p. L., i.xii
2. Œuvres dans P. L., i.xvir, fort incomplet. D. Morin a annoncé une nouvelle éflilion qui n'a pas encore paru. Il a seulement édité quelques sermons nouveaux dans Revue béncdicline, xui (1896), xvi (1899), xxm (lOOC); quelques opuscules ibid., xiii (189o), xxi (1904), et Mélanges de Cabrièreii i (Paris, 1899) ; et réédité le Testament dans Revue benedict.,
moitié du vi* siècle, une des personnalités les plus en vue de l'épiscopat gallo-romain. Né à Chalon-sur- Saône en 470, il entra, comme Fauste, au monastère de Lérins vers 490, mais dut en sortir pour venir à Arles cinq ou six ans plus tard. L'évêque d'Arles, Eone, l'ordonna d'abord diacre et prêtre et, en 503, le choisit pour lui succéder. L'épiscopat de Césaire dura quarante ans : il mourut en 543. Pendant tout ce temps il ne cessa d'exhorter son peuple, de secourir les pauvres, de veiller à la discipline, de restaurer la régularité et la piété dans les monastères, de maintenir autant qu'il le put l'ordre matériel et moral au milieu des bouleversements politiques dont la Provence fut le théâtre. Au point de vue littéraire, il est surtout célèbre comme orateur : non pas orateur châtié et élégant, bien que son style soit relativement correct, mais orateur populaire, sachant parler à son auditoire un langage simple, clair, vif, émaillé d'images et de comparaisons familières, un langage ému aussi et plein de cœur. Son éloquence n'a rien de recherché ni de convenu : elle est spontanée, et tire sa force du désir de l'orateur, qui paraît partout, de faire du bien à ceux qui l'écoutent.
Les sermons de saint Césaire ne nous sont pas tous parvenus, il s'en faut de beaucoup; et l'on attend encore une édition critique et un peu complète de ceux qui existent. On en compte actuellement environ cent cinquante ; mais ce chiffre augmentera certainement. La plupart s'adressent aux simples fidèles ; quelques-uns sont destinés aux moines. On y trouve des homélies proprement dites, d'un langage plus relevé, sur ViLcriture et sur les mystères chrétiens; d'autres, plus
XVI (1899). Voir A. Malxory, Sam< Césaire, cuêqne d'Ar!es, Paris. 189t- M. Ch.ulun, Saint Cés'!ir(' (Les Saints), Paris, i'J12. P. Lkjay, Le rii/c ^/iéfllogique de Césaire d'Arles, Paris, 19«)6.
TROISIÈME PÉRIODE. LSiS LATINS. 443
nombreux, sont de simples admonidones d'une allure toute pratique. Le grand modèle que suit Césaire est saint Augustin : il l'a souvent copié et toujours imité dans le tour de causerie facile que l'évéque d'Mippone donnait à ses instructions.
En dehors des discours, les œuvres de saint Césaire comprennent deux règles monastiques, l'une pour les hommes [Ad monachos), l'autre pour les femmes [Ad virgines), celle-ci en deux rédactions. Elles comprennent encore quelques courts écrits sur la grâce et la liberté humaine destinés à combattre le semipélagianisme, trois ou quatre lettres et un Testament en forme de lettre à son successeur. Plusieurs des canons promulgués parles conciles qu'il a présidés (ceux du concile d'Agde, les Statuta eccteùae antiqua) sont aussi de la plume de Césaire. Quelques critiques lui attribueraient volontiers le symbole Quicumque i^ult.
On a signalé ci-dessus l'opinion de Fauste sur la corporéité de l'âme. Cette erreur fut énergiquement réfutée, dans un écrit intitulé De la nature de l'âme [De statu animae), par le prêtre Claudien Mamert^ (-{- vers 474), frère de saint Mamcrt, évêque do Vienne en Dauphiné. L'ouvrage, composé entre les années 467 et 472, est divisé en trois livres, dont les deux premiers développent les prouves philosopliiqucs et d'autorité de la spiritualité de l'âme, et le troisième combat les objections que Fauste y faisait. En plus de ce traité, on a de Claudien iJamert deux lettres. Une hymne que Sidoine Apollinaire [l'Jpist. iv, 3) le félicite d'avoir écrite, n'a pu être identifiée. Les autres poésies qu'on lui attribue sont probablement ou même sûrement inauthentiques.
1. OEuvres dans P. L., mi, ou A. Encelbrecht, dans Corp. script. evcl. lut., XI, Wieii, 188ii. Voir R. de l\ Buoise, Mamerti Clanàiani vita ejusque doctrina de anima /tominis. PmIs. 1890,
444 PRÉCIS DE PATROLOGIK.
L'évêque Mamert eut pour second successeur à Vienne, Alciimus Ecdicius Avitus, de famille sénatoriale et parent peut-être de l'empereur Avitus. Avite ' naquit vers le milieu du v' siècle, et de bonne heure renonça à ses biens pour embrasser la vie monastique. Mais sa réputation de science et de sainteté devint bientôt si grande que, à la mort de son père Isicius ou Hésychius, évêque de Vienne, il fut choisi pour lui succéder (490). Dès lors, toute son activité se dépensa au service de l'Église.' Par ses soins, le roi burgonde Sigismond (516-523), à qui Vienne était soumise, se convertit de l'arianisme au catholicisme, les hérésies nestorienne, eutychienne, semi-pélagienne furent combattues, la discipline fut restaurée, l'autorité du pape plus fermement reconnue : il n'est pas jusqu'au schisme entre Rome et l'Orient auquel il ne tâchât de remédier. Avite fut vraiment un grand évêque, dont l'influence dépassa de beaucoup les limites de son diocèse. Conseiller des prélats et des princes, il montra quelques-unes des qualités de gouvernement qu'avait montrées saint Ambroise à Milan, et qu'il semble qu'il tînt de son origine sénatoriale. 11 mourut en 518.
L'héritage littéraire de saint Avite comprend d'abord un long poème de 2.552 hexamètres, intitulé Libelli de spiritalis histoiiae gestis, et divisé en cinq livres : De la création du monde, Du péché originel, De la sentence de Dieu, Du déluge, Du passage de la mer Rouge. C'est, comme on le voit, une mise en vers des récits bibliques, mais traités avec une grande liberté. Un second poème. Eloge consolant de la chasteté
\. Œuvres clans P. L., i.ix, mieux dans Monumenta Germ. hislor., Aiictores antiquiss., vi, 2, ou dans U. Chevalier, Œuvres complètes de saint Avite, Lyon, 1890. Voir A. Charaux, Saint Avil, évêque de Vienne en Dauphiné, sa vie, ses œuvres, Paris, 1876. H. Goelzer, Le latin de saint Avit, Paris, 1909.
{De consolatoria castitatis laude], en 666 hexamètres, est adressé à sa sœur, la moniale Fuscina. Les vers de l'auteur sont corrects, souvent bien venus, et le style en est relativement pur et élégant. Ses ouvrages en prose sont bien inférieurs. On a de lui sous forme de lettres une réfutation des hérésies de Nestorius et d'Eutychès, de l'année 512 ou 513, et une réfutation de l'arianisme. Ses autres lettres, quatre-vingt-deux environ, sont des lettres exégétiques, disciplinaires ou familières. De sa prédication il s'est conservé deux homélies entières et d'assez nombreux fragments ou citations.
Si, de Vienne, nous descendons les rives du Rhône, nous trouvons à Marseille un des plus remarquables apologistes et moralistes du v* siècle, le prêtre SalviEN ^ 11 dut naître, à la fin du iv* siècle, aux environs de Trêves ou de Cologne et épousa une païenne, Palladia, dont il eut une fille. Sous son influence cependant, sa femme se convertit et les deux époux, d'un commun accord, vécurent même dans la continence. Vers l'an 424, Salvien fut ordonné prêtre et se retira à Lérins. Plus tard, il s'établit à Marseille et y parvint à l'extrême vieillesse. En 480 il vivait encore, entouré de l'estime universelle et salué par Gennadius du titre de maître des évêques [episcoporum magister]. C'était évidemment une àme très forte, austère et légèrement impérieuse, ayant sur les choses et les événements des opinions tranchées, avec une pointe d'exagération et d'amertume qui rappelle Tertullien.
Des huit ou neuf ouvrages de Salvien que Gennadius avait lus et qu'il a énumérés ( Vir. ill. , 67) on a con-
1. œuvres dans P. L., lui, ou Fr. Pauly, Corp. script, eccl. latin., VIII, Wien, 1883. Voir L. Méry, Études sur Salvien, Marseille, 1849. G. Vai.ran, Quart Saluianus presbyler massiliensis magister episcoporum a Gennadio dictus ait, Paris, i899.
serve seulement neuf lettres, les quatre livres Contre l'avarice et les huit livres Du gouvernement de Dieu. Les lettres ont un caractère intime et familier; l'écrit Contre V avarice est une chaleureuse exhortation, d'une doctrine un peu outrée, à l'aumône et au dépouillement effectif des ricUosses; le traité Du gouvernement de Dieu, écrit entre 439 et 451, et dédié à Tévêque Salonius, est l'œuvre maîtresse de Salvien, Il y veut répondre aux impies et aux âmes faibles qui, en voyant les maux qui accablaient les meilleurs citoyens, et l'empire romain, devenu chrétien, succomber sous les coups des barbares païens ou hérétiques, accusaient la Providence divine et déclaraient que Dieu est injuste ou qu'il se désintéresse des affaires humaines. L'auteur les réfute dabord par, la raison, par l'expérience et par l'antorité; puis, entrant plus avant dans son sujet, il montre que les calamités dont souffrent les chrétiens et les sujets de l'Empire tout entier sont la juste punition de leurs vices et de l'intolérable contradiction qui existe entre leur conduite et leur foi. Les barbares sont plus vertueux que les soidisant disciples du Christ, et c'est pourquoi Dieu leur donne la victoire. Cette victoire, au lieu de former une objection contre l'existence de la Providence, fournit une preuve de sa justice.
L'ouvrage de Salvien est précieux pour les renseignements qu'il fournit sur la vie sociale et privée au v® siècle. Il est remarquable par la pureté du style, qui rappelle Lactance, et aussi par l'élan oratoire qui emporte la composition et entraîne le lecteur. L'auteur malheureusement manque souvent de mesure; il ne sait pas toujours s'arrêter à temps ni donner à ses invectives une juste borne : il lui arrive d'être déclamatoire et diffus.
Après avoir traité de Salvien, quelques mots nous
suffiront pour mentionner les autres écrivains moralistes et ascétiques de la Gaule à cette époque. Le prêtre Julien Pomère, africain d'origine, qui fut pendant quelque temps, à Arles, le maître de saint Césairc vers l'an 500, avait composé, d'après Gennadius ( Vir. m., 95), huit livres sur l'âme et des ouvrages de spiritualité. 11 reste de lui un beau traité intitulé De la vie contemplaiwe, qui, en réalité, s'occupe aussi de la vie active et de la pratique des vertus chrétiennes^. — L'évêque Aurélien d'Arles (546-551 ou 553) retoucha et développa les deux règles Aux moines et Aux vierges de saint Césaire^. — De saint Rémi de Reims (459-533) on a conservé quatre lettres, un Testament (dont on a mis en doute l'authenticité) et une inscription métrique^. La collection de ses sermons est perdue. — Les deux évoques Ferréol d'Uzès (-f- 591) et Sedatus de Béziers (vers 589) ont laissé, le premier, une Règle pour les moines'', le second, quelques homélies ^.
§ 2. — Historiens et hagiographes. Grégoire de Tours.
Le premier historien à nommer ici est Gen.vadïus de Marseille^, l'auteur qui nous a si souvent renseignés sur les écrivains du v" ou même du iv^ siècle. On ne sait à peu près rien de sa vie. La notice 97 ajoutée par une autre main à son De çiris illustribus dit seu-
\. p. L., Lix, 415-5-20.