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Quelques-unes ont été publiées dans différents recueils

l'activité prodigieuse de cet infatigable travailleur.

Georges ^, qu'on appelait évêque des Arabes, parce que, résidant à Akoula, il exerçait sa juridiction sur les tribus arabes monophysites, fut un ami de Jacques d'Edesse. Son épiscopat se place en 687 ou 688. Comme son ami, Georges fut un écrivain fécond. On lui doit des scolies sur les Ecritures et des scolies sur les homélies de saint Grégoire de Nazianze, plusieurs homélies personnelles, un commentaire sur les sacrements de l'Eglise, un traité en vers sur le calendrier, et surtout — la plus importante de ses œuvres — une traduction de YOrganon d'Aristote^. Il y^faut ajouter des lettres, une chronique (perdue) et l'achèvement de Y Hexaemeron de Jacques d'Edesse dont celui-ci, prévenu par la mort, n'avait pu écrire la fin.

Nous arrêterons ici cet aperçu de la littérature syriaque chrétienne du v' au vu* siècle. Si rapide et incomplet qu'il soit, il donnera cependant une idée de la grande application aux études sacrées dont témoignèrent à cette époque les communautés nesloriennes et monophysites séparées de l'Eglise.

§2. — Arméniens 3.

La conversion de la Grande Arménie au christianisme date de la fin du m* siècle. Elle fut l'œuvre combinée du roi Tiridate (201-317) et d'un arménien élevé en Cappadoce, Grégoire surnommé l'Illuminateur. Grégoire, consacré évêque à Césarée de Cappa-

1. Voir Ryssel, Georgs dcr Araber-Bischofs Gcdichie und Briefe, Leipzig, 1891, où l'on trouvera la traduction d'un certain nombre de ses ouvrages.

2. Quelques extraits dans Hoffmann, De kermeneulicis apud Syros aristolcleis, p. 148-151.

3. Sur tout ce paragraphe on peut voir J, Himcnt , Lehrbuch der Po' Irologie, m, 21a-262.

434 PRÉCIS DE PATUÙLOGIE.

doce et revenu dans son pays, instruisit ses compatriotes, organisa le culte et fonda des Églises. A ce moment, il n'existait point encore, peut-on dire, de littérature arménienne. L'arménien s'écrivait avec des caractères grecs, syriaques ou persans : ce n'est qu'au v^ siècle que fut inventée pour lui une écriture spéciale, et que l'on put parler proprement d'une littérature nationale. Créée par des gens d'Eglise et cultivée par eux, elle fut d'abord et est restée exclusivement chrétienne. Mais, parvenue très vite à son apogée au v® siècle, elle eut aussi dans l'antiquité un déclin rapide. Sa décadence commença dès le vi** siècle, et le vii^ qui fit de l'Église arménienne une Eglise monophysite vit diminuer de plus en plus son activité et sa fécondité intellectuelle.

GRÉGoinE l'illuminateur mourut vers 332. On lui a attribué unw collection de lettres et d'homélies comprenant vingt-trois numéros : il est fort douteux que ces écrits lui appartiennent*. Quant à son histoire et à celle de la conversion de l'Arménie, elle a été racontée, sous le titre à' Histoire du règne de Tiridate et de la prédication de saint Grégoire l'illuminateur, par un certain Agathange qui se dit témoin oculaire et chargé par Tiridate décomposer sa relation, relation écrite par conséquent dans le premier quart du IV* siècle. Mais c'est là évidemment une prétention inacceptable. U Histoire du règne de Tiridate n'est pas antérieure à Tan 450 environ, bien qu'elle ait utilisé des écrits plus anciens, et nous ne savons au juste quel écrivain se cache derrière le pseudonyme d'Agathange^.

1. Voir J. M. ScHMiD, fieien imd Lehren des hl. Gregorius des Erleuchters, Regensburg, 1872.

2. L'œuvre d'Agathange qui existe sous deux forme.s, en grec et en arménien, se trouve dans V. Langi-Ois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, i, Paris, 1867, p. 97-193.

En somme, nous ne nous trouvons, pour la littérature arménienne, sur un terrain solide qu'à partir du v^ siècle. Alors deux hommes apparaissent qui en sont les initiateurs : ce sont le catholicos Sahag (Isaac) LE Gkand (vers 390-440) et Mesiîob (f 441). Tous deux possédaient, avec leur langue malernelle, les langues grecque et syriaque. Un de leurs premiers soins fut de chercher pour l'arinénien un alphabet spécial avec lequel on le pût écrire. Cetle invention fut particulièrement l'œuvre de Mesrob. Vers 410, une traduction de toute la Bible faite siirle syriaque, et due au travail concerté du catholicos, de Mesrob et de quelques-uns de leurs disciples, parut écrite en caractères nouveaux. Elle fut révisée vers 432 d'après le texte grec des Sep tante et du Nouveau Testament. — A Sahag personnellement ou attribue de plus un manuel liturgique^ et des hymnes. Trois lellres de lui à Théodose II, au patriarche Atlicus et au maître de milice, ^Anatolius ont été reproduites par Moïse de Khorène [Histoire d'Arménie, m, 57). — Quant à Mesrob, il est l'auteur probable des homélies mises sous le nom de Grégoire rilluminateur et mentionnées ci-dessus, d'hymnes de pénitence pour le carême, et certainement aussi de plusieurs traductions en arménien d'ouvrages grecs et syriaques, traduclions qui datent du v« siècle, mais qu'il est impossible de déterminer d'une façon plus précise. Sa vie fut écrite, vers l'an 445-451, par son disciple Gorioun, évêquc en Géorgie^.

Mesrob en effet avait fait école, et les meilleurs écrivains du v« siècle ou ont été formés par lui, ou ont subi son influence. Nous ne savons que peu de chose

1. Voir F. CoNYBEARK (laus Tlie american Journal of Theology, ii (1898), 828-8-S8.

2. On en a deux recensions : la plus courte est traduite dans V, Lan- GLOis, Collection..., ii, 3-16.

43e PRÉCIS DE PATROLOGIË.

des deux traducteurs Chosrovig et Ananias, mais EzNiG est mieux connu. Il était originaire de Coghp et fut envoyé par Mesrob à Edesse pour y traduire en arménien les écrits syriaques. De là il passa à Gonstantinople, y étudia le grec de 426 à 432 environ, et en rapporta les actes du concile d'Éphèse et des manuscrits grecs de la Bible qui servirent à la première révision de la version arménienne faite vers 432. Nommé ensuite évêque de Pakrévant, il assista, en cette qualité, au concile d'Aschdisciiad en 449 : on ignore la date de sa mort.

Eznig est un des meilleurs écrivains do l'Arménie, et son style passe, dans sa langue natale, pour un modèle d'élégance classique. Il contribua à la révision de la Bible arménienne dont on vient de parler, composa des homélies (perdues) et sans doute des traductions du grec et du syriaque. Mais son ouvrage principal — que nous avons encore — est la Réfutalion des sectes, en quatre livres. Le premier s'attaque aux païens et notamment aux dualistes qui admettaient un premier principe mauvais ; le second est une réfutation du parsisme; le troisième combat la philosophie grecque et, en particulier, ses théories astronomiques; le quatrième est dirigé contre Marcion et contre ses prétentions à posséder une explication secrète du christianisme. — A la suite des éditions de la Réfutation, on trouve généralement un petit recueil de quatrevingt-treize maximes attribuées à Ezjiig : elles ne sont que la traduction d'un recueil grec qui passe pour l'œuvre de saint Nil ^ .

Mesrob eut un autre disciple célèbre dans Elisée

\. Lz Réfutation des sectes siélé Iradiiite fort iitrtliocrcinent en lr:tnçais par Levaiixant de Fr.oi.iVAi,, Paris, 1S53; ni;<ux en allemand par S. M. ScHMiD, Wicn, lîiOO. V. Lanci.ois a donné, dans sa Collection, ii, 360-382, la traduction fruncaise d'un extrait dulivreii.

LB Docteur, qui vécut quelque temps au service du général Vartan le Mamigonien, puis devint peut-être évoque dans la satrapie des Amadouni et, comme tel, assista avec Eznig au concile de 449. A la fm, il abandonna son évêché et termina sa vie dans la solitude vers 480. On a édité sous son nom de nombreux ouvrages dont l'authenticité n'est pas toujours sûre : des commentaires sur Josué et les Juges, une explication du Pater, une épître (certainement authentique) aux moines d'Arménie, des canons pour le traitement des possédés, de multiples homélies. Son ouvrage le plus remarquable est, avec l'Epître aux moines, son Histoire de Vartan et de la guerre des Arméniens, dans laquelle il raconte, avec un sentiment chrétien et patriotique intense, la lutte héroïque soutenue de 449 à 451 par Vartan et les Arméniens contre les Perses'.

Nommons encore, au v^ siècle, David l'Ahménien, traducteur d'écrits aristotéliciens et platoniciens, et auteur lui-même de traités philosophiques ; — puis Lazare DE PuARBE, surnommé le Rhéteur, auteur d'une Histoire d'Armé}iie(\\x\ va del'anSSSà ran485-,et qui faitsuite, dit-il, aux récits d'Agathange et de Faustusde Byzance : son style est déjà moins pur et a subi l'influence grecque ; — et enfin le catholicos Jean Manda- KUNi (-f- vers 498) à qui on attribue une série de sermons, des prières liturgiques et un canon pénitenticP.

11 nous reste à parler du plus connu peut-être, mais

1. Édition complète d'Elisée à Venise, ISSO. L'Histoire de Varlan a été traduite en français par V. LANCt.ois, Collection..., ii, p. ■l"7-2al.

2. Traduite en français par S. Ghésarian, dans Langlois, Collection, n, 953-368.

3. Les sermons ont été traduits en allemand parJ. M. Sciimid, Regensburg, 1871 ; le Canon pénitentiel l'a été en anglais par Conybeare, Rituale Armenorum, Oxford, 1905, p. 294, 293.

aussi du plus hypothétique des historiens de l'ancienne Arménie, Moïse de Khorène.

Nous possédons, sous le nom de Moïse de Khorène, trois ouvrages principaux : une Histoire d'Arménie, une Géographie de l'Arménie et un traité de rhétorique appelé aussi Lis're des Chries. Le plus important est Y Histoire, divisée en trois livres. Le premier livre va des origines du monde à l'an 149 avant Jésus- Christ, date de l'avènement des princes Arsacides ; le deuxième continue le récit jusqu'à la mort de Tiridato et de saint Grégoire l'illuminateur, vers 332 ; le troisième prend fin avec la chute des Arsacides en 428. Un quatrième livre, que nous n'avons plus, racontait encore les événements depuis cette date jusqu'au règne de l'empereur Zenon (474-491). Si l'on en croiiraulcur de ces ouvrages — car il est évidemment le même pour tous, — cet auteur aurait été, au v' siècle, le disciple de Mesrob ; il aurait, sur l'ordre de Sahag le Grand, visité Edesse, Antioche, Alexandrie, Byzance, Athènes et Rome et, à son retour, aurait composé son Histoire d'Arménie sur la demande de Sahag le Bagratide, mort en 482. Mais il est clair, d'après les derniers travaux critiques, que ces assertions sont insoutenables. La famille des Bagratides, par exemple, qui donna en 885 un roi à l'Arménie, n'a commencé à devenir célèbre qu'à partir du vii^ siècle, et l'un des buts de notre auteur, dans son Histoire, est évidemment d'en exalter les vertus et les gloires. Le Pseudo- Moïse n'a donc pas écrit en réalité avant le vin® ou le ix^ siècle. Nous avons affaire, en lui, à un auteur inconnu qui, pour se donner de l'autorité, a antidaté ses livres et les a présentés sous le nom d'un évêque du v* siècle. Ces livres ne sont pas pour cela entièrement dénués de valeur historique. Le faussaire, sans doute, y a Imité fort librement ses documents, il y a fuit à la

poésie et à la légende une large place, mais il n'a pas absolument dénaturé les événements. On en peut encore tirer des renseignements utiles \

1. Traduction française de V Histoire d'Arménie dSins Lwgwis, Colléelion..., II, 45-17.">. Voir l'arlicle do VinTKn dans le Kirchenlexihon, •2<' édit., elles études d'A. C\f.?.n:i\v., Moïse de Khnrcn et les çicncalogies patriarcales, Paris, 1891 ; Nouvrlles sources de Moïse de Kh., Vienne, 1893, 189i; La légende d'Abf/ar dans l'IIist. d'Arm. de Moïse de Kh., Paris, 189j; Les huit sanctuaires de l'Arménie païenne d'apri!S Agahange et Moïse de Kh., Paris, 1899.

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