CHAPITRE PREMIER
On donne le nom de Pères apostoliques à un certain nombre d'écrivains ou d'écrits (dont plusieurs sont anonymes) qui datent de la fin du i*' ou de la première moitié du ii" siècle. Ce nom vient de ce que ces auteurs sont censés avoir connu les apôtres, et représentent un enseignement immédiatement ou presque immédiatement dérivé du leur. Leurs ouvrages continuent la littérature des évangiles et des écrits apostoliques.
D'autre part, ces ouvrages n'offrent ni l'intensité de sentiment des œuvres canoniques, ni la plénitude de pensée théologique de la littérature postérieure. Si Ton excepte saint Ignace, leurs auteurs y montrent peu de puissance et d'élan intellectuels, preuve que le christianisme s'est recruté d'abord dans un milieu peu lettré. Ils n'en ont pas moins pour nous une très
grande valeur, soit à cause de leur ancienneté, soit parce qu'ils témoignent de la façon dont les chrétiens d • la seconde et de la troisième génération avaient compris l'œuvre de Jésus-Christ et des apôtres.
On compte une dizaine environ de Pères apostoliques. La moitié de leurs écrits se compose d'épîtres (Clément, Ignace, Polycarpe, Pseudo-Barnabe) ; l'autre moitié de traités doctrinaux, parénétiques ou disciplinaires (la Didachè, la Secunda démentis, Hermas, Papias, le Symbole des apôtres) ^
8 1. — Saint Cléments.
D'après la tradition la plus sûre, saint Clément fut le troisième successeur de saint Pierre, le quatrième évoque de Rome (Pierre, Lin, Anaclet, Clément). Rien n'établit qu'il faille l'identifier, avec le Clément dont parle saint Paul [Phiiipp., iv, 3), encore moins avec le consul Flavius Clemens, cousin de Domitien, décapité en 95 ou 96. Mais il a dû connaître les apôtres, et c'était peut-être un affranchi ou un fils d'affranchi de la. gens Flavia d'où il aura tiré son nom. Quoi qu'on en décide, Clément fut certainement un pontife remarquable par quelque endroit, car il a laissé dans l'Eglise un souvenir profond. Outre une deuxième épître qui
1. L'édition des Pères apostoliques de Migne (P. G., i, ir, v) est absolument insuffisante. Il faut pratiquement se servir de celle de F. X. l'UNK, Patres aposlolici, Tubingae, 1901, en 2 vol. avec traduct. latine et notes (le deuxième volume a été revu et réédité par F. Diekamp en 1913), ou des éditions séparées de la collection Hemmer et l.ejay indiquées plus bas. On a encore les édit. mineures (sans traduction ni notes) de FUNK et de Harnack, Geiihardt et Zahn. Voir Freppel, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris. 4° éd., 1885.
2. Éditions à part de son épître par H. Hemmer, Les Pères aposlo- .ifjues, n, Paris, 190!}; .1. - B. Lioiufoot, Clément of Rome, 2' éd., 1890 (la plusriclie en informations de tout genre); R. Knopf, Der erste Zlcmenshrief, Leipzig, 1899. Bon commentaire doctrinal par W. Scherer, Der erste Clemensbrief an die Korinther, Regensburg, 1902.
n'est pas de lui;, on lui a attribué deux épîtrcs aux vierges, deux épîtres à Jacques, le frère du Seigneur, la collection des homélies dites clémentines, et on lui a fait jouer dans le roman des Récognitions un des rôles principaux. A la fin du iv* siècle, Rome l'honorait comme un martyr; mais les actes que l'on donne comme ceux de son martyre ne lui appartiennent pas ; ce sont les actes d'un autre Clément, martyr grec inhumé à Gherson, avec qui on l'a confondu.
On possède du pape Clément un seul écrit authentique : c'est une épîtreaux Corinthiens, contenue dans deux manuscrits grecs, VAlexandrinus, probablement du V* siècle (actuellement au British Muséum), et le Constantinopolitanus ou mieux le Hierosolymitajiiis, daté de 1056, actuellement à Jérusalem. ÎjC premier est incomplet des chapitres lvii, 6-Lxin, 4 ; le second est complet. 11 en existe de plus une version latine très littérale, qui paraît remonter au ii' siècle ^ une version syriaque - et deux versions coptes incomplètes ^,
Cette épître ne porte pas de nom d'auteur. Elle se présente, dès le début, comme une lettre de « l'Église de Dieu qui séjourne à Rome à l'Église de Dieu qui séjourne à Corinthe ». Mais bien qu'écrivant au nom d'une collectivité, il est certain que son auteur estun personnage unique et que cet auteur est Clément. La preuve décisive en est fournie par le témoignage de Denys de Corinthe (vers 170-175) on ne peut mieux placé pour être bien renseigné (ëusèbe, H. E., n, 23, 11). On y peutjoindre les témoignages d'Hégésippe(lD., iv,
■J. DécouYerte et éditée par D. G. Morin, S. démentis romani ad Corinthios epistulae versio latina antiqnissima, Maredsoli, 1894 {Ana. lecla maredsolana,u).