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MODES D’HÉRÉDITÉ

Par I hérédité sont transmis aux entants les caractères des parents qui les ont engendrés, les caractères de la famille à laquelle ils appartiennent, les caractères de leur race ; il est donc permis de distinguer une hérédité individuelle, une hérédité familiale, une hérédité de race ou atavisme.

Hérédité individuelle.

L’individu a tendance à transmettre à ses descendants ses caractères propres, ceux qui le distinguent d’un autre individu, qualités ou défauts d’ordre physiologique ou pathologique. 11 y a tendance , disons-nous, mais la transmission des attributs acquis est bien loin d’être constante. Les amputations superficielles faites chez les parents ne se transmetten t pas aux entants ÿ ainsi, bien (pie la circoncision se pratique dans la race juive depuis de nombreux siècles, et bien que les Juifs se marient entre eux, les petits juifs s’obstinent à naître avec un prépuce, et la proportion des cas ou il manque congénitalement chez eux n’est pas supérieure à celle des autres races.

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L habitude de sectionner les oreilles et la queue de certains chiens ne lait pas que ces appendices soient différents chez les chiens d’aujourd’hui de ce qu’ils étaient chez les chiens d'autrefois.

Les conséquences des mutilations intra-utérines dont l’embryon a Pu être victime, par contre, se transmettent assez fréquemment. Un être nait avec une malformation accidentelle survenue pendant la \ie lœtale et il peut transmettre cette malformation a ses descendants, s’il est capable de se reproduire, alors qu’il ne l’aurait pas transmise si elle était survenue après sa naissance. Des variétés de chats à queue courte, de lapins à oreilles tombantes, etc., ont été ainsi créées en quelque sorte parle hasard, par le fait de la naissance d’un individu avec ces malformations tératologiques.

Brown-Séquarda vu que des cobayes ayant le grand sympathique cervical sectionné expérimentalement transmettaient l’épilepsie à leurs petits ; malheureusement plusieurs expérimentateurs n’ont pu reproduire ces faits observés par Brown-Séquard.

Les propriétés acquises du système nerveux, les adaptations, les aptitudes physiques ou psychiques ont tendance à se transmettre des parents aux enfants ; les qualités des chiens de chasse sont acquises par un dressage long et patient et se transmettent au moins partiellement à leurs petits; encore ne faudrait-il pas exagérer cette hérédité car les bons chiens de race pure, bien qu’ils aient des aptitudes réelles, ont besoin d’un dressage.

Dans l’espèce humaine, la transmission d’aptitude pour les arts, pour les sciences est bien connue ; en voici un exemple parmi tant d’autres :

Famille Bernouilli.

Jacques B., Jean B., Nicolas B.,

mathématicien. mathématicien. mathématicien .

Nicolas B., Daniel B., Jean B.,

mathématicien. mathématicien. mathématicien.

Jean B., Jacques B.,

mathématicien. mathématicien.

Il est évident qu’en pareil cas il est nécessaire de tenir compte du milieu, de l’éducation, de l’orientation des études, mais les aptitudes sont cependant transmises héréditairement.

La puissance héréditaire de chaque sexe est un sujet qui a été ti ès discuté. On a prétendu que dans l’espèce humaine les tilles

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héntenl surtout du père et les fils de la mère ; cette opinion, souvent u'nliee est contredite par un assez grand nombre d’observations.

" influence de l’hérédité dans l’origine des sexes a été expliquée par plusieurs mécanismes : on a dit que le sexe est déterminé par la piedommance de l’énergie spécifique de l’un des parents; par le « egie de maturité de l’ovule au moment de la fécondation, par le rapport de la maturité sexuelle des parents, etc. En réalité, aucune H'gle précisé et pratique ne se dégage encore de toutes ces investigations sur 1 origine des sexes dans l’espèce humaine.

Sous le nom à' hérédité par imprégnation, par influence ou encore par infection de la mère, suivant l’expression allemande, on désigne un phénomène d’après lequel une mère fécondée par un premier male aurait tendance à transmettre à ses rejetons nés ultérieurement o un autre mâle les caractères du premier.

bette notion, très singulière au premier abord, est admise par les eleveurs de chevaux, de chiens et d’autres animaux ; quand une femelle de race pure a ele fécondée par un mâle de sang mêlé ses rejetons ultérieurs ne seront pas purs bien qu’elle soit fécondée par la suite par des mâles pur sang.

Plusieurs exemples d’imprégnation ont été rapportés dans l’espèce humaine; 1 un des plus probants est le suivant publié par Lingard • lu hypospade épousa une femme absolument saine et qui n’était pas sa parente, le père et le grand-père de cet homme étaient hypospades ; de cette union naquirent trois fils hypospades dont deux se marièrent et donnèrent deux hypospades ; parmi ces derniers enlin J un engendra encore un hypospade.

°r le troisième hypospade de la troisième génération mourut apres avoir donné naissance à trois fils hypospades. Sa veuve,

« ix huit mois après sa mort, se remaria avec un homme chez lequel Ü chez les. parents duquel il n’oxistait pas d'hypospadias, cependant elle eut de cet homme sain quatre fils tous hypospades.

Le premier de ces garçons eut trois enfants non hvpospades- le second quatre enfants dont un hypospade; le troisième trois enfants non hypospades et dont un marié donna deux fils non hvpospades- Je quatrième un garçon non hypospade.

Cette observation très complète méritait d’être reproduite elle est la preuve du phénomène de l’imprégnation d'une part, et’ peut servir d autre part à montrer la transmission persistante d'une malformation datant de la vie embryonnaire.

L’imprégnation a été considérée comme produite par une influence du sperme sur les ovules voisins de celui qui est fécondé • cette influence, pour certains auteurs, est très imparfaite; pour d’autres If. Claide et J. Camus. — l’atliotogie générale. 33

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elle est considérable ; à tel point qu’il suffit d’une excitation par un rapprochement sexuel ultérieur pour donner naissance à un être déjà procréé en quelque sorte.

Cornevin admet que c’est l’organisme de la mère qui est impiégné par l'intermédiaire du fœtus; grâce à cette imprégnation la mèie communique à ses ovules des aptitudes nou\ elles qui se manilesteront à l'occasion d’une fécondation par un autre male.

M. Bouchard invoque un mécanisme voisin de celui-là; les granulations du spermatozoïde en se dédoublant se retrouvent dans les cellules de l’embryon avec la même activité nutritive qu’elles possédaient dans les cellules du générateur. Elles donnentles mêmes produits solubles qui par la circulation utéro.-placentaire vont imprégner les cellules maternelles. Celles-ci, y compris les ovules, ont leur activité nutritive modifiée par l’influence indirecte du premier père.

Hérédité de famille ou consanguinité.

On appelle mariage consanguin les unions entre père et tille, mère et fils, grand-père et petite-fille, grand’mère et petit-fils, frère et sœur, cousin et cousine, oncle et nièce, tante et neveu.

Les opinions des savants sur les dangers de ces unions dans l’espèce humaine ont beaucoup varié, et il en est de même de celles des éleveurs au sujet du résultat de ces unions chez les animaux.

La stérilité a été considérée comme une conséquence d’union entre consanguins. Lancry comparant les résultats de mariages consanguins et ceux de mariages non consanguins dans une même commune, trouve sur 100 mariages consanguins, 16 cas de stérilité et 7,95 de naissance unique et sur 100 mariages non consanguins 2,3 cas de stérilité et 3,5 de naissance unique.

Au contraire, de nombreux cas d’unions fécondes ont été signalés par d’autres auteurs: Bemiss apporte un chiffre de 833 familles consanguines ayant eu 3942 enfants, ce qui donne une moyenne de 4,7 par mariage.

Cornevin dit que l’union consanguine entre les porcs a comme conséquence la stérilité de leurs descendants, mais on peut lui opposer les exemples des éleveurs de chevaux de course ou de bovidés qui font féconder pendant des années par un même étalon ou par un même taureau, ses sœurs, sa mère, ses filles et petitesfilles et obtiennent des produits remarquables. La stérilité n'est donc pas la conséquence certaine des unions entre consanguins.

L’apparition de mai.formations, suivant la statistique de Bemiss

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poi tanf sur 3 9i2 enfants issus de 833 mariages consanguins, serait de 2,4 p. 100. Mitchell indique 2 p. 100 de malformés sur 146 enfants nés de consanguins. Ce qui est bien certain, c’est que par leur union les consanguins ayant des tares héréditaires, transmettent celles-ci et même avec exagération à leurs descendants.

L’idiotie, pour beaucoup d’auteurs, reconnaît assez souvent dans son etiologie une union consanguine entre les parents. Voisin à Licetre et à la Salpétrière, sur 1 557 malades, n’a pas trouvé d'idiots issus de mariages entre consanguins, mais à l’étranger dans les asiles d idiots nous relevons des chiffres importants, 18 et 23,2 p. 100 (Mitchell), 7 et 15 p. 100 (Bemiss).-

La suk dite -mutité donne lieu à des divergences analogues. Boudin indique un chill re de 19 sourds-muets issus de consanguins sur 07 (Institution des sourds-muets de Paris) ; Chazarain à Bordeaux donne le chill re de 27 sur 89 ; Lande, dans la même ville, 25 sur 54; Piroux à Nancy, 21 à 25 p. 100.

Par contre, des statistiques faites dans plusieurs instituts d’Angleterre par George Darwin ne fournissent qu’une proportion0 de

Les sourds-muets, d’autre part, seraient plus nombreux chez les Juifs qui se marient entre eux.

On ne saurait admettre que la consanguinité puisse à elle seule être cause de la surdi-mutité, lorsque les parents sont sains; mais les statistiques obligent à lui faire une place importante dans Pétiologie de cette infirmité.

11 est certain que souvent les mariages entre consanguins donnent des enfants présentant des tares, et que celles-ci diminuent dans le milieu où elles existent quand les unions entre consanguins deviennent plus rares; ainsi à Orthez, dans les Basses-Pyrénées, Reclus remarque que les protestants se mariant entre eux donnaient naissance à desenfants malingres, épileptiques, etc. ; lorsque les communications plus faciles permirent aux protestants de formerdes unions avec des protestants d’autres pays, les tares héréditaires disparurent peu à peu.

Par contre, A. Voisin, Lancry citent des pays où une grande partie de la populationappartient à un petit nombre de familles parmi lesquelles depuis plusieurs générations les unions consanguines sont fréquentes et où cependant les enfants sont beaux et bien portants.

En réalité les parents consanguins comme les parents non consanguins ne peuvent transmettre de lares à leurs enfants que s’ils sont eux-mêmes porteurs de quelque tare physique ou psychique, apparente ou cachée.

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Il n'y a donc pas lieu, au point de vue médical, de s’opposer à un mariage entre consanguins si rien d’anormal ne peut être relevé ni chez les futurs époux, ni chez leurs parents.

Cependant le fait que les futurs ont été élevés sous le même toit, dans le même milieu, dans les mêmes conditions de vie, doit porter à faire des réserves : les mêmes prédispositions morbides latentes pouvant exister chez les futurs époux comme conséquence des mêmes influences.

Le mariage entre consanguins exaile certaines qualités, certains défauts ; il ne crée pas des tares de toute pièce, il est une condition de leur transmission et même de leur exagération.

Hérédité ancestrale ou Atavisme.

Par atavisme on entend cette force qui préside à la conservation des caractères d’une race, c’est elle qui garde chez les êtres vivants les attributs primordiaux qui permettent de distinguer une race d’une autre; c’est elle qui s’oppose cà l’introduction dans cette race de caractères étrangers; c’est elle qui rétablit les traits caractéristiques quand un croisement est venu momentanément les modifier; l’atavisme est en quelque sorte le génie qui veille à l’immutabilité des races.

La réapparition chez un individu d’un caractère ancestral disparu ou mieux resté latent pendant quelques générations, par exemple le fait d’un enfant ne ressemblant ni à son père ni à sa mère, mais à son grand-père est un phénomène d’atavisme.

Les éleveurs qui ont créé artificiellement et entretiennent de nouveaux types d’animaux connaissent bien cette puissance qui, malgré leurs calculs, fait réapparaître de temps à autre dans un animal les caractères de la race pure.

C’est à tort, suivant nous, qu’on a voulu considérer au mot atavisme deux acceptions différentes, la première indiquant la force conservatrice de la race et la seconde s’adaptant aux cas isolés de réapparition chez un individu d’un caractère ancestral. La première devrait subsister seule et le terme de 'phénomène d'atavisme ou celui de reversion atavique devrait servir à exprimer la seconde idée ; ainsi serait distinguée une force générale, l’atavisme, d’une de ses manifestations éloignées.

La loi de Mendel explique suivant quel mode les caractères héréditaires se transmettent ainsi que le nombre de chances qu’ont les descendants d’avoir tel caractère des ancêtres.

L’exemple tiré des souris (cité par Cuénot) se prête à une démonstration facile.

HÉRÉDITÉ

y i rr

IL existe des souris blanches de souche pure B et des souris grises de souche pure A ; mais la coloration grise est un caractère dominant par rapport à la coloration blanche. Ceci étant posé, unissons une souris grise et une souris blanche (A-f-B), tous les petits seront gris à cause du caractère dominant. On dirait que seule la souris grise A a transmis ces attributions aux petits et que la souris blanche B ne leur a rien légué. Or, celle-ci leur a donné une puissance latente; grâce à elle ses petits ne sont pas de véritables souris grises A, mais des souris A (B), A indiquant le caractère apparent et (B) le caractère latent.

En effetsi nous unissons entre elles les souris A (B), les caractères A et B se répartiront suivant la loi des probabilités sur les descendants, si bien que d’une part le père transmettra son caractère A (dominant) à 50 p. 100 et son caractère B (latent) à 50p. 100 également de ses descendants, et d’autre part les caractères delà mère seront distribués d’une façon semblable.

Le calcul des probabilités permet de conclure que le résultat sera le suivant : 25 p. 100 des souris seront blanches par atavisme et 75 [). 100 seront grises, et parmi ces dernières 25 p. 100 le seront sans mélange de B latent et 50 p. 100 seront capables de donner ultérieurement des souris blanches car elles ont à l'état latent le caractère B.

On a voulu considérer les actions des criminels comme des manifestations ataviques (Jacoby, Lacassagne, Lombroso), la férocité de l'homme primitif reparaissant chez certains d’entre eux. L’idiotie des microcéphales serait également explicable par l’atavisme. Que l'état physique et mental des parents, que les intoxications subies par leur organisme retentissent sur les enfants et déterminent des anomalies dans leur état mental, la chose est incontestable. Les criminels et les vicieux sont en effet souvent des épileptiques, des névrosés, des aliénés, c’est-à-dire atteints de maladies dans lesquelles l’hérédité joue un rôle; mais nous sommes ici dans le domaine de la pathologie, il s’agit de manifestations morbides d’origine héréditaire, et non de phénomènes ataviques qui par définition sont des retours d 'états normaux ancestraux.

La présence de malformations physiques, de lésions cérébrales chez certains criminels, l’infécondité fréquente chez les idiots microcéphales s’élèvent, comme le remarque Féré, contre la conception atavique pour expliquer ces différents cas et établissent de fortes présomptions en faveur de la théorie pathologique ou tératologique.

Il ne faut pas confondre, d’après Féré, dégénérescence et

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