‹ Précis de patrologieChapitre 142 sur 174 · P. L., LXXil · texte numérisé non relu

P. L., LXXil

6. OUuvres dans P. L., lviu. Éditions critiques du Liber ecclesiasiicorum dogmatum par E. H. Turner, dans Journal of titeolog. Sludies, vu (1900), 78-99, et du De viris par C. Richardson, Leipzig, 1896 {Texte iiiul Unters.,xiy, 1). On remarquera que le premier ouvrage avait subi rl'-i !niprnr>1(>tion'ï sérieuseSj

lement qu'il était prêtre à Marseille, et qu'il vivait encore au temps de Gélase (492-496). Elle énumère aussi (incomplètement) ses écrits : huit livres contre toutes les hérésies ; cinq livres contre Nestorius ; dix contre Eutychès ; trois contre Pelage ; un ouvrage sur les mille ans de l'Apocalypse; le catalogue Des hommes illustres, et une profession de foi au pape Gélase. Nous possédons actuellement un Livre des dogmes ecclésiastiques, qu'il faut peut-être identifier avec la profession de foi susdite ou qui est une conclusion de l'ouvrage contre les hérésies, et le De viris illustribus^. Le De viris est la continuation du catalogue de saint Jérôme qui porte le même titre, et il est composé dans la même forme et d'après les mômes principes. On y trouve 97 ou même 98 notices d'écrivains allant de la seconde moitié du iv* siècle àlafin du v*. L'ouvrage a été écrit de 467 à 480 et, semble-t-il, d'une façon discontinue. On s'accorde avoir dans Gennadius un historiensérieux, généralementimparlial malgré sestendances semi-pélagiennes et, dans son œuvre, une source des plus précieuses pour la connaissance de l'ancienne littérature chrétienne. La partie bibliographique de ses notices est plus sûre que la partie biographique, parce que, ordinairement, il a lu les écrits dont il parle.

L'évêque Cyprien de Toulon et un autre disciple de saint Césaire, Massia'nus, ont laissé une Vie intéressante de leur maître, achevée peu après sa mort, en 542-549^

Si maintenant, du midi de la Gaule, nous passons chez les Francs neustriens, nous y trouverons, peu

1. D. Morin y ajoute qnalre chapilres qui seraient l'œuvre de Gennadius dans VIndiculus de haeresibus du Pseudo-Jérôme (CCfii.er, Corpus hereseologicum, i, p. 297 et suiv.).

2. P. L., Lxvii, 1001-1042, et Monum. Cerm. hist., Script, rer. Merov., Ui (1896), 433-501.

après cette épofiuc, cslui que Ton peut appeler le Père de rhistoire de France, saint Grégoire de Tours. Grégoire ' était né probablement à Clermont en Auvergne, le 30 novembre 538, d'une famille sénatoriale. Son vrai nom était Georgius Florentins : et c'est en souvenir de son arrière-grand-père, saint Grégoire de Langres, qu'il adopta plus tard celui de Grégoire. Pieusement et soigneusement élevé par son oncle Gallus, cvêquc de Clermont, et par le prêtre Avile, mais d'une santé débile et atteint d'une maladie grave, il fit, en 563, le voyage de Tours, et y obtint, au tombeau de saint Martin, la guérison qu'il souhaitait. Dix ans s'écoulèrent, et Grégoire se trouvait à la cour du roi de Neustrie Sigebert P"", quand il fut choisi, en 573, pour succéder, à Tours, à l'évêque Euphronius. Le nouvel élu répondit pleinement aux espérances qu'on avait fondées sur lui. Dévoué à son peuple et s'occupant à la fois de ses intérêts matériels et spirituels, énergique vis-à-vis de Chilpérie pour défendre les droits de l'Eglise, honoré par Sigebert et Childebert pour sa sainteté et pour son habileté aux affaires de l'Etat, étendant bien au delà de son diocèse une influence qu'il devait autant à ses qualités personnelles qu'à l'importance de son siège, alors le centre religieux de notre pays, Grégoire conquit, avec l'affec-

1. Œuvres dans P. L., lxxi, et mieux édition de VV. Arndt et Bi\. Knuscn, Grcgorii Turonensis opéra, Hannov., 1884-1885. 1,e Liber de miraculis B. Thomae apostoli, dans M. Bonnet, Acta Thomae {Suppl. cod. apocryphi, r, Lipsiae, 1883); la Passio SS. martyrum septem dormientiuin dans Analecta bollandiana, xii (1893), 371-387. Édition et traduction française des œuvres ou seulement de l'Histoire des Francs par GuADET et Taranne (Soclété de l'Histoire de France), 1830-1838; H. L. Bor.DiER, 1857-1861; 1859-18S1 ; GuizOT, 1823 et 1861. Voir A. Dupuy, Vie de saint Grégoire, évêque de Tours, l'aris, 1854. A. Lecoy de la Marche, De l'autorité de Grégoire de Tours, Paris, 1861. G. Monod, Études critiques sur l'époque mérovingienne, \, 1872 (Biblioth. de l'École des Hautes Éludes, fascic. 9). M. Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, Paris, 1S90.

tion Je son troupeau, l'estime de toute la Gaule qui vit en lui un des grands évêques dont elle avait besoin dans les crises terribles qu'elle traversait. Il mourut le 17 novembre 593 ou 594.

Bien que saint Grégoire ait eu un épiscopat fort occupé, il trouva le temps de composer une huitaine d'ouvrages d'une authenticité certaine : un livre Sur le psautier, dont il ne reste que des fragments ; un autre, écrit en 575-582, sur le Cursus ecclésiastique, qui détermine, d'après l'observation des étoiles, l'ordre à suivre dans la récitation de l'ofTice divin et des leçons qui en font partie ; un troisième (perdu) tiré des messes rédigées par Sidoine Apollinaire; une traduction latine de la Passion des martyrs les Sept dormants à Ephèse; un Livre des miracles de saint André et un Livre des miracles de saint Thomas apôtre; puis, pour en venir à ses ouvrages plus importants, sa Collection hagiographique et son tlistoire des Francs.

La Collection hagiographique , comme le mot l'indique, n'est pas un ouvrage un : c'est un assemblage d'écrits composés à différentes époques, n'ayant entre eux d'autre lien que l'identité générale du sujet, et que l'auteur a révisés et réunis peu avant sa mort. Elle comprend huit livres : 1° le livre De la gloire des martyrs [In gloria martyrum)^ qui est de 590 environ, et qui raconte des miracles de Notre Seigneur, des apôtres et de certains martyrs gaulois ; 2° le livre Des miracles de saint Julien de Brioude (f vers 304), écrit en 581-587 ; S^-G" quatre livres Des miracles de saint Martin, dont la composition s'étend sur tout l'épiscopat de Grégoire, et qui rapportent seulement les prodiges contemporains opérés par le thaumaturge -, 7° le Livre de la vie des Pères, contenant vingttrois biographies de saints évêques ou moines de la Gaule; 8° enfin, le livre De la gloire des confesseurs,

rédigé en 587 et remanié aprùs 590 : relation de miracles accomplis par divers sainls évêques, prêtres ou laïques.

U Histoire des Francs, en dix livres, est l'œuvre capitale de Grégoire et celle qui a le plus illustré son nom. L'auleury a voulu transmettre aux générations futures la connaissance de ce qui s'est passé de son temps, et écrire, en quelque sorte, ses mémoires. Ce caractère de mémoires n'apparaît cependant que vers la fin du livre quatrième. Le premier esquisse une histoire universelle depuis Adam jusqu'à la mort de saint Martin (397) ; le deuxième s'occupe surtout de Clovis; le troisième poursuit l'histoire des Francs jusqu'à la mort de Théodebert (548) ; le quatrième jusqu'à celle de Sigebort (575) ; les deux livres suivants (cinquième et sixième) embrassent les années 575-584; les quatre derniers les années 584-591. Les quatre premiers livres ont été écrits, pense-t-on, en 575; les livres cinquième et sixième en 580-585; lés autres successivement au fur et à mesure des événements.

On ne saurait dire évidemment que V Histoire des Francs est, d'après les règles du genre, une histoire bien composée. Les vues d'ensemble y font complètement défaut; l'enchaînement des faits y est tout extérieur; nulle part l'auteur n'examine leurs causes et leurs conséquences, ni ne songe à subordonner, dans son récit, les moins importants aux plus considérables; la longueur des développements qu'il leur consacre est uniquement déterminée par la connaissance plus ou moins détaillée qu'il en a ou l'intérêt personnel qu'il y prend. L'ouvrage manque donc de profondeur et de proportion. Et malgré cela il intéresse et il plaît. Il n'est pas seulement infiniment précieux parce qu'il est pour nous l'unique source où nous

puissions apprendre les faits qu'il rapporte : il plaît par le naturel, la naïveté, la fraîcheur de ses narrations. Si les idées générales et abstraites en sont absentes, les individus concrets s'y meuvent avec toute l'intensité de leurs désirs, de leurs haines, de leurs passions. Ajoutons que Grégoire s'y montre toujours sincère, impartial et véridique. Il y a sans doute dans son livre des lacunes et des erreurs : l'auteur a négligé parfois de s'informer de circonstances qu'il aurait pu mieux connaître ; il a, d'autre part, sur les hommes et les choses, ses préférences personnelles qu'il laisse paraître ; mais tout cela n'a pas nui à l'objectivité de ses récits. 11 a rapporté fidèlement tout ce qu'il savait et tel qu'il le croyait être.

Grégoire de Tours éci'it, naturellement, en un style peu classique, comme l'était celui de son temps. Il se reproche à lui-môme de brouiller les genres et les cas, de ne pas donner aux prépositions la place qui leur convient, en un mot d'être un « rustique » en littérature. Cependant, il ne faut pas trop le prendre au mot. Gréçroire avait fait certainement de bonnes études et, s'il n'écrit pas mieux, c'est que, dans le milieu où il a vécu, on ne savait pas mieux écrire. Son style, en tout cas, est un spécimen précieux de la langue de cette période de transition où le latin se décompose et adopte peu à peu les formes romanes.

A la fin de ce paragraphe consacré aux historiens gaulois, donnons une place à un historien breton qui a peut-être vécu quelque temps et écrit dans l'Armorique, saint Gildas, surnommé le Sage. Sa personnalité est des plus énigmatiques, et l'on s'est demandé s'il n'avait pas existé plusieurs écrivains de ce nom. Quoi qu'il en soit, nous possédons, sous le nom de Gildas, un ouvrage en trois livres Sur la ruine de la Bretagne [De excidio Britanniœ), écrit vers l'an 560. C'est

une peinture du misérable état auquel la Bretagne insulaire avait été réduite après la retraite des Romains, en même temps qu'un réquisitoire à la Salvien contre les vices des rois, du clergé et du peuple breton^La langue en est pauvre, et les accusations en sont évidemment trop violentes pour être toujours justes.

§ 3. — Poètes. Saint Sidoine Apollinaire.

On a déjà parlé ci-dessus des poèmes de saint Avite de Vienne : ces poèmes sont exclusivement chrétiens. Il en est autrement des po,ésies de Sidoine Apollinaire: non pas qu'elles soient, comme l'a dit Tillemont, « toutes payennes et quelquefois tout à fait idolâtres et impies », mais parce qu'elles ne traitent la plupart du temps que des sujets profanes ou badins, et empruntent souvent à la mythologie leurs expressions et leurs images.

Caius Sollius Modestus Apollin'aris Sidonius 2 était né à Lyon, le 5 novembre 431 ou 432, d'une famille appartenant à la plus haute noblesse gauloise, et, après avoir étudié sérieusement la rhétorique, la philosophie, l'histoire et le droit, avait épousé, vers 452, la fille du futur empereur Avitus de Clermont en Auvergne. En 456, 459 et 468, il prononça successivement les panégyriques des empereurs Avitus, Majorien et Anthemius, devint, en 468, préfet de Rome et.

1. p. L., Lxix, 327 et suiv., et mieux édit. Mommsen dans Monumenta Germ. historica, Auctores antiquits., xiii, 1, Berlin, 1898. Voir J. Fons- SÀcruvEs, Saint Gildas de Ruts et la société bretonne au VI' siècle, Paris, 1908,

2. Œuvres dans P. L., lviii, et mieux édit. Chr. Luetjouann dans Monum, Germ. hist., Auctor. antiquiss., vin, Berlin, 1887. Traduct. française par J. F. Grégoire et F. Z. Collombet, Lyon et Paris, 183«. Voir L. A. Chaix, Saint Sidoine Apollinaire et son siècle, Clermont et Paris, 1867, P. khLAKD, S. Sidoine Apollinaire,Vnns, 1910 (Les Saints).

464 PRÉCIS DE PATROLOGrE.

en 471, après une retraite de trois ans sur ses terres, fut élu évéque de Clcrmont. Sa vie jusque-là avait été celle d'un grand seigneur chrétien :àpartir de cette époque, elle devint celle d'un pasteur entièrement dévoué à ses fonctions. Une des préoccupations de saint Sidoine fut d'empêcher que l'Auvergne ne tombât sous le joug des visigoths ariens. 11 n'y put réussir, et s'efforça du moins, par l'influence que lui donnaient son talent et son rang, d'adoucir ce que ce joug avait de dur pour ses diocésains catholiques. Sa mort doit se placer probablement au 21 août 489.

Les œuvres conservées de saint Sidoine comprennent deux collections, une de poésies, l'autre de lettres en prose. La collection en vers, assemblée par l'auteur lui-même entre 468-471, se compose de vingt quatre pièces, dont les principales sont les trois panégyriques ci-dessus mentionnés, le poème eucharislique adressé à Fauste de Riez, et les poèmes à Pontius Leonlius et à Gonsentius de Narbonne. On en trouve quelques autres citées dans les lettres. — Le recueil épistolaire, réuni aussi par Sidoine, se divise en neuf livres dont l'auteur a publié successivement le premier en 477, puis les livres ii-vii, puis, en deux fois, le huitième et le neuvième. Il contient surtout des lettres familières, dojit plusieurs adressées aux évêques les plus connus du temps et qui sont précieuses pour les renseignements historiques qu'elles présentent.

En publiant ainsi ses œuvres, Sidoine songeait à sauver ce qu'il pouvait de la latinité, en opposant au langage informe des envahisseurs un monument, si humble fùt-iî, de la culture romaine. Pour lui l'empire romain, la civilisation et l'orthodoxie ne faisaient qu'un contre la barbarie arienne et païenne, et le premier devoir d'un chrétien et d'un évêque était de les défeu-

dre contre la ruine qui les menaçait. En général cependant, on a très sévèrement jugé l'œuvre littéraire et surtout les poésies de Sidoine Apollinaire. On lui a reproché l'abus de la mythologie, la futilité des sujets qu'il traite, sa pauvreté d'idées parmi ses longueurs excessives. Ces reproches toutefois ne restent justes qu'à la condition d'être tempérés. Non, Sidoine n'est pas un « païen » ni un « idolâtre », c'est un chrétien sincère et sérieux, toujours chaste dans ce qu'il a écrit, et chez qui l'imagerie mytliologique n'est qu'affaire d'imitation et de convention. D'autre part, s'il y a dans son recueil poétique beaucoup de pièces insignifiantes — vers de société n'ayant d'autre mérite que celui du tour agréable — , il en est d'autres — ses panégyriques par exemple — où l'auteur s'est proposé un but plus haut et a su faire entrer dans le cadre de l'éloge conventionnel les éléments d'un habile plaidoyer. Le malheur de Sidoine est plutôt d'avoir eu pour la versification trop de facilité, et de n'avoir guère su résister aux amis qui lui demandaient d'en faire preuve. Aussi ses vers sont-ils presque toujours le fruit de son esprit plus que d'une vraie inspiration poétique. 11 y vise moins au naturel qu'au mérite de la difficulté vaincue, et les nombreuses réminiscences de Stace, de Claudien, de Virgile qui s'y trouvent, tout en témoignant de ses abondantes lectures, prouvent aussi que la mémoire avait une part dans la rapidité de sa composition.

Quant aux lettres de Sidoine, son ami Ruricius de Limoges les trouvait parfois obscures. M. Paul Allard n'hésite pas cependant à dire que ceux qui les apprécieraient trop durement montreraient qu' « ils les ont lues rapidement et incomplètement ». Elles forment, à son avis , une correspondance d'un prix inestimable pour l'histoire du temps, et à laquelle on ne saurait compa-

rer, sous ce rapport, au v^ siècle, que la correspondance de saint Augustin.

Terminons celte notice par ces lignes du même critique sur le style et la langue de notre auteur.

« Bien que d'une syntaxe assez correcte, la langue de Sidoine s'empreint déjà, quant aux règles et quant aux mots, d'un « modernisme » dont ne devaient point s'apercevoir les contemporains... et qui nous frappe surtout parce que nous n'estimons et nous ne connaissons à fond que le latin des siècles classiques. Mais, si nous consentons à placer notre idéal moins haut, le style de Sidoine nous paraîtra représenter encore la bonne tradition latine. Inférieur pour la prose non seulement à Pline qu'il croyait avoir pris pour modèle, mais encore à Symmaque et aux panégyristes galloromains du IV* siècle, inférieur pour les vers à Claudien et même à Ausone et à Paulin de Noie, Sidoine parle encore un latin très pur, si on le compare à la prose de Grégoire de Tours ou à la poésie de Fortunat. Il semble marquer un point d'arrêt sur le chemin de la décadence. En certains jours, malgré ses complications et ses obscurités, il fait même figure de grand écrivain : c'est quand il s'abandonne tout à fait à la passion politique et à la ferveur religieuse, qui le rendent éloquent, ou à son esprit, qui est charmant. Il raconte à merveille : telle de ses narrations est un petit chef-d'œuvre ' . »

Cependant, à côté de la poésie profane de Sidoine Apollinaire, nous trouvons à cette époque la poésie religieuse cultivée par deux auteurs, Paulin de Pella et Paulin de Pjéuigueux. Le premier, né vers 376, était, semble -t-il, un petit-fils d'Ausone, venu en Gaule à l'âge de trois ans et qui, à l'âge de quatre-

ï. Saint Sidoine Apollinaire, p. 196, 197.

TROISIÈME PÉRIODE. LES LATIiSS. 457

vingt-trois ans, en 459, écrivit, en six cent seize hexamètres, son autobioj^raphie sous la forme d'une action de grâces à Dieu [Eucharisticos Deo sub Epîiemeridis meae texiu). Les vers en sont incorrects, mais les sentiments sont fort beaux ^ — Le second est l'auteur d'un vaste poème (trois mille six cent vingt-deux hexamètres) en six livres sur saint Martin [De vila sancti Martini episcopi lihri VI), où il a fait entrer la Vie de saint Martin et les Dialogues de Sulpice Sévère, et des renseignements sur les miracles du saint que lui fournit l'évêque de Tours, Perpetuus (458-488). L'ouvrage paraît avoir été terminé vers l'an 470. Un peu plus tard, Paulin écrivit encore en vers le récit de la guérison de son petit-fils et une inscription pour la basilique de saint Martin. Notre auteur connaît, mieux que son homonyme de Pella. son métier de .versificateur, mais il est long et diffus-.

Après un siècle écoulé, saint Martin devait de nouveau trouver un poète pour le célébrer: c'est Fortunat. ViBNANTius FouTuxATUs^ cst nc daus la Haute-Italie, près de Trévise, vers l'an 530 et a étudié à Ravenne la grammaire, la rhétorique et le droit. Puis, à la suite proba!)lement d'une guérison de ses yeux obtenue par l'intercession de saint Martin, il est parti, vers 565, pour Tours, afin de visiter son tombeau. 11 s'arrête d'abord deux ans environ à la cour de Sigebert, dont il gagne la faveur, puis voyage à petites journées jusqu'à Tours, se liant avec les personnages qualifiés qu'il rencontre et qu'il intéresse par ses vers. De Tours,

1. Édit. W. Brandks dans Corp. script, ceci. lat.,x\i, Wicn, 1888. Voir I. RocAFORT, De Paulini Pellaeivita et carminé, Bordeaux, 1890.

2. Œuvres dans P. L., lxi, 1009-1076, et dans M. Petsch.mg, Corp. scripl. eccl. lai., xvi.

3. OEuvicsdansP. /..,Lsxxviii,etniieux dansFR.LEoet Br.Kkusch, Mon. Gcrm.hislor.jAuctoJ-esantiqv.isa., iv, Berlin, 1881-188:>. VoirF. Hamelix, De vila et operibus V. H. Cl. Forluiiali, pictav. episc, Rennes, 1873. Cu. NiSARD, Le pûèle Forlunal, Paris, 1S90.

458 PRECIS DIS PATROLOGIÊ.

il se rend à Poitiers. La veuve de Clolaire I, sainte Radegonde, y avait. fondé le monastère de Sainte- Croix où elle s'était retirée, et dont sa fille adoptive Agnès était abbesse. Le commerce à la fois religieux et littéraire de ces pieuses femmes retient le poète. iJ se fixe à Poitiers, y reçoit le sacerdoce et devient en quelque sorte l'aumônier du monastère. Sur la fin de sa vie, la ville le choisit pour son évêque ; mais l'épiscopat de Fortunat dura peu : il dut mourir dans les premières années du vu* siècle.

Le principal recueil des poésies de Fortunat (Ca/'mina ou Miscell'anea)^ préparé par lui-même, comprend onze livres — que nous n'avons qu'incomplètement — remplis, en majeure partie, par de petites pièces de circonstance, qui n'ont d'autre intérêt que celui de nous renseigner sur la vie quotidienne de Fauteur. 11 s'y en trouve cependant de plus considérables et d'une inspiration plus haute. Au premier rang, il faut mettre les deux hymnes Vexilla Régis prodeiint et Pani^e, lingua, gioriosi praelium certaminis, en l'honneur de la Croix; puis l'élégie, écrite à la demande de Radegonde, sur la ruine de la Thuringe {De excidio Thoringiae) et quelques autres encore. Outre ce premier recueil de vers, Fortunat, sollicité par Grégoire de Tours, a composé un long poème (deux mille deux cent quarante-cinq hexamètres), en quatre livres, sur la vie de saint Martin, où il utilise les récits de Sulpice Sévère et le poème de Paulin de Périgueux : l'ouvrage est antérieur à 576. Enfin, on a de notre auteur quelques écrits en prose : une explication du Pater et une explication du Symbole des apôtres, insérées dans les Cai-ntina (x, 1; xi, 1) et des Vies de saint Hilaire de Poitiers, de saint Marcel de Paris (f 436), de saint Albin d'Angers (f 560), de saint Paterne d'Avranchcs (f 563), de

saint Germain de Paris (f 576) et de sainte Radegonde (f 587). Les autres biographies mises sous son nom ne sont pas de lui.

Fortunat était évidemment un poète fort bien doué. Il excelle surtout à peindre les menus incidents de la vie courante, et ses poésies sont pour nous, à ce point de vue, très instructives. Mais, sauf en quelques pièces, le sentiment et la pensée sont chez lui superficiels, et l'on trouve dans son style toute la recherche et l'enflure des périodes de décadence. Son œuvre est, dans l'ensemble, plus religieuse que celle de Sidoine Apollinaire : elle est moins déparée par les souvenirs mythologiques. En revanche elle lui reste, comme on l'a déjà remarqué, inférieure pour la pureté et la correction de la langue. Entre les deux auteurs un siècle s'était écoulé, pendant lequel la barbarie progressait toujours.

S 4. — Écrivains d'Afrique. Théologiens, ezégètes, canonistes. Saint Fulgence,

Depuis 439, l'Afrique romaine était tombée tout entière au pouvoir des Vandales. Ceux-ci étaient ariens, et leurs rois Geisérich [j- 477), Hunérich (477- 484), Thrasamund (496-523), les deux premiers surtout, persécutèrent durement les catholiques. De là, dans la littérature chrétienne d'Afrique à cette époque, un renouveau de polémique contre l'arianisme. On le constate par les écrits de l'évêque de Cartilage, Eugène (480-505) ^ de l'évêque de Castellum en Maurétanie césarienne, Cerealis (vers 485) ^, de l'évêque de Cirta en Numidie, Antoninus Honoratus^, desévêques

1. p. L., Lviii, 769-7T1 ; VicTOR DE ViTA, Uistoria persecutionis, ii, 3, 14 ; m.

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