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CHAPITRE VII

LA LlïTERATUnE GRECQUE HETERODOXE.

S 1. — Les ariens. '

Arius était né probablement en Libye, vers le milieu du III® siècle (256?) et, après avoir étudié à Antioche sous la direction du martyr Lucien, se trouvait chargé, en 313, de la direction de l'église de Baucalis à Alexandrie. Intelligent, instruit, d'un extérieur austère et grave, il conquit rapidement une popularité dont il devait abuser. C'est en 318 qu'il paraît avoir émis sur le Verbe les erreurs qui portent son nom : le Verbe est un ôtre créé, non éternel, différent du Père en substance, changeant. Condamné par un concile d'Alexandrie en 320 ou 321, il dut s'exiler et se retira d'abord en Palestine, puis àNicomédie chez l'évêque Eusèbe, son ancien condisciple. Le concile de Nicée (325) le condamna de nouveau et l'empereur le bannit dans l'Illyricum; mais il parvint à rentrer dans les bonnes grâces de Constantin, et allait être solennellement réconcilié avec l'Église quand il mourut subitement à Constantinople en 336, à l'âge de plus de 80 ans.

Le plus célèbre des écrits d'Arius est sa Thalie (OâXeia, banquet), composée à Nicomédie entre 321 et

325. C'était, semble-t-il, un mélange de prose et de pièces versifiées, chants populaires pour les voyageurs et les gens de métier, dans lesquels il avait glissé ses erreurs. On en a conservé seulement quelques citations par S. Athanase [Contra arianos, i, 5, 6, 9; De synodis, 15). — En revanche nous avons en entier deux lettres d'Arius : l'une à Eusèbe de Nicomédie, écrite vers 321 (S, Epiphane, Haer. lxix, 6); l'autre à Té vêque d'Alexandrie, Alexandre, antérieure de peu au concile de Nicée (S. Athanase, De synodis, 16, et S. Epiphane, Haer. lxix, 7, 8). — Enfin Socrate [H. E., I, 26) et Sozomène [H. E., ii, 27) ont reproduit la profession de foi adressée par Arius à Constantin en 330 ou 331.

A peine née, la doctrine de l'hérésiarque trouva un chaud partisan dans le sophiste Asterius de Cappadoce, ancien disciple, comme Arius, de Lucien d'Antioche. Saint Jérôme rapporte de lui [Vir. ilL, 94) qu'il avait composé, sous Constance, des commentaires sur les Psaumes, sur les Evangiles, sur l'épître aux Romains et d'autres écrits estimés de son parti. Parmi ces écrits il faut mettre sous doute un recueil de textes ((jovTaY[ji.aTiov) destiné à prouver que le Verbe est créé, et dont saint Athanase a cité et réfuté quelques passages [Contra arianos, i, 30-34; ii, 37; m, 2, 60; De decretis, 8, 28-31; De synodis, 18-20, 47). Marcel d'Ancyre attaqua aussi cet ouvrage, ce qui lui attira une réponse d' Asterius [Vir. ilL, 86). A part les citations d'Athanase, l'œuvre du sophiste a péri.

Un autre partisan de la première heure d'Arius fut l'évêque de Nicomédie, Eusèbe, dont il a été ci-dessus question. En 339, il devint evéque de Constantinople. C'était un des hommes les plus habiles et les moins consciencieux de son temps. De sa correspondance, qui dut être assez vaste, il reste en entier seulement une

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lettre à Paulm de Tyr, donnée par Théodore! {H. E., 1,5)'.

Eusèbe a été, à la suite du concile de Nicée, le vrai chef politique du parti arien et, jusqu'en 341 ou 342, année de sa mort, il parvint à y maintenir à peu près la cohésion . Mais après lui, et surtout après Tannée 350 , on vit éclater les divergences doctrinales réelles qui sa dissimulaient dans la secte et que, seules, les nécessités de la lutte avaient jusque-là empêchées de se produire. Trois groupes se formère-nt : celui des ariens purs ou anoméens, proclamant que le Fils n'est pas semblable au Père (anomoios); celui des semi-ariens rejetant Yhomoousiosj mais se rapprochant d'ailleurs autant que possible des orthodoxes pour le fond des choses, et regardant le Verbe comme semblable au Père en substance eten tout [homoiousios]; et enfin un troisièm.e groupe dit des homéens, groupe surtout politique qui voulait ménager tout le monde et se contentait de dire vaguement que le Verbe est semblable au Père [homoios).

Au premier groupe appartient Photin, évoque de Sirmium, en Pannonie, bien qu'il se rattache plus directement à Paul de Samosate : rien n'a subsisté de ses ouvrages. Mais les vrais chefs du groupe sont Aétius et Eunomius. Aétius était originaire d'Antioche même ou des environs et, après avoir exercé plusieurs métiers, après s'être formé dans Alexandrie à la dialectique aristotélicienne où il excellait, fut élevé, par l'évêque d'Antioche Léonce, au diaconat vers l'an 350. Sa logique s'accommodaitmal des formules équivoques et imprécises des eusébieus. 11 reprit donc les principes d'Arius et les poussa à fond : Dieu est nécessairement unique et ne saurait engendrer : le Verbe ou

i. n scia longuement question plusloin d'Eusèbe de Césavée, l'historien.

Fils est simplement une créature plus parfaite. Cette franchise ne pouvait que déplaire aux politiques. Repoussé un peu de partout, plusieurs fois exilé, Aétius finit cependant, sous Julien (361-363), par être consacré évêque sans siège fixe. Il mourut en 367. On a de lui un écrit Sur Dieu inengendré et sur l'engendré (2uvTaY- [AotTiov Trepi aYEvvTiTou 6eoïï xal yEvvrjxou), série de quarantesept courts raisonnements pour établir que ce qui est engendré ne peut être Dieu. On n'imagine rien de plus sec. Saint Epiphane, qui a conservé cet ouvrage [Haer. lxxvi, 11), dit qu'Aétius avait composé trois cents de ces syllogismes. Socrate [H. E., ii, 35) lui attribue encore un certain nombre de lettres. Une seule est connue par la Doctrina Patrum de incarnations Verhi (édit. Diekamp, 311-312).

Aétius eut pour disciple Eunomius, originaire de Cappadoce, puis diacre à Antioche et évêque de Cyzique vers 361. Il avait écrit des lettres et un commentaire sur l'épître aux Romains qui sont perdus. Il reste de lui un Livre apologétique ('ATroXoYyixixôç), composé vers Fan 362 et que saint Basile a réfuté ; une réponse à cette réfutation de saint Basile, Apologie de l'apologie, qui doit être de 379 et dont saint Grégoire de Nysse a conservé des fragments ; et enfin une Profession de foi ("ExÔEffiç TcîffTEwç) présentée à Théodose en 383^.

Après Aétius et Eunomius il faut nommer, toujours dans le groupe anoméen, Eudoxius, d'abord évêque d' Antioche (358), puis de Constantfnople (360-369), et Georges, évêque de Laodicée entre 331-335. Le premier était l'auteur d'un traité Sur l'incarnation (rispi ffapxwaew;) dont OU a deux fragments, et de scolies sur les Psaumes. Le second avait écrit des lettres dont une est conservée (Sozomène, H. E.,iv, 13), une bio-

1. Pair, grecque, xx-K, 835-868; Socrate, Hist. ecclés., t, 10, note de l'édition de Valois,

graphie d'Eusèbe d'Emèse que Socrate a analysée [H. E.y II, 9) et enfin un traité (perdu) contre les manichéens (S. Epiphane, Haer. lxvi, 21).

Le deuxième groupe, des semi-ariens, eut pour chef l'évêque d'Ancyre, Basile, qui succéda sur ce siège à Marcel en 336 et mourut vers 366 ' . On a de lui un long mémoire théologique, rédigé en 358 et conservé par saint Epiphane [Haer. lxxiii, 2-11). Un second mémoire, reproduit encore par saint Epiphane \ibid., 12-22), est aussi en partie son œuvre. Outre cela, saint Jérôme ( Vir. ill., 89) dit qu'il avait écrit Contre Marcel et Sur la virginité. Le Contra Marcellwn est perdu. M. Cavallera a cru reconnaître le De virginitaie dans l'ouvrage de ce titre adressé à Letoius et attribué à saint Basile {P. G., xxx, 669-810). Basile d'Ancyre a joui, durant s^ vie, d'une réputation de savant.

Il compta quelque temps dans son parti un Eustathe, évêque de Sébaste, dont la critique s'est beaucoup occupée dans ces derniers temps^. Eustathe, né vers l'an 300 à Sébaste même, finit par en occuper le siège en 357. Au point de vue dogmatique, nulle consistance : il a signé toutes les formules; au point de vue moral, figure d'ascète : il a été le vrai fondateur du monachisme en Asie Mineure et le maître de saint Basile : son maître d'abord et, plus tard, son ennemi et son calomniateur. Ses écrits sont perdus ; mais il est certain que V Epistula ad Apollinarem... de divina essentia, aussi bien que les lettres ccclxi-ccclxiv, insérées dans la correspondance de saint Basile, sont des faux qui ont en pour auteurs Eustathe et ses amis.

1. Voir J. ScHLADEBACH, BusiUus von Ancyra, Leipzig, 1898. F. Caval LERA, Le « De virginitate » de Basile d'Ancyre, dans Revue d'Hist. ecclés. VI (1905), 5-14.

2. Voir F. LooFS, Eustathius von Sehaste, Halle a. S., 1898, et du même, l'article Eustathius dans fleaZencî/fci. fvr prot. Theol., v, 627-030 : réhabilitation poussée trop loin.

A nommer encore parmi les semi-ariens l'évêque (intrus) de Césarée, Euzoïus, qui y fut installé en 376 à la place de Gélase. S. Jérôme {Vir. ill.^ 113) dit de lui qu'il avait composé de nombreux écrits très connus sur différents sujets. C'est tout ce que nous en savons.

Entre les deux groupes anoméen et semi-arien se glissait, avons-nous remarqué, le groupe des homéens politiques, sans doctrine bien accusée. Le chef de ce groupe est le successeur d'Eusèbe à Césarée, Agace (340-366), qui continua d'enrichir la bibliothèque qu'Origène y avait fondée. Saint Jérôme [Vir. ill.y 98) lui attribue un commentaire en dix-sept livres sur l'Ecclésiaste, six livres de mélanges et plusieurs autres traités. Saint Épiphane a cité de lui un écrit contre Marcel d'Ancyre [Haer. lxxii, 5-10), et Socrate a connu un éloge qu'il avait fait de son prédécesseur Eusèbe [H. E.y II, 4). 11 ne reste de ses travaux scripturaires que des fragments dispersés dans les Chaînes.

Deux autres évêques de même nuance homéenne doivent être signalés après Acace : Théodore d'Héraclée et Eusèbe d'Emèse. Théodore a été évêque vers 335 et est mort vers 355. Suivant saint Jérôme [Vir. ilL, 90), qui loue l'élégance et la clarté de son style et le caractère littéral de son exégèse, il aurait composé des commentaires sur saint Matthieu, sur saint Jean, sur les épîtres de saint Paul et sur les Psaumes. On incline à croire qu'il avait aussi commenté Isaïe ; mais on n'a de ses œuvres que des citations ^ Quant à Eusèbe, c'était un esprit très cultivé qui avait étudié successivement à Edesse, à Antioche et à Alexandrie et qui, après avoir refusé le siège de cette dernière ville, accepta celui d'Emèse en Phénicie, qu'il occupa de 341 à 359 environ. Il ne s'occupa que fort peu de la

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