I. Voir Pair, grecque, xvKi» 1307 et xxix, p. ccy
tli
question dogmatique. Saint Jérôme {Vir. ill., 91) le présente surtout comme un rhéteur élégant et comme un commentateur se rattachant, par ses principes, à l'école d'Antioche. Parmi ses ouvrages exégétiques on signale des Questions sur F Ancien Testament et un Commentaire sur l'épitre aux Galates enàxulivves. Ses traités comprenaient des écrits contre les païens, les juifs et les novatiens, contre les marcionites et les manichéens, un livre Sur la foi et une Bénédiction sur le peuple. Quant à ses homélies, la partie la plus remarquable de ses travaux, on en connaît par leurs titres un certain nombre et on en possède quelques-unes; mais l'édition de ses œuvres est encore à faire. La presque totalité des pièces que les éditions lui prêtent ne sont pas de lui; et les fragments authentiques que contiennent les Chaînes sont souvent difficiles à identifier * .
Les ariens ne se contentèrent pas d'ailleurs de plaider leur cause dans des traités, des homélies et des lettres : ils eurent aussi des historiens qui s'efforcèrent de présenter sous un jour avantageux les événements qui les concernaient. On sait vjue l'évêque semi-arien, Sabinus d'Héraclée, avait écrit une histoire (perdue) des conciles du iv^ siècle, depuis celui de Nicée jusqu'aux conciles tenus sous Valens (364-378)^. Socrate, qui a connu son récit, l'accuse d'avoir plusieurs fois altéré les faits. D'autres écrits anonymes ont été mis à profit par l'eunomien Philostorge^. PHiLosTonGE luimême composa en douze livres une Histoire ecclésiastique qui commençait avec Arius et se poursuivait jus-
i. Pair, grecque, lxxxvi, 1. Cf. Bardenhewer, Gesch. der aWdrehl. Liler., III, 263.
2. Voir P. Batiffol, Sozoméne et Sabinos, dans Byzant. Zeitschrift, VII, 1898.
3. Voir P. Batiffol, Un historiographe anonyme arien du IV* siècle, dans Roemische Quartalschrift, ix, 1895.
qu'en l'an 425. L'ensemble de son ouvrage est perdu; mais il s'en est conservé de longs fragments par Photius qui en a fait une analyse (cf. Bihl., codex 40), et dans des documents postérieurs^C'est un plaidoyer en faveur de l'arianisme plus qu'une histoire impartiale, précieux cependant pour la connaissance des idées de cette époque.
%% — Apollinaire et ses disciples 2.
Apollinaire, né aux environs de l'an 310, était fils du prêtre Apollinaire dit l'Ancien, qui professait la grammaire à Laodicée de Syrie. Le jeune Apollinaire fit des études excellentes, se rompit à la dialectique aristotélicienne, et enseigna d'abord la rhétorique tout en exerçant à l'église les fonctions de lecteur. Nicéen ardent, il reçut chez lui Athanase à son retour d'exil en 346 et, vers 360-361, devint évêque de Laodicée ou plutôt des orthodoxes de Laodicée, les ariens ayant, de leur côté, choisi Pelage. C'est à cette époque d'ailleurs qu'il commença à répandre son erreur. Elle se formulait en opposition au diophysisme exagéré de Diodore de Tarse, et consistait essentiellement à dire qu'en Jésus-Christ il n'avait pas existé d'âme humaine raisonnable et que le Verbe en tenait lieu. Le Verbe était ainsi uni substantiellement au corps de Jésus- Christ, et cette union seule, dans la pensée de l'auteur, pouvait faire que Jésus-Christ fût vraiment un. En 362
l.Édit. J. BiDEZ, Philosiorgius Kircltengeschichte, dans la collectio:i àcs Hchriflsteller de Berlin, Leipzig, 1&13. Voir P. Batiffol, Quaestioms philoslorgianae, Paris, 1891.
2. Œuvres scripluraires dans Mai, Nova Patrum bibliotheca, vu, Romae, ■1854; M. Fauliiaber, Die Propheten-Cateneymach roemisch. Handschr., Fribourg-en-Br., 1S9a. 0^;uvres polémiques et dogmatiques dans H. LiF.TZMANN, ApolUnaris von Laodicea v.nd seine Schiile, i, Tubingue, 'Jiou Voir G. Voisin, L'apollinarisme., Louvain, 1901.
le concile d'Alexandrie s'occupa de cet enseignement; mais grâce à son orthodoxie trinitaire bien connue, c'est en 373 seulement qu'Apollinaire devint sérieusement suspect. Condamné en 377 par le pape Damase, il vit son système rejeté encore par le concile général de 381. On croit qu'il mourut entre 385-392.
Les anciens écrivains s'accordent à présenter Apollinaire comme un homme remarquablement doué, ardent au travail, d'une érudition profane et sacrée peu commune, pieux d'ailleurs et d'une vertu au-dessus de tout soupçon. 11 lui a manqué sur la nature et la personne des distinctions qui ne furent définies que plus tard, et qui l'auraient probablement empêché de verser dans le monophysisme. Au moins a-t-il eu le mérite de poser nettement, le premier, le problème christologique.
Apollinaire, comme on va le voir, avait beaucoup écrit. De ce qui reste de ses œuvres quelques parties nous sont parvenues sous son nom, d'autres sous des noms empruntés. Après les décrets impériaux qui ordonnaient de détruire ses livres, en effet, ses disciples, pour les conserver, en firent circuler un certain nombre sous le nom de docteurs orthodoxes, les papes Jules et Félix, saint Grégoire le Thaumaturge, saint Athanase, etc. Saint Cyrille d'Alexandrie se laissa prendre à cette fraude, et son autorité ne contribua pas peu à l'accréditer. Cependant, après le concile de Chalcédoine, on commença à la soupçonner et, au VI* siècle, un auteur inconnu, en qui on a vu quelquefois Léonce de Byzance, la dévoila dans le livre Contre les fraudes des apollinaristes [Adversus fraudes apollinaristarum). Ce travail critique, repris ie nos jours, a permis de discerner assez exactement les ouvrages d'Apollinaire sous les faux noms qu'ils portent.