V. Lettres
Plus importantes que ses homélies sont les lettres proprement dites de saint Cyrille. L'édition de ses œuvres en donne quatre-vingt-huit, dont dix-sept sont des lettres qui lui ont été adressées. Elles sont presque toutes postérieures à l'an 428. Une quinzaine sont des lettres dogmatiques dans lesquelles l'auteur expose, précise et défend sa doctrine ; une cinquantaine d'autres sont précieuses pour l'histoire de la controverse nestorienne et du concile d'Ephèse ; un petit nombre seulement traitent de questions disciplinaires.
Une table pascale dressée par saint Cyrille entre 412 et 417 et qui s'étendait de 403 à 512 est perdue. On en a conservé seulement en arménien la lettre d'envoi à l'empereur Théodose IL
S 4. — Auteurs xaoins importants. Évêques et moines.
Athanase, Didyme, Cyrille sont les trois grands théologiens de l'Eglise d'Alexandrie à l'époque que
nous étudions. A côté d'eux, d'autres écrivains de moindre envergure illustraient aussi l'Egypte.
Parmi les évêques, nommons d'abord l'ami de saint Athanase et de saint Antoine, Sérapion, évêque de Thmuis dès avant 339 jusque vers 360 ^ Saint Jérôme vante la distinction de son esprit ( Vir. ilL, 99), et lui attribue d'abord un ouvrage Contre les manichéens, que l'on possède à peu près complet, plus un écrit sur les titres des Psaumes, qui est perdu, et enfin un recueil de lettres qui devaient être assez nombreuses et dont on a retrouvé deux entières. Mais ce qui a attiré davantage en Ces derniers temps l'attention sur Sérapion est la découverte d'un Euchologe comprenant trente prières dont quelques-unes lui sont nommément attribuées, et dont le recueil est probablement son œuvre. Dix-huit de ces prières appartiennent à la liturgie de la messe : sept se rapportent au baptême et à la confirmation; trois, à l'ordination; une, à l'huile des infirmes, une aux funérailles. Originaires sûrement du iv® siècle et peut-être plus anciennes dans leur substance, elles sont du plus haut intérêt pour l'histoire du culte et des sacrements.
C'est une figure bien originale que celle de Synesius de Cyrène^. Elevé dans le paganisme, et nourri à Alexandrie de la philosophie néoplatonicienne qu'il étudia à l'école de la célèbre Hypatie, puis à demi converti au christianisme, Synesius ne songeait qu'à couler doucement, dans l'opulence et les lettres, une
1. Œuvres dans P. G., xl; à compléter par A. Buinckmann, Die Slreitschrift des Serapions von Thmuis gegen die Manichaeer, dans Silzungsberichte der k. preuss. Akad. der Wissensch. zu Berlin, 1894, 479-491. L'euchologe a été édité par G. Wobbermin, dans Texte und Unlers., x«i, 3 b, 1899, et par F. X. Fcnk, Didascalia et Constilutiones apostolorum, u, Paderborn, 1905.
2. Œuvres dans P. G., i.xvi; trad. franc, par H. Drdon, Paris, 1878. Voir H. DiaoN, Élude sur la vie et les œuvres de Synesius, Paris, 1859. C. Vellay, Etudes sur les hymnes de Synesius de Cyrène, Paris, 1904.
vie honnête quand il fut, en 406 ou 409, élu évêque de Ptolémaïs. Il accepta la charge épiscopale à contrecœur, et s'efforça toutefois d'en remplir consciencieusement les devoirs, surtout le devoir de subvenir aux misères matérielles causées par l'invasion des barbares. Mais les enseignements de l'Evangile restèrent toujours à la surface de son âme, et sa religion ne fut jamais en définitive qu'un spiritualisme élevé teinté de christianisme. Sa mort paraît avoir précédé l'an
Nous avons de Synesius six traités antérieurs à son épiscopat, et qui n'ont rien de chrétien ; deux discours entiers et des fragments de deux homélies ; dix hymnes de facture classique, dont les hymnes vu et ix seules sont vraiment d'inspiration chrétienne ; enfin et surtout cent cinquante-six lettres qui sont la partie la plus intéressante de son héritage littéraire. Elles datent de la périod^e 399-413, et fournissent des détails précieux sur l'état et l'histoire de la Pentapole à cette époque. Photius en admirait la grâce du style et la force des pensées [cod. 26).
Les auteurs de ce temps, qu'il nous reste maintenant à signaler en Egypte, ne sont plus des évêques, ce sont des moines. Au iv'= siècle en effet la vie proprement monastique ou cénobitique y a commencé avec saint Antoine et saint Pacôme et, avec elle, une littérature spéciale dont l'objet est d'instruire les âmes des règles de la spiritualité chrétienne et de les pousser dans les voies de la perfection. L'influence de cette littérature fut énorme.
Saint Antoine (251-356) a sûrement écrit ou plutôt dicté {car il ne savait pas écrire) en copte des lettres dont il est fait mention dans les anciens auteurs. Saint Jérôme notamment {Vir, ilL, 88) connaissait un recueil de sept lettres à divers monastères; mais il est
douteux que celles que nous possédons actuellement {P. Q.j XL, 977-1000) représentent ce recueil. Les vingt lettres traduites de l'arabe {id., 999-1066) sont un faux. En somme, il n'y a de sûrement authentique que la lettre à l'abbé Théodore citée par l'évêque Ammonius [id., 1065).
Pacôme ^ est le fondateur de la vie cénobitique. Né vers l'an 290 dans le paganisme, il se convertit, se voua à l'ascétisme, et fonda en 318 à Tabennesi la première maison où l'on mena la vie cDmmune. Huit autres furent établies de son vivant. Il mourut le 9 mai 346. Pacôme a laissé en copte une Règle dont on a une traduction latine faite par saint Jérôme en 404. Elle avait pu déjà recevoir quelques retouches. Une autre règle dite angélique (Palladius, Hist. laU'siaque, 32) a peu de chance d'être authentiqué. Saint Jérôme a traduit également quelques exhortations de Pacôme et surtout onze lettres, entre lesquelles on remarque les lettres aux abbés Cornélius et Syrus, rédigées en partie en langage conventionnel.
Pacôme eut pour successeur Horsiesi, qui prit pour coadjuteur Théodore. De Théodore (-f- 368) on a deux lettres dont une en latin seulement^. Horsiesi ( ■\- vefS 380) a laissé une Doctrina de institutione monachoriim ^ en cinquante-six chapitres, qui est comme son testament spirituel.
Horsiesi et Théodore eurent deux contemporains célèbres dans les deux Macaire, l'un surnommé l'Alexandrin, l'autre surnommé l'Egyptien, l'Ancien ou le Grand. Le premier n'a laissé aucun écrit authentique. Le second, né vers l'an 300, moine au désert de Scété
1. Voir p. L.jïxiir, 61-9!). P. Ladëu7£, Étudt sur le cénobitiatne pak/iomi»n, Louvain, 4898.