AVANT-PROPOS
sur les écrivains principaux dont l'autorité est universelle, qui ont vécu dans notre pays ou dont ils ont rencontré les noms dans leurs lectures, savoir ce qu'ont été ces hommes, par quels ouvrages surtout ils sont devenus célèbres, ce que ces ouvrages contiennent en gros, quelles études dans notre langue ils pourraient consulter avec intérêt sur ces matières, etc. Un exposé des discussions critiques et des hypothèses nouvelles serait pour eux inutile, parce que souvent hors de leur portée et indifférent au but qu'ils poursuivent, qui est de se mettre au courant des résultats acquis et certains.
D'après ces considérations, je n'ai pas craint de m'étendre un peu longuement sur les auteurs de premier ordre, de donner une appréciation de leur caractère, de leur talent, de leur style — la seule chose que retiennent beaucoup de lecteurs, — de mentionner au complet ou à peu près leurs écrits et d'ébaucher des principaux de ces écrits une courte analyse. Quant aux auteurs secondaires, j'en ai traité plus brièvement, et un grand nombre de troisième ordre n'ont reçu qu'une simple mention. Encore trouvera-t-on probablement que, pour ces derniers, j'ai été trop large et qu'il eût mieux valu en passer beaucoup entièrement sous silence. Mais « abondance de biens ne nuit pas », et il ne tiendra qu'au lecteur de négliger ce qui lui est inutile.
C'est d'après ces mêmes considérations que j'ai
vm AVANÏ-PROPOS.
traduit autant que possible en français les titres grecs et latins des ouvrages mentionnés, que j'ai signalé, quand il en existe, les traductions françaises de ces ouvrages, que, dans les études et travaux à consulter, j'ai indiqué avant tout les travaux français et d'une lecture plus facile, que j'ai écarté les articles de revue en langue étrangère dont mes lecteurs ne sauraient pratiquement profiter. Tout cela était nécessaire pour alléger le volume et l'adapter à son but.
La division en trois périodes — période des trois premiers siècles, périodes d'apogée et de décadence— est classique et s'imposait d'elle-même ; on en peut dire autant de la division en chapitres. Si nous descendons aux sous-divisions, il eûtfallu, pour garder une marche absolument logique, les multiplier beaucoup et partager, par exemple, les chapitres en articles, les articles en paragraphes et ceux-ci encore en numéros. C'est ce qu'a fait Bardenhewer et ce que l'on fait souvent dans les manuels techniques d'enseignement. Fonr ce Précis, ce morcellement m'a paru excessif et capable plutôt d'embrouiller le lecteur. Mais celui-ci pourra d'ailleurs démêler aisément l'ordre que j'ai suivi et réduire, s'il le veut, en un tableau synoptique toute l'histoire de la littérature patristique : il lui suffira pour cela d'un peu d'attention. Quant au principe adopté pour grouper les auteurs, il varie suivant les périodes. C'est tantôt le caractère de leurs ouvrages, tantôt leur ordre chronologique
AVANT-PROPOS. ix
OU leur distribution géographique qui m'a guidé. Aucune règle absolue ne pouvait convenir ici.
Puisse ce modeste travail contribuer à faire connaître mieux ceux qui furent, aux origines de l'Eglise, les Pères de notre foi, et les chefs-d'œuvre que leur zèle et leur génie nous ont laissés.
Lyon, le 11 février 1918.
PRINCIPALES ABREVIATIONS
P. G. = Patrologiae cursus completus.., accurante J.-P. MiGKE, séries graeca (Paris, 1857-1866).
P. L. = Patrologiae cursus completus,.. accurante J.-P. MiGNE, séries latina (Paris, 1844-1855).
C. S. E. L. = Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum (Vindobonae, 1866 et suiv.).
Christl. Schriftst. = Die 'griechischen christlichen Schriftsteller der ersten drei Jahrhunderte (Leipzig, 1897 et suiv.).
T. U. = Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur (Leipzig, 1882 et suiv.).
D. C. B. = A Dictionary of Christian Biography, edited hy W. Smith and H. Wace (London, 1877-1887).
S 1. — Notions préliminaires. Objet de cet ouvrage.
On entend par littérature chrétienne l'ensemble des écrits composés par des chrétiens sur des sujets chrétiens. Par cette définition se trouvent exclus les ouvrages profanes composés par des chrétiens, comme le sont de nos jours une foule de livres de science positive ou d'histoire, aussi bien que les ouvrages des nonchrétiens portant sur des sujets chrétiens : le Discours véritable de Celse par exemple.
La littérature chrétienne ancienne est celle des premiers siècles chrétiens, de l'antiquité chrétienne. On s'accorde généralement à fixer la fin de cette antiquité, pour l'Eglise grecque, à la mort de saint Jean Damascène (vers 749) et, pour l'Église latine, à celle de saint Grégoire le Grand (604) ou mieux de saint Isidore de Séville (636), moment où des éléments nouveaux, empruntés au monde barbare, viennent modifier sensiblement la pureté du génie latin.
Ain.'îi entendue, l'ancienne littérature chrétienne
l-l.tClS D£ PATUOLOGIK. 1
embrasse et les écrits du Nouveau Testament — écrits essentiellement chrétiens, œuvres de chrétiens, — et les écrits des hérétiques que l'on peut encore appeler chrétiens. C'est ainsi que l'ont comprise et qu'en ont traité M. Harnack dans son Histoire de l'ancienne littérature chrétienne jusqu'à Eusèbe, et M^'' Batiffol dans sa Littérature grecque.
D'autres auteurs — et c'est le plus grand nombre jusqu'ici parmi les catholiques — ont exclu de leurs histoires non seulement les livres du Nouveau Testament, objets d'études indépendantes, mais aussi les écrits des hérétiques notoires, condamnés par l'Eglise. Ils ont eu tendance ainsi à réduire l'histoire de l'ancienne littérature chrétienne à l'histoire des écrits des Pères de l'Église, à une Patrologie.
Le nom de Père de l'Église, qui a son origine dans le nom de Père, donné dès le deuxième siècle aux évoques ^ est devenu courant au v siècle pour désigner les anciens écrivains ecclésiastiques — ordinairement des évêques — morts dans la foi et la communion de l'Église. Il ne convient toutefois strictement, d'après les théologiens modernes, qu'aux écrivains qui réunissent les quatre conditions suivantes : orthodoxie doctrinale, sainteté de la vie, approbation de l'Eglise, ancienneté. Mais pratiquement, on l'étend à bien des auteurs qui ne réalisent pas, intégralement du moins, les trois premières conditions. Personne, par exemple, ne songe à éliminer de la liste des Pères Tertullien, Oriffène, Eusèbe de Césarée, Fauste de Riez et beaucoup d'autres. Les erreurs qu'on leur reproche n ont pas tellement contaminé leurs ouvrages qu'ils soient plus dangereux qu'utiles, et que le bien ne s'y montre
1. Cf. Martyrium Polycarpi, xii, 2 : (IIo),ûxapïco;) ô îtat^p xcSv ^io-Tijxvwv, Polycarpe le père des chrétiens.
INTUODUCTION. S
supérieur au mal. C'est à eux, en tout cas, que convient éminemment le titre (ï écrivains ecclésiastiques ^ .
Quelle que soit l'étendue que l'on donne au nom de Père de l'Eglise, la Patrologie est l'exposé de la vie et des œuvres de ceux que l'on désigne par ce nom. Elle reste donc, en définitive, une partie de l'Histoire de l'ancienne littérature chrétienne, puisqu'elle laisse en dehors de ses recherches et les écrits canoniques du Nouveau Testament, et les écrits formellement et foncièrement hétérodoxes. On comprend cependant que, sur ce dernier point, il existe pour les auteurs de patrologie une certaine tolérance. Comme la connaissance des œuvres des hérétiques est souvent nécessaire pour comprendre les réfutations qu'y ont opposées les Pères, la plupart de ces auteurs n'hésitent pas à en mentionner et à en faire connaître les principales. C'est ce que nous ferons ici nous-même. Nous ne dirons rien des écrits du Nouveau Testament; mais nous signalerons, en partie du moins et brièvement, les livres hétérodoxes qui ont eu cours dans l'antiquité.
Une question seulement se pose ici : la Patrologie, outre l'histoire de la vie et des œuvres des Pères, doitelle comprendre un exposé de leur doctrine ; doit-elle fournir les éléments d'une théologie patristique?
Théoriquement, on l'affirme : en fait, la chose est difficile à réaliser. Une patrologie qui voudrait exposer, même succinctement, l'enseignement de chaque Père sur toute la doctrine chrétienne devrait être très étendue et se répéter sans cesse. Que si elle négligeait ce
4. Pour être Docteur de l'Église l'antiquité n'est pas requise, mais, outre les trois autres qualités demandées pour les Pères, il faut une science éminente et une déclaration spéciale de l'autorité ecclésiastique. L'Église latine reconnaît particulièrement quatre grands docteurs : saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire; l'Église grecque admet trois grands docteurs opcuméniques : saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome.
4 PUÉCIS DE PATROLOGIE.
que cet enseignement a de commun avec celui des autres Pères, et se bornait à signaler ce qu'il offre d'original et de singulier, elle risquerait fort de donner de l'auteur une impression fausse et de n'en présenter que des vues incomplètes*. Aussi pensons-nous qu'il vaut mieux résolument séparer la Patrologie de la Patristique et traiter de la doctrine des Pères dans l'Histoire des dogmes. Les deux sciences ne peuvent que gagner à être ainsi étudiées chacune pour soi. Tout au plus la Patrologie peut-elle indiquer, pour certains Pères, les doctrines qu'ils ont le plus mises en relief.
S 2. — Principaux travaux sur la Patrologie et l'histoire de l'ancienne littérature chrétienne.
L'histoire de l'ancienne littérature chrétienne n'étant qu'une partie de l'histoire générale de l'Eglise, tous les historiens de l'Eglise anciens et modernes ont touché plus ou moins à ce sujet.
Pour l'antiquité toutefois, la source principale est EusÈBE. Bien qu'Eusèbe n'ait point rédigé d'ouvrage spécial sur les auteurs chrétiens qui l'ont précédé, son Histoire contient sur eux et sur leurs écrits une foule de notices d'autant plus précieuses que beaucoup de ces écrits ont disparu et ne sont connus que par lui.
Saint Jérôme, le premier, à la prière du laïque Dexter, composa, en 392, un catalogue développé des anciens écrivains chrétiens et de leurs œuvres. C'est le De viris illustribus, qui comprend 135 notices. Il doit beaucoup à Eusèbe et. dans la partie propre à saint
4. C'est ce qui est arrivé .à ^M^schl, Fessier, Rauschen et néme à Bardeniiewer. L'idée de Nirsclil de citer, à la suite de la notice sur chaque Père, quelques-uns de ses textes les plus importants, a ét<* reprise ctscientifiquemeut réalisée par J. Rolet de Jolrnel, Enchiridion imtrislicum, 3' édit., l'"ril)iirgi Brisgoviae, 1920. Cet ouvrayc suppléera abondamnieut à ce que nous ne disons pas ici.
Jérôme, offre bien des lacunes et des erreurs. Mais il a le mérite d'être venu le premier, et d'avoir amorcé les travaux qui suivirent.
Le catalogue de saint Jérôme, en effet, fut continué sous le même titre par Gennadius de Marseille, qui le conduisit jusque vers la fin du v* siècle. Gennadius a ajouté 97 ou 98 notices, dont quelques-unes peut-être ont été interpolées.
Et enfin l'œuvre de Gennadius fut continuée à son tour, et toujours sans changement de titre, d'abord par SAINT Isidore de Séville (-f-636), puis par saint Ilde- FONSE DE Tolède (f 667).
En Orient, il faut nommer le patriarche Photius (-|vers 891), dont la BihlioUièqne contient 279 notices d'auteurs ou d'ouvrages lus par lui, et qu'il est parfois seul à nous faire connaître.
Le moyen âge n'a pas négligé l'histoire littéraire chrétienne. Entre tous, signalons le précieux Catalogue d'EBEDJÉsu, métropolitain de Nisibe, écrit en 1298 (édité dans Assemani, Biblioiheca orientalisy 111, 1) et le savant ouvrage de l'abbé Jean Trithemius, De scriptoribus ecclesiasticisj écrit en 1494. Cependant, comme ce dernier livre s'occupe surtout des écrivains postérieurs à l'époque patristique, nous pouvons le négliger ici.
Du xvii® et du xviii® siècle, outre les Mémoires de Tillemont, toujours à consulter, les histoires de l'ancienne littérature chrétienne le plus souvent citées sont celles de W. Cave, Scriptnrum ecclesiasticorum historia iitieraria, Londres, 1688, complétée par H. Wharton en 1689, édit. d'Oxford, 1740-1743; de Fa- BRicics, Bibliotheca graeca, seu notitia scriptorum veterum graecorurriy 1705-1728, rééditée par J. Chr. Harlez, Hambourg, 1790-1809; de L. Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques,
Paris, 1686-1714 (à l'index) ; du bénédictin D. R. Ceil- LiEu. ' Histoire ^énérale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, '1729-1763 ; réédition en 1858-1869. • Le xix« et le xx« siècle ont été féconds en travaux plus ou moins développés sur notre sujet. Pour ne citer que les principaux et les plus récents, toute la période des six ou sept premiers siècles a été traitée dans les ouvrages catholiques de J. Niuschl, Lehrbuch der Patrolo^ie und Patristik, Mainz, 1881-1885, 3 vol. ; Fessler-Jungmaxx, Institutiones patrologiae, Uiniponte, 1890-1896, 2 vol. (excellent, surtout pour les Pères latins de basse époque, du v^ au vii« siècle); 0. BARDENHE%VEn, Patrologie, 3« édit., Fnbourgen-Br. 1910, un vol.; traduction française par MM Godet et Yersciiaffel, Les Pères de l'Eglise, Paris, 1905, 3 vol.^ H. Kmx, Patrologie Paderborn, 1904-1908, 2 vol. ; G. Rauschex, Grundriss der Patrologie, S'' édit., 1903; traduct. franc, par E. Ricard, Éléments de Patrologie et d'Histoire des dogmes, 2' édit., Paris, 1911, un vol.; et dans l'ouvrage protestant (moins utile) de H. Jordan, Geschichte der altchristlichen Literatur, Leipzig, 1911, un vol. - D'autres œuvres également, ou même plus importantes, n'ont embrassé qu'use partie du sujet : A. Har- ^ACK, Geschichte der altchristlichen ^Ueratur bis Euschius, 2 parties en 3 vol., Leipzig, 1893-1904, G Krueger, Geschichte der altchristlichen Literatur in den ersten drei Jahrhunderten, Fribourg-en-Br., 1895, supplément en 1897 ; A. Ehrhard, dans K. Krum- BACHKR, Geschichte der byzantinischen Literatur, 2« éd., Munich, 1897 ;O.Staehlin, dans W. VON Christ.
1 outre ce manuel de Patrologie, M. BarJenh^^^er poursuit la •,;•: b! oUon d^une Hùloire de l'ancienne littérature cccks^asttgue ,■ c ^hS^^JerJudrchlichen Literatur), Fribourg-en- îr., 190-2 et su...
dont irorvolumes seulement ont paru jusqu'ici (le premier cl •
deuxième en seconde édition, 1013, I9U).
Griechische Literaturgeschichte, 5* édit., Munich, 1914; A. Ebert, Allgemeine Geschichte der Literatur des Mittelalters im Abendlande, T édit., 1889; trad. franc, par Aymeric et Condamin, 3 vol., Paris, 1883; P. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes : La littérature grecque, 4^ édit., Paris, 1905; R. Duval, Ane. litt. chrét. : La littérature syriaque, 3^ éd., Paris, 1907; P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, 5 vol. parus, Paris, 1901-1920; P. de Labkiolle, Hist. de la litlér. latine chrét., Paris, 1920. C'est à quelques-uns de ces ouvrages qu'il se faut adresser dès que l'on veut entreprendre sur les Pères ou anciens écrivains ecclésiastiques une étude un peu complète. Le présent volume n'est qu'un manuel modeste qui fournira des indications précises, mais forcément restreintes.
§ 3. — Principales collections patrologiques.
On peut distinguer, dans le travail d'édition des Pères et écrivains ecclésiastiques, comme trois moments successifs. Un premier moment qui est celui des éditions princeps par les érudits du xvi^ siècle, les Estienne, Froben, Erasme, etc. Plusieurs de ces éditions, devenues rares, ont acquis la valeur des manuscrits qu'elles ont reproduits, et qui depuis se sont perdus. Un second moment est celui des éditions des xvii* et XVIII® siècles par les bénédictins de Saint- Maur, les jésuites, les oratoriens, etc. Ce sont les plus souvent citées. Enfin, depuis une trentaine d'années, de nouvelles découvertes et de nouvelles facilités pour consulter les manuscrits ont provoqué un noiiveau travail d'éditions. On en verra ci-dessous les résultais.
La première grande collection qui ait été faite des anciens écrivains ecclésiastiques est celle de Mas- GUERiN DE LA BiGXE, clianoinc deBayeux (-f- 1589). Sa
s PRÉCIS DE PATROLOGIE.
Bibliotheca sanctorum Patrum, en neuf volumes infolio (Paris, 1575-1579), contenait le texte de plus de 200 auteurs de l'antiquité et du moyen âge. Cette œuvre qui, en se développant, devint la Maxima Bibliotheca veterum Patrum de Lyon, en 27 volumes in-folio (1677), fut complétée, corrigée ou même supplantée par les collections analogues de Fr. Combéfis, O. P. (t 1679), en 1648 et 1672; de J. B. Cotelier (•f- 1686), en 1677-1686; de Bernard de Montfaucon (•f- 1741), en 1706, et surtout de l'oralorien Andr. Gal- LANDi (f 1779), en 1765-1781 et 1788. La collection toutefois qui les a pratiquement toutes remplacées est celle de J.-P. Migne, Patrologiae cursus completus. Elle comprend deux séries : la série des Pères latins, qui va des origines à Innocent III (1216) et compte 217 volumes (Paris, 1844-1855); la série des Pères grecs, qui va jusqu'au concile de Florence (1439) et compte 162 volumes (Paris, 1857-1866) ^ Que dans une œuvre aussi colossale il y ait des points faibles et des parties à refaire; qu'on y trouve çà et là quelques lacunes, et aussi quelques répétitions ou horsd'œuvre, on n'en saurait être surpris. L'ensemble n'en reste pas moins fort remarquable. Venant après Mai, Routh, et conseillé par Pitra, Migne profitait des travaux et des connaissances de ces grands érudits. Le choix qu'il a fait des éditions anciennes à reproduire est presque toujours excellent : il les a améliorées encore par les dissertations et études de date plus récente qu'il y a jointes. Sa collection est à peu près complète, d'un format commode, d'un prix relativement modéré; la langue latine, partout adoptée pour les traductions et les notes, en favorise l'emploi
4. Il y faut joindre quatre volumes de tables pour la série latine (i*aris, 1862-186»). Migne n'a pu donner les tables de la série grecque* Elles ont été rédigées et publiées par F. Càvàlleiu, Paris, 1!M2.
universel. Malgré les critiques dont elles ont été l'objet, les Patrologies de Migne se sont imposées et s'imposeront encore longtemps comme ouvrage fondamental. Depuis Migne cependant, trois grandes collections ont été publiées ou sont en cours de publication pour améliorer et compléter son œuvre.
D'abord les Monumenta Germaniae historica, Auctores antiquissimi, Berolini, 1877-1898, 13 vol. in-4°. Puis, Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, editum cons. et impens. Academiae litterarum Caesareae Vindobonensis, Vindobonae, 1866 et suiv. Éditions très soignées, bien que de valeur inégale; format in-S" commode; tout est en latin. La publication se poursuit sans ordre chronologique.
Entin Die grieehischen christlichen Schriftsteller der ersien drei Jahrhunderte, publiés par l'Académie de Berlin, Leipzig, 1897 et suiv.; une trentaine de vol parus. Éditions critiques très savantes, sans traduction. Les introductions et l'apparat critique sont en allemand.
Les collections que nous venons de mentionner ne comprennent que les auteurs grecs et latins. Pour les écrivains des langues orientales, on ne possédait guère jusqu'ici que le grand ouvrage de J. S. Assemani, Bibliotheca orientalis clementino-vaticana, Romae,. 1719-1728, 4 vol., qui est moins une collection qu'un catalogue développé d'auteurs et de manuscrits. De nos jours, deux ou trois grandes collections ont commencé à combler cette lacune :
R. Graffin, Patrologia syriaca, Paris, 1894 et suiv. (2 vol. seulement), continuée pratiquement par R. Graffin et F. Nau, Patrologia orientalis, Pans, 1903 et suiv. , 14 vol. parus. Les textes syriaques, coptes, arabes, éthiopiens, etc. sont accompagnés d'une traduction latine, française ou anglaise. Aucun ordre
chronologique n'est suivi, et le même volume contient des ouvrages de langues différentes.
J. B. Chabot, I. Guidi, H. Hyvernat, B. Carra de Vaux, Corpus scriptorum christianorum orientalium , Paris, 1903 et suiv. La collection est divisée en quatre séries : écrivains syriens, coptes, arabes, éthiopiens, distingués par la couleur de la couverture. Les traductions sont éditées (et vendues) à part du texte.
Indépendamment de ces grands et coûteux ouvrages, on a du reste, à l'usage surtout des étudiants, publié ou commencé à publier des collections plus modestes et d'une évidente utilité. Tels, en France, les Textes et documents pour l'étude historique du christianisme de MM. H. Hemmer et P. Lejay, Paris, 1904 et suiv. ; format in-16 commode, textes accompagnés d'une traduction française. En Allemagne, outre la collection de H. Hukter, SS. Patrum opuscula seîccia, Œniponti, 1868-1885 (48 vol.), 2'' série, 1884-1892 (() vol.), on a les collections de G. Krueger, Sammlung, etc., Fribourg-en-Br., 1891-1896, 2«série, 1901 etsuiv.; de IL LiETZBiANN, Kleine Texte, etc., Bonn, 1902 et suiv.; de G. Rauschen, Florilegium patristicwv , Bonnae, 1904 et suiv. En Angleterre, on a les Cambridge patristic texts d'A. J. Mason, Cambridge, 1899, suiv. ; en Italie, la Bibliotheca SS. Patrum de J. VizziNi, Piomae, 1902 et suiv.
Signalons enfin, comme comprenant à la fois des textes et des études critiques, trois publications importantes :
Textes et recherches [Texte und Untersuchungen zur Geschichte der alichristlichen Literatur), Leipzig, 1882 et suiv. Trois séries in-8% sous la direction d'O. VON Gebhardt, A. Harnack et G. Schmiût.
Texts and Studies, Cambridge, 1891 et suiv., in-8°, sous la direction de M. Armitage Robinson.
Revue de l'Orient chrétien, Paris, 1896 et suiv., in-8% sous la direction de M. ISau,
Plusieurs de ces publications permettent aux lecteurs même non spécialisés de prendre contact avec la littérature patristique, et d'en lire les productions les plus remarquables. Si la plupart de ces productions ne peuvent lutter avec les œuvres classiques pour la pureté de la langue et l'élégance de la forme, en revanche elles les dépassent sûrement par l'intérêt du but poursuivi, par l'élévation de l'idéal moral, et par l'intensité de foi et de zèle qui animait leurs auteurs.
L'histoire de l'ancienne littérature chrétienne se partage naturellement en trois périodes : 1° la période qui va des origines au concile de Nicée (325) ou mieux à la paix de Constantin (313) ; 2° la période d'épanouissement et d'apogée, qui va^de la paix de Constantin à la mort de saint Léon le Grand (461) ; enfin la période d'affaiblissement et de décadence, jusqu'en 636 en Occident, jusqu'en 750 en Orient.
Nous suivrons cette division.