préalable, une infection ou une intoxication de se produire. Elles peuvent être curatives, c est-à-dire arrêter dans leur développement une infection ou une intoxication.

On comprend par ce qui précède que l’immunité (t) puisse être active , résultant de l'intoxication d’un virus d’une maladie, ou passive, provoquée par 1 injection d un sérum thérapeutique.

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